<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283</id><updated>2012-01-29T22:32:36.988+01:00</updated><category term='Politique'/><category term='Informatisation'/><category term='Sociologie'/><category term='Prédation'/><category term='Comptabilité'/><category term='Economie'/><category term='Statistique'/><category term='Environnement'/><category term='Vidéo'/><category term='Entreprise'/><category term='Article'/><category term='Cours'/><category term='Sciences'/><category term='Géopolitique'/><category term='Société'/><category term='France Telecom'/><category term='Histoire'/><category term='Lectures'/><category term='Nouvelles'/><category term='Anthropologie'/><category term='Feuilleton'/><category term='Stratégie'/><category term='Philosophie'/><category term='Finance'/><title type='text'>volle.com</title><subtitle type='html'>Ce blog est l'héritier et le successeur de &lt;a href="http://www.volle.com/"&gt;www.volle.com&lt;/a&gt;. 

Le droit de copie de ses textes est sous la &lt;a href="http://www.gnu.org/licenses/quick-guide-gplv3.fr.html"&gt;licence GNU GPLv3&lt;/a&gt; : chacun est libre de les copier, reproduire et transformer à sa guise sous la seule condition de citer la source.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><link rel='next' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default?start-index=101&amp;max-results=100'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>181</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-2244177963957981300</id><published>2012-01-24T13:28:00.005+01:00</published><updated>2012-01-26T11:27:34.722+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Entreprise'/><title type='text'>Apple, la délocalisation, l'emploi</title><content type='html'>L'article de Charles Duhigg et Keith Bradsher («&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.nytimes.com/2012/01/22/business/apple-america-and-a-squeezed-middle-class.html" target="_blank"&gt;How U.S. Lost Out on iPhone Work&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt;, 21 janvier 2012) explique pourquoi, tandis qu'Apple n'emploie directement que 43&amp;nbsp;000 personnes aux États-Unis et 20&amp;nbsp;000 dans d'autres pays, 700&amp;nbsp;000 autres travaillent principalement en Chine pour produire ses iPhones, iPads etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;90 % des centaines de composants que contient un iPhone sont produits hors des États-Unis&amp;nbsp;: les semi-conducteurs proviennent d'Allemagne et de Taïwan, les mémoires de Corée et du Japon, les écrans et le câblage de Corée et de Taïwan, les puces d'Europe, les terres rares d'Afrique et d'Asie. L'ensemble est monté en Chine. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce ne sont pas les bas salaires qui expliquent la préférence donnée à la Chine car produire l'iPhone aux États-Unis laisserait à Apple une marge bénéficiaire confortable&amp;nbsp;: alors que chaque iPhone lui procure un profit de plusieurs centaines de dollars, le coût de production unitaire ne serait augmenté que de 65&amp;nbsp;$. Pour les entreprises des TIC le coût du travail est d'ailleurs secondaire en regard du coût des composants, de la capacité des entreprises à accroître et réduire leur taille rapidement et de la souplesse des approvisionnements. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;L'explication réside dans une meilleure organisation des entreprises et une meilleure disponibilité des compétences&amp;nbsp;: on trouve en Chine, contrairement aux États-Unis, beaucoup d'ingénieurs de niveau Bac&amp;nbsp;+&amp;nbsp;4. Tandis qu'il aurait fallu six mois pour trouver aux États-Unis les 8&amp;nbsp;700 ingénieurs nécessaires pour encadrer les 200&amp;nbsp;000 ouvriers qui produisent les iPhones, il a suffi de quinze jours en Chine. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce réservoir de compétences procure aux entreprises chinoises la flexibilité qui leur permet de tenir le rythme imposé par une succession rapide d'innovations et de versions des produits. Elles sont capables de démarrer très vite, de produire en quantité selon un flux soutenu, puis de s'arrêter brusquement et de se réorganiser sans délai s'il faut lancer une autre production. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est cette souplesse qui permet à Foxconn Technology d'assembler à Shenzhen, pour des donneurs d'ordre comme Apple,  Amazon, HP, Dell, Motorola, Nintendo, Nokia, Samsung, Sony etc.,  40&amp;nbsp;% de la production mondiale des biens de consommation électroniques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Que reste-t-il donc aux États-Unis&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le logiciel de l'iPhone y a été conçu, ainsi que les innovations de sa campagne de vente. Apple a construit en Caroline du Nord un «&amp;nbsp;data center&amp;nbsp;» qui a coûté 500 millions de dollars, mais il n'emploie que 100 personnes à temps plein. Ses semi-conducteurs les plus complexes sont produits au Texas par une usine de Samsung, mais elle n'emploie que 2&amp;nbsp;400 ouvriers. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La conception des produits des TIC est d'ailleurs «&amp;nbsp;à coût fixe&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: si une fabrication passe chez Apple d'un million à trente millions d'unités, cela ne nécessite pas d'embaucher davantage de programmeurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il ne suffit pas d'embaucher des Américains pour produire aux États-Unis&amp;nbsp;: il faudrait transformer l'ensemble de l'économie et même la société car les États-Unis ne forment plus en nombre suffisant les personnes ayant les compétences nécessaires&amp;nbsp;: les Américains semblent avoir perdu ce goût pour l'ingénierie qui faisait naguère leur succès. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On observe cependant  qu'Apple a aujourd'hui plus de salariés qu'avant aux États-Unis et que son succès a profité à l'économie en créant des emplois dans des activités de service comme les réseaux mobiles et la distribution, notamment chez FedEx et UPS. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'article du NYT n'indique pas le nombre de ces emplois mais on comprend que pour faire le bilan d'une délocalisation il ne convient pas de se focaliser sur la seule production des biens&amp;nbsp;: il faut aussi considérer les services que le produit nécessite et donc, si l'on sait bien s'y prendre, comporte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est l'une des leçons que cet article suggère. En voici une autre&amp;nbsp;: la clé du succès reste la &lt;i&gt;maîtrise de l'ingénierie&lt;/i&gt; – mais alors qu'il s'agissait naguère de celle de la mécanisation, il faut maintenant maîtriser l'&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/07/lingenierie-du-systeme-dinformation.html" target="_blank"&gt;ingénierie de l'informatisation&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Nota Bene&lt;/i&gt; : on trouvera d'utiles informations sur Apple, Foxconn et la relation de sous-traitance dans Charles Duhigg et David Barboza, «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.nytimes.com/2012/01/26/business/ieconomy-apples-ipad-and-the-human-costs-for-workers-in-china.html" target="_blank"&gt;In China, Human Costs Are Built Into an iPad&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt;, 25 janvier 2012.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-2244177963957981300?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/2244177963957981300/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2012/01/apple-la-delocalisation-lemploi.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/2244177963957981300'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/2244177963957981300'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2012/01/apple-la-delocalisation-lemploi.html' title='Apple, la délocalisation, l&apos;emploi'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-8262177777228575992</id><published>2012-01-19T10:16:00.011+01:00</published><updated>2012-01-20T19:35:11.589+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vidéo'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Stratégie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Entreprise'/><title type='text'>Réindustrialiser la France par l'informatisation et l'automatisation</title><content type='html'>Voici les vidéos des  &lt;a href="http://www.xerficanal.com/michel-volle-reindustrialiser-la-france-par-l-informatisation-et-l-automatisation-269.html" target="_blank"&gt;trois entretiens avec Laurent Faibis sur Xerfi Canal&lt;/a&gt;&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;1 - La globalisation a retardé la révolution du système productif (16 min 20 s)&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/xns9tl" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;2 - Vers une industrie servicielle (12 min 32 s)&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/xntabq" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;3 - Le rôle stratégique des assembleurs (18 min 32 s)&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/xnugka" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-8262177777228575992?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/8262177777228575992/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2012/01/reindustrialiser-la-france-par.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8262177777228575992'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8262177777228575992'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2012/01/reindustrialiser-la-france-par.html' title='Réindustrialiser la France par l&apos;informatisation et l&apos;automatisation'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-5631636742313279321</id><published>2012-01-07T14:06:00.005+01:00</published><updated>2012-01-24T18:57:33.949+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='France Telecom'/><title type='text'>La Mamie du Cantal et les télécoms</title><content type='html'>Voici ce qu'a dit Stéphane Richard, le PDG de France Télécom : "Bien sûr, c'est une évidence, nous pourrons jouer sur les prix en fonction de ce que Free fera, mais tout ne se résume pas à un prix&amp;nbsp;! La Mamie du Cantal n'a pas besoin de la même offre qu'un geek à Paris. Free ne va pas rafler tous les clients avec une offre unique. Nous, nous essayons de proposer la meilleure offre pour chaque catégorie d'utilisateur." (Marie-Cécile Renault, "&lt;a href="http://www.lefigaro.fr/medias/2012/01/02/04002-20120102ARTFIG00149-orange-a-tout-un-arsenal-pour-repondre-a-free.php"&gt;Orange a tout un arsenal pour répondre à Free&lt;/a&gt;", &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 2 janvier 2012).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On devine ce que M. Richard tente maladroitement d'exprimer&amp;nbsp;: il s'agit de segmenter la population des utilisateurs, de tenir compte de la diversité de leurs besoins afin de pouvoir présenter à chaque segment une offre qui lui convienne. Il n'y a rien à redire à cela. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais une segmentation doit être finement judicieuse&amp;nbsp;: or il n'y a pas que des Mamies dans le Cantal, il s'en trouve aussi à Paris. Il y a par ailleurs des geeks dans le Cantal, et il se trouve même quelques geeks parmi les Mamies. Ni l'âge, ni la localisation ne sont des critères pertinents pour une segmentation selon les besoins en télécoms. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;La façon dont M. Richard s'exprime pourrait faire croire qu'il pense que le boulevard périphérique de Paris est la frontière de la compétence dans le numérique, et que l'âge en est une autre ainsi subsidiairement que le sexe : les Mamies seraient moins compétentes que les Papys, les vieux que les jeunes, les provinciaux que les parisiens, les campagnards que les citadins. Ce n'est sans doute pas exactement ce qu'il pense, mais des phrases comme celle qu'il a prononcée révèlent la stratégie de son entreprise. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les geeks et Mamies du Cantal, et plus généralement tous ceux qui résident dans les zones rurales, sont en effet aujourd'hui privés non seulement du haut débit pour l'accès à l'Internet mais aussi, très souvent, du service téléphonique de base qualifié pourtant de "service universel" et qui souffre de pannes fréquentes et longues. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la segmentation de sa clientèle, France Télécom ne devrait tenir compte ni du critère géographique, ni de l'âge, ni du sexe : dans toutes les zones du pays se trouvent et des geeks, et des Mamies, et parfois des Mamies qui sont des geeks : toutes doivent donc pouvoir être servies de la même façon. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mentionner la localisation géographique, l'âge ou le sexe comme critère de la segmentation, suggérer qu'il n'y a que des Mamies supposées inexpertes dans le Cantal, c'est fournir un alibi à cette stratégie d'écrémage qui consiste à servir en priorité les zones densément peuplées, où la dépense en génie civil est moins élevée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est, quoique l'on dise, tourner le dos à la connaissance des besoins pour ne considérer que le coût des équipements, et ainsi trahir la mission civique qui est celle d'un opérateur télécoms.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-5631636742313279321?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/5631636742313279321/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2012/01/la-mamie-du-cantal-et-les-telecoms.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/5631636742313279321'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/5631636742313279321'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2012/01/la-mamie-du-cantal-et-les-telecoms.html' title='La Mamie du Cantal et les télécoms'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-8448314529272952376</id><published>2011-12-28T11:02:00.016+01:00</published><updated>2011-12-30T12:42:14.685+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Erik Brynjolfsson et Andrew MacAfee, Race Against the Machine, Digital Frontier Press, 2011</title><content type='html'>&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=B005WTR4ZI&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;Erik Brynjolfsson est l'un des rares économistes qui ont su voir la nature et l'importance du phénomène de l'informatisation. On peut consulter ses travaux sur le &lt;a href="http://ebusiness.mit.edu/erik/" target="_blank"&gt;site du MIT&lt;/a&gt; où il est professeur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce livre écrit avec Andrew MacAfee il passe en revue les diverses façons dont les économistes expliquent la montée du chômage et de l'inégalité des revenus&amp;nbsp;: certains évoquent un épisode défavorable du cycle conjoncturel, d'autres la stagnation que suscite un déclin de la capacité à innover, d'autres enfin la «&amp;nbsp;fin du travail&amp;nbsp;» car l'emploi est supprimé par l'automatisation [1]. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brynjolfsson adhère à la troisième explication, mais il lui ajoute un complément important&amp;nbsp;: une économie mature, c'est-à-dire parvenue à l'équilibre en regard de son potentiel productif, met naturellement en œuvre la totalité de sa force de travail. C'est donc l'inadaptation au système technique informatisé due à la persistance d'habitudes et formes d'organisation héritées du système antérieur qui explique le sous-emploi, et non l'informatisation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La moitié de l'échiquier&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ses effets, dit Brynjolfsson, ne font que commencer à se manifester car leur évolution est exponentielle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il illustre cela par une comparaison : si l'on place, comme dans la légende indienne, un grain de riz sur la première case d'un échiquier, puis deux sur la seconde, quatre sur la troisième etc. en multipliant leur nombre par deux à chaque étape, on en aura si l'on s'arrête à la moitié de l'échiquier 2&lt;sup&gt;32&lt;/sup&gt; - 1, soit de l'ordre de 10&lt;sup&gt;9&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;: c'est la récolte annuelle d'une bonne exploitation. Mais si l'on va jusqu'au bout de l'échiquier on en aura 2&lt;sup&gt;64&lt;/sup&gt; - 1, soit de l'ordre de 10&lt;sup&gt;19&lt;/sup&gt; grains&amp;nbsp;: cela forme une montagne de riz plus haute que l'Everest...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec l'informatisation nous ne sommes, dit encore Brynjolfsson, &lt;i&gt;qu'à la moitié de l'échiquier&lt;/i&gt;. L'évolution future sera donc beaucoup plus importante, plus bouleversante que celle que nous avons connue. Il en cite deux signes avant-coureurs&amp;nbsp;: le progrès des logiciels de traduction automatique et l'automatisation réussie par Google de la conduite des automobiles montrent que l'informatique sait faire, aujourd'hui, des choses que l'on jugeait impossibles voici quelques années.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation a déjà bouleversé les institutions et les entreprises, qui peinent à trouver la forme d'organisation adéquate. Elle va les bouleverser plus encore. Quelle est donc la formule du succès&amp;nbsp;? Brynjolfsson décrit une expérience qui en fournit la clé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La formule du succès&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Big Blue&lt;/i&gt;, l'ordinateur d'IBM, a battu aux échecs le champion du monde, Gary Kasparov. Mais cet ordinateur a lui-même été ensuite vaincu par un alliage d'êtres humains et d'ordinateurs. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Kasparov dit que la formule la plus efficace est celle qui a associé «&amp;nbsp;deux joueurs amateurs assistés par trois ordinateurs. Leur habileté dans l'utilisation de l'ordinateur pour étudier en profondeur les positions leur a permis de vaincre des grands maîtres, dont l'expertise était pourtant supérieure à la leur, ainsi que d'autres concurrents disposant d'une plus grande puissance informatique&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici donc la &lt;i&gt;formule du succès&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;b&gt;"Humain moyen + ordinateur + excellent processus" est supérieur à "Ordinateur puissant" et, ce qui est plus surprenant, à "Humain expert + ordinateur + processus médiocre"&lt;/b&gt;&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La compétition qui importe n'est donc pas celle qui oppose les êtres humains à l'ordinateur («&amp;nbsp;&lt;i&gt;race against machines&lt;/i&gt;&amp;nbsp;»), mais celle que se livrent des entreprises qui mettent intelligemment en œuvre l'alliage de l'être humain et de l'ordinateur («&amp;nbsp;&lt;i&gt;race with machines&lt;/i&gt;&amp;nbsp;»).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'économie informatisée, lorsqu'elle sera parvenue à l'équilibre, s'appuiera ainsi sur l'alliage entre des êtres humains convenablement formés (mais ce ne seront pas nécessairement des «&amp;nbsp;superstars&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: l'équilibre économique suppose une classe moyenne nombreuse) et des ordinateurs judicieusement programmés, cet alliage étant mis en œuvre selon un processus bien conçu. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brynjolfsson ne parle pas dans ce livre de la supervision (ou animation) du processus, ce n'était pas son objet. Mais elle est nécessaire parce qu'aucun logiciel n'est parfait [2], que les automates et les réseaux connaissent des pannes et que les êtres humains sont faillibles. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La formule du succès (et donc du plein-emploi) réside donc dans la qualité des relations entre les trois sommets du triangle ci-dessous&amp;nbsp;: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-UIGCfh6NmbA/TvrnOK9QEZI/AAAAAAAAAKc/bAjx8FaOZ4I/s1600/bryn1.bmp" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="132" src="http://4.bp.blogspot.com/-UIGCfh6NmbA/TvrnOK9QEZI/AAAAAAAAAKc/bAjx8FaOZ4I/s320/bryn1.bmp" width="320" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Formule de l'entreprise informatisée&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;La flèche du bas désigne l'alliage de l'être humain avec l'automate programmable ubiquitaire qu'est l'ordinateur en réseau (voir &lt;a href="http://www.volle.com/travaux/alliage.htm" target="_blank"&gt;L'émergence d'un alliage&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour que cette formule fonctionne convenablement lors de l'activité productive, il faut l'avoir préparée par un investissement sur les sommets et relations que comporte un autre triangle (voir &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/07/lingenierie-du-systeme-dinformation.html" target="_blank"&gt;L'ingénierie du système d'information&lt;/a&gt;)&amp;nbsp;: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-2QVUw4uVrSA/Tvrn0EmQ-OI/AAAAAAAAAKw/g4jJiM8rHl8/s1600/bryn2.bmp" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="134" src="http://4.bp.blogspot.com/-2QVUw4uVrSA/Tvrn0EmQ-OI/AAAAAAAAAKw/g4jJiM8rHl8/s320/bryn2.bmp" width="320" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Formule de l'informatisation&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;Les échecs et catastrophes qui se produisent si souvent dans les entreprises s'expliquent tous, en dernière analyse, par l'inexistence ou l'inadéquation du modèle de processus&amp;nbsp;; ou bien par un mauvais dimensionnement ou une programmation erronée de la ressource informatique&amp;nbsp;; ou bien par un défaut dans la formation des agents&amp;nbsp;; ou bien enfin par l'inexistence ou le mauvais fonctionnement de la supervision. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les emplois nécessaires à la production physique auront certes été réduits par l'automatisation, tout comme les emplois dans l'agriculture ont été naguère réduits par la mécanisation. La force productive trouvera cependant de quoi s'employer dans la conception de produits de qualité diversifiés ainsi que dans le soin apporté à la connaissance fine des besoins et à la relation avec les clients. &lt;br /&gt;__&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[1] «&amp;nbsp;As President Obama has observed, factories that used to employ 1,000 workers can now be even more productive with less than 100&amp;nbsp;» (David Brooks, «&amp;nbsp;Midlife Crisis Economics&amp;nbsp;», &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, 26 décembre 2011).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[2] «&amp;nbsp;Despite the best efforts of software engineers to produce high-quality software, inevitably some bugs escape even the most rigorous testing process and are first encountered by end users&amp;nbsp;» (David Pacheco, «&amp;nbsp;Postmortem Debugging in Dynamic Environments&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Communications of the ACM&lt;/i&gt;, 12/2011, p. 44).&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-8448314529272952376?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/8448314529272952376/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/erik-brynjolfsson-et-andrew-macafee.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8448314529272952376'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8448314529272952376'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/erik-brynjolfsson-et-andrew-macafee.html' title='Erik Brynjolfsson et Andrew MacAfee, &lt;i&gt;Race Against the Machine&lt;/i&gt;, Digital Frontier Press, 2011'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-UIGCfh6NmbA/TvrnOK9QEZI/AAAAAAAAAKc/bAjx8FaOZ4I/s72-c/bryn1.bmp' height='72' width='72'/><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-6588206232562046124</id><published>2011-12-25T10:06:00.005+01:00</published><updated>2012-01-04T12:26:48.685+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sciences'/><title type='text'>James Gleick, Genius, Vintage Books, 1991</title><content type='html'>&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=0679747044&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;Cette biographie nous fait entrer dans l'intimité de Richard Feynman, qui fut l'un des plus grands physiciens du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contrairement à beaucoup d'autres Feynman ne donne pas la priorité à la mise en forme théorique qui permet de déduire les lois de la nature à partir de quelques hypothèses bien choisies et donc, en somme, de reconstruire le monde par la pensée. Il s'intéresse d'abord aux &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt;, aux phénomènes, et s'il utilise les mathématiques en virtuose il les considère comme une boîte à outils et non comme le porche de la compréhension de la nature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, alors qu'un Landau pose le principe de moindre action au début de son cours de mécanique puis en déduit l'essentiel de l'édifice théorique de la physique, Feynman part d'un &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; qui a d'abord été considéré comme une hypothèse, puis que l'expérience a confirmé et que l'observation a enfin constaté&amp;nbsp;: la nature corpusculaire, atomique, de la matière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il aime à explorer les phénomènes auxquels il ne comprend rien. Parfois il parvient à les comprendre, parfois il est contraint de s'arrêter en chemin et alors sa curiosité l'oriente vers d'autres phénomènes, d'autres recherches&amp;nbsp;: il s'intéressera par exemple à la biologie. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Il n'aime pas à lire les travaux ni les articles des autres chercheurs. Dès qu'il a entrevu le sujet dont un auteur s'occupe, il en abandonne la lecture pour se lancer dans sa propre réflexion, ses propre calculs et souvent il arrive au résultat en empruntant des raccourcis, en utilisant des approximations  auxquelles l'auteur n'avait pas songé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=0465023827&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;Son univers intellectuel est celui de la physique du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, bâtie sur la relativité générale, la mécanique quantique et la typologie des particules élémentaires. Contrairement à d'autres pédagogues, qui croient devoir faire passer l'étudiant par la mécanique de Newton avant de lui présenter la physique moderne, il part dans ses &lt;i&gt;Lectures on Physics&lt;/i&gt; de la réalité que révèlent les expériences les plus récentes puis présente les théories qui en rendent compte&amp;nbsp;: cela supprime nombre d'obstacles et de paradoxes apparents sur lesquels bute l'étudiant de bonne volonté. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La passion qui le pousse à s'expliquer les phénomènes, l'instinct qui le guide vers des approximations judicieuses, sa familiarité physique et pourrait-on dire manuelle avec les choses le dotent d'une parfaite indépendance d'esprit. Il est impossible d'intimider Feynman car il est aussi intrépide envers les personnes que modeste devant la complexité de la nature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après l'explosion de la navette Challenger les dirigeants de la NASA font tout pour masquer leurs erreurs. Feynman plonge dans l'eau glacée un morceau de la matière qui sert à sceller les propulseurs et constate que le froid lui fait perdre de son élasticité, donc de son efficacité. Ce geste d'une élégante simplicité suffit pour expliquer l'accident et pour mettre en évidence la responsabilité de potentats qui n'avaient pas voulu entendre les alertes émises par les ingénieurs.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-6588206232562046124?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/6588206232562046124/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/james-gleick-genius-vintage-books-1991.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6588206232562046124'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6588206232562046124'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/james-gleick-genius-vintage-books-1991.html' title='James Gleick, &lt;i&gt;Genius&lt;/i&gt;, Vintage Books, 1991'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-1790933846992044484</id><published>2011-12-23T20:35:00.005+01:00</published><updated>2011-12-28T19:05:07.773+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Conférence à Settat : texte</title><content type='html'>Voici le texte de la conférence donnée à la faculté des sciences et techniques de Settat (Maroc) le 11 mai 2011 à l'invitation du professeur Jaouad Dabounou. Les vidéos sont à la page &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/12/blog-post.html" target="_blank"&gt;http://michelvolle.blogspot.com/2010/12/blog-post.html&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Informatisation et compétitivité&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Napoléon avait pris la mesure de l'avantage que l'industrialisation pouvait procurer à une nation. Dans le traîneau qui le ramène de Russie en décembre 1812, il se confie à Caulaincourt&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On a beau faire, dit-il, c’est moi qui ai créé l’industrie en France… le but du système continental est de créer en France et en Allemagne une industrie qui l’affranchisse de celle de l’Angleterre [1]&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'industrialisation avait démarré vers 1775. L'informatisation a débuté vers 1975. Pouvons-nous espérer que les dirigeants en auront dès 2012 compris la nature et l'importance ? On peut craindre qu'ils n'aient pas, sur ce point, un jugement aussi pénétrant que celui de l'empereur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans beaucoup d'entreprises, l'informatique est en effet considérée comme un «&amp;nbsp;centre de coûts&amp;nbsp;», comme une dépense qu'il convient de comprimer. Le gouvernement français vient de créer une Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication. Quelle est la première des missions données à cette direction&amp;nbsp;? De diminuer le coût de l'informatique&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup de dirigeants considèrent d'ailleurs l'informatisation comme une question technique,  qui doit être traitée par des techniciens et qui est donc indigne de retenir l'attention d'un stratège. Ils se trompent. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;En effet l'informatisation a &lt;i&gt;changé le monde&lt;/i&gt;, et donc notre façon d'agir et notre façon de penser. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a changé le monde parce que les réseaux, l'Internet en particulier, ont supprimé les effets de la distance géographique&amp;nbsp;: la relation entre mon ordinateur et un serveur quelconque est la même, qu'il soit situé dans le même immeuble que moi ou à l'autre bout du monde. Étant également accessible de partout, le «&amp;nbsp;cyberespace&amp;nbsp;» est donc &lt;i&gt;ubiquitaire&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatique a par ailleurs permis d'automatiser la logistique des containers et le coût du transport des biens non pondéreux est devenu  négligeable. Tout cela concourt, pour le meilleur et pour le pire, à une &lt;i&gt;mondialisation&lt;/i&gt; de l'économie qui a complétement transformé les conditions de la concurrence comme de l'équilibre économique et géopolitique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous reviendrons sur d'autres aspects du phénomène&amp;nbsp;: il est utile, dans cette introduction, de considérer une analogie éclairante. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la charnière des XVIIIe et XIXe siècle la richesse relative des nations a été bouleversée par l'industrialisation – ou, pour être plus précis, par la mécanisation et la chimisation du système productif – d'abord en Grande-Bretagne, puis en France et en Allemagne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les pays qui se sont tenus à l'écart de cette évolution ont bientôt été dominés et parfois colonisés&amp;nbsp;: ce fut par exemple le cas de la Chine. Elle avait été au XVIIe siècle la plus riche, la plus prospère des nations&amp;nbsp;: les paysans chinois étaient alors plus à l'aise que les paysans français et cela avait beaucoup impressionné les missionnaires jésuites. Mais comme la dynastie mandchoue, profondément conservatrice, a par la suite refusé l'industrialisation, la Chine devint au XIXe siècle une proie pour les pays industrialisés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh bien l'informatisation succède aujourd'hui à l'industrialisation – ou plutôt, pour être plus précis, nous dirons qu'elle est l'étape actuelle de l'industrialisation. Son émergence ne supprime certes ni la mécanique, ni la chimie – pas plus que la mécanisation n'avait supprimé l'agriculture qui avait été jusqu'au XVIIIe siècle la principale source de richesse – mais elle les &lt;i&gt;transforme&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les cartes de la géopolitique sont ainsi redistribuées. Les pays émergents forment des informaticiens, organisent leurs entreprises, développent leur compétitivité et prennent toute leur place dans le concert des nations tandis que les anciens pays industrialisés, alors même qu'ils ont été les premiers à s'informatiser, peinent sous le poids d'institutions devenues obsolètes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il faut donc approfondir, enrichir les exigences de la compétitivité. Lorsque la technique est stable, ou du moins lorsque l'économie reste globalement dans un même système technique fût-il évolutif, la compétitivité peut jouer sur deux attributs des produits&amp;nbsp;: le prix et la qualité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque l'économie migre d'un système technique à l'autre, par contre, il ne suffit plus pour une entreprise, pour un pays, de s'appliquer au prix et à la qualité des produits&amp;nbsp;: il faut aussi se réorganiser, se redéfinir dans le cadre du nouveau système technique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De ce point de vue on doit s'inquiéter pour la France. Si l'on considère la valeur du PIB elle est classée cinquième parmi les nations. Si l'on considère l'informatisation, les études disponibles la classent vingtième (OCDE, &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt; etc.). Pourra-t-elle rester durablement cinquième selon la richesse alors qu'elle est classée vingtième selon la maîtrise des techniques fondamentales ? Bien sûr que non. Elle risque plutôt de se retrouver à son tour dominée, colonisée, comme le furent au XIXe siècle la Chine et les autres pays qui ne s'étaient pas industrialisés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'on considère les grands accidents industriels, les grands échecs de l'industrie contemporaine, on voit qu'ils ont &lt;i&gt;presque tous&lt;/i&gt; eu pour cause un problème informatique. La construction de l'A380 a été ralentie parce que les Français et les Allemands n'utilisaient pas le même logiciel pour le plan de câblage. La mise au point de l'A400M est ralentie parce que l'on peine à mettre au point le programme informatique qui commande ses moteurs. La fusée Ariane a explosé à cause d'une bogue dans un logiciel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la conception des produits, l'informatique occupe une place prépondérante&amp;nbsp;: d'abord parce que l'on utilise massivement la simulation en 3D pour préciser le dessin et l'ajustement des pièces qui le composent, mais aussi parce que l'informatisation a transformé la mécanique. Auparavant, la transmission d'information, la synchronisation des organes d'une machine, d'un moteur, étaient réalisées à l'aide d'engrenages, arbres à cames, courroies, poulies etc. Elle est de plus en plus réalisée par des composants électroniques, des bus informatiques et des logiciels, et cela la rend à la fois plus précise et plus riche en possibilités. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Oui, le monde a changé, la nature a changé – si l'on accepte d'appeler «&amp;nbsp;nature&amp;nbsp;» non seulement la nature physique et biologique, mais aussi l'état des choses tel qu'il résulte de l'action humaine&amp;nbsp;: une fois qu'une maison a été construite ou qu'une route a été tracée, ces artefacts dont la conception est sortie de l'esprit humain s'agrègent au monde de la nature pour s'offrir à notre action comme ressource, outil ou obstacle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation a provoqué dans les entreprises un changement brutal de la structure de l'emploi, de la nature des produits et de la façon de produire. Ce changement a été plus subi que voulu ou même pensé&amp;nbsp;: il s'est produit sous la pression de la nécessité et ses conséquences se déploient avec la vigueur d'un phénomène naturel. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La production des biens s'est massivement automatisée. Dans une usine, presque tout est fait par des automates (il suffit pour s'en convaincre de visiter des usines ou, à défaut, de regarder la série «&amp;nbsp;Comment c'est fait&amp;nbsp;» sur &lt;i&gt;Discovery Channel&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;: seul reste à y faire le travail de supervision, de réglage, de maintenance, et aussi parfois l'emballage parce que celui-ci est trop difficile à automatiser. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr cette automatisation a un coût qui ne fait que renchérir la conception du produit&amp;nbsp;: l'entreprise contemporaine est &lt;i&gt;ultra-capitalistique&lt;/i&gt; car l'essentiel du coût de production réside dans l'investissement initial. Les effectifs consacrés à la conception – organisation, plans et programmes informatiques, élaboration d'équipements ad hoc – sont donc beaucoup plus importants qu'autrefois. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les entreprises qui veulent satisfaire et fidéliser leurs clients doivent par ailleurs développer des services financiers, de conseil, d'assistance, de maintenance etc.&amp;nbsp;Les produits sont devenus des assemblages de biens et de services, et l'emploi qui a été chassé de la production physique par l'automatisation se retrouve dans le déploiement de la conception et des services. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'évolution de la &lt;i&gt;façon de produire&lt;/i&gt; change naturellement la &lt;i&gt;façon de penser&lt;/i&gt;. L'informatisation implique d'équiper l'entreprise d'une doublure informationnelle, d'un langage qui représente dans le système d'information les êtres avec lesquels elle est en relation et sur lesquels elle agit&amp;nbsp;: le système d'information est bâti sur un socle sémantique dont la qualité va conditionner son efficacité. Cela suppose une «&amp;nbsp;pratique de l'abstraction&amp;nbsp;», une abstraction à finalité pratique qui diffère beaucoup de l'abstraction contemplative que nous avons héritée de notre tradition intellectuelle et qui est déconnectée de l'action. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation modifie aussi l'organisation et la façon d'agir. Dans l'entreprise industrielle, mécanisée d'autrefois, la conception et l'organisation étaient le fait d'une petite équipe d'ingénieurs et de dirigeants puis la production était réalisée, de façon répétitive, par une foule d'ouvriers travaillant selon des consignes strictes. Dans l'entreprise informatisée, le travail répétitif est automatisé&amp;nbsp;: seule reste à faire par l'être humain la partie non répétitive ou imprévisible du travail. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi le «&amp;nbsp;cerveau d’œuvre&amp;nbsp;» a remplacé la main d’œuvre et il lui est demandé de prendre des décisions, d'exercer des responsabilités que l'organisation ne peut pas assurer&amp;nbsp;: le cerveau d’œuvre doit traiter la demande qu'un client a formulée selon un langage qui n'est pas celui de l'entreprise, agir à chaud pour régler un incident, bref agir à l'interface entre l'entreprise et la nature extérieure à l'entreprise – que ce soit la nature des matières premières, celle des techniques, ou celle des besoins des clients. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation ne se réduit pas donc pas à une automatisation&amp;nbsp;: elle a fait émerger un être nouveau, l'&lt;i&gt;alliage&lt;/i&gt; du cerveau humain et de l'automate, qui succède à l'alliage de la main d’œuvre et de la machine caractéristique du système technique antérieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut encore détailler d'autres conséquence de l'informatisation&amp;nbsp;: la diversification des produits, la nécessité de partenariats, la relation transcanal avec les clients, mais regardons plutôt ce qui se passe dans les entreprises et, à un niveau plus global, dans la société tout entière. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les entreprises avancent et évoluent, certes, mais comme à reculons, donc lentement et en faisant beaucoup d'erreurs. Dans leur majorité, nous l'avons dit, les dirigeants n'ont pas compris l'informatisation et ils n'en tirent pas les conséquences. La qualité du système d'information n'étant pas évaluée dans le bilan d'une entreprise, ceux qui ne pensent qu'à «&amp;nbsp;maximiser le profit&amp;nbsp;» ou à «&amp;nbsp;créer de la valeur pour l'actionnaire&amp;nbsp;» n'en perçoivent pas la nécessité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si les entreprises françaises étaient bien organisées et mettaient efficacement en scène l'alliage du cerveau humain et de l'automate, la France serait compétitive et le plein-emploi serait assuré. Nous en sommes loin car beaucoup de décisions stratégiques sont prises au rebours de ce qui serait nécessaire. Pour faire des économies de bouts de chandelle, l'entreprise sous-traitera sa relation avec les clients – le centre d'appel, le service de dépannage etc. – et gaspillera ainsi l'expérience qui s'acquiert à la première ligne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De façon très générale les entreprises répugnent à développer les services pourtant nécessaires à la qualité de leur produit&amp;nbsp;: elles croient que les services, «&amp;nbsp;ce n'est pas de la production&amp;nbsp;», et que seuls méritent le nom de «&amp;nbsp;produit&amp;nbsp;» les biens que l'on peut toucher de ses mains et soupeser. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation, il faut le dire, apporte autant de risques que de possibilités. Les automates tombent en panne, les logiciels ont des défauts&amp;nbsp;: il faut donc une supervision attentive, il faut  se protéger des manœuvres malveillantes. Il faut aussi ne pas être dupe de la puissance des automates. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut expliquer la crise financière par l'illusion de sécurité qu'apporte l'informatique et par la puissance incontrôlée qu'elle a mise entre les mains des opérateurs&amp;nbsp;: lorsque la sensation du risque disparaît, l'arbitrage entre rendement et risque qui fait le cœur de la finance est déséquilibré et le risque réel croît jusqu'à la catastrophe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatique a donné d'ailleurs, avec la complicité des banques et de pays voyous, l'arme du &lt;i&gt;blanchiment&lt;/i&gt; à des &lt;i&gt;prédateurs&lt;/i&gt; qui font fortune en s'emparant de patrimoines mal protégés et en les dépeçant. Les gains que procurent la fraude, la corruption et la criminalité peuvent aussi se recycler dans l'économie légale&amp;nbsp;: la mafia a pris le contrôle de régions entières, de secteurs de l'économie, voire dans certains pays du pouvoir politique – et cela ne lui aurait pas été possible sans le blanchiment informatisé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'Internet des objets va démultiplier et les possibilités, et les risques&amp;nbsp;: c'est le corps humain lui-même qui s'informatise, avec le téléphone «&amp;nbsp;intelligent&amp;nbsp;» que l'on porte à la ceinture et qui donne accès, où que l'on soit, à la ressource informatique personnelle, professionnelle, documentaire et ludique. L'ubiquité de l'informatique devient alors absolue, mais les questions de sécurité et de confidentialité, de protection de la vie privée, deviennent terriblement importantes&amp;nbsp;: ne risquons-nous pas de devenir les victimes de malfaiteurs ou, pis encore, d'un régime politique totalitaire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Face aux possibilités et aux risques que nous venons de décrire sommairement,  où en est la prise de conscience de la société&amp;nbsp;? Où en sont les économistes&amp;nbsp;? Quelle est l'initiative du politique&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La société est fascinée par des gadgets, iPhones et autres iPads, dont la commodité lui donne l'illusion que «&amp;nbsp;l'informatique, au fond, c'est très simple&amp;nbsp;» et qu'il n'y a donc pas à se casser la tête. Cette conviction est renforcée par la virtuosité des adolescents dans l'utilisation du clavier et de la souris, ou dans le &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt; et les jeux sur l'Internet –  il y a pourtant loin entre cette virtuosité et la compétence en modélisation et en programmation qui est nécessaire pour mettre en place un système d'information.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La science économique, née en 1776 avec la &lt;i&gt;Richesse des nations&lt;/i&gt; d'Adam Smith, s'est  formée en symbiose avec l'industrialisation. Elle peine donc à assimiler le nouveau système technique et beaucoup de ses recommandations sont à contre-courant&amp;nbsp;: ni l'apologie de la concurrence et du libre échange, ni la démolition du service public à laquelle les «&amp;nbsp;libéraux&amp;nbsp;» s'acharnent, ne sont de mise dans une économie informatisée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En France le politique est fasciné par le «&amp;nbsp;numérique&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: il déploie des réseaux en fibre optique et des micro-ordinateurs, il «&amp;nbsp;dématérialise&amp;nbsp;» les paperasses, mais tout cela reste marginal par rapport au phénomène. On ne voit jamais mentionner l'informatisation parmi les priorités de la nation. Et pourtant s'il est vrai comme nous le croyons qu'elle est la forme actuelle de l'industrialisation, que sa réussite conditionne à terme la place de notre pays et son droit à la parole dans le concert des nations, il serait temps que les politiques l'assument et nous en parlent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelles sont d'ailleurs les priorités d'une population ? Je crois qu'on peut dire que ce sont, dans l'ordre, l'emploi, l'éducation, la santé, la justice et le logement. Sur chacune d'entre elles l'informatisation peut apporter une efficacité inédite&amp;nbsp;: il faut d'abord en prendre conscience, puis agir en conséquence. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;___________&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[1] Caulaincourt, Mémoires, Plon, 1933, vol. 2, p. 215 et 261.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-1790933846992044484?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/1790933846992044484/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/informatisation-et-competitivite.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/1790933846992044484'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/1790933846992044484'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/informatisation-et-competitivite.html' title='Conférence à Settat : texte'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-3184198473365330932</id><published>2011-12-23T18:56:00.006+01:00</published><updated>2011-12-28T19:05:38.732+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vidéo'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Conférence à Settat : vidéos</title><content type='html'>Voici les cinq vidéos successives de la conférence donnée le 10 mai 2011 à la faculté des sciences et des techniques de Settat (Maroc) à l'invitation du professeur Jaouad Dabounou. Le texte écrit de cette conférence est à la page &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/informatisation-et-competitivite.html" target="_blank"&gt;http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/informatisation-et-competitivite.html&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Introduction et première partie&amp;nbsp;:&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.youtube.com/v/5KzP2znnJsc?version=3" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Deuxième partie&amp;nbsp;:&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.youtube.com/v/wJ_DadZJ2s8?version=3" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Troisième partie&amp;nbsp;:&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.youtube.com/v/i1BUAKUajkA?version=3" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Quatrième partie&amp;nbsp;:&lt;/b&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.youtube.com/v/Mt-fU6-m2So?version=3" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Cinquième partie&amp;nbsp;:&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.youtube.com/v/S7HbOxfJS-0?version=3" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-3184198473365330932?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/3184198473365330932/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2010/12/blog-post.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3184198473365330932'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3184198473365330932'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2010/12/blog-post.html' title='Conférence à Settat : vidéos'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-160429461958249998</id><published>2011-12-23T13:57:00.016+01:00</published><updated>2011-12-28T19:06:07.135+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Anthropologie'/><title type='text'>Fawn Brodie, Un diable d'homme, Libella 2011</title><content type='html'>&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2752905556&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;Le «&amp;nbsp;diable d'homme&amp;nbsp;» dont il s'agit, c'est Richard Burton – non l'acteur (1925-1984), mais l'explorateur (1821-1890). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'auteur de cette biographie suit les démarches de la psychanalyse pour comprendre son sujet. Certains ont critiqué cette méthode mais elle m'a paru intéressante et, en l'occurrence, justifiée par la complexité du personnage. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Burton a été, comme T. E. Lawrence, &lt;a href="http://www.volle.com/lectures/blanch.htm" target="_blank"&gt;Lesley Blanch&lt;/a&gt; et tant d'autres, de ces Britanniques qu'ont attirés le grand large, le vaste monde, les cultures orientales, les mœurs exotiques&amp;nbsp;: ils voulaient s'échapper des brumes de la Grande-Bretagne comme du carcan de la morale victorienne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contrairement à d'autres explorateurs que seule la géographie intéresse Burton a étudié les civilisations, les langues et les mœurs. Il a été l'un des pionniers de l'anthropologie. Il se déguisait pour se fondre dans une population&amp;nbsp;: déguisé ainsi en musulman, il a fait à ses risques et périls le pèlerinage de la Mecque. Il maîtrisait plusieurs dizaines de langues et dialectes, ce qui émerveillait ses contemporains. Ses traductions en anglais sont admirées pour leur exactitude et leur élégance. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Chacun peut sans doute apprendre autant de langues que Burton, mais à condition de se soumettre à une méthode très exigeante. Un tel effort n'est sans doute possible que si l'on est, comme Burton, passionnément attiré par la connaissance de l'Autre, cet «&amp;nbsp;autre&amp;nbsp;» multiple qui réside au cœur de chaque culture, de chaque facette d'une humanité commune à tous. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je cite le passage où il décrit sa méthode (p. 88)&amp;nbsp;: elle peut servir à ceux qui doivent apprendre rapidement une langue nouvelle&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;&lt;b&gt;Je me munis tout simplement d'une grammaire et d'un livre de vocabulaire, recopiai les formes et les mots qui, je le savais, étaient absolument nécessaires, puis les appris par cœur en m'aidant de feuillets que j'avais toujours en poche pour les consulter durant la journée à mes moments perdus. Jamais je ne travaillais plus d'un quart d'heure d'affilée, car passé ce temps-là le cerveau perd de sa vivacité. Après avoir appris sans peine trois cents mots environ par semaine, je parcourais quelque ouvrage de lecture facile (l'un des Évangiles est ce que l'on trouve de plus accessible), et j'y soulignais tous les mots dont je souhaitais me souvenir, afin de relire mon crayonnage au moins une fois par jour. Une fois mon livre terminé, alors j'étudiais attentivement les détails grammaticaux, puis je passais à un autre ouvrage dont le sujet me passionnait. À ce moment-là, les vannes de la langue m'étaient pour ainsi dire ouvertes, et les progrès allaient bon train. Lorsqu'il m'arrivait de tomber sur un son qui m'était inconnu – &lt;i&gt;'aïn&lt;/i&gt;, en arabe, par exemple -, alors j'habituais ma langue à le formuler en le répétant des milliers de fois par jour. Quand je lisais, c'était invariablement à haute voix, afin de mémoriser d'oreille les différents sons. J'adorais les caractères les plus compliqués, aussi bien en chinois qu'en cunéiforme, car je sentais qu'ils s'imprimaient d'eux-mêmes sur l’œil, et plus fortement, que les sempiternelles lettres romaines... Chaque fois que je conversais avec quelqu'un dans une langue que j'étais en train d'apprendre, je me donnais la peine de répéter en silence les mots que je venais d'entendre, et d'apprendre de cette façon-là les particularités de la prononciation et de l'accent tonique&lt;/b&gt;&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La pudibonderie victorienne exaspérait Burton qui estimait devoir décrire exactement ce qu'il avait vu et notamment les mœurs sexuelles des populations qu'il avait étudiées. Le même souci d'exactitude lui fit publier une traduction non expurgée des &lt;i&gt;Mille et une nuits&lt;/i&gt;. Cette attitude, qui ne choquerait personne aujourd'hui, lui donna en son temps une réputation sulfureuse de pornographe érudit. Sa femme, après sa mort, brûla le manuscrit auquel il tenait le plus et qu'il considérait comme le sommet de son œuvre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était très sensible à la beauté féminine. Voici un passage où cela s'exprime de façon délicate (p. 195 ; je mets en gras les phrases de Burton que cite le biographe)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tandis qu'il écoute lors de son pèlerinage le sermon prononcé sur le mont Arafat lors de son pèlerinage, ses yeux tombent sur une magnifique jeune femme de La Mecque – &lt;b&gt;peau safranée, silhouette comme les Arabes les aiment, svelte, gracile, souple, ainsi que doit l'être une silhouette féminine&lt;/b&gt;. Il la fixe longuement et &lt;b&gt;sentant qu'elle est objet d'admiration, elle écarte un tout petit peu son voile, suffisamment pour découvrir sa bouche que cerne une fossette et son menton rond. Elle m'a souri imperceptiblement et elle s'est détournée. Le pèlerin était dans l'extase&lt;/b&gt;. Burton tente alors de pousser son avantage, mais au moment où s'achève le sermon la foule se débande en une cohue qui dévale le flanc de la montagne, et en un rien de temps il la perd des yeux&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il admirait le courage des femmes (p. 202)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;b&gt;Dans les périodes difficiles, les femmes, laissant là leur faiblesse et leur frivolité habituelles, deviennent les compagnes et le soutien de l'homme. Là, entre ces deux extrêmes que sont la férocité et la sentimentalité, le sexe faible, remédiant à sa grande lacune, à savoir la force qui lui fait défaut, s'élève par le courage, tant physique que moral&lt;/b&gt;&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Faiblesse et frivolité&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: tout en étant un esprit vigoureux et indépendant, Burton partageait certains des préjugés de son temps. On trouve aussi dans ses écrits des passages qui, aujourd'hui, le feraient taxer de racisme&amp;nbsp;: assurément il n'a pas anticipé sur notre &lt;i&gt;political correctness&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas plus qu'un autre Burton ne pouvait, alors même qu'il rapportait &lt;i&gt;objectivement&lt;/i&gt; ce qu'il avait &lt;i&gt;vu&lt;/i&gt;, s'affranchir de son &lt;i&gt;point de vue  subjectif&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: c'est le cas de tout témoignage, de toute observation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais lorsque l'observateur ne se laisse pas enfermer dans la morale, la mode ou la &lt;i&gt;political correctness&lt;/i&gt; de son époque, son témoignage est &lt;i&gt;authentique&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: connaissant le point de vue qui est le sien, on peut alors interpréter ce qu'il rapporte et le transposer sous un autre point de vue. Cette authenticité étant la seule forme de vérité à laquelle puisse atteindre un témoignage, on aurait tort de le dénigrer sous le prétexte qu'il ne refléterait pas &lt;i&gt;la vérité absolue&lt;/i&gt;&amp;nbsp;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Burton n'est pas de ceux qui, pour éviter l'ethnocentrisme mais contre l'évidence, prétendent que toutes les sociétés se valent, et sa franchise intrépide a des avantages. Lorsqu'il décrit des mœurs cruelles, par exemple des mutilations rituelles ou des sacrifices humains, ou lorsqu'il décrit une population qui a abandonné sa propre culture pour glisser vers la barbarie, son dégoût n'est pas celui d'un occidental certain de sa supériorité mais celui de tout homme de bonne volonté - et il se trouve d'accord avec les quelques sages qui appartiennent à ces populations.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-160429461958249998?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/160429461958249998/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/fawn-brodie-un-diable-dhomme-libella.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/160429461958249998'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/160429461958249998'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/fawn-brodie-un-diable-dhomme-libella.html' title='Fawn Brodie, &lt;i&gt;Un diable d&apos;homme&lt;/i&gt;, Libella 2011'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-3455974737146988926</id><published>2011-12-18T10:40:00.014+01:00</published><updated>2011-12-28T19:06:53.109+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Stratégie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Entreprise'/><title type='text'>Un dirigeant doit savoir lire</title><content type='html'>Après la publication de la «&amp;nbsp;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/lettre-ouverte-aux-presidentiables.html" target="_blank"&gt;lettre ouverte aux présidentiables&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» j'ai reçu des messages amicaux mais critiques&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les dirigeants ne lisent pas&amp;nbsp;», m'écrit l'un, «&amp;nbsp;ils ne lisent pas une note qui fait plus de deux pages&amp;nbsp;», écrit un autre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai souvent entendu ces phrases-là. Quoique «&amp;nbsp;réalistes&amp;nbsp;» elles m'ont toujours paru envelopper une erreur&amp;nbsp;: dans les informations qu'un dirigeant reçoit il faut en effet distinguer celles qui sont &lt;i&gt;conjoncturelles&lt;/i&gt; et celles qui sont &lt;i&gt;structurelles&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les informations conjoncturelles sont celles qui lui permettent d'agir, de décider, dans une situation qu'il connaît bien : ce sont, disons, les informations nécessaires à un joueur de football pendant un match. Point n'est besoin de les entourer de longues explications et&amp;nbsp;il faut d'ailleurs agir vite&amp;nbsp;: des notes de deux pages, un tableau de bord court et judicieusement sélectif peuvent suffire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les informations structurelles sont celles qui permettent à un dirigeant de comprendre une situation nouvelle, un territoire nouveau qui se propose à son action&amp;nbsp;: c'est, pour filer la métaphore, l'information dont aurait besoin un footballeur s'il lui fallait se mettre à jouer au handball. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Quand la situation change, quand les règles du jeu sont transformées, il faut apprendre les nouvelles règles et acquérir de nouveaux réflexes. Le footballeur qui veut se mettre au handball, aussi expérimenté soit-il, &lt;i&gt;redevient un apprenti&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: il doit écouter un instructeur, consacrer  à l'apprentissage le temps et l'effort nécessaires.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La plupart de nos dirigeants estiment qu'ils s'abaisseraient en redevenant des apprentis : étant parvenus au sommet ils croient en savoir assez. Ils vont donc exiger que l'on fasse tout passer par l'entonnoir de la «&amp;nbsp;note de deux pages&amp;nbsp;» mais son étroitesse empêche la transmission de l'information structurelle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour prendre une autre métaphore, supposez que l'entreprise soit une automobile dont le dirigeant est un excellent conducteur&amp;nbsp;: il interprète vite les signaux, il conduit habilement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voici que le contexte change&amp;nbsp;: cette automobile se trouve dotée d'ailes qui la transforment en avion. Si le dirigeant ne perçoit pas cette transformation ou encore si, estimant en savoir assez, il refuse d'apprendre à piloter, il pourra tout au plus faire rouler l'avion sur la piste. L'entreprise, collée au sol, ignorera alors la troisième dimension dans laquelle d'autres savent évoluer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque le &lt;i&gt;système technique&lt;/i&gt; change, le socle physique du système productif est transformé&amp;nbsp;: &lt;i&gt;l'informatisation a donné des ailes aux entreprises&lt;/i&gt;. Pour en prendre conscience, pour évaluer les possibilités et les risques qui se présentent, pour conquérir le cyberespace, les notes de deux pages ne peuvent pas suffire. Un dirigeant qui ne sait rien lire d'autre usurpe la fonction de stratège.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Qu'est-ce que «&amp;nbsp;savoir lire&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? C'est d'abord &lt;a href="http://www.volle.com/opinion/choix.htm" target="_blank"&gt;choisir ses lectures&lt;/a&gt; car on ne peut pas tout lire. Il faut savoir sélectionner les textes que l'on lira lentement et attentivement&amp;nbsp;: quelques phrases suffisent d'ailleurs à un bon lecteur pour évaluer un texte selon le &lt;i&gt;ton&lt;/i&gt; et la tenue. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je conçois que l'on rejette un texte parce que l'on ne s'intéresse pas à son sujet ou parce qu'on le juge mal bâti et confus. Par contre je ne conçois pas qu'on le rejette pour la seule raison qu'il serait «&amp;nbsp;trop long&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: un texte ne se juge pas selon sa longueur mais selon sa qualité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Refusera-t-on de lire &lt;i&gt;Guerre et paix&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La chartreuse de Parme&lt;/i&gt; parce qu'on les trouve «&amp;nbsp;trop longs&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Vous direz que les études et documents techniques ne sont pas de la littérature. C'est vrai, mais il faut savoir utiliser dans l'activité professionnelle l'art de la lecture acquis en lisant la littérature.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-3455974737146988926?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/3455974737146988926/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/un-dirigeant-doit-savoir-lire.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3455974737146988926'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3455974737146988926'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/un-dirigeant-doit-savoir-lire.html' title='Un dirigeant doit savoir lire'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-3605336832008879868</id><published>2011-12-12T12:44:00.006+01:00</published><updated>2012-01-07T10:59:48.856+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Lettre ouverte aux présidentiables</title><content type='html'>&lt;a href="http://www.volle.com/opinion/lettreouverte.pdf" target="_blank"&gt;Version imprimable&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Votre expérience de la politique est riche, vous vous préparez à exercer la plus haute fonction, mais comme vous n'avez jamais travaillé dans une grande entreprise vous ne pouvez pas savoir ce qui s'y passe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les ingénieurs n'ont certes pas votre compétence en politique, cependant ils vivent dans l'entreprise. Nous allons tenter ici de décrire, sans prétention, les enseignements qu'apporte cette expérience-là sur la crise économique et sur la façon d'en sortir. Vous trouverez peut-être cette lettre un peu longue, mais il n'est pas possible de condenser tout cela en une note de deux pages. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il suffit de visiter des usines pour voir qu'elles sont souvent remplies de robots. Les rares emplois que l'on y rencontre sont consacrés à la supervision et à la maintenance des automates ainsi qu'à l'emballage des produits. Si, par hypothèse, vous obteniez que les productions qui ont été délocalisées reviennent en France, elles y adopteraient cette même organisation automatisée. Il ne faut donc pas compter sur les usines pour assurer le plein emploi&amp;nbsp;: l'époque où l'emploi de masse était à la fois la condition et le débouché d'une production de masse est révolue. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis le milieu des années 1970 le système productif s'est &lt;i&gt;informatisé&lt;/i&gt;, et cela a conduit les entreprises à automatiser les opérations répétitives. On utilise le mot «&amp;nbsp;numérique&amp;nbsp;» pour désigner ce phénomène dont l'Internet est une des dimensions. Cependant les programmes, plans et projets des partis politiques ne considèrent que son amont (microélectronique, logiciel, réseau) et son aval (Web, médias etc.). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ne parlent jamais de son &lt;i&gt;cœur&lt;/i&gt;, qui est &lt;i&gt;l'informatisation du système productif&lt;/i&gt;. Les seules entreprises dont ils évoquent l'informatisation sont les PME dont on suppose, avec quelque condescendance, qu'elles n'ont pas encore compris le parti qu'elles pourraient tirer du Web. La grande entreprise, par contre, semble être le domaine réservé de ses dirigeants&amp;nbsp;: elle est protégée du regard par un tabou semblable à celui qui, au Moyen Âge, interdisait d'ouvrir le corps humain. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Que voit-on donc dans le siège social d'une grande entreprise&amp;nbsp;? Des personnes qui, sauf quand elles sont en réunion, travaillent devant l'écran-clavier qui leur donne accès à un système d'information. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'emploi ayant quitté l'usine, où se trouve-t-il&amp;nbsp;? Dans la conception des produits et dans la relation de l'entreprise avec le monde extérieur, donc pour l'essentiel dans la R&amp;amp;D et la «&amp;nbsp;première ligne&amp;nbsp;» qui assure le contact avec les clients, fournisseurs et partenaires. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ouvrons ces deux tâches pour voir de quoi il s'agit. «&amp;nbsp;Concevoir des produits&amp;nbsp;», c'est aussi concevoir la façon de les produire&amp;nbsp;: il faut définir, construire et programmer les automates qui réaliseront les tâches répétitives, puis organiser et outiller leur supervision par des êtres humains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme l'ont écrit Bertrand Gille dès 1978, Benjamin Coriat en 1990 puis plusieurs auteurs [1], l'économie est passée vers 1975 d'un «&amp;nbsp;système technique&amp;nbsp;» à l'autre&amp;nbsp;: alors qu'elle s'appuyait naguère sur la synergie entre la mécanique, la chimie et l'énergie, elle s'appuie désormais sur la synergie entre la microélectronique, le logiciel et l'Internet. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mécanique, la chimie, l'énergie n'ont certes pas disparu  mais tout comme l'agriculture au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle elles ne contiennent plus la clé de l'efficacité économique. &lt;i&gt;L'industrialisation&lt;/i&gt;, naguère synonyme de &lt;i&gt;mécanisation&lt;/i&gt;, est désormais synonyme d'&lt;i&gt;informatisation&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La nature des produits en a été transformée. Considérez l'automobile, produit emblématique de l'industrie mécanisée&amp;nbsp;: elle est devenue un &lt;i&gt;assemblage de biens et de services&lt;/i&gt;. À la voiture sont associés des services financiers, de conseil, une garantie pièce et main d’œuvre, l'entretien, des alertes éventuelles, la location etc. L'informatisation et l'Internet ont par ailleurs réduit à presque rien le coût du transport (sauf pour les biens les plus pondéreux)&amp;nbsp;: le marché est devenu mondial. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette situation est générale&amp;nbsp;: pratiquement &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les produits sont devenus des assemblages de biens et de services offerts sur le marché mondial et dont la cohésion est assurée par un système d'information. Certains sont de purs assemblages de services&amp;nbsp;: banque, assurance, santé, enseignement, transport etc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La conception du produit englobe, outre l'organisation de l'atelier qui élabore les biens, la définition des services et l'informatisation du processus de production. La compétitivité d'un tel assemblage dépend autant de la qualité de la relation avec le client – rapidité des dépannages, clarté de la communication, traitement des cas particuliers – que de celle du bien qui est sa composante matérielle&amp;nbsp;: si chez votre concessionnaire automobile le chef d'atelier est désagréable vous changerez de marque de voiture, et une PME changera de  photocopieuse si les dépannages sont trop lents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un raisonnement économique dont l'exposé serait trop long ici, mais que l'intuition appréhende aisément, montre que dans une telle économie la compétition se fait selon le rapport qualité/prix du produit et non selon le prix seul, chaque produit répondant aux besoins pratiques et symboliques d'un segment de clientèle sur lequel l'entreprise s'efforce de bénéficier d'un monopole [2]. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'entreprise est alors confrontée à des risques extrêmes&amp;nbsp;: sur un marché mondialisé l'innovation la mieux conçue, l’investissement le plus massif peuvent être déjoués par l'initiative d'un concurrent qu'elle n'aura pas vu venir. Il lui sera d'ailleurs souvent difficile de réunir toutes les compétences nécessaires. La production sera donc répartie entre des partenaires qui se partagent le risque et dont un système d'information assure l'interopérabilité. Le montage et l'animation du partenariat requièrent une «&amp;nbsp;ingénierie d'affaires&amp;nbsp;» où culmine l'art de l'entrepreneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque les tâches répétitives sont automatisées le travail humain se focalise sur l'innovation, la réponse à des incidents imprévus, le traitement des cas particuliers etc. Ainsi, alors que l'industrie mécanisée associait à la machine une &lt;i&gt;main d’œuvre&lt;/i&gt;, l'industrie informatisée emploie un &lt;i&gt;cerveau d’œuvre&lt;/i&gt; auquel elle délègue des responsabilités. Comme un cerveau cesse de fonctionner s'il n'est pas &lt;i&gt;écouté&lt;/i&gt;, on ne peut pas utiliser avec le cerveau d’œuvre le mode de commandement autoritaire que l'on avait cru devoir utiliser avec la main d’œuvre&amp;nbsp;: un nouveau type de relation s'impose.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'«&amp;nbsp;entreprise contemporaine&amp;nbsp;», celle qui sait tirer parti des possibilités que présente le système technique contemporain et qui répond à ses contraintes, est donc un réseau de partenaires qui produit des assemblages de biens et de services. Les usines sont automatisées, l'essentiel de l'emploi réside dans la conception et la première ligne, l'entreprise écoute ses agents. Un système d'information assure à la fois la cohésion de l'assemblage et celle du partenariat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si vous avez eu la patience de lire cette lettre jusqu'ici, nous vous suggérons de faire une courte pause avant de continuer cette lecture pour vous représenter, par l'imagination, à quoi ressemble cette entreprise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il saute aux yeux qu'aujourd'hui nombre d'entreprises ne sont pas conformes au schéma de l'«&amp;nbsp;entreprise contemporaine&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le passage au nouveau système technique a en effet transformé les conditions physiques, pratiques, de la production comme du rapport de l'entreprise avec le monde extérieur. Il a déstabilisé l'organisation des institutions, l'échelle des degrés de légitimité, la structure des priorités et orientations&amp;nbsp;: il en est résulté de profonds effets &lt;i&gt;anthropologiques&lt;/i&gt; (c'est-à-dire tout à la fois économiques, sociologiques, psychologiques, moraux, stratégiques etc.). Il est naturel que les esprits privés de leurs repères habituels s'affolent et que les stratégies soient, dans l'attente de la maturité, définies au rebours de l'efficacité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le slogan de la «&amp;nbsp;création de valeur pour l'actionnaire&amp;nbsp;», à la mode depuis le début des années 1980, a ainsi incité beaucoup de dirigeants à &lt;i&gt;trahir l'entreprise&lt;/i&gt; en se détournant de la qualité des produits, de l'efficacité de la production, de la satisfaction des clients et des compétences des salariés pour se focaliser sur le cours des actions et sur leurs propres stock-options [3]. Il en est résulté un faisceau de décisions qui, toutes, conspirent sous prétexte de «&amp;nbsp;faire des économies&amp;nbsp;» à détruire le potentiel productif. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup d'entreprises préfèrent ainsi avoir des sous-traitants qu'elles peuvent pressurer plutôt que des partenaires avec lesquels il leur faudrait parler d'égal à égal. S'épuisant dans la concurrence par les prix, elles négligent la qualité de leur produit, notamment celle des services rendus aux clients – certaines croient d'ailleurs ces services parasitaires. Elles se débarrassent de leurs déchets sans se soucier de leur traitement, qui leur semble toujours trop coûteux&amp;nbsp;: le sol est pollué par des produits toxiques, l'atmosphère par des gaz à effet de serre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;N'ayant pas trouvé la formule qui permet de distribuer la légitimité sans compromettre le pouvoir des dirigeants, elles refusent aux agents l'écoute qui leur permettrait d'assumer les responsabilités qu'elles leur délèguent. Alors que le système d'information, qui concrétise une écologie mentale, devrait être le levier de leur stratégie, elles se donnent pour seul but de réduire le coût de l'informatique. Elles préfèrent enfin délocaliser la production vers des pays à bas salaires pour éviter l'effort que demande l'automatisation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le secteur financier, par exemple, l'informatique et l'Internet ont favorisé l'unification mondiale du marché des actifs et l'automatisation a été poussée au point où personne – ni les dirigeants, ni même les mathématiciens qui conçoivent les algorithmes – n'est capable de maîtriser ses effets. On ne doit donc pas attribuer aux «&amp;nbsp;marchés&amp;nbsp;» un jugement ni une volonté&amp;nbsp;: la finance est devenue un automate déchaîné qu'aucune supervision ne contrôle. N'est-il pas étrange d'ailleurs que l'on accorde tant d'autorité à des «&amp;nbsp;marchés&amp;nbsp;» qui se tournent contre les États qui les ont sauvés de la faillite en 2008, et à des agences qui ont contribué à celle-ci en donnant la meilleure note à des produits empoisonnés&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les politiques, eux aussi déconcertés, ont cru trouver dans le déchaînement de la concurrence le remède à tous les maux&amp;nbsp;: les marchés nationaux se sont ouverts sans discrimination à toutes les importations, les économies d'échelle que comportent les réseaux et les externalités positives qu'ils apportent ont été compromises. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les consommateurs, de leur côté, choisissent encore souvent les produits selon le prix et non selon le rapport qualité/prix. Ainsi ni les entreprises et plus généralement les institutions, ni les consommateurs, ni les politiques ne savent comment tirer parti du système technique contemporain. Il en résulte une inefficacité massive ou, comme disent les économistes, un «&amp;nbsp;déséquilibre&amp;nbsp;» générateur de crises qui se répéteront, sous des formes diverses, aussi longtemps que l'économie ne sera pas parvenue à l'équilibre, aussi longtemps que les entreprises, les institutions et les consommateurs tourneront le dos à l'efficacité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Considérons le &lt;b&gt;chômage&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: s'il est élevé, cela signifie que le pays ne sait pas utiliser la totalité de sa force productive et donc que son système productif est mal organisé. Certes, la mission de l'entreprise n'est pas de «&amp;nbsp;créer des emplois&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: elle est de produire efficacement des choses utiles, non d'être une garderie de salariés. Par contre l'exigence du plein emploi s'applique au système productif dans son entier&amp;nbsp;: c'est donc l'affaire des institutions qui agissent au plan de la macroéconomie, de l’État, des syndicats, des partis politiques et du patronat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'usine s'étant vidée de ses ouvriers l'essentiel de l'emploi réside, nous l'avons dit, dans la conception et la première ligne&amp;nbsp;: c'est dans ces deux fonctions que la force productive doit pouvoir se manifester. Mais tant que les entreprises, tant que les politiques persévéreront à croire que les services sont parasitaires, que seule compte la production des biens et que le réalisme consiste à maltraiter le client, les emplois de la première ligne seront négligés et la force productive sera étouffée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Considérons le &lt;b&gt;commerce extérieur&lt;/b&gt;. On s'inquiète du déficit de la balance commerciale, on préconise de développer ou rapatrier les usines en France car ce sont les biens qui s'exportent et non les services. C'est oublier que ce qui importe n'est pas tant la balance commerciale que la &lt;i&gt;balance des transactions courantes&lt;/i&gt;, somme de la balance commerciale et des autres flux de revenus. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Revenons au schéma de l'entreprise contemporaine, point d'aboutissement des tendances qu'implique le système technique contemporain. Ses usines, automatisées, doivent être localisées dans le monde selon un compromis entre la maîtrise des dépenses de logistique, d'une part, et les exigences de l'articulation entre R&amp;amp;D et production d'autre part (expérimentation, supervision, contrôle etc.). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce compromis s'oppose autant à une délocalisation qui vise à réduire le coût de la main d’œuvre en évitant l'automatisation, qu'à une concentration indifférente aux dépenses de logistique et qu'à une dispersion indifférente aux exigences de la conception. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le flux de la richesse dépend en fait moins des échanges de biens que du partage des recettes et dépenses entre les partenaires. Ce partage est défini et contrôlé par l'entreprise qui, ayant conçu le produit, la façon de le produire et l'ingénierie d'affaires, anime le partenariat dont elle assure l'interopérabilité et l'intermédiation financière. Un pays qui veut conserver son influence et son droit à la parole dans l'économie contemporaine doit donc susciter la formation de telles entreprises. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant un risque se présente&amp;nbsp;: si les entreprises pratiquent l'optimisation fiscale, elles détourneront le flux de richesse et en priveront le pays. C'est ce qui se passe déjà aujourd'hui avec l'encouragement des banques et la complicité de certains partis politiques auxquels les paradis fiscaux, qui sont aussi des «&amp;nbsp;paradis du blanchiment&amp;nbsp;», procurent un financement illicite mais discret. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi apparaît le &lt;b&gt;problème politique&lt;/b&gt; essentiel. S'adressant au marché mondial, l'entreprise contemporaine est internationale même si ses racines sont nationales. Dès lors elle entretient avec le pays  le même rapport que les grands seigneurs à l'époque de la Fronde&amp;nbsp;: pour promouvoir leurs intérêts et ambitions un Turenne, un Condé etc. ont servi tantôt la France, tantôt ses ennemis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie la plus moderne, et potentiellement la plus performante, est donc confrontée à une résurgence de pouvoirs prédateurs dont l'émergence économique et politique des structures mafieuses est une illustration. Tout comme les grands féodaux ont su utiliser des ressources qui échappaient au contrôle des États à commencer par l'or, des réseaux privés mondiaux utilisent des systèmes d'information pour dissimuler et blanchir le résultat d'activités délictueuses. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La France a été bâtie par des hommes d’État qui voyaient clairement les contraintes et possibilités de leur époque&amp;nbsp;: Louis XI, Catherine de Médicis, Henri IV, Richelieu, Mazarin, de Gaulle, Mendès-France etc. Au début du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle Napoléon avait vu dans la mécanisation une priorité [4]. Quels sont, parmi les politiques d'aujourd'hui, ceux qui voient que la priorité est de réussir l'informatisation du pays, de son économie&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons besoin d'hommes d’État qui sachent utiliser les ressources de la diplomatie comme de la force pour instaurer l'équilibre économique du système technique contemporain, tourner au profit du pays son rapport avec les entreprises et contenir les prédateurs tout en tenant compte de l'action des autres pays et des institutions internationales (Europe, ONU etc.). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour pouvoir agir de la sorte, il faut avoir &lt;i&gt;compris&lt;/i&gt; les transformations anthropologiques qu'a provoquées le changement de système technique, &lt;i&gt;percevoir&lt;/i&gt; les possibilités qu'il ouvre comme les risques qui les accompagnent. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui serez-vous donc une fois élu, Monsieur le président de la République&amp;nbsp;: un Mazarin ou un Louis XV&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;________&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[1] Bertrand Gille, &lt;i&gt;Histoire des techniques&lt;/i&gt;, Gallimard, La Pléïade, 1978&amp;nbsp;; Benjamin Coriat, &lt;i&gt;L'atelier et le robot&lt;/i&gt;, Christian Bourgois, 1990.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[2] Michel Volle, &lt;i&gt;e-conomie&lt;/i&gt;, Economica, 2000.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[3] C'est le président de General Electric, Jack Welch, qui a lancé la mode de la «&amp;nbsp;&lt;i&gt;shareholder value&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» lors d'un discours à l'hôtel Pierre de New York en 1981. Il a changé d'avis par la suite : «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Shareholder value is the dumbest idea in the world. Shareholder value is a result, not a strategy... your main constituencies are your employees, your customers and your products&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» (Francesco Guerrera, «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.ft.com/cms/s/0/294ff1f2-0f27-11de-ba10-0000779fd2ac.html" target="_blank"&gt;Welch rues short-term profit ‘obsession’&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt;, 12 mars 2009).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[4] Dans le traîneau qui le ramène de Russie en décembre 1812 l'Empereur se confie à Caulaincourt&amp;nbsp; «&amp;nbsp;On a beau faire, dit-il, c’est moi qui ai créé l’industrie en France. Le but du système continental est de créer en France et en Allemagne une industrie qui l’affranchisse de celle de l’Angleterre&amp;nbsp;».(Caulaincourt, &lt;i&gt;Mémoires&lt;/i&gt;, Plon, 1933, vol. 2, p. 215 et 261).&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-3605336832008879868?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/3605336832008879868/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/lettre-ouverte-aux-presidentiables.html#comment-form' title='16 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3605336832008879868'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3605336832008879868'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/lettre-ouverte-aux-presidentiables.html' title='Lettre ouverte aux présidentiables'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>16</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-3841530204033369874</id><published>2011-12-07T10:50:00.003+01:00</published><updated>2011-12-25T11:57:18.981+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='France Telecom'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Société'/><title type='text'>Les télécoms dans les Hautes Cévennes</title><content type='html'>Je reproduis ci-dessous le compte rendu de l'assemblée générale de l'association «&amp;nbsp;Allô, où sommes-nous&amp;nbsp;» le 22 octobre : il montre où en sont les services télécoms dans une zone à faible densité de population. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Les services télécoms dans les Hautes-Cévennes sont diversifiés&amp;nbsp;: &lt;br /&gt;-  téléphonie filaire, «&amp;nbsp;service universel&amp;nbsp;» offert par l'opérateur historique, France Telecom&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- téléphonie mobile&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- accès à l'Internet&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;- via le réseau téléphonique filaire selon la technique ADSL&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;- par satellite&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;- via le réseau hertzien offert par Meshnet. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Le tour d'horizon a apporté les informations suivantes. &lt;br /&gt;1) &lt;b&gt;Téléphonie filaire&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: le service est de très mauvaise qualité. Les pannes sont fréquentes et parfois longues (plusieurs semaines) et sur certaines lignes le signal vocal est inaudible.&lt;br /&gt;France Telecom ne respecte donc pas dans les Hautes-Cévennes ses obligations concernant le «&amp;nbsp;service universel&amp;nbsp;», mais lorsque ses clients se plaignent ils reçoivent des réponses orales ou même écrites mensongères («&amp;nbsp;vous êtes le seul qui se plaigne&amp;nbsp;») et désinvoltes («&amp;nbsp;vous n'avez qu'à prendre un téléphone mobile&amp;nbsp;»).&lt;br /&gt;Les sous-traitants qui assurent la maintenance du réseau disent «&amp;nbsp;les lignes sont pourries, votre maire ne fait pas le nécessaire auprès de France Telecom&amp;nbsp;». Pourtant les maires ont émis des réclamations, mais ils ont reçu le même type de réponse que les clients.&lt;br /&gt;Beaucoup de personnes se désabonnent de France Telecom. D'autres conservent leur ligne par civisme, et malgré leur insatisfaction, afin que le réseau soit maintenu en état de marche et puisse servir aux personnes qui n'ont pas les moyens de payer un service de meilleure qualité. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Conclusion&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: Il faut obtenir que France Telecom mette le réseau à niveau. Renseignement pris, la fibre optique ne coûterait pas plus cher que les lignes en cuivre&amp;nbsp;: elle peut être installée en aérien car les poteaux existants ne sont pas surchargés, et contrairement au cuivre  elle n'intéresse pas les voleurs. &lt;br /&gt;Cette réfection permettrait l'accès à l'Internet avec des débits comparables à ceux qui sont offerts en ville (jusqu'à quelques dizaines de Mbit/s) et résoudrait donc une partie des problèmes mentionnés ci-dessous. &lt;br /&gt;2) &lt;b&gt;Téléphonie mobile&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: les zones blanches sont nombreuses dans les Hautes-Cévennes. Il est impossible de recevoir le signal d'Orange au centre de Génolhac &amp;nbsp;: les opérateurs ne partageant pas leurs antennes, il faudrait avoir trois abonnements simultanés pour disposer d'un service acceptable. &lt;br /&gt;Les services 3G ou 3G+, qui permettent d'accéder à l'Internet à partir d'un téléphone mobile, sont pratiquement inexistants comparés aux zones urbaines. Qu'en sera-t-il dans le futur pour le service 4G, qui fournira le haut débit mobile&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Conclusion&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: nous demanderons à l'ARCEP de faire en sorte que les opérateurs de téléphonie mobile partagent leurs antennes dans les Hautes-Cévennes, et que le service 3G y soit effectivement disponible. &lt;br /&gt;3) &lt;b&gt;Accès à l'Internet selon la technique ADSL&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: ce service n'est offert qu'aux clients distants de moins de 6 km des équipements de France Telecom&amp;nbsp;: il n'est pas donc disponible dans la plupart des hameaux. Comme il emprunte le réseau de téléphonie filaire, il est sujet aux mêmes pannes que lui. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Conclusion&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: cette technique ne représente pas une solution durable pour les Hautes-Cévennes car elle n'offre qu'un débit de quelques Mbit/s au plus et sa portée géographique est trop limitée. &lt;br /&gt;4) &lt;b&gt;Accès à l'Internet par satellite&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: Nordnet, filiale de France Telecom, offre un accès qui peut aller jusqu'à 4 Mbit/s mais dont le volume mensuel est limité (4 Goctets au plus)&amp;nbsp;: ce service ne convient donc pas aux clients qui veulent pouvoir télécharger de gros volumes. &lt;br /&gt;Nordnet n'offre pas le service téléphonique sur satellite. &lt;br /&gt;Le signal peut être interrompu en cas d'orage ou de forte pluie, et aussi (contrairement au réseau téléphonique filaire) en cas de panne du réseau EDF, relativement fréquente dans certains hameaux. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Conclusion&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: ce service ne peut être utile que pour les clients qui ne disposent pas d'une autre solution. &lt;br /&gt;5) &lt;b&gt;Accès à l'Internet via Meshnet&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: Meshnet offre jusqu'à 4 Mbit/s en débit descendant. Meshnet a cependant promis, lors des réunions qui ont précédé le lancement du service, que le débit offert pourrait par la suite être augmenté à tarif constant. &lt;br /&gt;La couverture du territoire n'est pas complète&amp;nbsp;: certains hameaux ne peuvent pas être desservis par Meshnet (La Boissière, commune de Malons), d'autres le sont mal (débit irrégulier aux Allègres, commune de Bonnevaux). &lt;br /&gt;Le débit constaté en utilisant speedtest.net est souvent inférieur au débit qui figure sur le contrat (sans engagement, il est vrai). Il se peut que le débit soit ralenti par le routeur du réseau local&amp;nbsp;: il est conseillé de mesurer le débit en connectant directement l'ordinateur à l'antenne Meshnet. &lt;br /&gt;Les pannes sont moins fréquentes que sur le réseau téléphonique filaire, mais il s'en produit quand même. L'accueil téléphonique est efficace et le dépannage est relativement rapide, sauf si la panne se produit pendant le week-end car alors il faut attendre jusqu'au lundi. &lt;br /&gt;Comme avec le satellite, le service est interrompu en cas de panne du réseau EDF. &lt;br /&gt;Le service téléphonique offert sur cet accès est de bonne qualité quand le réseau n'est pas en panne. Il est offert par Meshnet pour 15 €/mois, par Nostre Païs pour 5,10 €/mois. On peut aussi utiliser le service qu'offre OVH (www.ovh.com) et qui ne coûte que 1,18 €/mois&amp;nbsp;! Il est difficile de comprendre ces différences, mais chacun doit faire le meilleur choix en examinant le détail de l'offre (notamment les tarifs hors forfait). &lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Conclusion&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: Il faut demander au pays Cévennes de réviser le contrat, de sorte que le service (accueil téléphonique et dépannage) soit assuré 7 jours sur 7. Il faudrait que des parafoudres et des réenclencheurs automatiques soient installés sur les pylônes de Meshnet, cela réduirait la durée des pannes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Conclusion générale&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: Chacun est invité à prendre conscience des dépenses du ménage en télécoms (téléphonie filaire, téléphonie mobile, accès à l'Internet) et en télévision par satellite. On découvrira que le budget annuel atteint facilement 2 000 €/an&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;L'Internet n'est plus un luxe aujourd'hui&amp;nbsp;: c'est devenu un besoin, car il est de plus en plus utilisé pour les démarches administratives et le commerce. Il faut éviter que les Hautes-Cévennes ne deviennent une zone où certaines personnes ne pourraient plus habiter parce que l'Internet et l'alimentation en électricité y sont de trop mauvaise qualité par rapport à la ville. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Actions à entreprendre&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: Le présent compte-rendu sera diffusé auprès des membres de l'association, des mairies des Hautes-Cévennes et de la Communauté des Communes.&lt;br /&gt;Michel Volle et Robert Vijgenboom rencontreront M. Moïse Senn, du Pays Cévennes, pour faire le point avec lui sur les relations avec Meshnet. &lt;br /&gt;Michel Volle et Philippe Baehr rencontreront la personne qui est responsable des services télécoms à la région pour faire le point sur les relations avec France Telecom. &lt;br /&gt;Michel Volle demandera à l'ARCEP de faire en sorte que les antennes de téléphonie mobile soient partagées entre les opérateurs et que le service 3G soit effectivement disponible. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Composition du bureau&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: Michel Volle est reconduit dans les fonctions de président de l'association et Philippe Baehr dans celles de trésorier. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Complément d'information&lt;/b&gt; : suite à la diffusion de ce compte rendu, nous avons reçu de Mme Roseline Boussac, maire de Bonnevaux, les remarques suivantes sur le paragraphe "Accès à l'Internet par satellite" : &lt;br /&gt;Pour les gros volumes, je ne conteste pas, mais Nordnet offre un service téléphonique. Il y a très peu d'interruption sinon jamais (aucun problème dû au vent, à l'orage ou à la pluie). Nous avons Nordnet depuis près de cinq ans. Combien de fois cela marche chez moi et en arrivant à la Mairie (de Bonnevaux), Meshnet est en panne. D'autre part pour un prix de 70 euros environ nous avons accès à la télévision par satellite ASTRA ainsi qu'à toutes les fréquences FM. Habitant dans un creux très creux, nous avons ce système depuis plusieurs années en direct.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-3841530204033369874?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/3841530204033369874/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/les-telecoms-dans-les-hautes-cevennes.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3841530204033369874'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3841530204033369874'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/les-telecoms-dans-les-hautes-cevennes.html' title='Les télécoms dans les Hautes Cévennes'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-2207399234566871715</id><published>2011-12-05T10:38:00.013+01:00</published><updated>2011-12-28T19:08:38.697+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Feuilleton'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Entreprise'/><title type='text'>Le Parador en librairie</title><content type='html'>&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2352094771&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;i&gt;Le Parador&lt;/i&gt;, ce roman que j'avais &lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/parador/parador.pdf" target="_blank"&gt;publié au format pdf&lt;/a&gt;, vient d'être édité sous la forme d'un livre que l'on trouve chez amazon.fr en cliquant sur l'encadré ci-contre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On le trouve aussi chez l'éditeur à l'adresse &lt;a href="http://www.ilv-edition.com/librairie/parador.html" target="_blank"&gt;http://www.ilv-edition.com/librairie/parador.html&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il décrit les intrigues et conflits qui se nouent dans la grande entreprise, scandés par les aventures et mésaventures d'un consultant qui s'efforce d'améliorer le système d'information.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les lecteurs de &lt;a href="http://www.volle.com/nouveau.htm" target="_blank"&gt;volle.com&lt;/a&gt; pourront offrir &lt;i&gt;Le Parador&lt;/i&gt; à ceux de leurs amis qui travaillent dans une grande entreprise - en particulier si ce sont des consultants, ces «&amp;nbsp;mendiants glorieux&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le but de la littérature n'est-il pas en effet de nous encourager à &lt;i&gt;penser&lt;/i&gt; notre expérience en mettant en scène les situations que nous vivons, et en proposant les mots et les images qui permettront de se les&amp;nbsp;&lt;i&gt;représenter&lt;/i&gt;&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les politique et les médias la grande entreprise est une boîte noire : ils voient ce qui y entre (des emplois, des matières premières) et ce qui en sort (des produits, des déchets), mais ils ignorent tout de sa vie intime. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Parador&lt;/i&gt; ambitionne de dévoiler cette intimité en faisant penser et rêver à voix haute des dirigeants, des salariés et des consultants. La violence existe dans la grande entreprise, mais sous une forme plus feutrée et beaucoup plus intéressante que ces revolvers et poursuites en voiture qui font l'essentiel de tant de livres et de films.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-2207399234566871715?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/2207399234566871715/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/le-parador-en-librairie.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/2207399234566871715'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/2207399234566871715'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/12/le-parador-en-librairie.html' title='&lt;i&gt;Le Parador&lt;/i&gt; en librairie'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-1699846065672413827</id><published>2011-11-30T18:19:00.002+01:00</published><updated>2011-12-05T10:03:43.830+01:00</updated><title type='text'>L'entreprise trahie par ses maîtres</title><content type='html'>Certains lecteurs de &lt;a href="http://www.volle.com/nouveau.htm" target="_blank"&gt;volle.com&lt;/a&gt; m'écrivent pour dire combien leur entreprise diffère de l'&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2009/11/efficacite-de-lentreprise-contemporaine.html" target="_blank"&gt;entreprise contemporaine&lt;/a&gt; telle que je l'ai décrite. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je reproduis ci-dessous deux témoignages. J'ai remplacé le nom des entreprises par une dénomination de mon invention&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Baba&amp;nbsp;» est une entreprise industrielle qui produit des systèmes mécaniques et automatiques complexes. «&amp;nbsp;Fifi&amp;nbsp;» est un opérateur de téléphonie mobile. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Baba, ou la production (dés)organisée&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici ce que m'écrit un ingénieur&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Baba est en train de passer du rôle de constructeur complet à celui de maître d'ouvrage et d'assembleur final. On nous demande, à nous qui sommes des concepteurs, de devenir les contrôleurs de fournisseurs implantés partout dans le monde. C'est difficile parce que ces fournisseurs sont très nombreux et que nous connaissons mal les contrats. Quant à l'informatisation de tout ça, c'est de la folie pure&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La sous-traitance à outrance entraînera à terme la perte du savoir-faire des agents de Baba. Savoir faire un système, ce n'est pas écrit dans les livres&amp;nbsp;: c'est le résultat de compromis qui ne peuvent être tranchés rapidement que si l'on connaît bien les métiers. Or les dirigeants de Baba n'ont jamais dessiné ni usiné une pièce, jamais assemblé de pièces, jamais parlé le langage de la technique. L'élite, chez Baba, n'a pas été formée sur des sujets techniques épineux mais sur des plannings théoriques et sur la finance. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que tu dis sur la clé du succès des partenariats entre entreprises explique les échecs chez Baba comme chez ses concurrents. Baba pêche en regard des trois «&amp;nbsp;règles&amp;nbsp;» que tu décris : ingénierie d'affaires, animation et système d'information.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certains diront que tes explications sont trop simples ou même fausses, car des choses existent dans ces trois domaines&amp;nbsp;: on parle d'«&amp;nbsp;&lt;i&gt;extended enterprise&lt;/i&gt;&amp;nbsp;», de logiciels communs, de contrats avec des «&amp;nbsp;&lt;i&gt;risk sharing partners&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» (le RSP est un sous-traitant qui recevra un pourcentage quand Baba vendra des systèmes. Il y a un flou artistique... je ne peux pas en dire plus). Mais nous n'en sommes qu'au balbutiement du partenariat industriel&amp;nbsp;: nous ne faisons que nous engueuler avec nos fournisseurs, auxquels on renvoie la faute en permanence. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu parles aussi de l'importance de la sémantique de l'entreprise. Chez Baba on parle quatre langues (français, anglais, allemand et espagnol), déclinées encore selon des langages professionnels différents&amp;nbsp;: dans cette tour de Babel il faut arriver à faire parler ensemble un maçon, un électricien, un chaudronnier etc. Parfois les bras m'en tombent de découragement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que tu dis sur les institutions, les animateurs, les &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/la-gloire-des-anonymes.html" target="_blank"&gt;anonymes&lt;/a&gt;, m'aide à tenir le coup. On rencontre chez Baba beaucoup de gens pleins de bonne volonté et passionnés par ce qu'ils font, parfois d'ailleurs leur passion crée des conflits. Ce qui nous manque le plus, ce sont des managers opérationnels qui sachent anticiper les problèmes et servir de relais entre une hiérarchie qui les écoute et des troupes qui les respectent. Ce profil est rare car les meilleurs managers sont aspirés dans les hautes sphères où ils sont bientôt coupés des réalités du terrain. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'étais l'autre jour avec quelques centaines d'autres ingénieurs du bureau d'étude à écouter le discours du responsable d'un grand programme sur l'importance du moment. Un ingénieur lui a demandé d'indiquer la priorité&amp;nbsp;: est-ce la mise au point du prototype ou la performance sur le premier système vendu à un client&amp;nbsp;? (chacun de ces choix repousse bien sûr l'autre dans le temps). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour toute réponse nous avons eu dix minutes d'un blabla qui signifiait «&amp;nbsp;tu fais les deux&amp;nbsp;». Je n'imagine pas un militaire qui dirait à ses troupes «&amp;nbsp;tu attaques la colline par le flanc gauche et aussi par le milieu, par le flanc droit, par en dessus&amp;nbsp;»... Qu'est-ce que je vais dire à mes équipes&amp;nbsp;? Je dois faire des choix au quotidien, et aux yeux de mes supérieurs ce ne seront jamais les bons. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu imagines la disponibilité intellectuelle et l'énergie qui nous restent pour mettre en place de bonnes relations avec les fournisseurs, et le système d'information qui devrait aller avec...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Fifi ou la négation du service&lt;/b&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Fifi, rappelons-le, est un opérateur de téléphonie mobile. Mon témoin travaille depuis dix ans dans ses agences commerciales. Je lui passe la parole&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La déloyauté est fréquente envers les clients comme envers l'opérateur car on nous fixe des objectifs quantitatifs et qualitatifs qu'il est impossible d'atteindre avec un minimum d'éthique professionnelle. Il en résulte dans les agences de Fifi un &lt;i&gt;turnover&lt;/i&gt; important, on dirait même qu'il est organisé de façon délibérée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les ordres oraux que nous recevons contredisent les règles écrites, mais ce sont les seuls auxquels nous soyons tenus d'obéir. Voici quelques exemples&amp;nbsp;: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La hiérarchie nous encourage à mentir sur les prix pour vendre au client des accessoires superflus. Le responsable de point de vente (RPV) nous le dit d'ailleurs carrément&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mentez, vous êtes des pros&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu'un client perd son téléphone mobile, nous avons consigne de l'inciter à faire de fausses déclarations aux services de police et de gendarmerie pour qu'il puisse se faire rembourser par l'assurance. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si un type d'appareil est en trop faible quantité dans le stock, on nous enjoint d'en refuser la vente aux clients qui souhaitent renouveler leur mobile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le service après vente pousse les clients à faire réparer leur téléphone ailleurs. Il les traite de façon cavalière ou même insolente&amp;nbsp;: j'ai entendu le RPV insulter un client en arabe alors que l'agence était bondée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai vu le RPV répondre à un client qui avait acheté sur l'Internet que le colis n'était pas arrivé alors qu'il était en magasin, puis lui faire un «&amp;nbsp;nouvel abonnement&amp;nbsp;» et renvoyer le colis à Fifi sous un prétexte fallacieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l'occasion des «&amp;nbsp;reprises de mobiles&amp;nbsp;», le client laisse son téléphone en croyant que celui-ci sera recyclé mais il est conservé par le vendeur s'il a encore une valeur marchande.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certains vendeurs arrondissent leurs fins de mois en faisant des installations de boîtiers Internet chez les clients à des tarifs éhontés alors que c'est un service que Fifi propose gratuitement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le président de Fifi et moi étions bons camarades pendant nos études. Je le rencontre voici quelques jours.&amp;nbsp;Il me dit, tout content, que Fifi vient de décrocher un gros contrat dans un pays africain. Je demande comment il va s'y prendre.&lt;br /&gt;- Ce sera facile&amp;nbsp;: nous n'équiperons que les grandes villes.&lt;br /&gt;- Mais c'est de l'écrémage&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;(Un opérateur télécoms pratique l'&lt;i&gt;écrémage&lt;/i&gt; lorsqu'il n'équipe que les zones densément peuplées, où le coût du réseau est bas. Comme ce comportement renforce l'inégalité entre les villes et la campagne, la profession le juge contraire à l'équité).&lt;br /&gt;- Oui, répond-il en se frottant les mains, mais qu'est-ce que c'est rentable&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Fifi n'est pas seule à pratiquer l'écrémage&amp;nbsp;: France Télécom abandonne le service téléphonique dans les zones rurales, où les pannes sont fréquentes et longues. Quand un client se plaint l'entreprise lui répond par des mensonges et même de l'insolence&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;vous êtes le seul qui se plaigne, et si vous n'êtes pas content vous n'avez qu'à prendre un téléphone mobile&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour être efficace, l'entreprise devrait pratiquer le «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/opinion/consideration.htm" target="_blank"&gt;commerce de la considération&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» avec ses agents de la première ligne comme avec ses clients. Cela supposerait un effort dont le coût semble exorbitant à ceux qui ne veulent connaître que les ratios comptables. Certains croient aussi sans doute que la brutalité est un signe d'énergie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les agents de la première ligne, mal encadrés et maltraités, se vengent alors comme chez Fifi sur les clients&amp;nbsp;: l'entreprise devient vicieuse, mensongère, prédatrice. Les clients se laissent faire un temps, mais quand ils auront compris ce qui se passe ils se vengeront et l'entreprise perdra des parts de marché. La réduction du coût par baisse de la qualité amorce une spirale descendante&amp;nbsp;: le marché se contracte, l'entreprise réduit encore la qualité pour restaurer sa marge, le marché se contracte encore etc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup de nos grandes entreprises, confrontées à une situation qu'elle ne comprennent pas, courent vers le précipice comme un troupeau affolé. Pour les diriger les conseils d'administration préfèrent cependant des gens qui, ne connaissant ni leurs techniques, ni leurs produits, ni leurs clients, ne savent voir que l'aspect comptable et financier. Certaines nominations récentes ont en outre une couleur politique tellement évidente que l'on frémit en se remémorant l'affaire Elf. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le style «&amp;nbsp;financier&amp;nbsp;», ou prétendu tel, s'est imposé à la classe dirigeante&amp;nbsp;: c'est une épidémie. Ainsi nous apprenons que «&amp;nbsp;pour faire des économies&amp;nbsp;» PSA délocalise la moitié de sa R&amp;amp;D en Chine et au Brésil. Délocaliser la moitié du cerveau de l'entreprise, n'est-ce pas lui faire courir le risque de la démence sénile&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PSA croit peut-être que son cerveau se trouve quelque part entre la direction financière et la direction de la communication&amp;nbsp;: la conception des produits et de la façon de produire, l'analyse des besoins des clients semblent alors des tâches ancillaires que l'on peut, que l'on doit sous-traiter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces entreprises n'ont pas compris que la clé du succès réside dans&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;(1) une &lt;i&gt;ingénierie d'affaires&lt;/i&gt; qui répartit les responsabilités, dépenses et recettes entre les partenaires d'une façon clairement visible pour les agents opérationnels ;&lt;br /&gt;(2) une &lt;i&gt;animation&lt;/i&gt; du partenariat qui supervise la qualité des travaux, règle dans la foulée les contentieux éventuels et réoriente éventuellement la production&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;(3) un &lt;i&gt;système d'information&lt;/i&gt; qui assure l'interopérabilité des partenaires ainsi que la transparence du partage des responsabilités, dépenses et recettes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand on ne respecte pas ces conditions les prix des sous-traitants seront soumis à une pression déraisonnable&amp;nbsp;: ils ne peuvent alors ni assurer la qualité de leurs produits, ni réaliser l'effort de R&amp;amp;D nécessaire pour se tenir à niveau. Il en résultera des malfaçons, la qualité du produit se dégradera ainsi que la relation avec les clients. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Je crains que tes recommandations sur l'évolution des entreprises ne soient inaudibles, m'écrit un troisième lecteur, parce qu'elles sont inacceptables pour les gens en place et que les gens sans place n'ont aucun moyen, à supposer qu'ils reçoivent le message, d'agir en conséquence&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a raison, mais ces recommandations ne font que transcrire les contraintes &lt;i&gt;physiques&lt;/i&gt; auxquelles est soumise l'industrie contemporaine, bâtie sur la synergie de la microélectronique, du logiciel et du réseau. Tant que les «&amp;nbsp;gens en place&amp;nbsp;» ignoreront ces contraintes l'économie sera inefficace («&amp;nbsp;en déséquilibre&amp;nbsp;», disent les économistes) et la crise perdurera. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces «&amp;nbsp;gens en place&amp;nbsp;» vaniteux qui se complaisent dans l'ignorance font des dégâts. Un de mes amis était bien placé à France Télécom pour voir comment cette entreprise se faisait détruire. « Tout ce que je souhaite, m'a-t-il dit, c'est que tous ces traîtres finissent leur vie en prison&amp;nbsp;».&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-1699846065672413827?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/1699846065672413827/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/lentreprise-trahie-par-ses-maitres.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/1699846065672413827'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/1699846065672413827'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/lentreprise-trahie-par-ses-maitres.html' title='L&apos;entreprise trahie par ses maîtres'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-4859788856029232516</id><published>2011-11-06T17:17:00.007+01:00</published><updated>2011-11-10T21:01:31.580+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Environnement'/><title type='text'>Un message de Jean-Marc Jancovici</title><content type='html'>Je reproduis ci-dessous, tel quel et dans le style inimitable de l'auteur, un message que Jean-Marc Jancovici adresse ce jour aux membres de la liste de diffusion de &lt;a href="http://www.manicore.com/" target="_blank" title="Manicore"&gt;www.manicore.com&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les Cévennes se lit partout le slogan&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Non au gaz de schiste, sortons du nucléaire&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Personne ne sait s'il sera on non possible d'extraire le gaz de schiste en respectant l'environnement, personne ne connaît les réserves en France (dix ans de la consommation de gaz&amp;nbsp;? cent ans de la consommation d'énergie&amp;nbsp;?) - mais point n'est besoin semble-t-il d'avoir évalué l'enjeu pour être «&amp;nbsp;contre&amp;nbsp;», ni d'avoir comparé les risques du charbon à ceux du nucléaire pour être «&amp;nbsp;contre&amp;nbsp;» celui-ci. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si on est «&amp;nbsp;contre&amp;nbsp;» le gaz de schiste et le nucléaire, ne serait-ce pas parce qu'on est «&amp;nbsp;contre&amp;nbsp;» les institutions quelles qu'elles soient, et fondamentalement «&amp;nbsp;pour&amp;nbsp;» l'individualisme (voir &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/sartre-aron-et-nous.html" target="_blank" title="Sartre, Aron et nous"&gt;Sartre, Aron et nous&lt;/a&gt;)&amp;nbsp;? J'ai proposé un slogan qui permettrait de sauver beaucoup de vies humaines dans notre région&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;non au pastis, sortons de la voiture&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» - et on me répond «&amp;nbsp;mais c'est très bon, le pastis&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous allons à grands pas vers la catastrophe climatique (voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/09/les-emissions-de-co2-pourraient-augmenter-de-20-d-ici-a-2035_1601285_3244.html" target="_blank" title="Émissions de CO2"&gt;Les émissions de CO2 pourraient augmenter de 20&amp;nbsp;% d'ici à 2035&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 9 novembre 2011). Grâce à Fukushima et à la dette ce risque a cependant heureusement disparu de notre horizon mental, comme le dit Jancovici. Je lui passe la parole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Chers tous, sans oublier les autres, &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sauf à être sourd ou aveugle, il ne vous aura pas échappé qu'il se passe un petit quelque chose avec la dette des États en ce moment et que cela induit un poil d'inquiétude pour quelques habitants de notre vieux continent. Mais pour contrebalancer cette petite angoisse j'ai le plaisir de vous annoncer une excellente nouvelle&amp;nbsp;: nous avons enfin réglé le problème du carbone.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Si si, je vous assure&amp;nbsp;! Et cela doit nous donner fortement espoir pour la dette, puisque pour le carbone la solution est arrivée de manière totalement inattendue, alors que nous cherchions ailleurs, et même que nous avons cherché à côté pendant des décennies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pensez donc, pendant longtemps nous avons cru que pour s'attaquer à la question du changement climatique et de la dépendance à l'énergie fossile il fallait commencer par bien comprendre la science et la géologie (voire l'économie), &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/serre/seuil.html" target="_blank" title="Effet de serre"&gt;caractériser un niveau de risque&lt;/a&gt;, même si quantitativement établir ce dernier très à l'avance sera toujours impossible, puis tenter d'amener les peuples à la raison autour du constat scientifique et technique en mettant en place des tas de trucs nouveaux et compliqués, au terme d'un effort intellectuel à s'en faire péter la dure-mère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons même eu droit à la médiatisation du changement climatique, quelle hérésie&amp;nbsp;! Heureusement, les marchands de peur ont battu en retraite. Nous avons connu en 2010 le record de température planétaire selon la NASA&amp;nbsp;; un «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/serre/trou.html" target="_blank" title="Trou d'ozone"&gt;trou d'ozone&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» a commencé à se former au dessus de l'Arctique&amp;nbsp;; les &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/serre/ecosystemes.html#agri" target="_blank" title="Rendement de l'agriculture"&gt;récoltes&lt;/a&gt; commencent à voir leur rendement plafonner du fait de l'évolution climatique en cours et le Printemps Arabe n'est pas sans rapport avec cela, mais heureusement c'est à peine si vous êtes au courant pour ces bricoles. Le sujet fossiles-climat a tellement bien été évacué que, alors que le gouvernement cherche 9 milliards de recettes supplémentaires, soit à peu près le montant collecté avec une taxe carbone à 17 euros la tonne de CO2, aucun ténor politique n'envisage cette piste pour combler le déficit actuel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques audacieux avaient aussi commencé à remarquer que le carbone, c'est &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/energie.html" target="_blank" title="Sources d'énergie"&gt;80&amp;nbsp;% de l'énergie que nous utilisons dans le monde&lt;/a&gt;, et que cette énergie pilotait très fortement l'état de l'économie. Ceci allant avec cela, les mêmes se disaient que toute insuffisance sur la disponibilité en énergie - et notamment en pétrole - se matérialiserait «&amp;nbsp;un peu plus tard&amp;nbsp;» par une &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/articles/changer_intro.html" target="_blank" title="Récession économique"&gt;récession&lt;/a&gt; ou quelque chose qui y ressemble fort, puis, juste après, par des problèmes pour rembourser une dette contractée en pensant que la croissance allait continuer «&amp;nbsp;comme avant&amp;nbsp;». Cela ne vous rappelle rien d'un tout petit peu lié à l'actualité ? Et il est évident que sans prendre le taureau par les bonnes cornes, &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/articles/entretiens/decision_durable.html" target="_blank"&gt;les mêmes causes produiront les mêmes effets&lt;/a&gt;...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Allant encore plus loin, d'aucuns se mêlaient de vouloir inclure de la physique, avec des lois qui ne dépendent pas de nous et des limites pas négociables, dans une économie qui ne dépend que de nous et qui n'a pas de limites puisque &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/decroissance.html" target="_blank" title="Décroissance"&gt;sinon c'est mauvais pour les sondages et les cours de bourse&lt;/a&gt;. Horreur&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La très bonne nouvelle, c'est que nous nous sommes compliqué la vie pour rien. Car il y avait beaucoup plus simple à faire que tout ce bazar technico-juridico-politico-angoisso-imbittable&amp;nbsp;: il suffisait de construire une centrale nucléaire en zone sismique, d'attendre qu'elle soit secouée par un tremblement de terre puis noyée par un tsunami, et le miracle s'est accompli sans autre dommage que de déplacer quelques dizaines de milliers de personnes pour un temps, soit 10&amp;nbsp;% de de la population ayant dû partir définitivement aux Trois Gorges pour faire place à de l'énergie parfaitement renouvelable :-).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et hop, grâce à un événement qui n'a pas fait un mort à cause des radiations (et qui restera en tout état de cause très très très en dessous d'une semaine de circulation routière en France, où aucun candidat ne propose de supprimer 50&amp;nbsp;% à 75&amp;nbsp;% des voitures en 10 ans :-) ), fini le changement climatique ! Out le pic de production du pétrole (alors qu'en pleine tourmente financière le Brent reste au-dessus de 100 dollars le baril et que le super sans plomb en France est à son record historique en monnaie courante), has-been les questions soulevées par le gaz, ringard total l'avenir du chômage - et de ce qui va avec&amp;nbsp;: délinquance, stress, suicide et autres plaisanteries - dans une France important 100&amp;nbsp;% ou presque de ses énergies fossiles. Tout cela n'est plus le sujet, évacué par le miracle du clou qui chasse l'autre. Il suffisait d'y penser&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dire que Stern avait suggéré qu'il allait falloir investir des milliers de milliards d'euros pour éviter le changement climatique... 4 réacteurs à quelques milliards pièce qui partent à la ferraille, et hop, fin du problème. Je ne sais pas qui a dit qu'avec le temps la technique de lutte contre le changement climatique allait faire des progrès, mais notre ami ne savait pas à quel point il parlait d'or.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, au lieu de fustiger les Japonais qui ont construit des centrales qui ne fonctionnent pas en mode sous-marin, nous devrions chaudement les remercier&amp;nbsp;: ils ont écarté pour trois fois rien tout risque de récession, guerre, stress alimentaire, épidémie, destruction d'infrastructures et autres pépins possibles de la «&amp;nbsp;tenaille fossile&amp;nbsp;». Quelle affaire&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nos voisins d'outre-Rhin, qui comme chacun sait ont toujours un coup d'avance sur nous, ont tiré les premiers. L’Allemagne indique qu'elle abandonne le nucléaire&amp;nbsp;? Bravo ! Elle met en service mines de lignite et centrales à gaz et à charbon pour cela&amp;nbsp;? Même pas mal&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle choisit de ce fait d'augmenter les risques de très fortes ruptures économiques dans une Europe qui a entamé son déclin d'&lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/petrole/pic_passe_gaz.html" target="_blank" title="Le pic du gaz"&gt;approvisionnement en gaz&lt;/a&gt;, ou &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/petrole/pic_futur_gaz.html" target="_blank" title="Pic futur"&gt;pas loin&lt;/a&gt;&amp;nbsp;? Elle prend une bonne option pour torpiller les engagements européens sur les &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/petrole/Charbon_nucleaire.html" target="_blank" title="Émissions de CO2"&gt;émissions de CO2&lt;/a&gt;&amp;nbsp;? Bof, vous n'avez rien d'autre à dire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis c'est même pas vrai, les politiques ont dit qu'ils compenseraient tout par des économies et des renouvelables, en même temps, du reste, qu'ils compenseront aussi par des économies et des renouvelables la «&amp;nbsp;sortie du fossile&amp;nbsp;». Ah, si les politiques ont dit, alors c'est sûrement ce qui arrivera, pourquoi aurions-nous le moindre doute&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En fait, le monde n'étant pas à un paradoxe près, l'impitoyable règle de trois suggère que, en croyant préserver la stabilité du monde, les élus qui veulent sortir leur pays du nucléaire prennent une bonne option pour &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/serre/kaya.html" target="_blank"&gt;contribuer à l'exact inverse&lt;/a&gt;. La bonne intention reste assurément indémodable pour paver l'Enfer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela étant, la chasse aux becquerels est devenue le sport du moment. L’État met en place une commission qui s'intéresse à l'énergie d'ici à 2050&amp;nbsp;? C'est pour préparer la sortie du nucléaire&amp;nbsp;! Si on permet à une personne qui y siège d'avoir un avis, il se pourrait que ce ne soit pas la seule question qui se pose à notre pays, mais &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/energie2050.html" target="_blank"&gt;c'est juste ce que j'en dis&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu d'énergie dans le débat présidentiel qui s'amorce&amp;nbsp;? C'est juste pour parler de «&amp;nbsp;à quelle vitesse sortir du nucléaire&amp;nbsp;?&amp;nbsp;». 10 ans, à ma droite, qui dit mieux&amp;nbsp;? 5 ans à ma gauche&amp;nbsp;! 4 ans ici&amp;nbsp;! Allons, si c'est si dangereux tout ça, moi je vous le fais en 3 ans, et avec hausse du pouvoir d'achat et solution à la dette en prime, le tout dans un beau paquet cadeau, mais dépêchez vous, la promo sera peut-être terminée la semaine prochaine...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques nostalgiques tentent cependant de continuer à s'intéresser aux combustibles fossiles. Deux d'entre eux, audacieux en Diable, y ont même consacré tout ou partie d'un livre, et, pire encore, m'ont demandé d'écrire une préface :&lt;br /&gt;- pour &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/articles/preface_atlas.html" target="_blank" title="Atlas"&gt;un Atlas sur les énergies&lt;/a&gt;&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- pour &lt;a href="http://www.manicore.com/documentation/articles/preface_esclaves.html" target="_blank" title="Nos esclaves"&gt;un essai de comparaison entre esclavagisme et usage des combustibles fossiles&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais tout cela n'est plus qu'une délicieuse évocation d'un passé révolu, puisque nous avons réglé le problème du carbone. Du coup, que &lt;a href="http://www.carbone4.com/fr/actualites/lettrecarbone/La_Lettre_du_Carbone_2.pdf" target="_blank" title="Croissance des émissions"&gt;les émissions «&amp;nbsp;réelles&amp;nbsp;» par Français aient augmenté de 13&amp;nbsp;% entre 1990 et 2010&lt;/a&gt;, ce qui soit dit en passant n'est que la traduction «&amp;nbsp;carbone&amp;nbsp;» du fait que nous consommons plus que nous ne produisons, ce n'est heureusement pas un sujet. Vivent les japonais ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Très cordialement à tous&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean-Marc Jancovici&lt;br /&gt;______________________________________________________&lt;br /&gt;Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le carbone sans jamais oser le demander : &lt;a href="http://www.blogger.com/www.manicore.com" target="_blank" title="Manicore"&gt;www.manicore.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Tout ce que vous avez toujours voulu savoir etc. mais sans aimer la lecture : &lt;a href="http://www.blogger.com/www.manicore.com/documentation/articles/conferences.html" target="_blank" title="Conférences"&gt;www.manicore.com/documentation/articles/conferences.html&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur VOTRE carbone (contre une ridicule facture) : &lt;a href="http://www.blogger.com/www.carbone4.com" target="_blank" title="carbone4.com"&gt;www.carbone4.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Changer le monde, tout un programme ! &lt;a href="http://www.blogger.com/www.theshiftproject.org" target="_blank" title="Theshiftproject"&gt;www.theshiftproject.org&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Ah, ces journalistes... : &lt;a href="http://www.blogger.com/www.combloux.com/fr/animations/les-entretiens-de-combloux.html" target="_blank" title="Entretiens de Combloux"&gt;www.combloux.com/fr/animations/les-entretiens-de-combloux.html&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;______________________________________________________&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-4859788856029232516?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/4859788856029232516/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/un-message-de-jean-marc-jancovici.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4859788856029232516'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4859788856029232516'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/un-message-de-jean-marc-jancovici.html' title='Un message de Jean-Marc Jancovici'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-302250928697813214</id><published>2011-11-06T11:11:00.005+01:00</published><updated>2011-12-24T10:28:28.274+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sciences'/><title type='text'>Caroline Ehrhardt, Évariste Galois, EHESS, 2011</title><content type='html'>&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2713223172&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;Tout le monde connaît l'histoire d’Évariste Galois (1811-1832)&amp;nbsp;: chercheur créatif en mathématiques en même temps qu'étudiant, il est chassé de l’École normale pour indiscipline, milite dans le camp républicain et se fait tuer en duel à vingt ans. Ses travaux, que l'Académie a refusés de son vivant, seront redécouverts à partir de 1846. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ces textes concis, abstraits et d'une lecture très difficile, les mathématiciens ultérieurs ont trouvé de quoi légitimer opportunément leurs propres travaux. Leur interprétation s'est ainsi élargie progressivement&amp;nbsp;: on y a trouvé successivement une théorie des équations, une théorie des groupes et des structures algébriques, enfin l'esprit des mathématiques modernes elles-mêmes tout entier. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est difficile de se faire une idée exacte de la personne de Galois car les archives sont pauvres (peut-on d'ailleurs se faire une idée exacte d'une personne, quelles que soient les archives dont on dispose&amp;nbsp;?). Il est vraisemblable qu'il ne correspondait pas exactement aux mythes qui ont été construits autour de son nom. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Il est peu douteux en tout cas qu'il ait possédé le génie mathématique qu'on lui attribue, et pour une raison très simple&amp;nbsp;: &lt;i&gt;il avait l'âge du génie en mathématiques&lt;/i&gt;. C'est en effet autour de 18-20 ans que le cerveau est le plus créatif. Si quelqu'un se passionne à cet âge-là pour les mathématiques, s'il a reçu auparavant l'instruction qui permet de raisonner avec justesse, si enfin les circonstances lui font rencontrer des personnes ou des textes rendant compte de l'état des recherches, il peut aller loin et trouver des résultats qui échapperaient à un mathématicien d'âge mûr. Ces trois conditions ayant été réunies pour Galois, la précocité de son talent était conforme à la nature. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est pas douteux non plus qu'il ait été un républicain exalté, les témoignages le montrent. Là aussi, c'est une question d'âge&amp;nbsp;: dans l'extrémisme de Galois on reconnaît le tempérament généreux et les illusions qui ont, plus près de nous, animé d'autres révolutionnaires en herbe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que serait devenu Galois s'il ne s'était pas fait tuer&amp;nbsp;? L’Académie, qui n'était pas aussi malveillante qu'il ne le croyait, aurait fini par accepter ses travaux pour peu qu'il ait fait l'effort de s'expliquer clairement. Il aurait fait carrière dans l'université&amp;nbsp;: peut-être aurait-il conservé la flamme du génie, peut-être se serait-elle éteinte comme chez tant d'autres&amp;nbsp;; peut-être aurait-il aussi conservé l'esprit révolutionnaire, peut-être se serait-il embourgeoisé comme tant de nos maoïstes des années 1960&amp;nbsp;: nous n'en saurons jamais rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne faut pas s'exagérer l'originalité de ses travaux. Il s'est intéressé aux conditions de résolution des équations algébriques&amp;nbsp;: cette question préoccupait les mathématiciens de son temps et ses prédécesseurs (Abel, Cauchy, Gauss) avaient déjà pensé à la traiter en considérant un groupe de permutations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'originalité de Galois réside plutôt, me semble-t-il, dans son &lt;i&gt;style&lt;/i&gt; en mathématiques. Alors que d'autres croient devoir étayer leur propos par des calculs et des exemples, il place son raisonnement à un niveau de généralité qui lui permet d'accéder directement au résultat selon une démarche semblable à celle que Nietzsche évoque dans &lt;i&gt;La philosophie à l'époque tragique des Grecs&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On croit voir deux voyageurs au bord d'un torrent sauvage qui roule des pierres avec lui : le premier saute d'un pied léger, utilisant les pierres en progressant de l'une à l'autre, bien qu'elles s'effondrent brusquement derrière lui ; l'autre reste sur la rive, cherchant en vain une aide ; il lui faut d'abord construire les fondations qui supporteront son pas lourd et prudent&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le style de Galois n'étant pas celui de son époque, il ne pouvait pas être immédiatement compris par ses contemporains. C'est ce style, bien plus que le contenu de ses travaux, qui fait de lui me semble-t-il un précurseur des mathématiques modernes. Mais ce style présente un risque pour la pédagogie des mathématiques, donc pour la formation des mathématiciens et finalement pour la discipline elle-même. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il consiste à prendre comme point de départ du raisonnement les concepts les plus abstraits auxquels puisse aboutir une longue méditation. Les structures (groupes, corps, anneaux, idéaux, modules etc.), présentées selon une nomenclature qui se ramifie comme en zoologie, deviennent alors des êtres que l'on considère pour eux-mêmes&amp;nbsp;: l'un des volumes du traité de Bourbaki s'intitule par exemple «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Modules sur anneaux semi-simples&lt;/i&gt;&amp;nbsp;», et c'est par dérision, sans doute, que ses auteurs prétendent qu'on puisse le lire sans posséder aucune connaissance préalable en mathématiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La pédagogie emprunte ainsi une démarche inverse à celle de la recherche. Celle-ci est en effet inductive et c'est une sensibilité esthétique qui oriente le mathématicien vers les axiomes les plus féconds. Ses résultats, par contre, sont présentés de façon «&amp;nbsp;rigoureusement&amp;nbsp;» déductive. Imaginez que l'on enseigne l'alpinisme en ne pratiquant que la descente et jamais l'escalade&amp;nbsp;: c'est ce que fait la pédagogie des maths. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or le cerveau humain ne peut loyalement assimiler une abstraction que s'il en perçoit la nécessité logique. Poser la définition des groupes ne peut donc rien apporter à quelqu'un qui n'a jamais manipulé des permutations ou des rotations et il faut avoir pratiqué les nombres réels et les nombres complexes pour entrevoir l'utilité du concept de corps, avoir exploré la théorie des nombres pour voir à quoi correspond le concept d'anneau. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout comme Galois a gribouillé dans ses brouillons des calculs dont ses textes destinés à la publication ne conservent pas la trace, les mathématiciens bien formés savent exactement ce que contient chaque structure. Mais ils n'en parlent pratiquement jamais et ils se refusent à dévoiler à leurs étudiants les schémas simples qu'ils ont en tête&amp;nbsp;: ils croient que ce ne serait pas «&amp;nbsp;rigoureux&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il m'est arrivé de dire à des auteurs de travaux ingénieux mon étonnement devant leur présentation excessivement abstraite. «&amp;nbsp;Il faut bien que les étudiants s'en chient&amp;nbsp;», m'a dit l'un d'eux&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;c'est ma thèse, si le jury avait compris il m'aurait emmerdé&amp;nbsp;», m'a dit un autre. Ces phrases, que je cite ici telles quelles et avec la crudité du langage oral, ne révèlent-elles pas une dégradation de l'esprit scientifique&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Tout comme les musiciens modernes, qui les ont imités, la plupart des mathématiciens modernes se font gloire d'être incompréhensibles. Cela leur permet de former une toute petite élite, certes divisée par d'inexpiables conflits de priorité mais solidaire dans le sentiment de sa supériorité sur la simple humanité. Ils dédaignent les «&amp;nbsp;maths appliquées&amp;nbsp;» pour cultiver les «&amp;nbsp;maths pures&amp;nbsp;», c'est-à-dire poussées à l'extrême degré de l'abstraction&amp;nbsp;: mais ces «&amp;nbsp;maths pures&amp;nbsp;» ne seront-elles pas stériles si elles restent indéfiniment vierges&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'entends pas céder ici à une quelconque facilité&amp;nbsp;: je ne réclame pas que la lecture d'un texte mathématique soit aussi facile que celle d'un roman, je sais bien que tout exposé doit partir de quelques énoncés abstraits dont il déploie les implications. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il faut que la nécessité logique d'une abstraction soit perceptible au moment où on l'énonce&amp;nbsp;: sinon on contraint le lecteur, l'étudiant, à une servilité de bon élève qui, étant contraire à l'esprit même des mathématiques, répugne aux meilleurs et les écarte de la discipline. Mieux vaut donc partir des nombres, des vecteurs, des tenseurs, plutôt que des structures&amp;nbsp;: elles ne peuvent être que l'aboutissement d'une méditation qui, portant sur la chair d'êtres mathématiques longuement étudiés et bien connus, vise à mettre en ordre la conscience des nécessités auxquelles ils obéissent. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici un exemple&amp;nbsp;: en &lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/andon.htm" target="_blank" title="Analyse des données"&gt;analyse des données&lt;/a&gt;, l'analyse canonique généralisée englobe toutes les méthodes d'analyse factorielle comme autant de cas particuliers. J'ignore s'il existe un professeur qui procède en commençant «&amp;nbsp;logiquement&amp;nbsp;» par elle mais il serait un bien mauvais pédagogue&amp;nbsp;: mieux vaut étudier d'abord les méthodes les plus pratiques (analyse en composantes principales, analyse factorielle des correspondances) et n'introduire l'analyse canonique que lorsque la généralisation formelle qu'elle procure aide à mettre de l'ordre dans les idées acquises, auparavant, en explorant les autres méthodes et en découvrant leurs secrets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le destin de Galois a suscité toute une littérature qui déplore la mort prématurée d'un «&amp;nbsp;génie mathématique&amp;nbsp;» doublé d'un «&amp;nbsp;héros républicain&amp;nbsp;». Sa personne, devenue ainsi célèbre et figée comme en une statue, a subi les déformations qu'impose la célébrité et sert d'alibi à des ambitions et à des corporatismes qu'avec son intransigeance juvénile il aurait sans doute méprisés.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-302250928697813214?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/302250928697813214/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/caroline-ehrhardt-evariste-galois-ehess.html#comment-form' title='6 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/302250928697813214'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/302250928697813214'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/caroline-ehrhardt-evariste-galois-ehess.html' title='Caroline Ehrhardt, &lt;i&gt;Évariste Galois&lt;/i&gt;, EHESS, 2011'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-6810090620369475819</id><published>2011-11-01T19:21:00.004+01:00</published><updated>2011-11-10T21:03:02.677+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Société'/><title type='text'>La gloire des anonymes</title><content type='html'>Notre langue maternelle, le français, a été élaborée par des millions d'anonymes. Ce fruit savoureux d'un peuple rural a acquis l'élégance à la cour de nos rois. Nous n'avons retenu le nom d'aucun des paysans ni des courtisans auxquels nous devons ce vocabulaire ingénieux, cette syntaxe souple, qui offrent à qui veut s'en servir l'outil du plus fin discernement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces paysans et ces courtisans ont, me semble-t-il, accompli ce qu'un destin humain peut ambitionner de meilleur. Observons le retour de la végétation à chaque printemps, les jeux des petits enfants dans une cour d'école, puis méditons&amp;nbsp;: n'est-il pas vrai que seule importe la succession des générations&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les anonymes ne cherchent pas la célébrité, n'ambitionnent pas les hochets que sont les décorations, grades militaires, honneurs académiques et autres prix Nobel, ne se soucient pas même d'être pris au sérieux&amp;nbsp;: ils vivent et agissent en se servant simplement de leur intellect tout en assumant les limites qu'impose un destin individuel.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Nous rencontrons chaque jour de ces personnes dont la sagesse rayonne tandis qu'elles font leur métier, éduquent leurs enfants ou vaquent à leurs affaires. Mais il faut faire effort pour les voir&amp;nbsp;: comme elles sont «&amp;nbsp;normales&amp;nbsp;» nous sommes tentés de les croire banales. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il arrive ainsi que nous sortions ravis du cours d'un professeur, du magasin d'un commerçant, de la conversation avec un collègue ou un inconnu. «&amp;nbsp;Comme il est agréable, pensons-nous alors, de rencontrer quelqu'un de &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Il faut garder soigneusement ces moments-là en mémoire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est rare par contre de trouver un tel agrément auprès de gens qui ont renoncé à l'anonymat. Ceux qui s'inquiètent de leur réputation sont ombrageux&amp;nbsp;; ceux qui ambitionnent un avancement sont obséquieux ou méprisants selon le niveau où ils vous situent, mais jamais en relation de plain-pied avec vous. Certes, il existe des personnes qui ne cherchent le pouvoir que pour accomplir une mission qui les possède, mais ce sont des êtres exceptionnels et ils ne sortent d'ailleurs qu'à contre-cœur de l'anonymat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le bon sens étant la chose la mieux partagée, tout le monde a haussé les épaules quand un imbécile a dit «&amp;nbsp;si l'on a pas une Rolex à cinquante ans, c'est qu'on a raté sa vie&amp;nbsp;». Mais le bon sens a des limites&amp;nbsp;: nombreux sont ceux qui accordent respect et admiration (ou, de façon équivalente car seule importe l'intensité, mépris et exécration) à des personnes qui, s'étant prostituées pour parvenir à un sommet de pouvoir ou de réputation, s'y pavanent après l'avoir atteint. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, j'ai bien écrit «&amp;nbsp;prostituées&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: elles ont vendu une chose plus précieuse encore que leur corps. Elles ont frétillé dans le sillage des puissants, intrigué pour paraître dans les médias, travaillé encore et encore leur apparence, déformé leur pensée et contraint leur action pour parvenir. Il arrive que cet effort vers la distinction aboutisse à la plus basse vulgarité&amp;nbsp;: &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/02/le-langage-des-traitres.html" target="_blank" title="Le langage des traîtres"&gt;certains se détournent de leur langue maternelle&lt;/a&gt; pour parler un mauvais anglais. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La plupart de ceux qui s'efforcent de sortir de l'anonymat veulent calmer une angoisse en se masquant la perspective de leur propre mort. Le jeu d'apparences auquel ils se consacrent leur procure une insatisfaction permanente&amp;nbsp;: en témoignent le visage crispé, le regard furieux, la platitude des propos d'un dictateur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les anonymes ne se soucient pas d'apparence&amp;nbsp;: ils s'intéressent aux choses et aux gens qu'ils rencontrent et conservent ainsi longtemps après l'enfance un intellect en bon état de marche. Ayant transmis ce qu'ils pouvaient à la génération suivante, ils assumeront paisiblement la mort et l'oubli vers lesquels tout destin individuel se dirige.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-6810090620369475819?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/6810090620369475819/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/la-gloire-des-anonymes.html#comment-form' title='6 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6810090620369475819'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6810090620369475819'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/11/la-gloire-des-anonymes.html' title='La gloire des anonymes'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-7464616915306734248</id><published>2011-10-22T11:09:00.006+02:00</published><updated>2011-11-10T21:05:29.282+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Finance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>Pourquoi la finance paraît si mystérieuse</title><content type='html'>Un de mes lecteurs m'ayant posé plusieurs questions à propos de la &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/la-drole-de-crise.html" target="_blank" title="Drôle de crise"&gt;Drôle de crise&lt;/a&gt;, j'ai pensé que pour lui répondre le mieux serait de consacrer une page à la finance. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour la plupart des gens, elle est certes mystérieuse mais pas plus qu'une autre spécialité : chaque profession a son vocabulaire spécial (voir &lt;a href="http://www.volle.com/travaux/lexsallemarche.htm" target="_blank" title="Lexique des salles de marché"&gt;Lexique des salles de marché&lt;/a&gt;). Pour beaucoup d'économistes, par contre, la finance est &lt;i&gt;énigmatique&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: le modèle sur lequel s'appuie l'enseignement de l'économie (que nous appellerons «&amp;nbsp;modèle de base&amp;nbsp;»), étant focalisé sur la production, la consommation et l'échange dans une société supposée en état stable [1], ne convient plus quand il faut prendre en compte &lt;i&gt;l'incertitude du futur&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour comprendre la finance il faut donc compléter ce modèle en associant à chaque agent non seulement une fonction de production et une fonction d'utilité, mais aussi un patrimoine et, pour chaque niveau de son épargne, une «&amp;nbsp;structure de patrimoine désirée [2]&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Économie du patrimoine&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut classer les actifs patrimoniaux d'un agent selon leur degré de liquidité, c'est-à-dire selon le délai nécessaire pour disposer de leur contrepartie en monnaie. La part la plus liquide du patrimoine est l'encaisse monétaire, puis viennent les actions et obligations. La part la moins liquide est composée des propriétés foncières et immeubles. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Tandis que l'encaisse monétaire ne rapporte aucun intérêt (et que son pouvoir d'achat diminue même à cause de l'inflation), les autres parts du patrimoine ont un rendement qui est en principe d'autant plus élevé qu'elles sont moins liquides. Le classement des actifs par ordre de liquidité décroissante est donc, parallèlement, un classement par ordre de rendement anticipé croissant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;La demande de monnaie&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la monnaie ne rapporte rien, pourquoi existe-t-il une «&amp;nbsp;demande de monnaie&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? C'est parce qu'elle seule permet de régler les dépenses courantes, et aussi parce qu'il faut en détenir un certain stock pour pouvoir saisir une bonne occasion quand elle se présente ou pour pouvoir réagir en cas d'accident. La demande de monnaie étant pour partie fonction de l'anticipation des bonnes occasions et des risques, elle dépend des «&amp;nbsp;esprits animaux&amp;nbsp;» peu rationnels d'acteurs sensibles à la conjoncture. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S'il n'y avait pas de demande de monnaie, celle-ci ne pourrait pas jouer son rôle fiduciaire (intermédiaire dans les échanges, réserve de valeur, unité de compte). Lorsque cette demande s'effondre (&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation_de_la_R%C3%A9publique_de_Weimar" target="_blank" title="Hyperinflation de la République de Weimar"&gt;comme en Allemagne en 1923&lt;/a&gt;), cela provoque une &lt;i&gt;crise monétaire&lt;/i&gt; qui, dans les cas les plus sévères, paralyse l'économie en ramenant l'échange au régime du troc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Dettes et créances&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les actifs non monétaires sont des &lt;i&gt;placements&lt;/i&gt;. Certains sont des biens patrimoniaux qui procurent une rente (terrains, appartements etc.), d'autres sont des prêts à d'autres agents (c'est le cas des obligations, mais aussi des actions que l'on peut considérer comme des créances déguisées en titres de propriété). Il existe donc un marché sur lequel des agents empruntent et d'autres prêtent, puis un marché secondaire sur lequel les créances peuvent être échangées et que l'on appelle «&amp;nbsp;la Bourse&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceux qui empruntent de la monnaie sont ceux qui ont momentanément besoin de plus de liquidité qu'ils n'en ont pour des opérations qu'ils jugent utiles&amp;nbsp;: maintenir son niveau de consommation en lissant une baisse de revenu jugée temporaire, investir en vue de revenus futurs (formation d'un étudiant ou d'un salarié, recherche et développement, achat de biens d'équipement, construction de bâtiments etc.). &lt;i&gt;Dans tous les cas, l'emprunt est motivé par une anticipation&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceux qui prêtent sont ceux qui jugent leur patrimoine trop liquide et espèrent obtenir un meilleur rendement par un investissement ou un placement judicieux. &lt;i&gt;Dans tous les cas, le prêt est motivé par une anticipation&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le flux des prêts et des emprunts est continu&amp;nbsp;: l'épargne des ménages apporte à leur patrimoine un flux de monnaie qu'ils souhaiteront placer, les projets des entreprises doivent être financés avant que le revenu qu'ils procureront ne soit disponible etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se peut bien sûr que par la suite les faits contredisent les anticipations antérieures. Alors s'enclenche une dynamique complexe car les esprits animaux réagissent ou, souvent, sur-réagissent en ajustant leurs nouvelles anticipations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Structure du patrimoine&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A tout placement est associé un degré de liquidité (degré d'autant plus élevé que le délai nécessaire pour transformer ce placement en monnaie est plus court) et il convient en principe que son rendement soit d'autant plus élevé que son degré de liquidité est plus bas ; mais il faut aussi tenir compte du risque que le placement comporte et cela complique le raisonnement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le prix des terrains et appartements est volatil, la rentrée des loyers peut être irrégulière&amp;nbsp;: ces placements comportent donc un risque. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Celui qui a fait un prêt détient une créance sur un débiteur. Cette créance rapporte un intérêt périodique (ou un dividende s'il s'agit d'actions), et en outre la Bourse côte à chaque instant chaque type de créance en fixant son prix au niveau qui permet d'égaliser à cet instant les offres et les demandes qui se manifestent&amp;nbsp;: ce prix concrétise une plus-value ou une moins-value.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi le créancier est exposé à divers risques: &lt;br /&gt;- le débiteur peut se trouver incapable de payer les intérêts sur une obligation, ou de verser sur une action le dividende espéré&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- le débiteur peut être incapable de rembourser sa dette à l'échéance, ou l'entreprise peut faire faillite et alors ses actions ne valent plus rien&amp;nbsp;; &lt;br /&gt;- le cours en Bourse de l'action, ou de l'obligation, est volatil. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'évaluation du rendement d'une créance doit tenir compte et du taux d'intérêt ou du dividende anticipé, et aussi de la plus ou moins-value anticipée&amp;nbsp;: ce rendement est donc aléatoire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Les apports de la théorie&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La théorie de la finance fournit des règles pour estimer l'espérance mathématique du rendement d'un actif, son écart-type qui mesure le risque, et aussi la corrélation entre les rendements de deux actifs. Ces estimations s'appuient cependant sur des observations passées alors que les anticipations sont, elles, relatives au futur et pourront donc être déjouées par des surprises, car &lt;i&gt;le futur est essentiellement imprévisible&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: la théorie de la finance rencontre ici une limite qu'elle ne peut pas franchir et sur laquelle nous reviendrons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle est pourtant éclairante. En effet l'écart-type d'une somme de variables aléatoires non corrélées est plus faible que la somme de leurs écarts-types, et il en découle la règle «&amp;nbsp;ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: le risque associé à un portefeuille sera d'autant plus faible que ce portefeuille comportera une plus grande diversité d'actifs dont les risques sont non corrélés (donc relatifs à des secteurs d'activité, types d'entreprises et pays divers). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il existe des actifs à risque pratiquement nul et dont le rendement est naturellement le plus faible&amp;nbsp;: ce sont des créances sur l'Etat comme par exemple les &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Obligation_assimilable_du_Tr%C3%A9sor" target="_blank" title="Obligations assimilables du Trésor"&gt;OAT&lt;/a&gt;. La théorie permet alors de définir le portefeuille à risque optimal, celui qui maximise le rendement pour un risque donné. En empruntant ou prêtant sur le marché monétaire l'acteur peut en outre doser selon ses préférences le rendement et le risque&amp;nbsp;: s'il emprunte pour acheter davantage d'actifs à risque, l'effet de levier accroît parallèlement le rendement et le risque comme sur la droite «&amp;nbsp;Best possible CAL&amp;nbsp;» du graphique ci-dessous ; s'il prête, il obtient l'effet inverse (voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Portfolio_theory" target="_blank" title="Théorie du portefeuille"&gt;Modern portfolio theory&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» sur Wikipedia, dont est extrait le graphique ci-dessous).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-8BlCU8xze3E/TqKHO2Jd8PI/AAAAAAAAAJk/5sWwENunPAg/s1600/finance.JPG" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="176" src="http://2.bp.blogspot.com/-8BlCU8xze3E/TqKHO2Jd8PI/AAAAAAAAAJk/5sWwENunPAg/s320/finance.JPG" width="320" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Portefeuille optimal et effet de levier&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;Mais à chaque placement sont associés des coûts de transaction qui sont à peu près indépendants du montant du placement&amp;nbsp;: il est donc toutes choses égales d'ailleurs avantageux de faire des placements unitaires importants, et pour un budget donné ce phénomène s'oppose à la diversification des créances. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De ces deux éléments opposés (opportunité d'une diversification des créances, coût de transaction indépendant du montant d'un placement) il résulte que les acteurs qui peuvent minimiser les risques sont ceux qui sont les plus riches&amp;nbsp;: ils peuvent en effet diversifier leurs créances tout en investissant sur chacune un montant assez élevé pour que le coût total des transactions soit relativement faible. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est pourquoi «&amp;nbsp;on ne prête qu'aux riches&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: quelqu'un qui n'est pas riche ne pourrait pas obtenir, à lui seul, un rapport rendement&amp;nbsp;/&amp;nbsp;risque aussi favorable. Il sera donc avantageux pour lui de prêter à un plus riche qui lui garantira un rapport intéressant quoique moins élevé que celui dont ce riche bénéficie, ce qui laisse une marge à ce dernier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce mécanisme est à l'origine de la Banque en Mésopotamie dans l'antiquité, puis en Italie pendant la Renaissance. La Banque, ainsi conçue comme un intermédiaire sur le marché du crédit, rassemble et mobilise l'épargne qu'elle doit orienter vers des placements judicieux. C'est là une fonction indéniablement utile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais la banque est alors un débiteur qui peut être mise en faillite s'il se trouve incapable de liquider ses actifs assez vite pour répondre aux exigences de ses créanciers. C'est pourquoi la régulation impose aux banques des règles de prudence&amp;nbsp;: elles doivent notamment détenir sous forme liquide une certaine proportion des dépôts qui leur sont confiés. Si elles manquent temporairement de liquidité, elles peuvent emprunter aux autres banques sur le marché interbancaire. Si le système bancaire dans son ensemble se trouve gêné, il peut emprunter à la banque centrale qui constitue à cette fin d'importantes réserves.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'ensemble du système bancaire forme ainsi une «&amp;nbsp;pyramide fiduciaire&amp;nbsp;» dont le socle est constitué par les épargnants, le milieu par les banques, le sommet par la banque centrale elle-même garantie par l’État. Lorsque la crédibilité de l’État est atteinte, la pyramide fiduciaire est fragilisée&amp;nbsp;: c'est le cas aujourd'hui...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Limites de la théorie&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le modèle de base, que la plupart des économistes ont en tête, considère une économie &lt;i&gt;stable&lt;/i&gt; où tous les acteurs sont confrontés aux mêmes prix relatifs&amp;nbsp;: il ne comporte aucune incertitude et la dialectique de l'offre et de la demande fait converger le marché de chaque produit vers un prix d'équilibre qui donne une mesure de sa valeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par contre les choix des acteurs concernant la structure de leur patrimoine, la valeur des actifs et la crédibilité des débiteurs s'appuient sur des anticipations c'est-à-dire sur l'idée que chacun se fait de la situation future – et donc les anticipations peuvent, contrairement aux prix que l'on constate sur un marché, différer d'une personne à l'autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en résulte plusieurs conséquences&amp;nbsp;: &lt;br /&gt;- l'anticipation des prix futurs est fonction des niveaux et tendances des prix passés&amp;nbsp;: l'équilibre économique intertemporel, étant contraint par la forme de cette fonction, ne peut être qu'un équilibre sous-optimal «&amp;nbsp;de second rang&amp;nbsp;». Le &lt;i&gt;déséquilibre&lt;/i&gt; de l'économie dans les années 30 [3] était une énigme pour des économistes qui ne connaissaient que le modèle de base&amp;nbsp;: le principal apport de Keynes a été la prise en compte de l'incertitude des anticipations&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- comme les anticipations prolongent le plus souvent une tendance observée, la hausse nourrira la hausse et la baisse nourrira la baisse jusqu'à ce qu'un incident ne catalyse un brusque retournement. Contrairement aux prix dans une économie stable, les prix des actifs patrimoniaux ne se fixent donc pas au niveau d'équilibre qui correspondrait à la valeur de ces actifs et ils connaissent d'amples fluctuations&amp;nbsp;: ils sont essentiellement &lt;i&gt;volatils&lt;/i&gt;&amp;nbsp;; &lt;br /&gt;- le marché des actifs patrimoniaux est un marché d'occasion&amp;nbsp;: leur prix se détermine non sur le stock total de ces actifs mais sur la petite partie qui est mise en vente. Évaluer une entreprise selon sa «&amp;nbsp;capitalisation boursière&amp;nbsp;» (produit du cours de l'action par le nombre des actions) donne donc parfois un résultat absurde&amp;nbsp;: il arrive que cette «&amp;nbsp;valeur&amp;nbsp;» soit inférieure à celle de la participation de l'entreprise dans une de ses filiales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Les évolutions récentes&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La doctrine de l'efficacité des marchés, formulée dans les années 1970 par l'école de Chicago, nie la différence de nature entre les prix des actifs patrimoniaux et ceux des biens de consommation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Bourse, prétend-elle, dispose de l'information nécessaire pour indiquer à chaque instant la valeur exacte d'une entreprise. Le cours de l'action est donc d'après elle le critère suprême de l'efficacité d'un dirigeant, et la «&amp;nbsp;création de valeur pour l'actionnaire&amp;nbsp;» doit guider ses décisions. Elle considère que les marchés sont autorégulateurs et que la Bourse suffit pour orienter l'économie dans la meilleure direction&amp;nbsp;: les interventions de l’État et la régulation sont à proscrire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette doctrine, qui tire parti du prestige du modèle de base - et qui équivaut d'ailleurs à postuler que le fonctionnement spontané des marchés élimine l'incertitude du futur -, s'est malgré l'évidence contraire imposée dans les années 1970 à la majorité des économistes. Elle a fourni leur socle théorique au néo-libéralisme et aux politiques de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Elle a incité à déréguler les marchés, à supprimer ou ne pas appliquer les règles de prudence pour déchaîner une «&amp;nbsp;innovation financière&amp;nbsp;» qui a pu tirer parti de l'informatique et de l'ubiquité que procurent les réseaux. La finance s'est massivement automatisée tout en négligeant de superviser les automates.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Banque s'est ainsi détournée de sa mission historique d'intermédiation pour s'orienter vers une «&amp;nbsp;production d'argent&amp;nbsp;» en circuit court d'autant plus effrénée que le risque devait être finalement supporté par les États.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces phénomènes sont responsables de la crise financière et économique qui s'est déclarée à partir de 2008. L'accroissement du risque supporté par les États altérant leur crédibilité, leur niveau d'endettement est apparu intenable. La pyramide fiduciaire est depuis lors en danger&amp;nbsp;: le mécanisme du crédit s'est pratiquement bloqué, et si la perte de confiance en la monnaie elle-même ne s'est pas encore produite ce serait logiquement la prochaine étape, encore  plus dévastatrice.&lt;br /&gt;________&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[1] Ce modèle est celui que décrit Gérard Debreu dans &lt;i&gt;Théorie de la valeur&lt;/i&gt;, Dunod, 2001.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[2] John Hicks, «&amp;nbsp;A suggestion for simplifying the theory of money&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Economica&lt;/i&gt;, 1935.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[3] Jean Grandmont, &lt;i&gt;Money and Value&lt;/i&gt;, Cambridge University Press, 1983.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-7464616915306734248?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/7464616915306734248/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/10/pourquoi-la-finance-parait-si.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/7464616915306734248'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/7464616915306734248'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/10/pourquoi-la-finance-parait-si.html' title='Pourquoi la finance paraît si mystérieuse'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-8BlCU8xze3E/TqKHO2Jd8PI/AAAAAAAAAJk/5sWwENunPAg/s72-c/finance.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-2061386400562662380</id><published>2011-10-01T10:47:00.005+02:00</published><updated>2011-11-10T21:06:10.432+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Entreprise'/><title type='text'>Qu'est-ce qu'un produit aujourd'hui ?</title><content type='html'>Le mot «&amp;nbsp;production&amp;nbsp;» doit retrouver dans l'économie contemporaine son sens économique fondamental&amp;nbsp;: ce qu'une économie &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt;, c'est la satisfaction des besoins des consommateurs, leur bien-être matériel. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui importe n'est donc pas de produire des &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt; mais de faire en sorte que le produit, une fois placé dans les mains du consommateur, lui procure satisfaction et bien-être. Comme le dit &lt;a href="http://www.xerficanal.com/philippe-moati-la-revolution-commerciale-a-commence-190.html" target="_blank" title="La révolution commerciale a commencé"&gt;Philippe Moati&lt;/a&gt;, la mission du système productif est de produire des «&amp;nbsp;effets utiles&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi la production ne peut pas se limiter pas à la mise en stock, en sortie d'usine, de produits finis qu'un commercial viendrait prélever pour les distribuer. Elle doit suivre le produit le long des circuits de transport, commercialisation et distribution jusqu'à ce qu'il soit entre les mains du consommateur puis encore, pendant son utilisation, le long des phases de maintenance jusqu'à la fin de son cycle de vie et au recyclage final. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il apparaît ainsi que le bien, composante physique du produit, est associé à des services (transport etc.) qui sont une composante nécessaire de la production. Les services qu'implique la production (conception des produits, rapports avec les clients) sont d'ailleurs à forte valeur ajoutée ainsi que le service d'intermédiation que nous évoquerons ci-dessous. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour «&amp;nbsp;capter la valeur&amp;nbsp;», comme on dit, il ne suffit donc plus de faire tourner les usines pour fabriquer des biens manufacturés&amp;nbsp;: entretenir de bonnes relations avec les clients, connaître leurs besoins est tout aussi important sinon davantage. Des biens manufacturés qui s'empileraient dans un stock mais dont personne ne voudrait n'auraient aucune valeur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En raison de la multiplicité des compétences qu'elles impliquent l'ensemble des tâches que nécessite la production excède ce que peut faire une même entreprise. La formule la plus efficace est donc celle du &lt;i&gt;partenariat&lt;/i&gt;, plusieurs entreprises coopérant à la fourniture des biens et services que nécessite l'élaboration du produit. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;L'intermédiation&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi les entreprises partenaires, il en existe une qui est chargée d'une fonction d'intermédiation (ce n'est pas nécessairement la plus grosse)&amp;nbsp;: le montage d'un partenariat requiert en effet une &lt;i&gt;ingénierie d'affaires&lt;/i&gt; pour bâtir le cadre contractuel qui répartit les responsabilités, les dépenses et les recettes. Puis il faut assurer dans la durée le fonctionnement du &lt;i&gt;système d'information&lt;/i&gt; qui assure la transparence et l'efficacité du processus de production, et aussi &lt;i&gt;animer&lt;/i&gt; le partenariat (maintien et ajustement de l'orientation, désamorçage des contentieux, entretien de l'esprit de coopération). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'automatisation de la production physique des biens est l'une des conséquences de l'informatisation. Il en résulte que les usines où se réalise cette production n'emploient pratiquement plus personne, leurs effectifs se réduisant à quelques superviseurs qui contrôlent les automates et à des équipes de maintenance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le gros des effectifs du partenariat se trouve donc dans les tâches amont de conception, de «&amp;nbsp;&lt;i&gt;design&lt;/i&gt;&amp;nbsp;», chronologiquement antérieures à la production physique, et dans les tâches aval de service et relation avec la clientèle qui lui sont postérieures. La localisation géographique des usines est de ce fait indifférente, ou plutôt elle doit tenir compte des contraintes qu'imposent la logistique, les approvisionnements en matières premières et la réglementation douanière de chaque pays. Les bas salaires, qui attirent tant les usines vers les pays pauvres, ne peuvent être pris en considération que si l'on continue à utiliser des techniques obsolètes, antérieures à l'automatisation. Ils ne jouent plus si l'usine est automatisée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En outre la qualité des produits, la satisfaction des consommateurs, se gagnent par une adéquation fine aux besoins d'un segment de clientèle, voire à des besoins individuels. Cela suppose que le partenariat soit orienté vers la connaissance des besoins, et aussi que l'ensemble que constituent les services et les biens soit mis en forte cohérence par l'intermédiation. L'éventuelle délocalisation des usines ne doit donc pas s'accompagner d'une perte de contrôle, ni d'un risque de pillage des innovations et du &lt;i&gt;design&lt;/i&gt; par des concurrents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En définitive la localisation des usines dépendra d'un arbitrage entre la nécessité d'une répartition de la production physique selon les contraintes géographiques évoquées ci-dessus, et celle d'un contrôle et d'une cohérence stricts de la production ainsi d'une protection du monopole temporaire qui doit être la contrepartie de l'effort de conception. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'équilibre des échanges commerciaux résulte alors non de la localisation des usines, puisqu'il se fait à travers la répartition des revenus entre partenaires, mais de la qualité des produits, de la cohérence de la chaîne de production et du partage des rôles dans le partenariat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Un changement d'attitude&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie ainsi conçue demande un fin discernement pour connaître les besoins des clients, et aussi beaucoup de modestie puisqu'il faut que l'entreprise se mette à leur service. Cela suppose un changement de comportement par rapport à l'économie d'avant 1975&amp;nbsp;: l'entreprise impérialiste et prétentieuse d'autrefois doit disparaître, car elle est incapable de conclure des partenariats et d'écouter ses clients. Les rapports de sous-traitance, souvent accompagnés d'une pression sur les prix qui interdit au sous-traitant d'investir et d'améliorer sa production, doivent céder la place à des partenariats équilibrés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut aussi modifier l'idée que l'on se fait de l'industrie. Étymologiquement l'industrie est «&amp;nbsp;l'habileté à faire quelque chose&amp;nbsp;» (Littré). On l'a assimilée naguère à la mécanique et à la chimie car ces techniques étaient en effet celles qui permettaient de produire le plus habilement. L'entité industrielle typique était alors l'usine et la production semblait s'arrêter à l'accumulation de stocks de produits finis. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui le mot «&amp;nbsp;industrie&amp;nbsp;» doit désigner l'élaboration, par des entreprises en partenariat, de produits qui sont des assemblages de biens et de services destinés à produire des «&amp;nbsp;effets utiles&amp;nbsp;» entre les mains du consommateur, et suivis tout au long de leur durée d'utilisation jusqu'à la mise au rebut suivie d'un recyclage. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La transformation que cela implique n'est pas facile. Elle suppose l'émergence de compétences nouvelles et de nouvelles formes d'organisation – notamment l'intermédiation que nous avons évoquée. Elle modifie les relations de pouvoir et les échelles de légitimité. Elle doit donc surmonter des obstacles sociologiques, juridiques et intellectuels autant qu'économiques. On peut cependant prévoir que les pays qui sauront maîtriser la «&amp;nbsp;doctrine d'emploi&amp;nbsp;» de cette économie et des outils informatiques qu'elle procure seront avantagés dans la compétition internationale, et que ceux qui ne le sauront pas seront handicapés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Atouts et handicaps&lt;/b&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De ce point de vue la France possède à la fois des atouts et des handicaps. Une population cultivée, héritière d'une tradition de finesse et d'entregent, est &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; capable de concevoir des produits utiles et d'entretenir une bonne relation de service avec les clients. Mais une classe dirigeante prétentieuse et accrochée à ses pouvoirs, une conception impérialiste et dominatrice de l'entreprise ou du service public (tournés vers les besoins de leur organisation interne plus que vers ceux des clients), un système éducatif hostile à l'action productive sont autant d'obstacles. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'enjeu économique fondamental est la &lt;i&gt;productivité cérébrale&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: la conception des produits, ainsi que la relation avec les clients et les partenariats, demandent du discernement et de la subtilité. L'effort qu'exige l'action productive n'est plus l'effort musculaire du manœuvre, ni l'effort répétitif de l'ouvrier qui travaille à la chaîne, mais un effort &lt;i&gt;mental&lt;/i&gt; qui suppose une formation et une éducation poussées. Le succès, dans l'économie future, ira aux pays qui auront su miser sur la formation des cerveaux et qui auront su aussi attirer les cerveaux les mieux formés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Qui peut assurer l'intermédiation&amp;nbsp;?&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui est à même d'exercer la fonction d'intermédiation&amp;nbsp;? Ce sera celui qui est capable de réaliser le montage, puis l'animation d'un partenariat, de le réorienter si l'évolution des techniques et de la concurrence l'exige&amp;nbsp;; de concevoir et d'exploiter le système d'information qui assure l'interopérabilité des systèmes d'information des partenaires ainsi que le traitement des transactions entre partenaires, fournisseurs et clients. Le service qu'il rend se rémunère, simplement, par un pourcentage prélevé sur les transactions. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est là un métier nouveau mais qui &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt; ressemble à celui que la Banque a exercé au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle quand elle s'impliquait dans le développement des réseaux de chemin de fer, des canaux, des exploitations minières et plus largement dans l'industrialisation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les intermédiateurs, ou «&amp;nbsp;médiateurs&amp;nbsp;» tout court, sont les entrepreneurs d'aujourd'hui&amp;nbsp;: ils montent les affaires puis les font vivre – et pour cela il faut qu'ils aient certaines qualités&amp;nbsp;: réalisme, modestie, entregent...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce rôle pourrait être tenu par une des entreprises partenaires – c'est d'ailleurs ce qui se passe le plus souvent – mais cette solution est boiteuse, car il est très difficile d'être à la fois une partie prenante et un arbitre impartial. Il pourrait être tenu par l'opérateur télécom historique, car il est placé au centre du réseau qui fait communiquer les partenaires&amp;nbsp;: mais rien, dans sa tradition et son métier, ne l'a préparé à une telle mission. Il pourrait être tenu par des cabinets d'avocats, experts en ingénierie d'affaires, mais la compétence en système d'information ne fait pas partie de leur bagage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il pourrait être aussi tenu par la Banque, qui a l'expérience du traitement des transactions et qui a une expérience en système d'information. Elle renouerait ainsi avec une tradition ancienne, mais dont elle s'est écartée après 1975 lorsque la mondialisation et l'informatisation lui ont procuré des sources de profit plus faciles (mais plus risquées) : elle ne remplit même plus la fonction traditionnelle et modeste qui consiste à financer les PME. Elle a acquis ainsi une mauvaise réputation qui s'opposera sans doute à ce que d'autres acteurs lui accordent la fonction d'intermédiation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'empêche&amp;nbsp;: l'histoire nous confronte à des contraintes économiques et techniques qui sont aussi fortes que des contraintes physiques. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;- le fait est&lt;/i&gt; que les produits deviennent, qu'on le veuille ou non, des assemblages de biens et de services : ceux qui refusent de le comprendre seront progressivement éjectés du marché&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;- le fait est&lt;/i&gt; que de tels assemblages ne peuvent pas être produits par une seule entreprise car il y faut des compétences trop diverses&amp;nbsp;: ils seront élaborés par des partenariats&amp;nbsp;; &lt;br /&gt;&lt;i&gt;- le fait est&lt;/i&gt; que pour qu'un partenariat soit pérenne il faut que son architecture s'appuie sur une ingénierie d'affaire bien conçue, puis que son fonctionnement soit animé dans la durée&amp;nbsp;: cela implique que quelqu'un assume la fonction d'intermédiation&amp;nbsp;; &lt;br /&gt;&lt;i&gt;- le fait est&lt;/i&gt; que des fonctions analogues à l'intermédiation ont été tenues par la Banque dans le passé, et que renouer avec cette mission lui rendrait un rôle économique constructif. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans son histoire la Banque n'a été entreprenante que lorsque c'était l'activité la plus rentable. Aujourd'hui elle s'est orientée non vers la production de choses utiles mais vers la production d'argent en circuit court, et elle draine à cette fin nombre de ressources cérébrales, d'ingénieurs bien formés qui sont perdus pour le système productif. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La question reste donc ouverte&amp;nbsp;: on ne voit pas clairement aujourd'hui qui pourra jouer le rôle de médiateur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est cependant certain que sans médiateur l'économie contemporaine reste déséquilibrée&amp;nbsp;: ne pouvant pas atteindre sa pleine efficacité, elle connaîtra un chômage durable et des crises répétées. Il faudrait qu'une nouvelle génération d'entrepreneurs surgît, sur le modèle des saint-simoniens qui au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle ont construit l'industrie française. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est une orientation que nous devons indiquer à nos élèves ingénieurs&amp;nbsp;: le métier d'entrepreneur est peut-être moins rémunérateur que celui du trader, mais il favorise l'épanouissement de la personne en la confrontant avec les obstacles et les outils qu'elle rencontre dans le monde de la nature.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-2061386400562662380?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/2061386400562662380/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/10/quest-ce-quun-produit-aujourdhui.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/2061386400562662380'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/2061386400562662380'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/10/quest-ce-quun-produit-aujourdhui.html' title='Qu&apos;est-ce qu&apos;un &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt; aujourd&apos;hui&amp;nbsp;?'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-1862358460063955367</id><published>2011-09-30T13:46:00.002+02:00</published><updated>2011-11-10T20:00:08.759+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Environnement'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>Jean-Marc Jancovici, Changer le Monde, Calmann-Lévy, 2011</title><content type='html'>&lt;iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;o=8&amp;p=8&amp;l=as1&amp;asins=2702142141&amp;ref=tf_til&amp;fc1=000000&amp;IS2=1&amp;lt1=_blank&amp;m=amazon&amp;lc1=0000FF&amp;bc1=000000&amp;bg1=FFFFFF&amp;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0" align="right"&gt;&lt;/iframe&gt;Jean-Marc Jancovici est l'un des acteurs les plus importants du mouvement écologique. Il se distingue par la rigueur de son exigence scientifique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son dernier livre suscite quelques réserves de ma part, mais commençons par les points positifs&amp;nbsp;: il est clair, bien écrit, bien construit. Les chapitres III et IV fournissent d'utiles repères quantitatifs, le chapitre VI est une étude de cas d'histoire institutionnelle qu'il faut recommander aux étudiants en sciences politiques. Le chapitre VII propose utilement une liste des décisions possibles, accompagnées d'un ordre de grandeur de leur coût.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On trouve p. 76 une indication cruciale : les nations représentées à Copenhague en 2009 se sont mises d'accord pour faire en sorte que le réchauffement de l'atmosphère soit limité à 2°C. Il faut pour cela que la quantité de carbone émise d'ici à la fin du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle soit au plus de 1&amp;nbsp;400 milliards de tonnes, ce qui implique une réduction des deux tiers par rapport au niveau actuel. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici maintenant mes réserves : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1) Le but de ce livre n'est pas d'inciter le consommateur à arbitrer ses choix, mais de faire apparaître le contenu en énergie de la consommation actuelle dans les pays riches ou émergents. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Ainsi p. 145 Jancovici écrit : «&amp;nbsp;un passager qui parcourt un km en tram ou en métro engendre l'émission de 50 à 200 g de CO&lt;sub&gt;2&lt;/sub&gt;&amp;nbsp;». Il impute ainsi au passager moyen une quote-part du coût d'un réseau qui a été dimensionné pour écouler le trafic à l'heure de pointe (cf. «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie/dimensionnement.htm" target="_blank" title="Économie du dimensionnement"&gt;Économie du dimensionnement&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»). Une fois ce réseau construit le coût marginal d'une place en période creuse est nul (pour le transport aérien, c'est différent&amp;nbsp;: le poids d'un passager et de ses bagages compte dans la consommation de kérosène). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes le débat entre coût moyen et coût marginal est banal mais en l'ignorant on désamorce des solutions intelligentes : un consommateur peut s'organiser pour ne pas utiliser les réseaux pendant leurs heures de pointe, les entreprises peuvent réduire les pointes du matin et du soir en pratiquant les horaires variables. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De même lorsque Jancovici dit que la viande de bœuf «&amp;nbsp;contient des hydrocarbures&amp;nbsp;», c'est vrai en moyenne dans l'économie actuelle mais ce n'est pas une contrainte physique : les prairies ne sont pas toutes fertilisées avec des engrais, les bœufs ne sont pas tous nourris avec des tourteaux et si on le décidait on pourrait s'y prendre autrement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2) Les chapitres I et II contiennent des inexactitudes. Jancovici dit p. 30 qu'autrefois les paysans ne voyageaient pas, or au Moyen Âge ils voyageaient plus qu'on ne le croit aujourd'hui notamment pour faire des pèlerinages : l’Europe était parcourue par un flot de marcheurs. Il dit p. 52 que la transition de l'agriculture vers l'énergie a été pilotée par la quantité d'énergie disponible, mais il avait évoqué p. 40 la moissonneuse-batteuse tirée par des chevaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il dit p. 63 qu'avant l'utilisation de l'énergie fossile l'être humain ne disposait que de ses muscles&amp;nbsp;: c'est oublier les «&amp;nbsp;moteurs&amp;nbsp;» animaux (chevaux, bœufs, mulets) utilisés depuis le néolithique et qui, bien plus que les esclaves, ont fourni la puissance motrice. S'il mentionne ces «&amp;nbsp;moteurs&amp;nbsp;» p. 20, c'est après et avant force calculs où son seul point de comparaison est l'esclave humain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3) Jancovici voit dans l'énergie d'origine fossile la seule cause de l'industrialisation&amp;nbsp;: c'est ignorer le rôle de la synergie «&amp;nbsp;mécanique – chimie – énergie&amp;nbsp;». Si Daimler n'avait pas mis au point en 1885 le moteur à combustion interne, le pétrole n'aurait été utilisé que pour l'éclairage – rôle dans lequel il aurait bientôt été supplanté par l'électricité (voir Daniel Yergin, &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/08/daniel-yergin-prize-free-press-2008.html" target="_blank" title="The Prize"&gt;&lt;i&gt;The Prize&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S'il est vrai que sans énergie un moteur ne peut servir à rien, il est tout aussi vrai que sans moteur l'énergie ne sert pas à grand chose. Une voûte en berceau ne pouvant tenir que si ses deux moitiés se soutiennent, on ne peut pas dire que l'une des deux est plus importante que l'autre. Il en est de même pour la synergie entre la mécanique et l'énergie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4) L'essentiel du raisonnement de Jancovici s'appuie sur la corrélation, effectivement constatée dans l'histoire économique récente, entre le &lt;i&gt;volume&lt;/i&gt; de la production et la consommation d'énergie. Mais la valeur économique d'une production ne se réduit pas à son volume&amp;nbsp;: elle se mesure selon le produit &lt;i&gt;volume*qualité&lt;/i&gt; qui n'est pas nécessairement corrélé à la consommation d'énergie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La création de richesses ne consiste pas seulement en une transformation des ressources naturelles car elle leur ajoute de la qualité, du &lt;i&gt;design&lt;/i&gt;. Jancovici minimise l'importance de ce dernier lorsqu'il écrit p. 45&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;la productivité du travail augmente grâce (un peu) à l'ingéniosité des ingénieurs, et grâce (beaucoup) à une énergie de plus en plus disponible et de moins en moins chère en termes réels&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;5) Pour Jancovici comme pour moi 1975 est la date d'une rupture : le premier choc pétrolier a fait prendre conscience du risque de pénurie énergétique. Mais il a aussi poussé les entreprises à chercher d'autres sources de richesse : elles se sont alors tournées vers l'informatique (la notion de système d'information date de 1972) et, comme l'a dit &lt;a href"http://www.volle.com/lectures/gille.htm"&gt;Bertrand Gille&lt;/a&gt;, cela a fait émerger un «&amp;nbsp;système technique contemporain&amp;nbsp;» (STC).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La synergie entre la mécanique, la chimie et l'énergie qui caractérisait le «&amp;nbsp;système technique moderne développé&amp;nbsp;» (STMD, 1875-1975) a été alors non pas supprimée, mais détrônée par la synergie entre la microélectronique, le logiciel et le réseau. Comme Jancovici le dit d'ailleurs p. 33 «&amp;nbsp;sans ordinateurs et sans serveurs, l'Occident s'écroulerait&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie contemporaine est donc caractérisée par la conjonction de &lt;i&gt;deux&lt;/i&gt; phénomènes : la perspective d'une pénurie énergétique, que Jancovici considère, et l'émergence du STC, dont il ne parle pas. Elle conduit vers une nouvelle forme d'équilibre vers laquelle le système productif avance à tâtons et avec maladresse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour anticiper le futur il faut supposer cet équilibre atteint, donc les maladresses surmontées, puis le comparer à l'équilibre du STMD. Jancovici dit (p. 59) que la construction et l'utilisation des ordinateurs n'est pas aussi «&amp;nbsp;propre&amp;nbsp;» qu'on ne le croit parce qu'elles suscitent des émissions de carbone : c'est vrai, mais insuffisant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie informatisée consomme bien sûr de l'énergie mais la question qui importe est de savoir si son &lt;i&gt;équilibre d'ensemble&lt;/i&gt;, avec les transformations qu'il implique dans la nature des produits, la façon de produire, les besoins des consommateurs etc., est ou non susceptible de respecter la contrainte énergétique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La politique que Jancovici préconise, axée vers la seule décarbonisation, est amputée d'une moitié de notre futur car elle néglige ou ignore la réponse qu'une économie orientée vers la &lt;i&gt;qualité&lt;/i&gt;, et non plus vers la quantité, peut apporter à la pénurie d'énergie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;6) Cela n'enlève rien à la pertinence de certaines de ses recommandations&amp;nbsp;: la taxe carbone, par exemple, reste nécessaire pour que le prix de l'énergie tienne compte du caractère non renouvelable des ressources fossiles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il y a quelque chose de péniblement boiteux dans un raisonnement qui reste focalisé sur la nocivité du CO&lt;sub&gt;2&lt;/sub&gt;. Si vous dites à Jancovici que l'informatisation transforme l'économie, il objecte que la production des ordinateurs émet du carbone&amp;nbsp;; si vous lui dites que la lecture peut contribuer au bien-être des consommateurs, il objecte que la production des livres émet du carbone, etc. Mais la respiration des animaux (donc la vôtre, celle de Jancovici, la mienne) émet elle aussi du CO&lt;sub&gt;2&lt;/sub&gt;&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le discernement suppose que l'on voie dans les choses le relief qui permet de faire des choix. En mettant tout à plat au nom du carbone on inhibe la capacité d'agir&amp;nbsp;: il ne suffit pas de mentionner des quantités, il faut encore les &lt;i&gt;comparer&lt;/i&gt; selon un raisonnement économique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le catalogue quantitatif de Jancovici est d'ailleurs incomplet. Le Club de Rome avait en 1972 décrit l'écrasement de l'humanité sous le poids de ses déchets. Il faudrait, pour combattre la pollution de façon générale, associer des «&amp;nbsp;équivalents carbone&amp;nbsp;» (ou une mesure selon une autre unité mieux choisie) à tous les types de déchets. Cela a été fait pour le CO&lt;sub&gt;2&lt;/sub&gt;, le méthane et le protoxyde d'azote, mais non encore pour les déchets chimiques, biologiques et nucléaires.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-1862358460063955367?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/1862358460063955367/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/10/jean-marc-jancovici-changer-le-monde.html#comment-form' title='8 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/1862358460063955367'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/1862358460063955367'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/10/jean-marc-jancovici-changer-le-monde.html' title='Jean-Marc Jancovici, &lt;i&gt;Changer le Monde&lt;/i&gt;, Calmann-Lévy, 2011'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>8</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-4464579436180982880</id><published>2011-09-29T15:12:00.005+02:00</published><updated>2011-11-14T15:38:29.948+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Article'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>Pour une neutralité équitable de l'Internet : une « Bourse du débit »</title><content type='html'>Cet article m'a été demandé par &lt;i&gt;Les cahiers de l'ARCEP&lt;/i&gt; pour &lt;a href="http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/Cahiers_ARCEP_07_L.pdf"&gt;leur numéro de novembre 2011&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;b&gt;L'enjeu de la neutralité&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2707167150&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;Les fournisseurs de contenus, ainsi que les utilisateurs, souhaitent que l'Internet soit «&amp;nbsp;neutre&amp;nbsp;» – c'est-à-dire que les opérateurs du réseau n'opèrent aucune discrimination, tarifaire ou autre, entre les divers types de trafic. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les opérateurs savent cependant qu'il faut &lt;i&gt;dimensionner&lt;/i&gt; les ressources physiques consacrées à la transmission – routage, transport et distribution – de telle sorte que le  taux de blocage, interruption ou ralentissement à l'heure de pointe soit globalement acceptable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le réseau téléphonique la nature statistique du trafic était relativement simple, ce qui permettait de résoudre de façon satisfaisante la question du dimensionnement. Elle est plus complexe sur l'Internet en raison de la multiplicité des usages et de la diversité des débits qu'ils demandent notamment pour la vidéo. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or il est d'autant plus coûteux de dimensionner un réseau de façon acceptable que la dispersion statistique du trafic à l'heure de pointe est plus élevée (voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie/dimensionnement.htm" target="_blank" title="Economie du dimensionnement"&gt;Économie du dimensionnement&lt;/a&gt;&amp;nbsp;») : on peut donc craindre que l'Internet ne devienne plus coûteux, ou que sa qualité ne baisse, avec l'accroissement prévisible de la part du trafic vidéo.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La neutralité de l'Internet est ainsi l'enjeu d'un conflit entre fournisseurs de contenus et  opérateurs. Mais un autre conflit existe, et celui-là se joue entre les utilisateurs&amp;nbsp;: il suffit qu'un petit nombre d'entre eux téléchargent beaucoup pour que le débit offert aux autres soit comprimé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce conflit-là reste inexprimé car il n'est porté par aucune institution. Il se peut cependant qu'en le traitant on résolve du même coup le conflit entre opérateurs et  fournisseurs de contenu. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Le forfait, subvention inéquitable&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On connaît les avantages que présente un forfait universel et égal pour tous&amp;nbsp;: il est simple, facile à comprendre, et l'utilisateur peut accéder à tous les contenus indifféremment sans avoir à se soucier du débit que chacun d'eux exige. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais on dénombre 2&amp;nbsp;% d'utilisateurs «&amp;nbsp;gourmands&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: téléchargeant jusqu'à dix films par jour et consommant dix à cent fois plus de débit que les autres, ces boulimiques utilisent à eux seuls une moitié du débit de l'Internet. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si tous les abonnés paient un forfait du même montant et si la somme des recettes de l'Internet doit équilibrer le coût de son dimensionnement, les utilisateurs qui se contentent de services peu gourmands en débit subventionnent implicitement ceux qui demandent un débit important. Ainsi la revendication «&amp;nbsp;démocratique&amp;nbsp;» d'une neutralité de l'Internet  cache une inégalité car elle confère à certains un privilège payé par d'autres. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Une «&amp;nbsp;Bourse du débit&amp;nbsp;»&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour concilier les avantages du forfait avec l'équité, qui voudrait que celui qui consomme beaucoup plus paie davantage, nous proposons de mettre en place une &lt;i&gt;Bourse du débit&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Considérons deux catégories d'utilisateurs A et B, les A étant sobres et les B étant gourmands en débit. Ils paient tous le même forfait qui donne droit à un trafic quotidien de X Mbit. Les A termineront la journée sans avoir consommé X, les B seront coincés après avoir consommé X. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut organiser sur l'Internet une Bourse qui permettra aux B d'acheter du débit aux A. L'étendue géographique de cette Bourse peut être limitée à une arborescence du réseau de distribution ou être éventuellement plus large&amp;nbsp;: il faudrait évaluer les conséquences des divers choix. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les opérateurs, les forfaits quotidiens X attribués à chaque utilisateur seraient à peu près remplis&amp;nbsp;: la dispersion statistique du trafic serait ainsi réduite et cela réduirait le coût du dimensionnement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La neutralité de l'Internet serait préservée puisque le forfait serait le même pour tous. Les utilisateurs sobres cesseraient cependant de subventionner les utilisateurs gourmands car ils recevraient un paiement en contrepartie de l'abandon d'une partie du débit forfaitaire. Les utilisateurs gourmands seraient incités à la sobriété par le prix à payer aux autres  pour se procurer un débit supplémentaire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'organisation et le fonctionnement de la Bourse du débit serait facilitée par le Web lui-même&amp;nbsp;: acheteurs et vendeurs pourraient rester anonymes, la Bourse assurerait le calcul des ressources disponibles, établirait le prix d'équilibre, réallouerait le débit entre les utilisateurs et transférerait es paiements d'un compte à l'autre. L'utilisateur gourmand arrivé en fin de droits se procurerait le débit supplémentaire avec quelques clics de souris. Certes la conception de cette Bourse demanderait du travail à des programmeurs compétents, mais on a vu se réaliser en informatique des choses plus compliquées que cela. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Sur l'Internet, les besoins des utilisateurs ne se différencient pas par le seul débit&amp;nbsp;: selon le service considéré les exigences en termes de priorité, sécurité et qualité de la transmission diffèrent. Nous n'avons donc considéré ici qu'une partie du problème. On pourrait peut-être concevoir une Bourse plus ambitieuse, mais sa mise en œuvre serait peut-être trop compliquée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre petit exercice suggère en tout cas que le conflit entre opérateurs et fournisseurs de contenu peut se trancher non entre ces deux parties mais entre les utilisateurs, et en conservant les avantages du forfait tout en satisfaisant les exigences de l'équité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Nota Bene&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: Le mot «&amp;nbsp;Bourse&amp;nbsp;» désigne exactement un lieu où l'on peut revendre une chose que l'on possède mais il est entouré aujourd'hui de connotations péjoratives. S'il faut lever cet obstacle on pourra sans grand dommage le remplacer par «&amp;nbsp;Échange&amp;nbsp;».&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-4464579436180982880?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/4464579436180982880/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/09/pour-une-neutralite-equitable-de.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4464579436180982880'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4464579436180982880'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/09/pour-une-neutralite-equitable-de.html' title='Pour une neutralité équitable de l&apos;Internet&amp;nbsp;: une « Bourse du débit »'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-2933545226909329217</id><published>2011-09-28T14:24:00.010+02:00</published><updated>2011-11-10T19:57:03.258+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>Les services sont des produits</title><content type='html'>Beaucoup d'économistes estiment que la France s'est trop désindustrialisée, et que c'est la cause de son déficit commercial comme de l'endettement de l’État. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi &lt;a href="http://www.xerficanal.com/jean-peyrelevade-la-france-en-etat-de-crise-180.html" target="_blank" title="Entretien avec Jean Peyrelevade"&gt;Jean Peyrelevade appelle sur Xerfi Canal à une réindustrialisation de notre pays&lt;/a&gt;. Dans la foulée, il dit que notre économie a accordé trop de place aux services au détriment des «&amp;nbsp;produits&amp;nbsp;». Sur beaucoup d'autres points je suis d'accord avec lui, mais en ce qui concerne les services je trouve étonnant qu'un économiste sérieux s'exprime de façon aussi inexacte. Comme son opinion est en passe de devenir dominante, il est nécessaire de poser clairement et rigoureusement les termes du débat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le langage de l'économie, on distingue les biens (qui sont matériels) des services (qui sont immatériels), mais les uns comme les autres sont des &lt;i&gt;produits&lt;/i&gt; car ils résultent d'une production. Opposer les services aux «&amp;nbsp;produits&amp;nbsp;», c'est supposer que les services ne résultent pas d'une activité productive et qu'en somme ils tombent du ciel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un service, c'est «&amp;nbsp;la mise à disposition temporaire d'un bien ou d'une compétence&amp;nbsp;». Vous louez un appartement mis à votre disposition par son propriétaire&amp;nbsp;: c'est un service. Vous louez une voiture, c'est un service. Vous consultez un médecin, il met sa compétence à votre disposition pendant la durée de la consultation&amp;nbsp;: c'est un service. Vous achetez un billet d'avion, il vous donne droit à un siège pendant la durée du vol et met à votre disposition les compétences de l'équipage&amp;nbsp;: c'est un service. L'essentiel de la définition des services réside dans l'adjectif &lt;i&gt;temporaire&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Dans nos rapports avec les &lt;i&gt;biens&lt;/i&gt; offerts par le système productif nous avons deux possibilités&amp;nbsp;: &lt;br /&gt;1) nous achetons le bien dont nous devenons propriétaires et il sera (a) immédiatement détruit par notre consommation (c'est le cas des produits alimentaires frais), ou (b) inclus dans notre patrimoine (c'est le cas des maisons et appartements), ou (c) l'un et l'autre car ils sont consommés progressivement (c'est le cas des équipements ménagers, des voitures etc.).&lt;br /&gt;2) nous louons le bien et payons son utilisation à la durée&amp;nbsp;: cette mise à disposition est un service. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le choix entre la possession et la location est pour l'utilisateur du bien une question de commodité et de possibilité financière&amp;nbsp;: il se peut qu'un jeune ménage, par exemple, dispose d'un revenu suffisant pour louer un appartement mais qu'il ne souhaite ou ne puisse pas emprunter pour l'acheter. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Imaginons ce que serait une économie où les services n'existeraient pas. Pour pouvoir utiliser un bien, le consommateur serait contraint de l'acheter et dans certains cas cela lui serait impossible. Cette économie serait donc inefficace, car le bien-être du consommateur serait réduit par rapport à celui qu'il pourrait connaître dans une économie où la location est possible. Ainsi l'existence des services apporte à l'économie une souplesse qui contribue au bien-être du consommateur, c'est-à-dire à la richesse du pays. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'en est-il de la mise à disposition temporaire d'une &lt;i&gt;compétence&lt;/i&gt;, autre composante des services&amp;nbsp;? Dans ce cas, le service est détaché d'un bien&amp;nbsp;: il est, comme on dit, «&amp;nbsp;immatériel&amp;nbsp;». Mais on ne peut pas en déduire qu'il est inutile, qu'il ne contribue pas au bien-être&amp;nbsp;: la consultation médicale est un exemple de service évidemment utile. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Observons que la compétence, dont l'acquisition réclame un investissement personnel important et prolongé, produit ses effets de façon pratiquement instantanée. On ne peut donc ni évaluer, ni rémunérer un tel service selon la durée du travail nécessaire à sa production (voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/opinion/conseil.htm" target="_blank" title="Valeur d'un conseil"&gt;Valeur d'un conseil&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;: un médecin compétent n'aura pas besoin, dans la plupart des cas, d'un long délai pour poser un diagnostic exact. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On dira qu'il peut exister des services inutiles ou nocifs, mais il en est de même pour les biens&amp;nbsp;: le consommateur doit être doté du discernement qui lui permet d'éviter les produits inutiles ou dangereux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est donc erroné de dénigrer les services, de faire comme s'ils n'étaient pas des produits ou comme s'ils étaient inutiles – d'autant plus erroné que si l'on considère de près l'économie contemporaine on voit que la frontière entre les biens et les services s'estompe – ou, pour dire les choses de façon plus précise, que la plupart des produits, même les plus physiques, sont composés à la fois de biens et de services. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en a d'ailleurs toujours été de même. La production d'un bien ne se termine pas en effet lorsque l'entreprise le range dans le stock des produits finis&amp;nbsp;: elle n'est achevée que lorsqu'il procure des effets utiles, ce qui suppose qu'il ait été placé entre les mains du consommateur et cela nécessite l'intervention de services de transport, distribution, commerce etc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le produit le plus matériel est ainsi, depuis toujours, l'assemblage d'un bien et de plusieurs services. Certains s'étonnent de l'écart qui existe entre le prix du produit brut, tel qu'il est acheté au producteur initial, et son prix dans le commerce de détail (par exemple entre le prix payé aux agriculteurs pour des fruits et légumes et leur prix dans une épicerie). Cet écart rémunère les services qui permettent de mettre ce produit à la disposition du consommateur et parfois il est supérieur au prix du produit brut. Si le partage du prix de détail entre les divers intervenants n'est pas équitable, c'est qu'ils n'ont pas formé un partenariat équilibré : nous reviendrons sur ce point. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie contemporaine a enrichi et renforcé ce phénomène grâce à l'informatisation&amp;nbsp;: l'ubiquité que procure l'Internet facilite le fonctionnement des réseaux d'entreprises, l'automatisation des échanges de données et des transactions facilite la production des services. Le produit «&amp;nbsp;automobile&amp;nbsp;»,  emblématique de l'économie mécanisée, rassemble ainsi la voiture – sa composante physique – avec un service financier, une garantie «&amp;nbsp;pièces et main d’œuvre&amp;nbsp;»,  le conseil et la maintenance périodique qu'effectue un réseau de concessionnaires. Son utilisation suppose encore une assurance, un réseau de stations service, des routes et un code de la route dont l'application sera contrôlée par les services policier et judiciaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup de personnes pensent cependant que l'essentiel de l'économie réside dans la production des biens dont la consistance matérielle s'impose seule à leur perception. Les services, par contre, leur semblent d'une utilité douteuse&amp;nbsp;: comme ils sont «&amp;nbsp;immatériels&amp;nbsp;» elles les croient dénués de réalité et les «&amp;nbsp;intermédiaires&amp;nbsp;» qui les produisent sont soupçonnés d'être parasitaires. Ces personnes ont besoin de faire un effort pour comprendre que les biens, s'ils n'étaient entourés d'aucun service, ne pourraient que s'entasser dans un stock inutilisable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela ne veut pas dire que les services produits dans notre société soient tous utiles ou nécessaires&amp;nbsp;: tout comme les biens, nous l'avons dit, il se peut qu'un service soit inutile ou même nocif pour le consommateur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut aussi se demander, de façon plus profonde, si l'assemblage de biens et de services que constitue un produit est convenablement dosé et organisé. C'est sans doute autour de cette question-là qu'il faut se représenter la «&amp;nbsp;réindustrialisation&amp;nbsp;» de la France – et non, comme on se l'imagine souvent, autour d'une croissance de la production des biens au détriment de celle des services. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est une question très délicate car dans l'économie contemporaine, qui s'appuie sur l'informatique, la production d'un assemblage de biens et de services est le fait d'un réseau d'entreprises en partenariat (comme dans l'exemple de l'automobile évoqué ci-dessus), et la production du bien lui-même fait appel à des fournisseurs pour les diverses pièces et équipements qui le composent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La cohésion de l'assemblage suppose entre les partenaires une coopération, des échanges de données, une transparence dans le partage des dépenses et des recettes qui s'appuient sur un système d'information. Trop souvent, l'articulation organique et mutuellement respectueuse qui devrait être celle d'un réseau de partenaires se dégrade en une relation autoritaire et oppressive entre un donneur d'ordres et des sous-traitants, les prix de vente de ces derniers étant soumis à une pression déraisonnable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Voici donc le programme de la réindustrialisation de notre pays&amp;nbsp;: concevoir des assemblages de biens et de services d'un bon rapport qualité / prix, qui procurent au client final des effets utiles et qui sont élaborés par un réseau organique d'entreprises partenaires mutuellement respectueuses et transparentes. La qualité du produit réside autant dans la relation avec le client (conseil, assistance, maintenance, fidélisation, traitement des déchets etc.) que dans la conception du bien proprement dite et l'organisation du partenariat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se peut que cela conduise à réformer la conception actuelle des services, à reprendre le contrôle de certains biens ou services dont la production a été délocalisée à l'excès – et cela remettra en cause certaines des pratiques de sous-traitance. Il faudra enfin «&amp;nbsp;réaliser&amp;nbsp;» (au sens de «&amp;nbsp;comprendre que c'est réel&amp;nbsp;») le rôle crucial du système d'information dans la cohésion de l'assemblage de biens et de services qui constitue un produit, comme dans la cohésion du réseau des entreprises partenaires. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En préalable à cette évolution il faut que les économistes s'appliquent à utiliser un vocabulaire exact&amp;nbsp;: opposer «&amp;nbsp;services&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;produits&amp;nbsp;», c'est se faire complice d'une conception erronée de l'économie contemporaine et encourager la persistance d'habitudes inefficaces.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-2933545226909329217?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/2933545226909329217/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/09/les-services-sont-des-produits.html#comment-form' title='13 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/2933545226909329217'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/2933545226909329217'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/09/les-services-sont-des-produits.html' title='Les services sont des produits'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>13</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-7498701794898588751</id><published>2011-08-28T18:54:00.011+02:00</published><updated>2011-08-30T08:32:30.831+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Statistique'/><title type='text'>La richesse des nations</title><content type='html'>L’INED vient de publier «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1543/publi_pdf1_480.pdf" target="_blank" title="INED, Tous les pays du monde"&gt;Tous les pays du monde (2011)&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» qui fournit pour 208 pays et autres territoires (nous dirons «&amp;nbsp;pays&amp;nbsp;» tout court) les données démographiques essentielles ainsi que le revenu national brut par habitant en 2009, mesuré en dollars US et en parité du pouvoir d’achat, qui évalue la richesse moyenne de la population du pays considéré et que nous appellerons «&amp;nbsp;richesse&amp;nbsp;» tout court.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet indicateur est bien sûr discutable :&lt;br /&gt;- les pondérations utilisées pour le mesurer reflètent la structure de la consommation dans les pays les plus riches&amp;nbsp;: le RNB sous-évalue donc sans doute la richesse des autres pays&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- une mesure de la richesse devrait considérer non seulement le revenu, mais aussi le patrimoine&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- le poids économique d’un pays doit être évalué non selon sa richesse par tête, mais selon sa richesse totale (produit de la richesse par tête par la taille de la population)&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- la richesse par tête est une information insuffisante si on ne la complète pas par une mesure des inégalités&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- cet indicateur reflète une situation instantanée qu’il n'explique pas plus qu'il ne permet d'anticiper son évolution future&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- l'estimation de la population est relative à 2011, celle du RNB à 2009&amp;nbsp;: la comparaison des deux est donc entachée d'un décalage&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- pour 35 pays, le RNB par habitant n'est pas indiqué. La comparaison ne peut porter que sur les 173 pays restants, qui représentent 98&amp;nbsp;% de la population mondiale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut prendre cet indicateur pour ce qu’il est&amp;nbsp;: une photographie imparfaite, incomplète et qu'il faut savoir interpréter. Nous allons tâcher de le faire parler.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Distribution de la richesse entre les pays&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La population mondiale est estimée à 6&amp;nbsp;987 millions de personnes à la mi-2011, la richesse par habitant à 10&amp;nbsp;270&amp;nbsp;$&amp;nbsp;: si la richesse était répartie de façon égalitaire, tous les êtres humains pourraient satisfaire leurs besoins fondamentaux. Mais il existe des pays très riches et d'autres très pauvres, et à l'intérieur de chaque pays existent encore bien sûr des écarts de richesse. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour comparer les divers pays, considérons la courbe cumulative de la richesse totale en mettant en abscisse la population cumulée, en ordonnée la richesse totale cumulée (les pays sont empilés dans l’ordre de la richesse par habitant décroissante). On obtient une courbe de Lorentz qui représente de façon synthétique la répartition de la richesse mondiale entre les divers pays.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-p0FnvxVO4lU/TlyDtEz7koI/AAAAAAAAAJg/R6Z_981xJUo/s1600/richesse5.JPG" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="289" src="http://2.bp.blogspot.com/-p0FnvxVO4lU/TlyDtEz7koI/AAAAAAAAAJg/R6Z_981xJUo/s320/richesse5.JPG" width="320" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Répartition de la richesse entre les pays&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;Sur ce graphique les trois «&amp;nbsp;blancs&amp;nbsp;» représentent des pays fortement peuplés&amp;nbsp;: les États-Unis (en haut à droite), la Chine (en bas vers le milieu) et l'Inde (en bas à gauche). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A eux seuls les États-Unis qui représentent 4&amp;nbsp;% de la population disposent de 21&amp;nbsp;% de la richesse mondiale. La moitié de la richesse est produite par des pays qui représentent 14&amp;nbsp;% de la population. Les pays les plus pauvres, 20&amp;nbsp;% de la population, se partagent 4&amp;nbsp;% de la richesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La France métropolitaine, elle, représente 1&amp;nbsp;% de la population mondiale et 3&amp;nbsp;% de la richesse mondiale&amp;nbsp;: la richesse moyenne d'un Français est égale à 3,3 fois la moyenne mondiale. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Richesse et croissance naturelle&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour comparer la richesse et la démographie il faut se fixer un seuil de taille pour la population. Certains pays, concentrés autour d’une ressource naturelle ou institutionnelle, sont en effet des exceptions&amp;nbsp;: le Luxembourgeois, dont le pays est spécialisé dans la finance et les institutions européennes, a le revenu le plus élevé du monde et si la région Île-de-France était un pays ce serait l’un des plus riches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mesure de la richesse sera plus significative si l'on considère une population de grande taille. En fixant le seuil à 20 millions d’habitants on conserve 58 parmi les 208 pays et 90&amp;nbsp;% de la population mondiale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour trois de ces derniers pays la mesure du PNB n’est pas disponible&amp;nbsp;: Myanmar (Birmanie), Corée du Nord et Taïwan. Il reste finalement 55 pays représentant 88&amp;nbsp;% de la population mondiale. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-2BZ49Cl_g-A/Tlpsl8FoewI/AAAAAAAAAJU/CdnSgQ8Pg88/s1600/richesse2.JPG" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="262" src="http://2.bp.blogspot.com/-2BZ49Cl_g-A/Tlpsl8FoewI/AAAAAAAAAJU/CdnSgQ8Pg88/s400/richesse2.JPG" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Richesse et croissance naturelle de la population&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;Dans le graphique ci-dessus nous avons mis en abscisse le taux de croissance naturel de la population (nombre des naissances moins nombre des décès pour mille habitants) et en ordonnée la richesse par habitant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La corrélation entre ces deux variables est &lt;i&gt;négative&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: dans l'ensemble plus un pays est pauvre, plus sa population croît vite. Ce fait qui semble contredire la théorie économique est lourd de menaces géopolitiques. L'explication la plus plausible est que lorsqu'il n'existe pas de régime de retraite seule une descendance peut assurer la survie des personnes âgées. Une autre explication réside dans un retard culturel, la natalité étant moins forte dans les pays où les femmes ont fait des études.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi les pays les plus riches certains ont même une croissance naturelle négative&amp;nbsp;: c'est le cas de l'Allemagne (36&amp;nbsp;850&amp;nbsp;$ et - 2), du Japon (33&amp;nbsp;440&amp;nbsp;$ et -1) et de l'Italie (31&amp;nbsp;870&amp;nbsp;$ et -1). La croissance naturelle des Etats-Unis (45&amp;nbsp;640&amp;nbsp;$ et +5) est cependant relativement forte ainsi que celle de l'Australie (38&amp;nbsp;510&amp;nbsp;$ et +8). Au milieu du graphique, l'Arabie Saoudite (24&amp;nbsp;020&amp;nbsp;$ et +17) fait figure d'exception. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autres exceptions, trois pays de richesse moyenne ou faible ont une croissance naturelle négative&amp;nbsp;: Ukraine (6&amp;nbsp;180&amp;nbsp;$, -4), Roumanie (14&amp;nbsp;540&amp;nbsp;$, -2) et Russie (18&amp;nbsp;330&amp;nbsp;$, -1). Les pays jadis dominés par l'URSS ont subi un choc économique et culturel qui les classe à part. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les champions de la croissance naturelle sont l'Ouganda (1&amp;nbsp;190&amp;nbsp;$, + 34) et le Yémen (2&amp;nbsp;330&amp;nbsp;$, + 31). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Classement des pays les plus riches&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En nous limitant encore aux pays comptant plus de vingt millions d'habitants nous allons examiner comment a évolué le classement des neuf plus riches (la Corée du Sud, qui est classée dixième, est nettement moins riche que le neuvième : la richesse est en 2009 égale à 31&amp;nbsp;490&amp;nbsp;$ pour l'Espagne et à 27&amp;nbsp;240&amp;nbsp;$ pour la Corée du Sud).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l'ensemble, les États-Unis mènent la course en tête (45&amp;nbsp;640&amp;nbsp;$), suivis de loin par un peloton où les écarts sont faibles et qui a été rattrapé en 2009 par un traînard (l'Espagne, 31&amp;nbsp;490&amp;nbsp;$). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La France métropolitaine figure avec 33&amp;nbsp;950&amp;nbsp;$ par habitant parmi les plus riches. Elle était classée quatrième en 1994 (après les États-Unis, le Japon et le Canada), sixième en 1999, huitième en 2001 et de nouveau sixième en 2003, 2005 et 2009 - mais dans un peloton resserré le classement est peu significatif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour faire apparaître l'évolution du pouvoir d'achat il faut tout ramener aux prix de 2009 (d'après le &lt;a href="http://data.bls.gov/cgi-bin/cpicalc.pl" target="_blank" title="Evolution de la valeur du dollar"&gt;&lt;i&gt;Bureau of Labor&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; un dollar de 1994 vaut 1,45 $ de 2009 etc.). L'évolution de la richesse en volume dans les neuf pays les plus riches a l'allure suivante&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-2WirB_jJnKE/Tlpskr79ejI/AAAAAAAAAJM/3r-KllQ8lvw/s1600/richesse3.JPG" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/-2WirB_jJnKE/Tlpskr79ejI/AAAAAAAAAJM/3r-KllQ8lvw/s1600/richesse3.JPG" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Evolution des pays les plus riches&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;Au vu de ces données, les lamentations que l'on entend parfois en France semblent indécentes en regard de la situation des pays pauvres. Que la richesse soit mal répartie en France, qu'on y dénombre de nombreux exclus et de nombreux pauvres, cela résulte d'une mauvaise &lt;i&gt;répartition&lt;/i&gt; de la richesse.&amp;nbsp;D'autres statistiques montrent que cette répartition devient de plus en plus inégalitaire&amp;nbsp;: comme en moyenne les Français sont à l'aise, il suffirait qu'une volonté collective s'exprimât par une décision politique pour supprimer en France et l'exclusion, et la pauvreté.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-7498701794898588751?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/7498701794898588751/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/la-richesse-des-nations.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/7498701794898588751'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/7498701794898588751'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/la-richesse-des-nations.html' title='La richesse des nations'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-p0FnvxVO4lU/TlyDtEz7koI/AAAAAAAAAJg/R6Z_981xJUo/s72-c/richesse5.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-886985786755885687</id><published>2011-08-24T19:38:00.018+02:00</published><updated>2011-10-21T09:11:07.673+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Finance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>La drôle de crise</title><content type='html'>Pendant l'hiver 39-40, c'était la «&amp;nbsp;drôle de guerre&amp;nbsp;». Comme il faisait très froid les soldats français buvaient du vin chaud en espérant que l'ennemi n'attaquerait jamais. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous connaissons aujourd'hui une «&amp;nbsp;drôle de crise&amp;nbsp;». Tandis que des annonces alarmantes se succèdent (baisse de la note américaine, effondrement de la bourse, panique des «&amp;nbsp;marchés&amp;nbsp;» etc.) nous percevons nos salaires et retraites, faisons rouler nos voitures, prenons des vacances. Ainsi nous vivons encore bien – à l'exception bien sûr des exclus dont personne ne se soucie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le sort des États était scellé dès qu'ils ont soutenu les banques «&amp;nbsp;&lt;i&gt;too big to fail&lt;/i&gt;&amp;nbsp;». Qu'ils aient  ainsi endossé le risque de faillite du système financier, cela a eu quatre conséquences dont la conjonction est en effet mortelle&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1) L'art de la finance réside dans l'arbitrage entre rendement et risque. En assumant le risque les États ont incité les banques à pousser à fond la recherche du rendement. Cela rend la catastrophe inévitable, seule sa date étant incertaine. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2) Une banque qui était hier «&amp;nbsp;&lt;i&gt;too big to fail&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» le sera encore demain&amp;nbsp;: la catastrophe est donc dès aujourd'hui inscrite dans les comptes futurs des États. Cela détruit leur crédibilité financière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3) Le système financier, traitant ce signal de façon mécanique, joue à la baisse sur les créances envers les États. Cela fait monter le taux d'intérêt qui leur est demandé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4) Lorsque le jeu à la baisse est amorcé, le système financier doit aller jusqu'au bout et pousser les États à la faillite&amp;nbsp;: sinon, il perdrait les fonds qu'il a misés et pourrait  même être ruiné par l'effet de levier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, cette crise est d'une drôlerie amère. Les «&amp;nbsp;marchés&amp;nbsp;» sont inquiets, dit-on gravement. Pardi&amp;nbsp;! Ils le seront toujours. Les États peuvent prendre encore et encore des mesures d'«&amp;nbsp;austérité&amp;nbsp;», les «&amp;nbsp;marchés&amp;nbsp;» ne seront jamais rassurés, jamais satisfaits car ce qu'ils veulent, c'est la mort de la bête. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la drôle de crise se profile ainsi la &lt;i&gt;vraie crise&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le système financier est un &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/trois-temoignages-sur-la-finance.html" target="_blank" title="Trois témoignages sur la finance"&gt; trou noir&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: Wall Street avale l'économie américaine, la City dévore l'économie britannique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne s'agit ni de psychologie, ni de morale. Les «&amp;nbsp;marchés&amp;nbsp;» (qu'il faut distinguer du &lt;i&gt;marché&lt;/i&gt; des biens et des services) sont une machine impersonnelle dont les décisions sont automatiques, les algorithmes conçus pour «&amp;nbsp;produire de l'argent&amp;nbsp;» détectant et utilisant toutes les opportunités. Supposez cependant que le trader Alice renonce pour des raisons éthiques, écologiques ou autres à une opération profitable&amp;nbsp;: il se trouvera toujours un trader Bob pour faire cette opération et Alice se fera tancer par les porte-parole des actionnaires, que seul le rendement intéresse.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors même qu'il se dit préoccupé par l'endettement des États le système financier est d'ailleurs l'auxiliaire rémunéré de la fraude fiscale qui vide les caisses de ces mêmes États (voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.nytimes.com/2011/08/17/opinion/swiss-banks-aiding-and-abetting.html" target="_blank" title="Les banques suisses et la fraude fiscale"&gt;Swiss Banks, Aiding and Abetting&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», éditorial du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, 18 août 2011). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Après la crise des &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt; les politiques n'ont rien fait pour rendre la finance raisonnable. Pourquoi&amp;nbsp;? Parce que sa technicité les impressionne, qu'ils ont peur de commettre des sottises s'ils y mettent la main. Il ont à la fois tort et raison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ont tort parce que l'expérience montre que la plupart des dirigeants du secteur financier ne maîtrisent pas leur propre métier. Leur virtuosité impressionne, mais ils ne font que suivre des habitudes acquises. Non seulement ils ignorent la &lt;i&gt;théorie&lt;/i&gt; de la finance, qui suppose en mathématiques des connaissances qu'ils n'ont plus ou n'ont jamais eues, mais ils en méconnaissent jusqu'à la &lt;i&gt;logique&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: on est surpris par l'absurdité des explications qu'ils donnent après un sinistre. (&lt;i&gt;Nota bene&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: il existe des exceptions, mais elles sont rares).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'en est-il des majors de l'X et de Normale sup que les banques rémunèrent si largement pour alimenter cette course aux algorithmes qui est, pour elles, l'équivalent de la course aux armements entre grandes puissances&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils connaissent la théorie, ils connaissent les algorithmes qu'ils programment, mais il leur est impossible de maîtriser l'empilage d'algorithmes que la finance met en œuvre. Lorsque vous programmez une équation vous savez ce qu'elle représente et ce qu'elle fait, mais lorsque vous l'insérez dans un système qui résout dans l'instant des milliers d'équations le résultat d'ensemble échappe à tout raisonnement possible. Même si chacun des rouages du système financier a été conçu et voulu par un être humain raisonnable, il fonctionnera comme une machine indépendante de la volonté de ses concepteurs (voir la vidéo «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.objectifeco.com/bourse/decouvrir-la-bourse/article/olivier-crottaz-les-cafards-traders"&gt;Les cafards traders&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»). Pour la maîtriser, il faudrait la soumettre à une supervision humaine vigilante mais cela ralentirait le flux de la production d'argent&amp;nbsp;: dans son histoire récente la finance a systématiquement supprimé les garde-fous et les supervisions pour déchaîner les automates.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi les politiques ont-ils eu pourtant, en un sens, raison de se tenir à l'écart de la finance&amp;nbsp;? C'est parce qu'à défaut de compétence et de logique elle est gouvernée par une sociologie stricte. Ces mêmes financiers qui ne comprennent rien à leur métier obéissent à un code de comportement et de langage qui exige un long apprentissage et qui seul leur procure une crédibilité aux yeux de leurs pairs. Sans doute ce vernis est bien superficiel en regard des exigences réelles du métier mais celui qui ne le possède pas – et c'est le cas des politiques – sera ridiculisé par la profession. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi le système financier est verrouillé&amp;nbsp;: c'est une machine aveugle, servie par des gens fatalement incompétents, mais sur laquelle personne d'autre ne peut poser la main. Il est comme ces armées dont l'histoire garde le souvenir et qui, fières de leurs traditions et de leur maîtrise des armes, sont allées avec persévérance jusqu'à la défaite. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Encore une drôlerie&amp;nbsp;: lorsque la bourse baisse, la télévision nous fait voir la mine allongée des traders. C'est un sacré mensonge&amp;nbsp;! L'aliment du profit n'est pas la hausse des cours, c'est leur &lt;i&gt;volatilité&lt;/i&gt;. Les automates savent jouer indifféremment à la baisse comme à la hausse et cela rapporte d'autant plus que les cours bougent davantage. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que sur le marché des produits de consommation ou d'équipement les prix s'établissent au niveau qui équilibre l'offre et la demande, il n'en est pas de même sur le marché des actifs financiers où la décision d'acheter ou de vendre résulte non de l'utilité d'un actif mais de l'évolution anticipée de son prix. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les anticipations sont à la fois moutonnières et capricieuses&amp;nbsp;: la hausse nourrit la hausse, la baisse nourrit la baisse et le moindre incident peut modifier l'attitude des «&amp;nbsp;investisseurs&amp;nbsp;». Les prix des actifs financiers sont donc instables et fluctuent largement. Leur volatilité est la grande source de profit pour les salles de marché, qui sont mieux équipées que l'«&amp;nbsp;investisseur&amp;nbsp;» moyen pour en tirer parti. (N'est-il pas comique, soit dit en passant, de qualifier d'&lt;i&gt;investisseur&lt;/i&gt; quelqu'un qui n'investit pas mais qui fait un placement&amp;nbsp;?)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/05/un-indicateur-fallacieux.html" target="_blank" title="Un indicateur fallacieux"&gt;L'endettement de l'État&lt;/a&gt;, qui inspire tant de soucis aux gens «&amp;nbsp;sérieux&amp;nbsp;», masque le vrai problème qui est le déséquilibre de la &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/03/la-france-est-elle-reellement-endettee.html" target="_blank" title="La France est-elle réellement endettée ?"&gt;balance des paiements courants&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'endettement de l’État ne peut être dramatique que pour un pays pauvre&amp;nbsp;: &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/la-richesse-des-nations.html" target="_blank" title="La richesse des nations"&gt;un pays riche comme le nôtre&lt;/a&gt; peut toujours augmenter les impôts pour rembourser la dette de son État. «&amp;nbsp;Mais, direz-vous, les gens ne veulent pas payer plus d'impôts&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: peut-être, mais alors la cause de la crise réside non dans la nature physique du système productif ni des ressources naturelles, mais dans le fait que le pays se refuse collectivement à prendre des décisions nécessaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les dirigeants de notre exécutif ne nous parlent cependant pratiquement jamais de la balance des paiements ni même du déficit commercial&amp;nbsp;: ils parlent plutôt de l'insécurité, du trop grand nombre des immigrés etc. : autant de questions du second ordre et de billevesées qui, masquant de vrais problèmes comme le déséquilibre de la balance des paiements, interdisent de les résoudre. Récolter des votes en apeurant la population leur importe plus que de consolider l'économie du pays. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils partagent avec «&amp;nbsp;Bruxelles&amp;nbsp;» une autre priorité&amp;nbsp;: découper et privatiser les services publics, déchaîner la concurrence dans laquelle ils croient voir la seule clé de l'efficacité. Cela suscite la création d'une multitude d'entreprises dont l'entrée en bourse procure aux banques de succulentes commissions, et c'est tant pis si le pays perd au passage le bénéfice des économies d'échelle, si la performance du système productif en est dégradée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Que se passera-t-il après cette «&amp;nbsp;drôle de crise&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Si l'on prolonge la trajectoire, c'est &amp;nbsp;la &lt;i&gt;vraie crise&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les mesures d'austérité étranglent l'économie productive en réduisant la demande, en dégradant les anticipations et l'investissement. L'appauvrissement entraîne une baisse des rentrées fiscales, donc de la capacité des États à rembourser leurs dettes. «&amp;nbsp;Je  l'avais bien dit&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», s'écrieront les «&amp;nbsp;marchés&amp;nbsp;» lorsque les États auront fait faillite&amp;nbsp;: mais ce sont eux qui auront provoqué l'événement car leurs anticipations sont autoréalisatrices. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les prix augmenteront ainsi que les impôts et le chômage, les subventions disparaîtront, les services et équipements publics se dégraderont, la valeur de l'épargne s'évaporera, salaires et retraites seront rognés. Le pouvoir d'achat de la classe moyenne se réduira, sa frange la plus fragile (jeunes diplômés, salariés licenciés etc.) rejoignant les rangs des exclus. La structure sociale des économies actuellement riches se rapprochera ainsi de celle des pays pauvres&amp;nbsp;: de nombreux exclus, une classe moyenne de taille réduite, une toute petite couche de privilégiés ultra-riches. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce sera de plus en plus scandaleux. Des «&amp;nbsp;indignés&amp;nbsp;» sans projet, mais exaspérés, se livreront à des manifestations comme aujourd'hui en Israël, à des débordements comme en Grande-Bretagne. Des personnes au psychisme fragile commettront comme en Norvège des crimes spectaculaires. La guerre, déjà présente dans certaines régions du globe, s'allumera ailleurs sous le moindre prétexte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Face à un problème systémique comme celui-ci des réponses techniques sont nécessaires mais elles ne peuvent pas suffire&amp;nbsp;: pour traiter les questions de fond, il faut réorienter le regard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1) Si la cause immédiate de la crise financière réside dans le comportement des financiers, sa cause &lt;i&gt;matérielle&lt;/i&gt; est l'informatisation qui a rendu ce comportement &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt; en unifiant les «&amp;nbsp;marchés&amp;nbsp;» mondiaux grâce au réseau et en encourageant l'automatisation (voir &lt;a href="http://www.volle.com/travaux/keynes.htm" target="_blank" title="Comprendre la crise"&gt;Comprendre la crise&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On en déduit une leçon à portée générale&amp;nbsp;: l'informatisation d'une institution ne sera efficace que si celle-ci sait articuler finement l'informatique et le cerveau humain, l'automatisation et la supervision (voir &lt;a href="http://www.volle.com/opinion/desordre.htm" target="_blank" title="Éloge du semi-désordre"&gt;Éloge du semi-désordre&lt;/a&gt;). L'automatisation totale présente des risques mortels et il est périlleux pour une entreprise de négliger la maîtrise de son système d'information. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2) Lorsque l'on donne pour but aux entreprises de «&amp;nbsp;créer de la valeur pour l'actionnaire&amp;nbsp;», de «&amp;nbsp;faire du profit&amp;nbsp;», on ne peut plus rien reprocher au système financier puisque c'est ce qu'il fait, et de façon exemplaire. La régulation, la réglementation et, de façon plus générale, nos attentes envers les entreprises doivent donc s'inspirer d'autres critères que ceux-là, d'autres valeurs. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut se convaincre que le but de l'économie, et donc de l'entreprise, n'est pas de «&amp;nbsp;produire de l'argent&amp;nbsp;» mais de satisfaire les besoins des consommateurs (Adam Smith, &lt;i&gt;Richesse des nations&lt;/i&gt;, livre IV, chapitre 8). Il faut faire de cette exigence la pierre de touche des règles, lois et comportements. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Nota Bene&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: croire que la «&amp;nbsp;main invisible&amp;nbsp;» évoquée par Smith au chapitre 2 du livre IV puisse légitimer la prédation, c'est commettre un contresens évident.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3) La finance est en passe de détruire l'économie des pays les plus riches&amp;nbsp;: que ne fera-t-elle pas endurer aux plus pauvres&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut défendre les États, puisqu'ils sont attaqués, mais cela suppose de les faire revenir à leur mission qui est d'être dans chaque pays &lt;i&gt;l'institution des institutions&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: la nation leur a historiquement donné mandat pour définir les missions des autres institutions, encourager leur création, puis les &lt;i&gt;animer&lt;/i&gt; en corrigeant les dérives qui peuvent éventuellement les écarter de leur mission. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'attaque du secteur financier contre les États ne s'explique d'ailleurs pas par leur seul endettement : elle vise en fait la démocratie elle-même et encourage un retour au féodalisme sous une forme moderne (voir &lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/predation/predation.htm" target="_blank" title="Prédation et prédateurs"&gt;Prédation et prédateurs&lt;/a&gt;). Les rémunérations extravagantes des dirigeants en sont un signe avant-coureur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se peut que les comptes des États aient été déséquilibrés par les responsables de l'exécutif qui, pour s'attirer des votes ou financer leurs campagnes électorales, ont distribué des faveurs fiscales et autres. Mais l'«&amp;nbsp;austérité&amp;nbsp;» ne permettra pas de restaurer leur équilibre car il dépend avant tout de la prospérité économique qu'elle détruit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette prospérité dépend aujourd'hui de la qualité de l'informatisation, qui est la forme contemporaine de l'industrialisation (Marc Andreessen, «&amp;nbsp;&lt;a href="http://online.wsj.com/article/SB10001424053111903480904576512250915629460.html" target="_blank" title="WSJ - Le logiciel dévore le monde"&gt;Why Software Is Eating The World&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, 20 août 2011) : la productivité qualitative de l'alliage entre l'automate et le cerveau humain est devenu, sans que les dirigeants en aient pris conscience, l'enjeu principal de la politique économique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le système bancaire s'est détourné de sa mission d'intermédiation pour se consacrer à la «&amp;nbsp;production d'argent&amp;nbsp;», il absorbe une forte proportion des cerveaux les mieux formés, il parasite le système productif et détruit la richesse des nations. Il revient à l’État de le rappeler à sa mission et de l'encadrer par une régulation efficace. La timidité des politiques envers la finance doit être surmontée, leur éventuelle complicité doit être dénoncée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La première mesure à prendre est d'imposer aux grandes banques un découpage en entreprises de taille assez modeste pour qu'aucune ne puisse être «&amp;nbsp;&lt;i&gt;too big to fail&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» : ainsi les comptes futurs de l'Etat seront soulagés d'un risque qui les empoisonne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut aussi renforcer la lutte contre les pratiques qui facilitent la fraude fiscale et le blanchiment (voir &lt;a href="http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/114000480/0000.pdf" target="_blank" title="Rapport de Tracfin, 2011"&gt;le rapport de Tracfin&lt;/a&gt;). Des accords internationaux doivent être négociés pour sanctionner les «&amp;nbsp;pays voyous&amp;nbsp;», éradiquer les «&amp;nbsp;banques fantômes&amp;nbsp;» et mettre un terme à la concurrence fiscale. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme il est trop évident que la machine financière est incapable de se discipliner elle-même, il faut enfin la soumettre à une régulation stricte. La moindre des choses serait de restaurer et appliquer les règles et garde-fous qui ont été supprimés sous prétexte de déchaîner l'innovation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-886985786755885687?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/886985786755885687/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/la-drole-de-crise.html#comment-form' title='36 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/886985786755885687'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/886985786755885687'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/la-drole-de-crise.html' title='La drôle de crise'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>36</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-4730145684539690057</id><published>2011-08-15T17:34:00.007+02:00</published><updated>2011-11-10T19:54:26.325+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sciences'/><title type='text'>Bonnes lectures scientifiques</title><content type='html'>J'ai rencontré voici quelques jours un jeune homme dont le visage rayonne d'intelligence. Il m'a dit sa passion pour les mathématiques. &lt;br /&gt;- Une passion, voilà qui est bien ! lui ai-je dit. Et qu'étudies-tu en maths ?&lt;br /&gt;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=1143244079&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;- L'analyse (NB : la théorie des fonctions)...&lt;br /&gt;- Oui, je vois... et la théorie des nombres ?&lt;br /&gt;- Non, nous n'étudions pas ça. &lt;br /&gt;- Dommage, c'est ce qu'il y a de plus fondamental. Si tu veux comprendre Galois...&lt;br /&gt;- Ah, Galois, c'est mon Dieu !&lt;br /&gt;- Eh bien pour le comprendre il te faut étudier la théorie des nombres. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j'ai tenté de lire Galois je n'y ai rien compris. Gabay, l'éditeur, m'a dit que Galois était expliqué dans un livre de Jordan. J'ai essayé de lire Jordan, mais je n'y ai rien compris non plus. Quelque part dans son livre il dit avoir assidûment étudié Serret. Je me suis donc procuré le &lt;i&gt;Cours d'algèbre supérieure&lt;/i&gt; de Serret (1877), et voilà que je comprends tout. Les démonstrations sont d'une extrême élégance... Lorsque j'aurai lu et compris Serret, j'étudierai Jordan, puis je lirai Galois. Les mathématiciens français du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle étaient d'un très haut niveau, la lecture de certaines de leurs pages demande une semaine de méditation mais cela vaut la peine.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Ce garçon lit maintenant Serret et il me dit en tirer profit. Cependant j'ai un remords : n'aurais-je pas dû lui indiquer d'autres lectures qui complètent et équilibrent l'étude des maths ? &lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=0805390456&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La physique nous fait sortir du monde de la pensée, que les mathématiques explorent, pour nous confronter au monde de la nature, ce monde dont la complexité dépasse notre pensée et dans lequel nous devons pourtant savoir vivre et agir.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut aborder la physique de deux façons : en partant des phénomènes, en partant de la théorie. Ces deux approches sont également nécessaires, mais il faut sans doute commencer par les phénomènes qui nous étonnent et dont nous cherchons l'explication. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je recommande alors les &lt;i&gt;Lectures on Physics&lt;/i&gt; de Feynman, qui comporte 115 chapitres. On peut lire un chapitre par jour sans surmener le cerveau : si l'on tient compte des jours de paresse ou de relecture, il faut donc compter six bons mois pour en venir à bout mais c'est très agréable. Contrairement à la plupart des profs de physique que j'ai eus, Feynman ne feint pas de croire que ce qu'il dit est évident : il explique, commente et illustre longuement son propos et&amp;nbsp;tout en restant au ras des phénomènes il&amp;nbsp;définit à longueur de page les outils mathématiques qu'il utilise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2729894020&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;C'est pourquoi il est bon de le compléter par une approche théorique. Lorsque j'étais à l’École polytechnique les professeurs nous ont jeté à la figure les équations de Lagrange et de Hamilton sans les expliquer aucunement. Je n'y ai donc rien compris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a fallu que je découvre les chapitres I et VII de la&amp;nbsp;&lt;i&gt;Mécanique&lt;/i&gt; de Landau et Lifchitz pour voir qu'il suffisait d'accepter le principe de moindre action : alors la mécanique se déroule logiquement, selon un raisonnement d'une extraordinaire beauté.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Pour chaque discipline scientifique la théorie peut se déduire d'un principe simple (non contradiction en mathématiques, moindre action en physique, optimum de Pareto en économie etc.). Mais ce n'est pas ainsi que procèdent la plupart des pédagogues : ils préfèrent présenter une sorte de bouillie où des bribes de théorie, énoncées d'ailleurs de façon dogmatique, sont mêlées à une sélection de phénomènes commode pour l'exposé mais logiquement arbitraire. Le principe, lorsqu'ils l'évoquent, est présenté comme étant hors de la portée de l'entendement d'un étudiant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Seuls de bons élèves à la mémoire docile&amp;nbsp;peuvent assimiler une telle bouillie... J'ai renâclé jusqu'à ce qu'une lecture, un professeur ou un ami entrouvre devant moi la porte de la théorie en m'indiquant son principe : alors tout s'est ordonné et tout est devenu clair, sinon facile.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-4730145684539690057?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/4730145684539690057/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/bonnes-lectures-scientifiques.html#comment-form' title='9 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4730145684539690057'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4730145684539690057'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/bonnes-lectures-scientifiques.html' title='Bonnes lectures scientifiques'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>9</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-4608351350683508290</id><published>2011-08-14T11:14:00.007+02:00</published><updated>2011-09-01T11:46:34.228+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Prédation'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Finance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>Trois témoignages sur la finance</title><content type='html'>Dans les années 90 un de mes meilleurs amis dirigeait les salles de marché d'une grande banque française. La conversation avec lui m'a permis de comprendre beaucoup de choses. &lt;br /&gt;- Ça va bien pour moi, me dit-il un jour. Mon service a fait cette année un profit de quatre milliards.&lt;br /&gt;- Bravo&amp;nbsp;! lui dis-je. Et quel est le profit global de ta banque&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- Eh bien, quatre milliards, répondit-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi le reste de la banque - réseau d'agences, gestion des comptes, intermédiation financière –, tout juste équilibré, avait pour seule fonction de drainer des liquidités vers les salles de marché. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce même ami m'a dit un autre jour «&amp;nbsp;si tu as de l'argent, ne place surtout pas tout dans une seule banque&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Il en savait assez pour évaluer le risque de faillite, que les clients ignorent évidemment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un autre de mes amis, patron d'une PME prospère, a reçu de sa banque (une autre très grande banque française) une proposition qui l'a beaucoup surpris&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;nous pouvons mettre une partie de votre chiffre d'affaires dans un compte offshore, lui a dit le directeur de son agence, de telle sorte que vous puissiez en disposer personnellement&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon ami a refusé mais, m'a-t-il dit, s'ils proposent ça à moi qui suis tout petit, que doivent-ils donc proposer aux «&amp;nbsp;gros&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;J'ignore le procédé comptable que cette banque utilise pour masquer un service qu'elle fait évidemment rémunérer et qui implique un abus de biens sociaux doublé d'une fraude fiscale. Elle doit sans doute offrir aussi, et faire payer cher, le blanchiment du «&amp;nbsp;black&amp;nbsp;» d'un commerçant, de l'«&amp;nbsp;enveloppe&amp;nbsp;» ou la «&amp;nbsp;valise&amp;nbsp;» d'un corrompu, des liquidités accumulées par un trafiquant ou un criminel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un troisième ami travaille dans le service financier d'une grande entreprise jadis publique, aujourd'hui cotée en bourse et qui fait à l'étranger une partie de son chiffre d'affaires. &lt;br /&gt;- Sais-tu, me dit-il, que mon entreprise a des comptes bancaires offshore dans presque tous les paradis fiscaux&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;- À quoi cela peut-il lui servir&amp;nbsp;? demandai-je naïvement.&lt;br /&gt;- Personne ne me l'a dit, mais je suppose que cela peut servir à corrompre les acheteurs chez un client, à financer la campagne électorale d'un politicien ami, à verser des primes non déclarées à tel ou tel dirigeant etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu'un inspecteur des finances proche du pouvoir exécutif a été nommé à la tête de cette entreprise, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un rapprochement avec ce que cet ami m'avait dit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Certains lecteurs penseront que tout cela ne prouve rien, qu'il ne faut pas tirer de conclusion générale à partir de quelques témoignages. Mais il n'est pas à ma portée de faire une enquête statistique : comme tout un chacun, je ne peux pas faire autrement que de conclure à partir des informations que je reçois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'autres lecteurs diront que tout cela est banal, que nous le savons déjà. C'est vrai&amp;nbsp;: les abus du système financier sont décrits à longueur d'articles de journal et certains évoquent le &lt;i&gt;trou noir de la finance&lt;/i&gt;, Wall Street avalant l'économie américaine, la City de Londres avalant l'économie britannique, la finance enfin avalant l'économie mondiale... Il y a du vrai dans ces analyses, mais cette vérité est plus frappante encore lorsqu'elle se manifeste au cours d'une conversation amicale. Je revois les visages de ces amis, leur regard, j'entends l'intonation de leur voix, et cela me fait frissonner comme si j'étais entré en contact immédiat avec ce &lt;i&gt;trou noir&lt;/i&gt; monstrueux et vorace.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le système bancaire a mis au second plan sa mission historique, qui est l'intermédiation financière. Emprunter pour prêter, gérer l'arbitrage entre rendement et risque, cela ne lui suffit plus. Un nouveau terrain s'étant ouvert avec l'unification de la finance mondiale grâce aux réseaux et à l'algorithmique, la priorité a été donnée à la «&amp;nbsp;production d'argent&amp;nbsp;» par les salles de marché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Mais l'argent n'est pas un produit&amp;nbsp;: c'est un moyen&lt;/i&gt;. Quand une entreprise se donne pour but de «&amp;nbsp;produire de l'argent&amp;nbsp;» elle se détourne de sa mission, qui est de produire des choses utiles, pour agir en parasite ou même en prédateur. Les ingénieurs, les mathématiciens que les salles de marché attirent par des rémunérations élevées pour mettre au point des algorithmes toujours plus rapides, plus efficaces, sont d'ailleurs autant de bons cerveaux perdus par le système productif. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le système cérébral et informatique qui s'est déployé dans le système bancaire obéit à une logique qui s'impose à lui de façon mécanique&amp;nbsp;: toutes les possibilités de gain seront exploitées à fond car chacun pense que s'il ne le fait pas, un autre le fera. Dans un contexte concurrentiel, l'exigence de performance efface toute exigence éthique voire même, selon la règle «&amp;nbsp;pas vu, pas pris&amp;nbsp;», toute contrainte légale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il appartient donc à l’État de rappeler les institutions économiques à leur mission en utilisant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire que l'histoire de la nation lui a confiés. S'il ne le fait pas, c'est qu'il s'est détourné de sa propre mission. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Vous pensez peut-être encore que j'exagère&amp;nbsp;: alors lisez le &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/09/predation-et-predateurs-suite.html"&gt;témoignage de Robert Mazur dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et aussi Joe Nocera, «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.nytimes.com/2011/05/31/opinion/31nocera.html"&gt;The Good Banker&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt;, 30 mai 2011. Croyez-vous vraiment que les grandes banques et entreprises françaises se comportent mieux que les banques et les entreprises américaines&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-4608351350683508290?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/4608351350683508290/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/trois-temoignages-sur-la-finance.html#comment-form' title='14 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4608351350683508290'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4608351350683508290'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/trois-temoignages-sur-la-finance.html' title='Trois témoignages sur la finance'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>14</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-7927412392877863679</id><published>2011-08-13T17:44:00.015+02:00</published><updated>2011-08-15T09:25:41.649+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Histoire'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Société'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><title type='text'>Sartre, Aron et nous</title><content type='html'>En 1961 Sartre vint faire une conférence à l’École polytechnique. Elle commença ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Certains reprochent aux intellectuels de penser trop (il prononçait «&amp;nbsp;trâ&amp;nbsp;»). Cela n'a aucun sens car la pensée n'est pas affaire de quantité, mais de qualité. La question n'est pas de savoir si l'on pense trâ, mais si l'on pense bien&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet exorde me transporta&amp;nbsp;: j'étais alors de ceux dont on prétend qu'ils pensent trop. Mon cerveau s'étant engagé dans une longue rêverie, je n'ai pas entendu la suite de la conférence. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Telle est la magie du verbe. Sartre savait en jouer avec talent. Si l'on regarde de près certaines de ses phrases, on voit qu'elles ne veulent rien dire – ainsi dans son article sur François Mauriac&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dieu n'est pas un artiste, François Mauriac non plus&amp;nbsp;» – mais elles éveillent chez le lecteur des images puissantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Celui que les Dieux ont doté du bonheur d'expression ne prend pas toujours la peine d'approfondir sa réflexion. Comme beaucoup d'autres, Sartre a été victime de son talent&amp;nbsp;: il est resté toute sa vie un normalien amateur de canulars. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Nota Bene&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: nombreux sont sans doute ceux qui ne partageront pas cette opinion&amp;nbsp;: ils sont libre d'avoir la leur autant que je suis libre d'avoir la mienne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On trouve dans les &lt;i&gt;Mémoires&lt;/i&gt; de Raymond Aron, p. 954, &lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2221114027&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;un passage qui indique le fossé qui séparait ces deux hommes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;(Sartre) ne s'est jamais résigné à la vie sociale telle qu'il l'observait, telle qu'il la jugeait, indigne de l'idée qu'il se faisait de la destination humaine (...) Nous avions tous deux médité sur le choix que chacun fait de soi-même, une fois pour toutes, mais aussi avec la permanente liberté de se convertir. Il n'a jamais renoncé à l'espérance d'une sorte de conversion des hommes tous ensemble. &lt;i&gt;Mais l'entre-deux, les institutions, entre l'individu et l'humanité, il ne l'a jamais pensé, intégré à son système&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» (c'est moi qui souligne). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aron n'avait pas le talent de Sartre&amp;nbsp;: sa phrase est laborieuse, rocailleuse, il faut souvent relire pour comprendre ce qu'il a voulu écrire mais lui, au moins, ne se paie pas de mots. Ce qui l'intéresse n'est ni le combat du Bien et du Mal, ni le rapport entre l'Être et le Néant&amp;nbsp;: c'est l'action des êtres humains, leurs choix, leurs décisions, face à une nature dont la complexité dépasse leur intellect, dans une histoire au futur incertain et au passé énigmatique. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;C'est pourquoi il accorde de l'importance aux institutions, cet «&amp;nbsp;entre-deux&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: car si le cerveau individuel est le lieu naturel de la pensée, l'institution est le lieu de l'action. Aucune idée, aussi géniale soit-elle, ne pourra avoir de conséquence effective si elle n'est pas prise en charge par une institution capable de l'inscrire dans la réalité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2253108839&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;Cette inscription se paie par des compromis qui altèrent la pureté de l'Idée&amp;nbsp;(voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/opinion/institution2.htm"&gt;L'institution&amp;nbsp;: scandale ou nécessité&amp;nbsp;?&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»). Le drame sartrien, qui se joue entre l'individu et l'humanité, autorise les jugements rapides et absolus du moraliste, mais cette morale si pure sera, malgré sa prétention à «&amp;nbsp;changer le monde&amp;nbsp;», incapable de s'incarner dans une action. La compréhension des rouages institutionnels est plus laborieuse, elle demande plus de pondération, mais elle permet d'agir en assumant les limites qui s'imposent à toute action.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le débat qui a opposé Sartre et Aron traverse aujourd'hui encore notre psychologie et notre société. Nombreux sont ceux qui, comme Sartre, ignorent ou méprisent les institutions dans lesquelles ils ne voient qu'une superstructure arrogante et parasitaire. Nombreux sont aussi – souvent les mêmes, mais à d'autres instants&amp;nbsp;–&amp;nbsp;ceux qui s'en accommodent et y inscrivent la trajectoire de leur carrière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en résulte deux attitudes opposées mais également stériles, et entre lesquelles beaucoup de personnes oscillent&amp;nbsp;: celle des individualistes exaspérés qui ambitionnent de «&amp;nbsp;tout foutre en l'air&amp;nbsp;», celle des conformistes qui se plient à l'organisation et à la répartition de la légitimité comme si elles étaient naturelles. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour sortir de ce piège il faut raisonner sur les institutions et cela suppose une démarche historique. Rien ne sert en effet de se révolter contre leur pesanteur et leur hypocrisie si l'on ne dispose pas des critères qui permettent de les évaluer et ces critères, c'est l'histoire qui les fournit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toute institution répond en effet à une intention qui lui a conféré une &lt;i&gt;mission&lt;/i&gt;&amp;nbsp;; puis elle se dote d'une &lt;i&gt;organisation&lt;/i&gt; qui lui permet de remplir effectivement sa mission. L’État, par exemple, n'est pas un fait de nature devant lequel on ne puisse que se plier ou se révolter&amp;nbsp;: son édification a été la réponse à une situation, il a reçu une mission. Les questions que l'on doit se poser sont donc&amp;nbsp;: répond-il à la situation actuelle&amp;nbsp;? Remplit-il correctement sa mission&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On trouve chez Aron un point de vue et une démarche qui lui ont permis d'avoir plus de bon sens que Sartre&amp;nbsp;: alors que celui-ci refusait de critiquer l'Union soviétique, Aron avait depuis longtemps diagnostiqué la nature criminelle du stalinisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2253108006&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;Il avait soigneusement étudié Marx dont il admirait le génie&amp;nbsp;: cela lui avait permis de voir l'écart entre la pensée de Marx et sa fossilisation dans le «&amp;nbsp;marxisme&amp;nbsp;». Sa compréhension de l'action des êtres humains dans l'histoire lui interdisait d'adhérer à la conception mécaniste de Lénine, sa vigilance envers les institutions lui permettait de voir les mensonges de l'URSS. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était &lt;i&gt;libéral&lt;/i&gt; au sens que prend cet adjectif lorsque l'on parle de la liberté d'opinion et d'expression, du pluralisme des orientations politiques, et non au sens qu'il prend pour qualifier ceux qui souhaitent la destruction de l’État, le démantèlement des services publics, le déchaînement universel de la concurrence.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis pas certain qu'il ait perçu ce qui faisait dans les années 70 l'originalité des communistes français. Si l'on excepte l'appareil du parti, il n'y avait alors rien de commun aux plans psychologique et sociologique entre un communiste français et un communiste soviétique&amp;nbsp;: celui-ci faisait carrière alors que celui-là cultivait &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2009/07/notre-republique.html"&gt;l'idéal républicain&lt;/a&gt;. Les militants de base ne croyaient pas plus qu'Aron à la valeur intellectuelle de la dialectique matérialiste, et si d'aventure l'Armée rouge avait envahi la France c'est parmi eux que l'on aurait trouvé les résistants les plus résolus à une soviétisation de notre société. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2070323471&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;Alors qu'un marxisme dogmatique était à la mode dans l'intelligentsia française, Aron a eu le courage de se marginaliser en portant, lui qui n'était ni de droite, ni de gauche, l'étiquette alors infamante d'«&amp;nbsp;homme de droite&amp;nbsp;», en publiant des éditoriaux dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, en identifiant dans la force militaire de l'Union soviétique le plus grand danger pour l'Europe et pour la civilisation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il avait raison, mais les communistes de base avaient raison de militer contre la domination d'une droite vaniteuse et vaine sur les institutions économiques et politiques du pays. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette alternance, c'est Mitterrand qui nous l'a apportée – avec toutes les ambiguïtés de sa personnalité et tous les compromis, toutes les impuretés inhérentes au déroulement de l'histoire et qu'il faut savoir assumer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les &lt;i&gt;Dix-huit leçons sur la société industrielle&lt;/i&gt; sont la meilleure introduction qui soit pour comprendre la situation &lt;i&gt;actuelle&lt;/i&gt; de l'économie informatisée et de la société française. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour savoir comment évaluer et restaurer nos institutions, il faut lire Aron&amp;nbsp;: certes il n'a pas connu notre époque mais sa méthode, sa rigueur, sa lucidité nous sont aujourd'hui nécessaires. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-7927412392877863679?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/7927412392877863679/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/sartre-aron-et-nous.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/7927412392877863679'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/7927412392877863679'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/sartre-aron-et-nous.html' title='Sartre, Aron et nous'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-4106410480162162061</id><published>2011-08-12T11:24:00.007+02:00</published><updated>2011-08-15T09:26:34.542+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Politique'/><title type='text'>Le casse-tête russe (suite)</title><content type='html'>J'ai reçu un courrier de Vladimir Sterkh que je reproduis ci-dessous. Il complète un texte publié en septembre 2008 par volle.com. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La situation que j'avais décrite dans «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/opinion/russie.htm"&gt;Le casse-tête russe&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» s'est aggravée&amp;nbsp;: alors que notre alfa-dog est devenu insupportable pour toute personne possédant une quelconque culture, les espoirs que l'on avait pu mettre dans son jeune successeur se sont dissipés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les deux personnes de ce tandem sont évidemment différentes ainsi que les équipes qui les entourent, mais ni l'une ni l'autre ne maîtrise la situation. Notre État est la pire version d'un corporatisme postmoderniste où s'entremêlent les modèles du féodalisme, d'un stalinisme modéré et quelques ébauches timides de démocratie (par exemple la possibilité de se déplacer hors du pays et une certaine marge contrôlée laissée aux critiques du régime). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La corporation qui dirige se compose d'une quinzaine de personnes qui presque toutes  ont appartenu au KGB ou à son successeur, le FSB. Elle engage ou plutôt achète des spécialistes qualifiés pour assurer la gestion économique courante. Les institutions nécessaires au fonctionnement d'un État démocratique sont inexistantes. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Les élections étant fictives, la composition du parlement est connue à l'avance&amp;nbsp;: le nombre et la répartition des voix sont dictés à la commission électorale puis répartis jusqu'aux circonscriptions locales. Les diverses méthodes de fraude électorale sont parfaitement au point et fonctionnent sans accroc. Les concurrents politiques indépendants sont neutralisés par la corporation au pouvoir, leurs partis étant privés du droit de participer à des élections même fictives. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La justice, surtout dans le domaine économique, travaille sous le diktat de la corporation et de ses représentants locaux. Les médias posent quelques problèmes au pouvoir, car l'Internet continue sa progression dans le pays, mais d'ici à dix ans le régime n'a rien à craindre car pour la majorité de la population la seule source d'information reste les deux canaux de télévision qui, comme la radio obligatoire sous Staline, sont accessibles sur tout le territoire de la Russie. Il ne s'agit pas d'ailleurs d'information au sens exact du terme mais de propagande habilement camouflée&amp;nbsp;: les professionnels de la télévision, gens très doués et talentueux, ont atteint un sommet de maîtrise inconnu en Occident dans la réalisation d'un produit vidéo qui ne reflète aucunement la réalité mais l'imite avec un brio inouï. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les hauts fonctionnaires ont placé dans des comptes offshore les richesses énormes que leur procure une corruption généralisée qui rend impossible le développement de toute initiative, de toute entreprise privée. Les actifs des entreprises font l'objet d'un pillage systématique – de la plus grosse comme Ioukos jusqu'aux entreprises locales de taille modeste. Plus de 100&amp;nbsp;000 entrepreneurs grands ou moyens sont aujourd'hui emprisonnés...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La notion de conflit d'intérêt n'existant pas en Russie, l'activité commerciale et industrielle des épouses et autres parents des premières personnalités de l’État ne sont même pas cachées. La majorité des épouses des vice-premier ministres, des ministres, des gouverneurs et des maires des grandes villes sont milliardaires en dollars ou en roubles. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pays ne produit pratiquement rien à part l'armement et les métaux. Il s'appuie sur les hydrocarbures dont la prospection, l'extraction et le raffinage sont en forte baisse. Dans les deux dernières années 2&amp;nbsp;250&amp;nbsp;000 personnes ont quitté la Russie&amp;nbsp;: il s'agit généralement de jeunes entrepreneurs et d'hommes de science avec leurs familles, c'est-à-dire des gens les plus talentueux du pays. Après 1917, l'exode avait été moins important.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les deux hommes qui forment le tandem de tête ne sont pas stupides&amp;nbsp;: ils voient bien les dangers que cette situation présente mais ils y sont profondément enlisés – d'ailleurs le pouvoir corrompt et n'anoblit personne. Ils ont une peur blanche, et parfaitement fondée, de perdre tout ce qu'ils ont accumulé et surtout de perdre la liberté, voire la vie, comme le leur montrent les exemples de l'Egypte et de la Tunisie. Ils sont dans une impasse dont ils ne savent pas comment sortir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Que font les pays occidentaux, si fiers de leur démocratie&amp;nbsp;? Ils sont à l'aise dans leurs rapports avec notre pouvoir autoritaire et pratiquement illégitime, car ne s'appuyant pas sur un suffrage universel authentique. Ils sont indifférents aux problèmes des droits de l'homme et à l'absence d'institutions constitutionnelles, à l'exception bien sûr du pouvoir exécutif. Seuls comptent dans leur raisonnement les hydrocarbures russes ainsi que la possibilité de vendre à la Russie des porte-hélicoptères et des nouvelles technologies, ce qui a des effets positifs sur leurs économies et leur permet de créer de nouveaux emplois.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais dans ces pays on trouve une société civile, des médias influents et une élite intellectuelle que les Sarkozy et Berlusconi ne peuvent pas se permettre d'ignorer. J'ai été bouleversé, le 6 juillet, par un événement grandiose&amp;nbsp;: le concert de musique classique au Palais de la musique et des congrès de Strasbourg qui a rassemblé les plus grands musiciens contemporains sous le slogan «&amp;nbsp;Liberté pour les prisonniers politiques en Russie&amp;nbsp;». Je me sentais projeté dans le passé, au temps de Brejnev ou d'Andropov&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Martha Argerich, Gidon Kremer,  Mischa Maisky, Evgeny Kissin et beaucoup d’autres grands personnages de la musique ainsi que des réalisateurs de cinéma, des écrivains, des artistes, des hommes politiques européens et russes, les parents de Khodorkovsky ont pris la parole lors de ce remarquable spectacle qui a été passé sous silence par les médias russes (je l'ai vu sur l’Internet). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La première gifle magistrale administrée à notre alfa-dog a été le refus de donner à Poutine le prix Quadriga qui récompense depuis 2003 des «&amp;nbsp;modèles exemplaires d'esprits éclairés et d'efforts pour le bien public&amp;nbsp;». Les médias russes n'ont pas pu taire complètement cet événement, mais ils ont aboyé tout doucement pour ne pas trop attirer l'attention de l'opinion publique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'après certaines informations qui ont filtré par la suite et qui me semblent dignes de confiance, il s'agissait d'une opération montée par le FSB, qui a fait jouer ses liens secrets et déversé un flot d'argent pour redorer le blason du premier ministre russe et faciliter ainsi son accès à un troisième mandat présidentiel (probabilité scandaleuse, mais qui semble de plus en plus pouvoir se réaliser).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais l'attribution du prix à Poutine a provoqué un tollé&amp;nbsp;: Cem Ozdemir, coprésident des Verts allemands, et le fondateur de Wikipedia Jimmy Wales ont  préféré quitter le conseil d'administration du prix, l'historien allemand Edgar Wolfrum a qualifié le choix du jury de «&amp;nbsp;scandaleux&amp;nbsp;», l'artiste danois Olafur Eliasson a rendu le prix qu'il avait reçu en 2010 en signe de protestation, l'ancien président tchèque Vaclav Havel, décoré en 2009, a indiqué vouloir faire de même. Finalement le jury a annoncé à la mi-juillet qu'il renonçait à attribuer le prix cette année en raison de la polémique provoquée par sa décision. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh bien voilà&amp;nbsp;: ce n’est pas Angela Merkel qui sauve l’honneur de notre peuple, mais Vaclav Havel. Le cynisme, le pragmatisme, le je-m’en-fichisme des élites européennes sont sans bornes alors qu'aujourd'hui elles savent parfaitement «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Who is Mr Poutine&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» et qu'elles connaissent la nature du régime en Russie. Tout comme notre «&amp;nbsp;leader national&amp;nbsp;» les dirigeants occidentaux et les élites politiques occidentales sont plus préoccupés par leur pouvoir et leurs intérêts de court terme que par l’avenir de leurs enfants et de leurs peuples.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Vladimir Sterkh&lt;/b&gt;, Moscou &lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-4106410480162162061?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/4106410480162162061/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/le-casse-tete-russe-suite.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4106410480162162061'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4106410480162162061'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/08/le-casse-tete-russe-suite.html' title='Le casse-tête russe (suite)'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-8583477974474425895</id><published>2011-07-31T09:39:00.005+02:00</published><updated>2011-11-02T11:53:00.153+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Article'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Le siècle de la troisième révolution industrielle</title><content type='html'>(Article destiné au numéro 52 de la revue &lt;i&gt;Questions internationales&lt;/i&gt; publiée par la Documentation française, novembre 2011).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.volle.com/articles/110731docfse.pdf"&gt;Version pdf&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu'une société passe d'un système technique à l'autre (Gille, [1]) son rapport à la nature change&amp;nbsp;: elle découvre de nouvelles possibilités, elle rencontre aussi de nouveaux dangers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des phénomènes d'émergence s'enchaînent en cascade&amp;nbsp;: au plan technique dans les équipements, au plan économique dans les marchés et les organisations, au plan sociologique dans les rapports entre classes sociales et entre personnes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La modification des conditions de l'action contraint les institutions à faire parmi leurs traditions, habitudes et valeurs un tri qui ne va pas sans délai ni conflits&amp;nbsp;: les émergences se chevauchent alors dans un désordre qui confine parfois à l'absurde. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Placer dans une perspective historique l'informatisation et ce que l'on appelle «&amp;nbsp;le numérique&amp;nbsp;» aide à interpréter ce qui se passe aujourd'hui (Volle, [2]).&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;I - Les deux premières révolutions industrielles&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vers 1775 s'amorce en Grande-Bretagne la première révolution industrielle, fondée sur la synergie de la mécanique et de la chimie. Elle provoquera durant le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle une transformation des sociétés, des régimes politiques et de la puissance des nations&amp;nbsp;: celles qui tardent à s'industrialiser seront dominées, parfois colonisées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vers 1875 s'amorce une deuxième révolution avec la maîtrise de l'énergie et la dissémination  des moteurs électriques dans les usines ainsi que celle des moteurs à explosion dans le transport. L'économie répond au besoin de personnel qualifié en organisant le travail de bureau et en amorçant l'ascenseur par les études. Le désarroi que provoque l'émergence de nouvelles classes sociales sera une des causes de l'épidémie de névrose qu'étudiera Freud.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous considérerons ici des phénomènes qui ont marqué le début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et dont l'examen nous aidera, &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt;, à percevoir la dynamique actuellement à l’œuvre&amp;nbsp;: la naissance de l'entreprise moderne à Chicago, le rôle stratégique du pétrole, la réorganisation du travail productif par Taylor, la maturation de la doctrine militaire pendant la première guerre mondiale, enfin la crise des années 1930. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;1) Naissance de l'entreprise moderne&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après l'incendie qui l'a ravagé en 1871, Chicago a relevé le défi de la reconstruction en devenant le premier des centres d'affaires modernes&amp;nbsp;: grâce aux chemins de fer et surtout après l’invention du wagon frigorifique en 1877 il devient le centre économique du Middle West et le pivot du négoce mondial des produits agricoles (Cronon, [3]). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autour de ces activités se créent en quelques années des banques, des assurances, une bourse, des services administratifs, une université&amp;nbsp;: bref, toutes les activités propres à la très grande ville y compris la délinquance. Le premier gratte-ciel est construit en 1884.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le travail de bureau est alors organisé méthodiquement&amp;nbsp;: dans une grande salle où ils sont alignés, des agents équipés de téléphones et de machines à calculer reçoivent des documents sur lesquels ils font un travail de calcul, vérification, transcription, expertise, classement, évaluation et avis. Dans une entreprise industrielle, par exemple, il s'agira de traiter une commande et de rédiger les ordres qui déclencheront les opérations physiques d'approvisionnement, production, stockage et transport, d'établir une facture, de répondre à une réclamation etc. Les personnes qui transportent les dossiers d'un agent à l'autre et le superviseur de la salle assurent une logistique qui entoure ces tâches d'un réseau de communication et de contrôle.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette organisation s’imposera pendant plusieurs décennies&amp;nbsp;: c'est encore en 1960 celle de l'entreprise où travaille Jack Lemmon dans le film de Billy Wilder, &lt;i&gt;The Apartment&lt;/i&gt;. Elle suscitera la création d'un ensemble d'équipements destinés au travail de bureau : la machine à écrire, inventée en 1868, se répand à partir de 1895, les copieurs apparaissent en 1890, le brevet du trombone est déposé en 1901, celui du classeur mécanique en 1904. La première machine à cartes perforées est inventée en 1890 par Herman Hollerith, dont les entreprises seront à l’origine d’IBM.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;2) Pétrole et géopolitique&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'industrie du pétrole naît avec la découverte des gisements de Pennsylvanie en 1853 (Yergin, [4]). L'éclairage est son premier débouché, les lampes à pétrole supplantant les lampes à huile. Des pipe-lines et raffineries sont installés, des tankers transportent le pétrole lampant vers l'Europe. L'invention de la lampe électrique par Edison en 1879 manque de porter un coup fatal à cette industrie mais elle sera sauvée par le débouché, bien plus large, que lui offre le moteur à explosion. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les bateaux à vapeur le pétrole se révèle plus efficace que le charbon&amp;nbsp;: en 1911 Winston Churchill le fait adopter par la marine de guerre britannique alors même que la Grande-Bretagne dispose d'importantes réserves de charbon et qu'il lui faut importer le pétrole depuis l'Iran. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant la guerre de 14-18 le moteur se substitue au cheval&amp;nbsp;: le pétrole étant désormais un facteur essentiel de la puissance militaire, la maîtrise de l’approvisionnement devient un enjeu stratégique majeur. Les Japonais attaqueront Pearl Harbor le 7 décembre 1941 à cause du blocus que leur imposent les États-Unis, les champs pétrolifères de Bakou seront la principale des proies que vise Hitler quand il attaque l'Union soviétique le 21 juin 1941, le pétrole sera l'enjeu de la crise de Suez en 1956 puis des guerres contre l'Irak en 1991 et 2003.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'énergie que procure la ressource fossile est de fait, à côté du capital et du travail, un facteur de production essentiel pour l'économie mais la rente qui le rémunère ne tient pas compte du caractère limité des réserves  (Jancovici, [5]). La hausse de cette rente à la suite de la guerre du Kippour en octobre 1973, puis les amples fluctuations qui ont suivi, entraînent une redistribution de la richesse à l'échelle mondiale et, surtout, introduisent une volatilité qui altère les anticipations des entreprises. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;3) La doctrine de Taylor&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si le mot «&amp;nbsp;taylorisme&amp;nbsp;» évoque l'assujettissement de l'ouvrier à la machine, il suffit de lire les travaux de Taylor [6] pour y découvrir tout autre chose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, dit-il, le management traditionnel consistait à inciter par l'autorité ou par des primes les ouvriers à «&amp;nbsp;faire preuve d'initiative&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: en fait les managers ne savaient pas comment travaillent les ouvriers. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En les observant attentivement, Taylor constate que laissés à eux-mêmes ils utilisent des «&amp;nbsp;règles de pouce&amp;nbsp;» parfois inefficaces et que le travail en équipe les incite à «&amp;nbsp;ne pas faire de zèle&amp;nbsp;», car celui qui travaille mieux que les autres en est vite dissuadé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son analyse du poste de travail est authentiquement &lt;i&gt;scientifique&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: s'appuyant sur une observation et une expérimentation méthodiques il construit une &lt;i&gt;théorie&lt;/i&gt; qui définit des concepts et identifie des causalités puis élabore une &lt;i&gt;doctrine&lt;/i&gt; qui condense cette théorie en quelques slogans judicieux et facilitera sa communication. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a ainsi examiné le travail des manœuvres qui manient la pelle ou portent de lourdes charges, des maçons qui bâtissent des murs, des ouvriers qui commandent une machine-outil etc., puis formulé des recommandations pour que les muscles, les mains et la dextérité des ouvriers soient mis en œuvre efficacement&amp;nbsp;: ménager des temps de repos, utiliser des pelles de largeur différente selon la densité de la matière manipulée, placer briques et mortier à la hauteur du maçon pour lui éviter des gestes fatigants etc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il conseille d'entourer l'ouvrier d'une assistance qualifiée qui l'écoute et le conseille en cas de difficulté, et aussi d'augmenter son salaire. Le management scientifique suppose une organisation (experts, formateurs, inspecteurs) et de bonnes relations entre managers et ouvriers, chacun de ceux-ci devant être convenablement formé et affecté aux tâches qu'il fera le mieux&amp;nbsp;: on est donc loin de la pression impersonnelle, de la standardisation imposée, de l'extraction forcenée de profit qui connotent le «&amp;nbsp;taylorisme&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Taylor estime que cette organisation permettra de multiplier la production de chaque ouvrier par un facteur compris entre deux et cinq. En contrepartie, le salaire devra être augmenté de 60 à 100&amp;nbsp;%&amp;nbsp;: le bénéfice de l'accroissement de productivité sera ainsi partagé entre l'entreprise, les salariés, et finalement aussi les consommateurs car la baisse du coût de production entraînera à terme une baisse du prix. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette doctrine a d'abord rencontré l'opposition des milieux patronaux puis elle a été partiellement appliquées aux États-Unis. En France, où Henry Le Chatellier a fait connaître Taylor, un Louis Renault ne verra dans le chronométrage qu'un moyen pour faire travailler les ouvriers plus vite et éviter le coulage. Cette altération des principes de Taylor suscitera les excès qui ont donné sa mauvaise réputation au taylorisme (cf. le témoignage de Linhart [7]).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;4) La guerre industrielle&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 1914, la doctrine de l'armée française est celle de l'offensive à outrance car les militaires estiment qu'en 1870 l'armée s'était trop tenue sur la défensive&amp;nbsp;: il faut attaquer sans se soucier des pertes. Cet enthousiasme s'accompagne d'une pulsion suicidaire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;mourir utilement, c'est tout l'art de la guerre&amp;nbsp;», écrit un officier (Goya, [8], p. 61). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant l'industrie avait procuré des armes dévastatrices avec la poudre B des cartouches du fusil Lebel et la mélinite des obus, avec les mitrailleuses et les canons à longue portée. Leur doctrine d'emploi sera élaborée par un immense effort de recueil et de critique des enseignements du combat. Elle devra surmonter la méfiance du corps des officiers envers le «&amp;nbsp;peuple&amp;nbsp;», ainsi que des préjugés sociaux qui s'opposaient à toute délégation de responsabilité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La pression de l'urgence et du danger permettra de bousculer les obstacles bureaucratiques et hiérarchiques&amp;nbsp;: la mise au point des chars sous l'impulsion du colonel Estienne illustre la réussite d'une dialectique technique et institutionnelle ([8], p. 333). L'armée apprendra à décentraliser le commandement, à déléguer l'initiative tactique à des escouades commandées par un sergent et tirant parti du terrain. La coopération entre les diverses armes (infanterie, artillerie, aviation, télécommunications, chars de combat) s'organisera. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 1918 l'armée française est celle dont l'équipement, la tactique et la stratégie sont les meilleurs au monde, et des armes et des doctrines plus efficaces encore sont en préparation. La paix détendra  les énergies&amp;nbsp;: l'effort fait alors place à la complaisance, l'imagination au conservatisme, mais les Allemands se mettront à l'école de leur ennemi pour lui retourner la leçon. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;5) La crise des années 1930&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'efficacité atteinte par l'industrie durant la guerre suscite dans les années 1920 une  croissance rapide qui encourage la spéculation. La bulle éclate en 1929&amp;nbsp;: alors s'installe durablement une  «&amp;nbsp;pauvreté dans l'abondance&amp;nbsp;» paradoxale qui stupéfiera les économistes. Les politiques croient devoir pratiquer la «&amp;nbsp;rigueur&amp;nbsp;» en diminuant par exemple les salaires pour combattre le chômage – mais cela ne fait qu'approfondir la récession. Keynes l'expliquera par des anticipations pessimistes et autoréalisatrices que seule une action de l’État peut désamorcer  (Hicks, [9]). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après avoir été l'une des causes de la seconde guerre mondiale, cette crise ne sera surmontée que dans les années 1950.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;II - La troisième révolution industrielle&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si des connotations associent au mot «&amp;nbsp;industrie&amp;nbsp;» des images d'engrenages et d'installations chimiques, son sens premier est selon le Littré «&amp;nbsp;l'habileté à faire quelque chose&amp;nbsp;» (que l'on pense à l'adjectif «&amp;nbsp;industrieux&amp;nbsp;»). On peut donc dire que l'&lt;i&gt;informatisation&lt;/i&gt; est une &lt;i&gt;troisième révolution industrielle&lt;/i&gt;, en désignant par ce mot le déploiement de la synergie entre la micro-électronique, le logiciel et l'Internet ainsi que tout ce que l'on qualifie de «&amp;nbsp;numérique&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour que s'amorce le passage d'un système technique à l'autre deux conditions doivent être réunies&amp;nbsp;: d'abord, que les moyens techniques soient disponibles&amp;nbsp;; ensuite, qu'une catastrophe contraigne les institutions à sortir de leurs habitudes et traditions. Or vers 1975 l'informatique est disponible, et par ailleurs une catastrophe se produit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatique est née dans les années 1940 mais c'est dans les années 1970 qu'elle peut véritablement être mise au service des institutions. La notion de système d'information, qui introduit la cohérence dans ce qui était auparavant une juxtaposition d'applications disparates, apparaît en 1972 à la suite des travaux de Herbert Simon [10] puis de Jacques Mélèse [11] &amp;nbsp;; la méthode Merise, mise au point entre 1972 et 1975, formalise la modélisation des données et des traitements&amp;nbsp;; les terminaux, supplantant l'interface par cartes perforées et listings, sortent enfin l'écran-clavier des mains jalouses des informaticiens pour le mettre à la disposition de l'utilisateur final. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En outre depuis quelques années des auteurs font miroiter une prospective séduisante qui, en effet, se réalisera (Licklider [12])&amp;nbsp;: le micro-ordinateur, les réseaux locaux et l'Internet sont en préparation dans des laboratoires ainsi que les langages à objets, l'interface graphique, la messagerie, l'imprimante à laser etc.&amp;nbsp;Comme au début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, un flux d'innovations viendra modifier les conditions pratiques du travail&amp;nbsp;: le tableur apparaît en 1979 (VisiCalc), le traitement de texte en 1980 (WordPerfect), le Web en 1990 etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La catastrophe, c'est la crise que déclenche la guerre du Kippour en octobre 1973. Elle entraîne une hausse du prix du pétrole et, surtout, introduit sur l'évolution future de ce facteur essentiel de la prospérité une incertitude qui aggrave la tension que subissaient les entreprises après les hausses de salaire consenties en 1968.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nature de cette troisième révolution industrielle s'éclaire si on la compare à la précédente en reprenant la liste des phénomènes considérés ci-dessus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;1) Naissance de l'entreprise contemporaine&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation est avec l'informatique dans le même rapport que l'art de la navigation avec la construction navale&amp;nbsp;: sa réussite requiert un savoir-faire et un savoir-vivre spécifiques. Un long délai s'étend donc entre la disponibilité d'une ressource technique et son utilisation&amp;nbsp;: comme le disait Marshall McLuhan, les institutions avancent à reculons vers le futur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi il était possible dès 1957 d'utiliser quatre terminaux en grappe sur un IBM 305, mais les entreprises sont restées fidèles à l'interface «&amp;nbsp;cartes perforées et listing&amp;nbsp;» et les terminaux ne se répandront que dans les années 1970. De même il était possible au début des années 1980 de fournir aux utilisateurs des micro-ordinateurs en réseau, mais beaucoup d'entreprises ont utilisé des terminaux jusqu'au milieu des années 1990.&lt;br /&gt;Cependant malgré les délais et maladresses qui accompagnent tout changement de système technique une transformation fondamentale se produit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors qu'avant la première révolution industrielle plus des deux tiers de la population consacraient leurs bras à l'agriculture et que par la suite les ouvriers furent affectés à l'exécution de tâches manuelles répétitives, seuls des dirigeants et des ingénieurs étant autorisés à prendre des décisions, l'économie informatisée met en œuvre une ressource que les économies antérieures n'avaient pas pu utiliser pleinement :&amp;nbsp;le &lt;i&gt;cerveau de l'agent opérationnel&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le travail répétitif étant exécuté par des automates, l'essentiel de l'emploi réside en effet dans les tâches de conception et dans les relations de l'entreprise avec l'extérieur (clients, fournisseurs, partenaires), qui toutes exigent du discernement et du jugement pour interpréter des événements imprévisibles et agir en conséquence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que l'entreprise moderne, mécanisée, s'appuyait sur l'interaction de la machine et de la main d’œuvre, l'entreprise contemporaine, informatisée, s'appuie ainsi sur l'interaction de l'ordinateur et du «&amp;nbsp;cerveau d’œuvre&amp;nbsp;» - le mot «&amp;nbsp;ordinateur&amp;nbsp;» désignant ici l'automate programmable ubiquitaire que constitue l'ensemble des ordinateurs et de leurs programmes, auxquels l'agent opérationnel accède, via l'Internet, à partir d'un poste de travail ou d'un téléphone mobile. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'organisation du travail de bureau prolonge, en l'adaptant, celle de l'entreprise moderne&amp;nbsp;: les dossiers sont informatisés, leur transport d'un poste de travail à l'autre est réalisé par le réseau, la supervision s'appuie sur des indicateurs de qualité, délai et volume produits automatiquement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;2) Informatisation et géopolitique&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le contrôle des ressources fossiles en énergie reste un enjeu stratégique mais leur épuisement prévisible et l'effet de leur consommation sur le climat incitent à chercher une autre ressource. L'informatisation permet de mettre en exploitation une ressource naturelle qui, contrairement au pétrole, est inépuisable&amp;nbsp;: la matière grise. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle l'industrialisation a déterminé la puissance relative des  nations. Au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, seules celles qui maîtrisaient leur approvisionnement en énergie ont pu faire prévaloir leurs valeurs et orientations dans le concert mondial. Au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, c'est l'informatisation qui fournira le critère de classement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'efficacité d'une entreprise, la compétitivité des biens et services qu'elle produit, sa capacité à innover et à se repositionner dépendent en effet de façon cruciale de la qualité de son système d'information&amp;nbsp;: pertinence et cohérence des concepts, élucidation du processus de production, sobriété de la plate-forme technique. Il en est de même, au plan collectif, pour les grands réseaux institutionnels de l'enseignement, la santé, la justice etc. (Institut Montaigne, [13]).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;3) Retour à Taylor&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'essentiel de la démarche de Taylor réside, nous l'avons vu, dans l'attention qu'il accorde à la relation entre l'ouvrier et l'outil, entre la main et la machine. On doit, aujourd'hui, consacrer la même attention à la relation entre l'agent opérationnel et l'ordinateur, entre le cerveau et l'automate programmable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La conception d'un système d'information efficace s'appuie en effet sur l'examen attentif de ce qui se passe autour de cette interface selon le travail considéré&amp;nbsp;: la décision stratégique, qui oriente l'entreprise et définit son positionnement&amp;nbsp;; la conception, qui l'articule avec le monde de la nature&amp;nbsp;; la première ligne, qui l'articule avec le marché&amp;nbsp;; le «&amp;nbsp;back office&amp;nbsp;», qui fait tourner ses rouages&amp;nbsp;; les services de support enfin (gestion des ressources humaines, comptabilité, informatique etc.).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;4) Guerre dans le cyberespace&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après avoir commencé sur terre, puis sur mer et au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle dans les airs, la guerre s'étend au «&amp;nbsp;cyberespace&amp;nbsp;». Alors que les stratèges (Smith [14], Desportes [15]) s'étaient dans les dernières décennies focalisés sur la guerre dissymétrique entre une population insurgée et  une armée, ils retrouvent dans le cyberespace l'affrontement classique entre des empires qui veulent sécuriser leurs approvisionnements et leurs débouchés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La guerre se conduit déjà dans le cyberespace :&lt;br /&gt;- la prise de contrôle du système de radar syrien a permis en septembre 2006 à un bombardier israélien de passer sans être vu et de détruire une installation nucléaire ;&lt;br /&gt;- le système informatique civil de l'Estonie a été attaqué en mai 2007&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- des attaques russes ont accompagné la guerre contre la Géorgie en août 2008&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;- le virus Stuxnet a freiné le programme nucléaire iranien en octobre 2010 ;&lt;br /&gt;- les systèmes d'information du gouvernement français ont été attaqués avant le G20 en mars 2011 (pour une liste plus complète, voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://csis.org/files/publication/110517_Significant_Cyber_Incidents_Since_2006.pdf"&gt;Significant Cyber Incidents Since 2006&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les États-Unis s'organisent (Sanger et Bumiller, [16]), les Britanniques préparent un programme d'armes informatiques, la France organise une Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information (ANSSI), la Chine a formé une «&amp;nbsp;Blue Army&amp;nbsp;» de spécialistes qui est la première soupçonnée lorsqu'une attaque de grande ampleur a lieu quelque part dans le monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme il est difficile d'identifier un attaquant habile, il sera souvent impossible de riposter&amp;nbsp;: dans le cyberespace et la dissuasion risque donc de manquer de crédibilité. Les réseaux informatisés (électricité, télécommunications), dont la rupture peut rendre une nation incapable de réagir, sont des cibles privilégiées (Goel, [17]). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;5) La crise contemporaine&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans leur majorité ni les dirigeants des entreprises, ni les politiques n'ont pris la mesure des possibilités et des risques qu'apporte l'informatisation. Il en résulte une crise dont la nature diffère de celle des années 1930 mais dont l'ampleur est analogue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans beaucoup d'entreprises le système d'information est de mauvaise qualité&amp;nbsp;: les expressions de besoin manquent de sobriété, la sémantique est incohérente, la modélisation des processus n'est pas pertinente, la plate-forme est un mille-feuilles de générations techniques, la gestion des habilitations et la supervision sont négligées. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le secteur financier l'informatisation a unifié le marché mondial et procuré des algorithmes dont personne, pas même leurs concepteurs, ne peut maîtriser intellectuellement l'empilage. Des automates ultra-rapides facilitant la spéculation, l'essentiel du profit des banques provient de leurs salles de marché – mais c'est au prix d'une sous-estimation des risques qui provoquera des crises à répétition. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne convient pas d'ailleurs de traiter le cerveau d’œuvre comme on avait cru devoir traiter la main d’œuvre. Cependant la plupart des entreprises, après avoir tâtonné dans les années 1980 à la recherche d'une «&amp;nbsp;intelligence collective&amp;nbsp;», y ont renoncé dans les années 1990 car elles n'ont pas su trouver la formule qui permet de répartir la légitimité sans compromettre le pouvoir des dirigeants. Elles font porter des responsabilités aux agents opérationnels sans leur accorder la légitimité qui permettrait de les exercer&amp;nbsp;: il en résulte une épidémie de &lt;i&gt;stress&lt;/i&gt; dont on a de nombreux témoignages (Dettmer et Tietz, [18]). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les dirigeants cherchent alors la solution dans la sous-traitance, l'externalisation et la délocalisation dont ils sous-estiment les inconvénients, et certains croient devoir adopter un comportement aussi cruel que mensonger&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on ne licencie pas les gens, mais on les met dans une situation telle qu'ils vont décider de s'en aller. Les réorganisations, regroupements de services et délocalisations ne poursuivent aucun objectif d'efficacité, n'ont aucune justification économique. On finit par désorganiser complètement le travail, par faire perdre leurs repères aux salariés, par détruire toute coopération entre les services&amp;nbsp;», déclare ainsi un médecin du travail à France Télécom (Fraysse, [19]).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'inadéquation de la doctrine d'emploi des armes avait entraîné un monstrueux sacrifice humain au début de la première guerre mondiale&amp;nbsp;: aujourd'hui, l'inadéquation de la doctrine d'emploi de l'informatique entraîne une destruction massive des cerveaux. Pour mettre au point la doctrine adéquate, il faudrait renouveler la démarche scientifique de Taylor. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l'affolement de la stratégie, beaucoup de dirigeants jugent prioritaire la «&amp;nbsp;production  de valeur pour l'actionnaire&amp;nbsp;» pourtant critiquée par Jack Welch, celui même qui a lancé en 1981 la mode de la «&amp;nbsp;&lt;i&gt;shareholder value&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» quand il présidait General Electric&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;la création de valeur pour l'actionnaire est l'idée la plus stupide qui soit, dit-il maintenant. Ce qui importe ce sont vos salariés, vos clients et vos produits&amp;nbsp;» (Guerrera [20])&amp;nbsp;: on ne saurait mieux exprimer les exigences de l'économie contemporaine. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme dans les années 1930, les politiques sont en retard d'une théorie économique. Alors que l'équilibre s'établit sous le régime de la concurrence monopolistique et que l'entreprise ne peut innover que si elle bénéficie d'un monopole temporaire (Romer, [21]), les gouvernements et les organisations internationales croient à l'efficacité de la concurrence parfaite et lui soumettent jusqu'aux réseaux dont la fonction de coût et l'exigence de cohésion impliquent le monopole naturel  (télécoms, électricité, chemins de fer) et aussi les services publics (éducation, santé etc.) qui procurent à l'économie marchande des externalités nécessaires. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation a changé notre rapport à la nature&amp;nbsp;: le cyberespace recouvre le monde d'une doublure informationnelle qu'il condense en un point, espace de dimension nulle dans lequel chacun dispose d'une ressource informatique personnelle et professionnelle également accessible de partout, y compris dans les pays pauvres où le téléphone mobile s'est largement répandu. L'entreprise, informatisée et automatisée, se bâtit et s'organise autour de son système d'information. Le cerveau humain, ressource naturelle inépuisable mais qui avait toujours été sous-utilisée, est en mesure de prendre le relais de l'énergie comme facteur de croissance – ce qui répond aux inquiétudes des écologistes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les institutions, comme les individus, tâtonnent cependant à la recherche des savoir-faire et savoir-vivre qui permettront de tirer parti de ces possibilités. Ils doivent aussi maîtriser les risques qui les accompagnent car des prédateurs tirent avec agilité parti de l'informatique et des réseaux pour espionner, saboter, voler, pratiquer la fraude fiscale et le blanchiment, qui facilite leur main-mise sur l'économie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De tout cela résulte dans l'immédiat un immense gâchis. La prochaine guerre, disent certains stratèges, aura le cyberespace pour principal théâtre (Géré, [22]). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Bibliographie&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[1] Bertrand Gille, &lt;a href="http://www.volle.com/lectures/gille.htm"&gt;&lt;i&gt;Histoire des techniques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Gallimard, La Pléïade, 1978&lt;br /&gt;[2] Michel Volle, «&amp;nbsp;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/12/revolution-informatique-et.html"&gt;Révolution informatique et déséquilibres économiques&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Questions internationales&lt;/i&gt; n° 47, janvier 2011&lt;br /&gt;[3]  William Cronon, &lt;i&gt;Nature's Metropolis&lt;/i&gt;, Norton &amp;amp; Co, 1992&lt;br /&gt;[4] Daniel Yergin, &lt;i&gt;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/08/daniel-yergin-prize-free-press-2008.html"&gt;The Prize&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Free Press, 2008&lt;br /&gt;[5] Jean-Marc Jancovici, &lt;i&gt;Changer le monde&lt;/i&gt;, Calmann-Lévy, 2011&lt;br /&gt;[6] Taylor, &lt;i&gt;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2009/11/frederick-winslow-taylor-principles-of.html"&gt;The Pinciples of Scientific Management&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 1911&lt;br /&gt;[7] Robert Linhart, &lt;i&gt;L'établi&lt;/i&gt;, Éditions de Minuit, 1978&lt;br /&gt;[8] Michel Goya, &lt;i&gt;&lt;a href="http://www.volle.com/lectures/goya.htm"&gt;La chair et l'acier&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Tallandier, 2004&lt;br /&gt;[9] John Hicks, «&amp;nbsp;Mr Keynes and the classics&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Econometrica&lt;/i&gt;, avril 1937&lt;br /&gt;[10] Herbert Simon, &lt;i&gt;The Sciences of the Artificial&lt;/i&gt;, MIT Press, 1969&lt;br /&gt;[11] Jacques Mélèse, &lt;i&gt;L'analyse modulaire des systèmes de gestion&lt;/i&gt;, AMS, Hommes et Techniques, 1972&lt;br /&gt;[12] J. C. R&amp;nbsp;. Licklider, «&amp;nbsp;The Computer as communication device&amp;nbsp;», S&lt;i&gt;cience and Technology&lt;/i&gt;, avril 1968&lt;br /&gt;[13] Institut Montaigne, &lt;i&gt;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-defi-numerique-un-rapport-de.html"&gt;Le défi numérique&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, rapport, mai 2011&lt;br /&gt;[14] Rupert Smith, &lt;i&gt;&lt;a href="http://www.volle.com/lectures/smith.htm"&gt;The Utility of Force&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Penguin, 2006&lt;br /&gt;[15] Vincent Desportes, &lt;i&gt;La guerre probable&lt;/i&gt;, Economica, 2008&lt;br /&gt;[16] David Sanger et Elisabeth Bumiller, «&amp;nbsp;Pentagon to Consider Cyberattacks Acts of War&amp;nbsp;»,&lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt;, 31 mai 2011. &lt;br /&gt;[17] Sanjay Goel, «&amp;nbsp;Cyberwarfare: Connecting the Dots in Cyber Intelligence&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Communications of the ACM&lt;/i&gt;, août 2011, vol. 54 n° 8&lt;br /&gt;[18] Markus Dettmer et Janko Tietz, «&amp;nbsp;Jetzt mal langsam!&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Der Spiegel&lt;/i&gt;, 25 juillet 2011&lt;br /&gt;[19] Monique Fraysse, «&amp;nbsp;Les mentalités évoluent lentement&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 29 avril 2011&lt;br /&gt;[20] Francesco Guerrera , « Welch rues short-term profit 'obsession'&amp;nbsp;»,&amp;nbsp;&lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt;, 12 mars 2009 &lt;br /&gt;[21] Paul Romer, «&amp;nbsp;Endogenous Technological Change&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Journal of Political Economy&lt;/i&gt;, 1990, vol. 98&lt;br /&gt;[22] François Géré, &lt;i&gt;Dictionnaire de la désinformation&lt;/i&gt;, Armand Colin, 2011&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-8583477974474425895?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/8583477974474425895/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/07/la-troisieme-revolution-industrielle.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8583477974474425895'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8583477974474425895'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/07/la-troisieme-revolution-industrielle.html' title='Le siècle de la troisième révolution industrielle'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-4397475331555941447</id><published>2011-07-20T12:38:00.003+02:00</published><updated>2011-07-20T12:43:16.747+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Alex Türk, La vie privée en péril, Odile Jacob, 2011</title><content type='html'>Avec ce livre le président de la CNIL émet un signal d'alarme utile et présente une étude  détaillée des techniques et risques de la biométrie, de la vidéosurveillance, de la géolocalisation etc., ainsi que des aspects juridiques de la gouvernance de l'Internet. C'est un apport fondamental pour la réflexion sur les aspects stratégiques et (géo)politiques de l'informatisation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2738122795&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;La CNIL, c'est la «&amp;nbsp;commission nationale de l'informatique et des libertés&amp;nbsp;», autorité administrative indépendante qui a pour mission de faire en sorte que l'informatisation ne porte atteinte «&amp;nbsp;ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques&amp;nbsp;» (loi du 6 août 2004). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette mission est nécessaire car l'informatisation apporte autant de risques nouveaux que de possibilités nouvelles : comme tout outil l'informatique peut indifféremment servir la barbarie ou la civilisation, le meurtre ou le bien-être. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or la technique évolue plus vite que ne peuvent le faire nos savoir-faire, notre savoir-vivre, le droit, la compétence de l'appareil judiciaire, et ses effets peuvent être irréversibles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous risquons d'aller vers une société du traçage généralisé, utilisant conjointement des techniques dont les applications se développent rapidement&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les caméras nous filment, les lecteurs biométriques nous identifient et nous reconnaissent, les dispositifs de géolocalisation nous repèrent et nous suivent, les applications Internet nous profilent, analysent nos goûts et enregistrent nos habitudes, les micros nous écoutent, l'arsenal des fichiers nationaux, européens et internationaux se déploie, le nuage numérique enveloppe la planète, l'informatique contextuelle comblera peu à peu les espaces disponibles entre nos pensées respectives, les nanotechnologies rendront les systèmes invisibles et donc innombrables et irréversibles&amp;nbsp;» (p. 261). &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;La CNIL exerce une fonction de contrôle et elle est dotée d'un pouvoir de sanction soumis, en cas de contentieux, à la décision du Conseil d’État. Elle autorise certaines pratiques et en interdit d'autres. Elle labellise des techniques et des produits qui présentent des garanties suffisantes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle doit être indépendante de toute influence extérieure : celle que pourraient avoir les organismes qu'elle doit contrôler et aussi les interventions et pressions de l'exécutif. Cette indépendance s'appuie sur un dispositif ingénieux&amp;nbsp;: le président de la CNIL est élu par la commission, collège pluraliste de 17 personnes. Il se peut que cela agace au sommet de l’État où l'on est apparemment jaloux du &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2010/11/lechelle-du-pouvoir.html"&gt;pouvoir de nomination&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: ainsi&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.cnil.fr/la-cnil/actu-cnil/article/article/la-protection-de-la-vie-privee-absente-de-le-g8-oubli-ou-rejet/"&gt;la CNIL n'ait pas été invitée à l'e-G8&lt;/a&gt; alors que ses thèmes la concernaient au premier chef...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tandis que les entreprises acceptent les consignes et contrôles de la CNIL sans trop faire d'histoires, les ministères renâclent, chacun étant jaloux de son pré carré, et ils prennent parfois des positions surprenantes&amp;nbsp;: ainsi le ministère de l'intérieur soutient que le visage d'une personne n'est pas une «&amp;nbsp;donnée personnelle&amp;nbsp;» (p. 90). La discussion du budget annuel de la CNIL est l'occasion de taquineries renouvelées et des dispositions nécessaires – obligation de la présence d'un «&amp;nbsp;correspondant informatique et libertés&amp;nbsp;» dans les institutions dépassant une certaine taille, mise en place de délégations interrégionales – sont ajournées sous des prétextes divers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'obligation de transparence, qui doit dans une démocratie s'imposer aux pouvoirs régaliens dans leur rapport avec les citoyens, est à l'inverse érigée par certains en une obligation pour le citoyen lui-même. Cela risque de conduire à une tyrannie de la transparence, &lt;i&gt;Big Brother&lt;/i&gt; se disséminant en une multitude de &lt;i&gt;Little Sisters&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: on prétend que celui qui n'a rien à se reprocher n'aurait rien à cacher. Ainsi ne pas être actif sur Facebook serait louche et la liberté d'expression de celui qui enfreint votre vie privée devrait l'emporter sur votre droit à l'image... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Des deux côtés de l'Atlantique les points de vue diffèrent et cet écart a des conséquences importantes en raison du rôle privilégié que l'histoire a conféré aux Etats-Unis dans l'informatique et l'Internet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aux États-Unis la gestion de la protection des données personnelles est laissée au marché, et elle repose plus sur un calcul économique que sur un fondement juridique&amp;nbsp;: la loi ne peut intervenir que lorsque le marché n'est pas parvenu à faire émerger une solution. En Europe par contre la protection des données est conçue comme un droit politique et elle s’appuie sur la législation et la réglementation&amp;nbsp;: le citoyen doit avoir le droit de contrôler la collecte et l'usage de ses données personnelles. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les Européens l'identité d'un individu est intangible mais sa personnalité change avec l'âge. Pour les Américains, au contraire, quelqu'un peut changer d'identité si celle-ci est «&amp;nbsp;usée&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;banqueroute de réputation&amp;nbsp;»), mais ils refusent le «&amp;nbsp;droit à l'oubli&amp;nbsp;» qui obligerait le responsable d'un traitement à ne conserver les données personnelles que pendant la durée qui correspond à la finalité pour laquelle elles ont été collectés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les Européens préfèrent l'«&amp;nbsp;opt-in&amp;nbsp;», les Américains préfèrent l' «&amp;nbsp;opt-out&amp;nbsp;»: dans le premier cas, l'utilisateur doit manifester explicitement son consentement à la réutilisation des données personnelles&amp;nbsp;; dans le second, il doit se manifester pour refuser. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certaines déclarations des grands acteurs américains de l'Internet illustrent cette différence culturelle&amp;nbsp;: Mark Zuckerberg, de Facebook, estime que le souci de préserver la vie privée «&amp;nbsp;n'est plus la norme&amp;nbsp;»; Eric Schmidt déclare que «&amp;nbsp;tout ce que sait Google, les États peuvent le savoir aussi, il leur suffit de demander&amp;nbsp;» et il pense que les usagers n'attendent pas de Google qu'il réponde à leurs questions, mais qu'il «&amp;nbsp;leur indique ce qu'ils doivent faire&amp;nbsp;» (&lt;i&gt;Wired&lt;/i&gt;, 9 août 2009). Ces entreprises contestent l'applicabilité du droit européen aux activités qu'ils déploient en Europe&amp;nbsp;:  un consommateur européen qui veut se défendre contre Google ou Facebook doit s'adresser aux juridictions du comté de Santa Clara, Californie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Selon la directive européenne du 24 octobre 1995 le transfert de données personnelles vers un pays tiers à l'Union ne peut être opéré que si ce pays assure un niveau de protection adéquat&amp;nbsp;: les deux critères sont l'existence d'une autorité de contrôle indépendante et d'une législation protectrice des droits des citoyens. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les États-Unis, la Chine, le Japon, l'Inde, la Russie, la majeure partie des continents asiatique et africain ne remplissent pas ces conditions. Des mécanismes de substitution ont été imaginés pour régler le problème notamment entre l'Europe et les États-Unis, mais ils posent tous des problèmes&amp;nbsp;: &lt;i&gt;safe harbor&lt;/i&gt;, solution contractuelle, règles internes d'entreprise&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;1) &lt;i&gt;safe harbor&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: c'est une liste de principes auxquels les entreprises doivent adhérer auprès de la FTC. Mais celle-ci est très laxiste et n'opère aucun contrôle.&lt;br /&gt;2) Contrat entre un exportateur de données et un importateur&amp;nbsp;: là aussi il faudra des contrôles et ce serait très lourd (il faut un contrat par transfert). &lt;br /&gt;3) Règles internes d'entreprise (&lt;i&gt;Binding Corporate Rules&lt;/i&gt;), code de conduite qui doit être respecté par tous les salariés d'une multinationale&amp;nbsp;: là encore, la différence de point de vue entre les anglo-saxons et les européens est importante. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une occasion s'ouvre avec la révision de la directive européenne de 1995. Alex Türk pose à ce propos plusieurs questions importantes (p. 263) : «&amp;nbsp;Osera-t-on réellement poser la question du contrôle des fichiers régaliens partout en Europe (il existe en France). Prendra-t-on les mesures nécessaires pour assurer l'indépendance concrète des autorités de contrôle des États membres&amp;nbsp;? Posera-t-on la question des moyens d'action et der l'autonomie du Groupe des autorités de contrôle européennes (G29)&amp;nbsp;? Les Européens auront-ils le courage de résister à la pression de certains lobbys américains, privés et publics&amp;nbsp;? Profitera-t-on de l'occasion pour résoudre les problèmes posés en matière de droit applicable sur le territoire européen&amp;nbsp;? Saisira-t-on l'occasion d'épauler le processus engagé à Madrid en faveur d'une harmonisation des règles de protection des données à l'échelon international&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-4397475331555941447?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/4397475331555941447/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/07/alex-turk-la-vie-privee-en-peril-odile.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4397475331555941447'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4397475331555941447'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/07/alex-turk-la-vie-privee-en-peril-odile.html' title='Alex Türk, &lt;i&gt;La vie privée en péril&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2011'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-383164278322029747</id><published>2011-07-06T10:37:00.002+02:00</published><updated>2011-07-31T10:33:33.831+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Société'/><title type='text'>Bulletin municipal de Sénéchas, juin 2011</title><content type='html'>Le nouveau &lt;i&gt;Bulletin municipal de Sénéchas&lt;/i&gt; vient de sortir (pour en savoir plus sur Sénéchas, &lt;a href="http://senechas.com/"&gt;cliquer ici&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous pouvez le télécharger au format pdf (2,6 Mo) en cliquant sur le lien suivant : &lt;a href="http://senechas.com/Documents/Bulletinmunicipal22.pdf"&gt;&lt;i&gt;Bulletin municipal de Sénéchas&lt;/i&gt;, juin 2011&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous verrez que la vie culturelle est très active dans cette commune qui ne compte que 219 habitants - auxquels s'ajoutent il est vrai un grand nombre de vacanciers durant l'été.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si notre commune éveille votre curiosité, voici des liens pour consulter les numéros précédents du &lt;i&gt;Bulletin&lt;/i&gt; : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- &lt;a href="http://senechas.com/Documents/Bulletinmunicipal21.pdf"&gt;&lt;i&gt;Bulletin municipal de Sénéchas&lt;/i&gt;, juin 2010&lt;/a&gt; ;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- &lt;a href="http://senechas.com/Documents/Bulletinmunicipal20.pdf"&gt;&lt;i&gt;Bulletin municipal de Sénéchas&lt;/i&gt;, mai 2009&lt;/a&gt; ;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- &lt;a href="http://senechas.com/Documents/Bulletinmunicipal19.pdf"&gt;&lt;i&gt;Bulletin municipal de Sénéchas&lt;/i&gt;, août 2008&lt;/a&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-383164278322029747?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/383164278322029747/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/07/bulletin-municipal-de-senechas-juin.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/383164278322029747'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/383164278322029747'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/07/bulletin-municipal-de-senechas-juin.html' title='&lt;i&gt;Bulletin municipal&lt;/i&gt; de Sénéchas, juin 2011'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-4688170958626805782</id><published>2011-06-26T18:52:00.004+02:00</published><updated>2011-06-27T18:21:41.001+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Prédation'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Société'/><title type='text'>Le théorème du complot</title><content type='html'>Les «&amp;nbsp;complotistes&amp;nbsp;», c'est-à-dire ceux qui adhèrent à la «&amp;nbsp;théorie du complot&amp;nbsp;», n'ont pas bonne presse. Ils exagèrent, dit-on&amp;nbsp;: ils voient des complots partout, ils expliquent tout par des complots. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est vrai que leurs «&amp;nbsp;théories&amp;nbsp;» sont parfois loufoques&amp;nbsp;: comment prendre au sérieux, par exemple, ceux qui disent que l'attentat du 11 septembre 2001 a été organisé par le gouvernement américain qui voulait un prétexte pour attaquer l'Irak&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne suffit cependant pas de hausser dédaigneusement les épaules, comme le font Philippe Val ou Edwy Plenel, lorsque quelqu'un évoque la possibilité d'un complot. Pour en rester au 11 septembre et à ses suites, l'administration Bush n'a-t-elle pas &lt;i&gt;comploté&lt;/i&gt; pour faire croire à la présence d'armes de destruction massive en Irak&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout n'est pas complot, tout ne s'explique pas par des complots, mais il ne faut pas en déduire que les complots n'existent pas. Ils existent bel et bien, en voici la démonstration en quelques étapes&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;1 - «&amp;nbsp;S'il se présente une occasion de se procurer un plaisir ou de gagner beaucoup d'argent de façon illégale ou immorale, mais avec un risque négligeable de se faire prendre, il se trouvera toujours quelqu'un pour en tirer parti&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est en effet raisonnable de penser que dans une population quelconque 10&amp;nbsp;% environ des personnes sont parfaitement honnêtes, 10&amp;nbsp;% parfaitement malhonnêtes et 80&amp;nbsp;% susceptibles de céder à une tentation forte. Il est déraisonnable de croire que 100&amp;nbsp;% puissent être capables de résister à la tentation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme la loi ne sanctionne pas tous les comportements immoraux il faut bien dire «&amp;nbsp;de façon illégale ou immorale&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: la plupart des abus de pouvoir restent impunis car il est difficile ou impossible d'en apporter la preuve – et ils sont d'autant plus tentants qu'ils obéissent à la règle «&amp;nbsp;pas vu, pas pris&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2 - «&amp;nbsp;Certains gains illicites sont à la portée d'un individu seul mais d'autres nécessitent l'organisation collective que l'on qualifie de &lt;i&gt;complot&lt;/i&gt;&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les comploteurs s'unissent pour obtenir chacun un gain supérieur à celui qu'ils auraient en agissant isolés. Leur solidarité les protège, ou du moins leur donne un sentiment de sécurité qui réduit le risque anticipé. Le plus souvent, c'est la rupture de cette solidarité qui permettra la découverte du complot. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un individu seul peut réussir un &lt;i&gt;coup&lt;/i&gt; isolé mais une récidive l'expose au risque d'une dénonciation. Seul le secret qu'assure un complot peut permettre la réussite d'une succession de coups. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3 - «&amp;nbsp;Les personnes dont la profession ou le statut social inspire confiance, et qui entretiennent des relations assidues, sont plus que d'autres tentées de former un complot&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet le prestige ou la considération qui les entoure les protège contre le risque de se faire prendre&amp;nbsp;: elles seront les dernières que l'on pense à soupçonner. Une profession comme la Banque, qui fait commerce de la confiance dans la manipulation de l'argent, est ainsi soumise à de fortes tentations. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les relations assidues qui se tissent dans les corporations facilitent par ailleurs la formation des complots&amp;nbsp;: les comploteurs se recruteront souvent parmi les officiers, les ecclésiastiques, et de façon générale parmi les notables. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des mafieux ont utilisé pour blanchir leurs profits la banque du Vatican (l'«&amp;nbsp;IOR&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Istituto per le Opere di Religione&lt;/i&gt;), institution des plus honorables. En laissant à l’Église une commission de 15&amp;nbsp;% [1], ils pensaient peut-être faire coup double en achetant par la même occasion l'absolution de leurs crimes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si vous admettez le raisonnement ci-dessus et la validité des exemples qui l'illustrent, vous devrez admettre aussi la conclusion suivante : les complots existent bel et bien et il est vraisemblable que la plupart d'entre eux ne sont jamais découverts. Ceux qui dénoncent en toute occasion la «&amp;nbsp;théorie du complot&amp;nbsp;» contribuent, sans le vouloir bien sûr, à la sécurité des comploteurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;______________&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[1] Ferdinando Imposimato, &lt;i&gt;Un Juge en Italie&lt;/i&gt;, de Fallois, 2000, cité dans Denis Robert, &lt;i&gt;Révélation$&lt;/i&gt;, Les Arènes, 2001, p. 75.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-4688170958626805782?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/4688170958626805782/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/06/le-theoreme-du-complot.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4688170958626805782'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/4688170958626805782'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/06/le-theoreme-du-complot.html' title='Le théorème du complot'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-6401436722940476989</id><published>2011-06-26T15:49:00.004+02:00</published><updated>2011-07-31T10:30:04.048+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Statistique'/><title type='text'>Manipulation gouvernementale</title><content type='html'>Voici les déclarations successives de Claude Guéant&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A - «&amp;nbsp;Les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés&amp;nbsp;»&amp;nbsp;(Europe 1, 22 mai 2011)&amp;nbsp;&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;B - «&amp;nbsp;C’est vrai qu’il y a deux tiers des enfants d’immigrés qui se trouvent sortir de l’appareil scolaire sans diplôme&amp;nbsp;» (Assemblée nationale, 25 mai 2011)&amp;nbsp;&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C – Dans une lettre à &lt;i&gt;Libération&lt;/i&gt; (27 mai 2011), Guéant revient à sa première affirmation&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;deux tiers des enfants qui sortent de l’école sans qualification sont des enfants de familles immigrées&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les deux premières déclarations ne sont évidemment pas équivalentes, mais on doit charitablement supposer qu'à l'assemblée nationale la langue du ministre a fourché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Guéant dit s'appuyer sur une étude de l'INSEE. L'adresse de cette étude est &lt;a href="http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/immfra05f.PDF"&gt;http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/immfra05f.PDF&lt;/a&gt;. Regardons ce qu'elle dit. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Les pourcentages sont indiqués à la p. 99 de l'étude : 10,7&amp;nbsp;% des enfants de familles immigrées sortent de l'enseignement secondaire sans qualification (Guéant a dit à l'assemblée nationale qu'il y en avait 66,7&amp;nbsp;%). Cette proportion est de 6,1&amp;nbsp;% parmi les enfants de familles non immigrées. La différence est significative mais non exorbitante&amp;nbsp;: le fait est que près de 90&amp;nbsp;% des enfants d'immigrés sortent de l'enseignement secondaire &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; une qualification, ce qui  montre tout à la fois que ces enfants sont en majorité travailleurs et que cet enseignement est plutôt efficace. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Examinons la première déclaration de Guéant, celle à laquelle il tient le plus puisqu'il l'a répétée dans sa lettre à &lt;i&gt;Libération&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notons X le nombre des enfants d'immigrés dans la population scolaire, Y le nombre des enfants de familles non immigrées, x et y les pourcentages respectifs de ceux qui sortent de l'école sans qualification. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'après l'étude, «&amp;nbsp;à la rentrée 1995, près d'un entrant en sixième sur dix appartient à une famille d'immigrés&amp;nbsp;» (p. 98). Donc X = Y/9, tout au plus. La proportion des familles mixtes n'étant pas indiquée dans l'étude de l'INSEE, nous n'en tiendrons pas compte. Ces deux approximations auront pour effet de maximiser la part des enfants de familles immigrées dans l'échec scolaire, le résultat de notre calcul sera ainsi biaisé &lt;i&gt;par excès&lt;/i&gt;.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pourcentage des enfants de famille immigrées parmi ceux qui sont sortis de l'enseignement secondaire sans qualification est donc &lt;i&gt;inférieur à&lt;/i&gt;&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;xX/(xX + yY)&amp;nbsp;= 10,7/(10,7 + 6,1*9) = &lt;b&gt;16,3&amp;nbsp;%&lt;/b&gt;,&lt;/div&gt;et non égal à 66,7&amp;nbsp;% comme le prétend Guéant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je ne pense pas que Guéant ignore la règle de trois&amp;nbsp;: s'il énonce une contrevérité évidente, ce n'est pas par erreur. En émettant un signal qui flatte les préjugés de la partie la moins éclairée de la population, il espère conforter la position de son parti lors de la prochaine élection présidentielle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'importent les faits, leur mesure, qu'importe la logique elle-même lorsqu'on est lancé dans la course aux voix&amp;nbsp;! Qu'importe si en violant les faits et la logique on détruit le pays, car la nature se venge toujours quand on la viole.... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est que trop clair que Guéant nous prend pour des crétins. L'expérience montrera s'il a tort ou raison, mais en attendant je déplore le silence du directeur général de l'INSEE et j'approuve les protestations de l'intersyndicale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Accorder plus d'autorité à un ministre qu'à l'institut de statistique pour le constat des faits, c'est inverser en effet &lt;a href="http://www.volle.com/travaux/articuler.htm"&gt;la relation entre expert et décideur&lt;/a&gt; et prendre le risque de glisser vers un totalitarisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Post-Scriptum&lt;/i&gt; du 27 juin 2011 : je découvre le &lt;a href="http://www.insee.fr/fr/ppp/comm_presse/comm/cp_270611_web.pdf"&gt;communiqué de presse de l'INSEE&lt;/a&gt; enfin sorti ce matin. Il remet Guéant à sa place qui est celle d'un ministre et non d'un expert.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-6401436722940476989?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/6401436722940476989/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/06/manipulation-gouvernementale.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6401436722940476989'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6401436722940476989'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/06/manipulation-gouvernementale.html' title='Manipulation gouvernementale'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-5791869633489917236</id><published>2011-06-03T18:25:00.008+02:00</published><updated>2011-06-16T17:06:31.329+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Stratégie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Géopolitique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Guerre dans le cyberespace</title><content type='html'>Le compas intellectuel d'un stratège est large&amp;nbsp;: il embrasse les continents et le long terme. La conversation avec l'un d'eux est donc des plus intéressantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je parlais ainsi ces derniers jours avec François Géré et lui disais mon admiration pour les travaux de &lt;a href="http://www.volle.com/lectures/desportes.htm"&gt;Vincent Desportes&lt;/a&gt; et de &lt;a href="http://www.volle.com/lectures/smith.htm"&gt;Rupert Smith&lt;/a&gt;, ces théoriciens de la guerre dissymétrique entre une armée classique et des insurgés qui trouvent soutien et refuge dans une population civile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Tout ça, me dit-il, c'est du passé. Le conflit dissymétrique n'est plus le modèle des prochaines décennies. Nous allons retrouver la situation stratégique classique, celle d'un affrontement entre des empires qui souhaitent sécuriser leurs approvisionnements et leurs débouchés&amp;nbsp;: États-Unis, Chine, Inde, Europe,  Russie etc. Par contre le champ de bataille, lui, sera nouveau : ce sera le cyberespace&amp;nbsp;».&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2200257724&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce propos a été confirmé quelques jours après par David Sanger et Elisabeth Bumiller, «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.nytimes.com/2011/06/01/us/politics/01cyber.html"&gt;Pentagon to Consider Cyberattacks Acts of War&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt;, 31 mai 2011.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Chine partage elle aussi ce point de vue&amp;nbsp;(voir Francis Tan, «&amp;nbsp;&lt;a href="http://thenextweb.com/asia/2011/06/03/china-makes-cyber-warfare-a-military-priority-the-internet-is-the-next-battleground/"&gt;China makes cyber-warfare a military priority: the Internet is the next battleground&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;a href="http://thenextweb.com/asia/"&gt;TNW Asia&lt;/a&gt;, 3 juin 2011)&amp;nbsp;: elle a formé une «&amp;nbsp;Blue Army&amp;nbsp;» de spécialistes, et lorsqu'une attaque de grande ampleur se produit quelque part dans le monde elle est la première soupçonnée. Il lui est aussi arrivé, semble-t-il, de se faire piller le trésor que ses espions accumulent (voir «&amp;nbsp;&lt;a "="" 02="" 06="" 2010="" bugbrother.blog.lemonde.fr="" href"http:="" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=7361670993108016283" le-tresor-de-guerre-de-wikileaks-une-gorge-profonde-chinoise=""&gt;Le trésor de guerre de Wikileaks&amp;nbsp;? Une gorge profonde chinoise&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», &lt;a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/"&gt;Bug Brother&lt;/a&gt;, 2 juin 2010). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Au néolithique, la guerre se déroulait sur terre. Elle s'est étendue à la mer dans l'Antiquité puis aux airs dans le XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Pour un stratège la question la plus délicate, mais la plus féconde, réside dans la coordination des armes qui agissent dans ces trois espaces et que l'on qualifie de «&amp;nbsp;cinétiques&amp;nbsp;».&amp;nbsp;Il lui faut maintenant coordonner ce cinétique avec le «&amp;nbsp;cyber&amp;nbsp;», quatrième espace qui sera, dit Géré, le champ de bataille privilégié car étant nouveau il se prête à l'innovation stratégique et aux attaques par surprise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme dans les autres domaines de l'art de la guerre, la stratégie dans le cyberespace s'appuie sur des manœuvres défensives et offensives&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Défense&amp;nbsp;:&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;1) se protéger contre les attaques&amp;nbsp;: par analogie avec la médecine, on peut parler de prévention&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;2) repérer et diagnostiquer les attaques (diagnostic 1&amp;nbsp;: de quelle maladie s'agit-il ? quel est l'agent pathogène&amp;nbsp;: virus, ver, cheval de Troie, bombe informatique ?)&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;3) identifier les attaquants (diagnostic 2)&amp;nbsp;;&lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2287981993&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;4) réparer les dégâts (prescription et soins aux malades).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Attaque&amp;nbsp;:&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;5) concevoir des armes (guerre bactériologique&amp;nbsp;: conception d'armes et de vaccins)&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;6) s'introduire dans les systèmes des autres, y poser des bombes activables (espionnage et sabotage)&amp;nbsp;;&lt;br /&gt;7) concevoir les stratégies d'attaque ou de représailles comportant éventuellement des moyens cinétiques ;&lt;br /&gt;8) mener effectivement les attaques ou les représailles (tactique opérationnelle).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Je conseille Éric Filiol, «&amp;nbsp;Les virus informatiques&amp;nbsp;: théorie, pratique et applications&amp;nbsp;», Springer 2009, pour se faire une idée de l'arsenal de la cyberguerre et de la cybercriminalité).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;La guerre se conduit déjà dans le cyberespace. On cite ainsi&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;a) la prise de contrôle par les Israéliens du système de radar syrien qui a permis au bombardier israélien de passer sans être vu en septembre 2006 pour détruire une installation nucléaire ; &lt;br /&gt;b) l'attaque d'origine inconnue (mais probablement russe) contre le système civil en Estonie en mai 2007&amp;nbsp;: quoique non préalable à un acte de guerre, cette attaque a considérablement gêné la société estonienne&amp;nbsp;; &lt;br /&gt;c) les attaques russes qui ont précédé ou accompagné la guerre contre la Géorgie en août 2008 et désorganisé le commandement géorgien&amp;nbsp;; &lt;br /&gt;d) l'attaque d'origine inconnue (mais probablement israélienne) utilisant le virus Stuxnet contre le programme nucléaire iranien en octobre 2010 ; &lt;br /&gt;e) l'attaque contre les systèmes d'information du gouvernement français avant le G20 en mars 2011. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Pour une liste plus complète, voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://csis.org/files/publication/110517_Significant_Cyber_Incidents_Since_2006.pdf"&gt;Significant Cyber Incidents Since 2006&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les nations seront d'autant plus vulnérables à une attaque qu'elles auront plus complètement automatisé la gestion de leurs services publics (production et transport de l'énergie, télécommunications, hôpitaux, chemins de fer etc.). Il est donc crucial de concevoir l'informatisation non comme une automatisation pure mais comme &lt;i&gt;la mise en œuvre de l'alliage du cerveau humain et de l'automate&lt;/i&gt;, et de prévoir lors de la mise en place des automates la possibilité d'une reprise en main par des acteurs humains en cas d'incident ou de sinistre dus à une panne, un défaut du logiciel - ou une attaque. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le cyberespace, l'innovation est plus rapide est moins coûteuse que dans le cinétique&amp;nbsp;: tandis qu'il faut plusieurs années pour concevoir et développer un système d'armes, quelques mois peuvent suffire à de bons informaticiens pour concevoir une attaque cyber sophistiquée. Il est en outre très difficile d'identifier l'attaquant, comme le montrent certains des exemples cités&amp;nbsp;: ce peut être un État, mais aussi un acteur non étatique, éventuellement irrationnel, qui attaquerait sans avoir raisonnablement anticipé les effets de ses actes (Franklin D. Kramer, «&amp;nbsp;Cyber Conflict: Challenging the Future&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Black Hat Conference&lt;/i&gt;, Washington, 18 janvier 2011).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les ripostes peuvent être diplomatiques (demande d'enquête), économiques (sanctions), cinétiques, cyber enfin (attaque contre des serveurs).&amp;nbsp;Pour pouvoir riposter dans le cyberespace il faut avoir soi-même préparé une attaque et donc avoir espionné l'adversaire, avoir depuis longtemps secrètement pénétré ses systèmes informatiques, y avoir éventuellement déposé des bombes que l'on puisse activer. Cela ressemble à l'équilibre périlleux que procure la dissuasion nucléaire («&amp;nbsp;si tu m'attaques, je suis en mesure de causer chez toi des dommages équivalents ou supérieurs&amp;nbsp;»). Le problème le plus délicat réside cependant dans l'identification de l'agresseur, et elle devient pour les spécialistes la première des priorités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;L'Internet est vulnérable&amp;nbsp;: des failles existent dans les protocoles de routage, dénombrement et nommage qu'il utilise et ces protocoles sont si complexes qu'il faudra des années de recherche pour les corriger. La généralisation de l'utilisation du&amp;nbsp;&lt;i&gt;cloud computing&lt;/i&gt;&amp;nbsp;accroîtra encore les risques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le marché noir du cybercrime on peut acheter le dernier virus, s'informer sur les dernières vulnérabilités découvertes, louer des &lt;i&gt;botnets&lt;/i&gt; (milliers d'ordinateurs parasités), acheter en masse des numéros de carte de crédit, des informations personnelles, des données sur les comptes bancaires. Les cibles privilégiées sont les distributeurs de billets et les comptes en ligne. Les attaques par «&amp;nbsp;&lt;i&gt;denial of service&lt;/i&gt;&amp;nbsp;», qui s'appuient sur des &lt;i&gt;botnets&lt;/i&gt; pour attaquer un serveur, ne sont pas des actes de guerre, l'espionnage économique et le cybercrime non plus, mais la frontière qui les sépare de la guerre est ténue&amp;nbsp;: les meilleurs cybercriminels disposent de moyens comparables à ceux des services de renseignement et sont souvent en contact avec leur gouvernement qui à l'occasion les emploiera comme mercenaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi la lutte contre la cybercriminalité et la &lt;a href="http://www.volle.com/rapports/securite.htm"&gt;sécurisation des systèmes d'information&lt;/a&gt; apparaissent comme une étape nécessaire de la stratégie dans le cyberespace&amp;nbsp;: il s'agit en particulier pour les entreprises de mettre au point un &lt;a href="http://www.dhs.gov/xlibrary/assets/ns_tic.pdf"&gt;système d'identification et d'authentification&lt;/a&gt; robuste et de gérer de façon rigoureuse les habilitations pour l'accès aux infrastructures critiques. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certains préfèrent que le cyberespace reste un Far West car ils croient que cela favorise l'innovation : ils s'opposent à la cybersécurité ainsi que ceux qui, dans les administrations et les entreprises, y voient une menace pour leur chasse gardée ou encore ceux qui ont une confiance excessive dans le libre jeu d'un marché affranchi de toute régulation. Ajoutons que le style de commandement en vigueur chez les militaires répugne à certains experts en informatique...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Aux Etats-Unis le système Einstein permettra de superviser les réseaux et, dans sa version la plus avancée, de détruire une attaque potentielle avant qu'elle n'ait pu atteindre sa cible (cette manœuvre&amp;nbsp;est analogue à l'interception d'un missile). L'&lt;i&gt;Office of Management and Budget&lt;/i&gt; de la Maison blanche développe des normes pour la sécurité des &lt;i&gt;clouds&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;Federal Information system management act&lt;/i&gt; organise la régulation des quatre infrastructures essentielles (réseau électrique, télécommunications et informatique, services financiers, gouvernement) et une &lt;i&gt;Financial action task force&lt;/i&gt; supervise la lutte contre le blanchiment. Un «&amp;nbsp;Cyber Command&amp;nbsp;» militaire dirigé par le directeur de la NSA, le général Keith B. Alexander, &amp;nbsp;forme des spécialistes - mais il lui reste encore à définir une stratégie et des règles d'engagement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est guère de jour où l'on ne trouve dans la presse des articles qui témoignent de la préparation de la guerre dans le cyberespace&amp;nbsp;: aujourd'hui par exemple on apprend que les Britanniques s'y mettent («&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.guardian.co.uk/government-computing-network/2011/may/31/government-plans-cyber-weapons-programme"&gt;Government plans cyber weapons programme&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»), ainsi que les Nord-coréens («&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.itworld.com/security/170219/north-korea-training-cyberwarriors-foreign-colleges"&gt;North Korea training cyberwarriors in foreign colleges&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»). La France s'y met elle aussi très sérieusement avec l'&lt;a href="http://www.ssi.gouv.fr/"&gt;Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI)&lt;/a&gt; (voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.infodsi.com/articles/119558/etat-renforce-politique-cybersecurite.html"&gt;L'Etat renforce sa politique de cybersécurité&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» sur &lt;a href="http://www.infodsi.com/"&gt;infoDSI.com&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Nous savions que le système d'information est l'outil essentiel de la stratégie d'une entreprise, que l'informatisation d'une nation détermine son rang et son influence dans la géopolitique. Que le cyberespace soit devenu le champ de bataille des conflits futurs confirme cette analyse. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On y retrouve certaines des règles qu'impose l'informatisation : ne pas faire entièrement confiance aux automatismes, mais les superviser et les articuler avec des cerveaux humains auxquels qui puissent reprendre la main en cas de besoin ; accorder le plus grand soin aux procédures d'identification, authentification et gestion des habilitations ; ne pas sous-traiter enfin les compétences sémantiques, logiques et techniques qui sont nécessaires à la conception et la réalisation de la stratégie...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-5791869633489917236?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/5791869633489917236/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/06/guerre-dans-le-cyberespace.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/5791869633489917236'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/5791869633489917236'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/06/guerre-dans-le-cyberespace.html' title='Guerre dans le cyberespace'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-3426706013033097569</id><published>2011-05-31T12:09:00.006+02:00</published><updated>2011-07-01T16:26:06.549+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>e-G8 = 0</title><content type='html'>Lors de la préparation du &lt;a href="http://www.institutmontaigne.org/le-defi-numerique-comment-renforcer-la-competitivite-de-la-france-3392.html"&gt;rapport de l'institut Montaigne sur l'informatisation&lt;/a&gt; nous sommes allés voir une dame ministre. Dès notre première phrase elle nous a coupé la parole en s'exclamant «&amp;nbsp;informatisation, c'est ringard&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Elle n'a pas pensé à demander ce que nous mettions au juste sous ce terme. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai compris la leçon&amp;nbsp;: dans notre rapport, «&amp;nbsp;informatisation&amp;nbsp;» a été remplacé par «&amp;nbsp;numérique&amp;nbsp;» car pour se faire comprendre il faut parler la langue des indigènes. Pourtant elle présente des inconvénients.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi cette dame a-t-elle dit qu'«&amp;nbsp;informatisation&amp;nbsp;» est ringard ? Parce que le mot «&amp;nbsp;informatique&amp;nbsp;» est entouré de connotations négatives. Les informaticiens sont des techniciens ennuyeux dont tout le monde rêve de se débarrasser, tandis que le numérique, l'Internet, c'est jeune, c'est super. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;Peu importe si l'étymologie d'«&amp;nbsp;informatique&amp;nbsp;» convient bien pour désigner l'alliage du cerveau humain (qui s'informe) et de l'automate, phénomène essentiel de notre époque. Peu importe si l'étymologie de «&amp;nbsp;numérique&amp;nbsp;» évoque le codage en 0 et 1 qui précède le traitement par un processeur, étape la plus technique qui soit. Peu importe si l'Internet, assemblage de lignes télécoms et de routeurs, n'est rien sans les programmes informatiques qui l'équipent et l'entourent. Peu importe si, en se débarrassant de leurs informaticiens, les entreprises et les institutions perdent la maîtrise de leur système d'information et donc de leur stratégie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'attention se focalise sur les aspects médiatiques du phénomène. Alors que l'informatisation - déploiement de l'alliage du cerveau humain et de l'automate, je me répète - transforme l'économie et la société, on se concentre sur les droits d'auteurs et on ignore le plus important&amp;nbsp;: la transformation des entreprises et des institutions, des produits, de la concurrence, de l'emploi, des grands systèmes collectifs que sont l'éducation et la santé, et la transformation corrélative de notre façon de penser et d'agir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le bling-bling accapare l'estrade et brille sous le feu des projecteurs mais il ne peut avoir aucune efficacité&amp;nbsp;: une personne qui surfe sur la mode en classant tout selon les catégories «&amp;nbsp;ringard&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;super&amp;nbsp;» manquera de discernement dans l'action.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour accéder à ce discernement il faut ouvrir les yeux et réfléchir. Voici bientôt trente ans que je m'y emploie, que je publie ce que j'ai vu et compris ou cru comprendre sur &lt;a href="http://www.blogger.com/%20//www.volle.com/nouveau.htm"&gt;volle.com&lt;/a&gt; et dans mes livres (&lt;i&gt;&lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie.htm"&gt;e-conomie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/informatique/plan.htm"&gt;De l'informatique&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/predation/predation.htm"&gt;Prédation et prédateurs&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;). Je ne suis pas le seul&amp;nbsp;: d'autres chercheurs de bonne volonté publient en France ou ailleurs et je lis leurs travaux avec passion. Quand on travaille sur un domaine nouveau on a toujours des choses à apprendre, des erreurs à corriger, des approximations à affiner. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais les occasions perdues me font enrager. Consacrer une part du G8 à l'informatisation - pardon, il est plus classe de dire «&amp;nbsp;au numérique&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;à l'Internet&amp;nbsp;» - c'était une bonne idée&amp;nbsp;: enfin on allait pouvoir évoquer la dimension stratégique, politique, géopolitique du phénomène&amp;nbsp;! parler de la lutte contre la cybercriminalité et le blanchiment informatisé&amp;nbsp;! envisager la gouvernance mondiale du cyberespace&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Patatras. Le débat sur la «&amp;nbsp;neutralité du net&amp;nbsp;» a tourné philosophiquement autour de la question de la «&amp;nbsp;liberté&amp;nbsp;» (on est «&amp;nbsp;pour&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;contre&amp;nbsp;») alors qu'il s'agit du vieux conflit entre deux modèles économiques, celui des opérateurs de réseaux et celui des producteurs de contenus et de services - et ce conflit se réglera inévitablement par un compromis. La dimension économique s'est réduite aux droits d'auteur, sujet sensible pour les médias mais minuscule en regard des conséquences de l'informatisation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s'est agi enfin surtout de déchaîner les opportunités de &lt;i&gt;business&lt;/i&gt; que «&amp;nbsp;l'Internet&amp;nbsp;» procure à des &lt;i&gt;businessmen&lt;/i&gt; entreprenants. Mais comme on ne veut pas voir les risques qui accompagnent ces opportunités (indiscrétions et espionnage, sabotage, vol d'identité, cybercriminalité), on n'a pas invité la CNIL : on a craint sans doute qu'elle ne soit pas assez «&amp;nbsp;libérale&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, vraiment, &lt;b&gt;e-G8 = 0&lt;/b&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-3426706013033097569?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/3426706013033097569/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/e-g8-0.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3426706013033097569'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/3426706013033097569'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/e-g8-0.html' title='e-G8 = 0'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-6194292725577486799</id><published>2011-05-24T12:00:00.009+02:00</published><updated>2011-08-08T09:10:14.093+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vidéo'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>"Le défi numérique" : un rapport de l'institut Montaigne</title><content type='html'>J'ai eu l'honneur de présider le groupe de travail de l'institut Montaigne sur l'informatisation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son rapport, intitulé &lt;i&gt;&lt;a href="http://www.institutmontaigne.org/medias/documents/defi_numerique_competitivite_france.pdf"&gt;Le défi numérique&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, est publié sur le Web (cliquer sur le lien pour télécharger le fichier pdf).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On trouvera une courte présentation du rapport sur la page &lt;a href="http://www.institutmontaigne.org/le-defi-numerique-comment-renforcer-la-competitivite-de-la-france-3392.html"&gt;http://www.institutmontaigne.org/le-defi-numerique-comment-renforcer-la-competitivite-de-la-france-3392.html&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voir aussi la vidéo de l'entretien avec Laurent Faibis sur Xerfi Canal :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;iframe frameborder="0" height="270" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/xjcuw4" width="480"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-6194292725577486799?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/6194292725577486799/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-defi-numerique-un-rapport-de.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6194292725577486799'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6194292725577486799'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-defi-numerique-un-rapport-de.html' title='&quot;Le défi numérique&quot; : un rapport de l&apos;institut Montaigne'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-5925088764744487630</id><published>2011-05-23T16:10:00.003+02:00</published><updated>2011-07-03T15:40:10.750+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>D'un monde à l'autre</title><content type='html'>L'économie informatisée diffère, sur des points essentiels, de l'économie mécanisée qui l'a précédée : aux alentours de 1975, nous sommes ainsi passés d'un monde à l'autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette contribution aux réflexions du groupe de travail «&amp;nbsp;Modernité Économie&amp;nbsp;» de Laser comporte les trois textes suivants : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-bloc-historique.html"&gt;Le bloc historique&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-nouveau-monde.html"&gt;Le nouveau monde&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/vers-la-maturite.html"&gt;Vers la maturité&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s'agit de comprendre ce qui a changé et de voir pourquoi la théorie économique peine autant à en rendre compte.&amp;nbsp;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-5925088764744487630?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/5925088764744487630/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/dun-monde-lautre.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/5925088764744487630'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/5925088764744487630'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/dun-monde-lautre.html' title='D&apos;un monde à l&apos;autre'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-603048975715742586</id><published>2011-05-23T16:09:00.007+02:00</published><updated>2011-07-29T10:21:04.182+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>Le bloc historique</title><content type='html'>(Ce texte appartient à la série &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/dun-monde-lautre.html"&gt;D'un monde à l'autre&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le monde actuel diffère qualitativement du «&amp;nbsp;bloc historique&amp;nbsp;», pour reprendre l'expression qu'utilise Yann Moulier-Boutang pour désigner le monde dans lequel nous avons vécu dans les quelques dizaines d'années qui précédèrent 1975 (et qui n'a rien à voir avec le &lt;i&gt;bloco historico&lt;/i&gt; de Gramsci).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce monde-là, le PIB et l'indice de la production industrielle croissaient de 5&amp;nbsp;% par an et le secteur secondaire employait une part croissante de la population active (le maximum a été atteint en 1975). On dénombrait de l'ordre de 700 000 chômeurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-S7B11OL-mhE/Tdpm67M9AxI/AAAAAAAAAIA/EP9mDQ-teUw/s1600/graph5.bmp" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="262" src="http://1.bp.blogspot.com/-S7B11OL-mhE/Tdpm67M9AxI/AAAAAAAAAIA/EP9mDQ-teUw/s400/graph5.bmp" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Sans le savoir, nous vivions alors les «&amp;nbsp;trente glorieuses&amp;nbsp;» qui allaient bientôt s'achever. La France avait dès le début des années 1950 achevé la reconstruction d'une économie détruite durant la deuxième guerre mondiale et dans la foulée la croissance s'était poursuivie, aiguillonnée par l'exemple américain. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La population avait cependant été marquée par le souvenir de la crise des années 1930 puis de la pénurie des années 1940&amp;nbsp;: les Français éprouvaient le besoin de s'équiper, de consommer, voire de se gaver pour oublier ces souvenirs pénibles. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;L'exode rural, très rapide, avait d'ailleurs rempli les villes d'une population qui souhaitait accéder vite aux plaisirs de la vie urbaine. Dans leur périphérie la ruée vers la consommation de masse s'accompagnait de la dissémination de commerces à grande surface. Tous les ménages rêvaient de posséder une voiture, une machine à laver, un téléviseur, un téléphone. Dans les années 1960 ce rêve se réalisa pour presque tout le monde, seul le téléphone devant encore attendre les années 1970 pour devenir largement disponible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La «&amp;nbsp;théorie à l’œuvre&amp;nbsp;»&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie paraissait simple et elle était simple en effet, du moins dans la théorie «&amp;nbsp;à l’œuvre&amp;nbsp;» qui prévalait dans l'administration économique avec la &lt;a href="http://www.volle.com/lectures/vanoli.htm"&gt;comptabilité nationale&lt;/a&gt; et les &lt;a href="http://www.volle.com/rapports/ecometrie.htm"&gt;modèles économétriques&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette théorie à l’œuvre était bien sûr beaucoup plus pauvre que la théorie savante, dont elle ne retenait que les éléments qui se prêtent à l'évaluation et au calcul. Elle ignorait donc les externalités («&amp;nbsp;ce qui est extérieur à l'échange marchand&amp;nbsp;»), la concurrence imparfaite, les contrats incomplets, l'information dissymétrique etc. Elle s'intéressait peu aux services, aux patrimoines et à la qualité des produits, qu'elle peinait à définir et vers lesquels elle n'orientait pas en priorité son outil d'observation statistique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes, la comptabilité nationale produisait des comptes des services et des comptes de patrimoine mais ils étaient moins solides que ceux qu'elle pouvait établir à partir des comptes d'exploitation des entreprises car ils s'appuyaient sur des conventions dont le caractère formel sautait aux yeux&amp;nbsp;: la valeur ajoutée des services publics était supposée égale à leur coût de fonctionnement et les comptes de patrimoine étaient calculés à partir de bilans comptables dont l'évaluation est dictée par la fiscalité, laquelle ignore l'économie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelle est d'ailleurs la valeur d'un patrimoine, c'est-à-dire d'un actif qui conserve sa valeur d'usage quand on l'utilise&amp;nbsp;: le coût historique de son acquisition&amp;nbsp;? ce même coût, diminué des amortissements&amp;nbsp;? sa valeur au prix du marché&amp;nbsp;? mais peut-il être convenable dans ce dernier cas, pour estimer la valeur d'un stock patrimonial au niveau global d'une nation, de lui appliquer un prix qui s'établit dans la seule et minuscule part de ce stock qui fait l'objet d'un flux de transactions&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les statisticiens tentaient enfin de tenir compte de la qualité des produits en calculant des indices de prix «&amp;nbsp;hédoniques&amp;nbsp;» qui visent à évaluer, en termes de volume, le gain d'utilité qu'apporte un gain de qualité – mais ces tentatives restaient partielles et discutables. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans le modèle implicite de cette théorie à l’œuvre le système productif était donc composé d'usines produisant d'une part des biens d'équipement ou des demi-produits destinés à d'autres usines, d'autre part et enfin des biens de consommation. Les ménages étaient des consommateurs dont la fonction d'utilité avait pour argument la &lt;i&gt;quantité&lt;/i&gt; des divers produits consommés&amp;nbsp;: il semblait donc qu'ils seraient d'autant plus satisfaits, voire d'autant plus heureux qu'ils consommeraient davantage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le tableau d'échanges inter-industriels de Léontieff décrivait la relation entre la quantité produite par chaque branche et les matières premières et produits demi-finis qu'elle consommait. L'indice de la production industrielle pondérait et additionnait les nombres de paires de chaussures, de voitures, de téléviseurs etc. qui étaient produits. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La théorie à l’œuvre se concentrait ainsi sur des &lt;i&gt;flux&lt;/i&gt;, que les comptes d'exploitation décrivent, et ignorait en pratique (même si certains calculs visaient à les évaluer) les stocks que sont le capital fixe et plus généralement le patrimoine (elle ne connaissait que le capital &lt;i&gt;circulant&lt;/i&gt;, stock tampon des produits en attente). Les produits étaient destinés à être vendus, puis consommés ou investis. La dégradation du patrimoine naturel que provoque l'injection des déchets dans l'environnement n'était évidemment pas comptabilisée : les principaux indicateurs étaient d'ailleurs &lt;i&gt;bruts&lt;/i&gt; (PIB pour «&amp;nbsp;produit intérieur brut&amp;nbsp;», FBCF pour «&amp;nbsp;formation brute de capital fixe&amp;nbsp;»). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fonction d'utilité des ménages étant focalisée sur l'achat immédiatement suivi d'une consommation, l'arbitrage entre possession et location d'un bien patrimonial n'y apparaissait pas [1]. Cela rendait fondamentalement incompréhensible l'économie des services, qui consistent précisément en la location temporaire d'un bien patrimonial ou d'une compétence (cette dernière est d'ailleurs une forme de patrimoine). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Étant maladroite dans l'observation du patrimoine, cette économie ne pouvait pas même se représenter la &lt;i&gt;prédation&lt;/i&gt; qui consiste en l'appropriation éventuellement violente d'un patrimoine mal protégé, suivie d'une consommation qui le détruise ou d'une revente morceau par morceau. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le raisonnement s'appuyait enfin non sur la théorie micro-économique mais sur les agrégats macro-économiques qu'évaluait la comptabilité nationale. Les économètres étalonnaient sur ces agrégats des équations censées représenter des «&amp;nbsp;comportements&amp;nbsp;» et expliquer la consommation et l'épargne des ménages, l'investissement des entreprises, le taux d'activité de la population etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup de leurs raisonnements tournaient autour du «&amp;nbsp;carré magique&amp;nbsp;» que constituent quatre variables&amp;nbsp;: l'indice des prix à la consommation, le &lt;a href="http://www.volle.com/travaux/indices2.htm"&gt;volume du PIB&lt;/a&gt;, le solde du commerce extérieur et l'emploi. Les projections que leurs équations permettaient de produire (après le redoutable artifice d'un calage sur les comptes postérieurs à la période d'étalonnage) servirent dans les années 1980 d'outil de «&amp;nbsp;prévision&amp;nbsp;» à la politique économique – puis celle-ci se détourna dans les années 1990 des modèles, des comptes et de la statistique car ils étaient devenus inopérants pour des raisons que nous allons évoquer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La nausée des baby-boomers&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La génération du baby-boom, qui n'avait connu ni la crise ni la pénurie, était mal à l'aise pendant les années 1960 dans une «&amp;nbsp;société de consommation&amp;nbsp;» qui manquait d'ailleurs terriblement d'humour. Le chômage était faible, certes, mais les relations au travail étaient grises et les hiérarchies pesantes. Les dirigeants, qui avaient fait leur carrière à l'époque de la reconstruction, étaient marqués par les valeurs du productivisme et empreints d'un sérieux sommaire&amp;nbsp;: nul n'est besoin d'être imaginatif quand on a pour but de rattraper le niveau d'avant-guerre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or c'est d'imagination que l'on avait besoin, dans les années 60, pour tracer une route dans le territoire inconnu qui s'ouvrait une fois la reconstruction achevée et le niveau de vie américain à peu près rattrapé. À la dénonciation de la société de consommation s'ajouta donc bientôt la revendication, politique, d'une prise de pouvoir par l'imagination, mais les générations antérieures au baby-boom ne pouvaient ni comprendre, ni partager ce point de vue. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mai 68 en résulta, suivi d'une dévalorisation de la parole des «&amp;nbsp;vieux&amp;nbsp;» et d'une exaltation des vertus des «&amp;nbsp;jeunes&amp;nbsp;» qui laissa des traces durables dans notre société. L'imagination sur laquelle on comptait tant, coupée de ses racines par la panne de la transmission, orienta d'ailleurs beaucoup de bonnes volontés vers des illusions que suivit bientôt un désarroi. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est alors que se produisit le choc qui allait disloquer le «&amp;nbsp;bloc historique&amp;nbsp;» et faire basculer le monde en catalysant une crise jusqu'alors latente&amp;nbsp;: la guerre du Kippour en octobre 1973, suivie du choc pétrolier décidé par les pays de l'OPEP, mit un coup d'arrêt à la croissance de la production industrielle et provoqua une transformation radicale du système productif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La part du secteur secondaire dans la population active décrut alors rapidement, le taux de chômage passa en dix ans de 3&amp;nbsp;% à 10&amp;nbsp;% [2], l'économie et la société pénétrèrent bras dessus-bras dessous un continent nouveau dont personne n'avait la moindre idée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-CeYFgM3JMwQ/Tdpm-p8TvWI/AAAAAAAAAIE/4exJlnnt-QY/s1600/graph4.bmp" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="217" src="http://4.bp.blogspot.com/-CeYFgM3JMwQ/Tdpm-p8TvWI/AAAAAAAAAIE/4exJlnnt-QY/s320/graph4.bmp" width="320" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;&lt;i&gt;Taux de chômage au sens du BIT de 1962 à 1984&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;Suite : &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-nouveau-monde.html"&gt;Le nouveau monde&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;____________&lt;br /&gt;[1] Pour l'application de la théorie de la valeur au patrimoine, voir John Hicks, «&amp;nbsp;A Suggestion for Simplifying the Theory of Money&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Economica&lt;/i&gt;, février 1935, reproduit dans &lt;i&gt;The Economics of John Hicks&lt;/i&gt;, Blackwell, 1984.&lt;br /&gt;[2] Claude Thélot, «&amp;nbsp;Les traits majeurs du chômage depuis 20 ans&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Économie et statistique&lt;/i&gt;, n° 183, 1985. Pour mémoire&amp;nbsp;: à la fin de 2010 on dénombrait 2 600 000 chômeurs en France et le taux de chômage était de 9,6&amp;nbsp;%.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-603048975715742586?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/603048975715742586/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-bloc-historique.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/603048975715742586'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/603048975715742586'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-bloc-historique.html' title='Le bloc historique'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-S7B11OL-mhE/Tdpm67M9AxI/AAAAAAAAAIA/EP9mDQ-teUw/s72-c/graph5.bmp' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-600493559244639669</id><published>2011-05-23T16:08:00.008+02:00</published><updated>2011-07-29T10:29:25.491+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>Le nouveau monde</title><content type='html'>(Ce texte appartient à la série &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/dun-monde-lautre.html"&gt;D'un monde à l'autre&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie passe aux alentours de 1975, pour reprendre l'expression de Bertrand Gille [3], d'un «&amp;nbsp;système technique&amp;nbsp;» à l'autre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les techniques fondamentales du système productif avaient été jusqu'alors celles de la mécanique, de la chimie et de l'énergie. À partir de 1975 elles sont détrônées par la synergie de la micro-électronique, du logiciel et des réseaux de télécommunication. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce changement n'est cependant pas plus absolu que ne l'avait été, aux alentours de 1775, le passage d'une économie agricole à l'économie mécanisée que l'on a qualifiée d'industrielle&amp;nbsp;: l'industrialisation n'a pas supprimé l'agriculture, elle l'a industrialisée. De même l'informatisation ne supprime pas l'industrie mécanisée&amp;nbsp;: elle l'informatise. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notons au passage que le mot «&amp;nbsp;industrie&amp;nbsp;» a pris vers 1800 un sens étroit. Étymologiquement, il désigne l'ingéniosité dans l'action, la mise en œuvre efficace d'un savoir-faire&amp;nbsp;: ce sens s'est conservé dans l'adjectif «&amp;nbsp;industrieux&amp;nbsp;» comme dans l'expression «&amp;nbsp;chevalier d'industrie&amp;nbsp;» qui désigne un escroc trop habile. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aux alentours de 1800 la production mécanisée et chimisée était de loin la plus efficace&amp;nbsp;: on lui a donc appliqué le mot «&amp;nbsp;industrie&amp;nbsp;» qu'elle a accaparé, et qui s'est trouvé ainsi bientôt connoté par des images d'engrenages, de cheminées d'usine etc. Si l'on revient cependant à son étymologie, on peut dire que l'informatisation est la forme contemporaine de l'industrialisation et que 1975 est la date de la troisième révolution industrielle. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi le basculement s'est-il produit alors&amp;nbsp;? On peut avancer plusieurs hypothèses concourantes. D'une part, le mouvement social de 1968 avait accéléré la hausse du coût de la main d’œuvre et les entreprises ressentaient donc le besoin d'accroître la productivité du travail [4].&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-AcVDocEEiz8/TdpkCmFvmHI/AAAAAAAAAH0/m-2p7HgFT3M/s1600/graph1.bmp" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-AcVDocEEiz8/TdpkCmFvmHI/AAAAAAAAAH0/m-2p7HgFT3M/s400/graph1.bmp" width="317" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;D'autre part l'informatique, avec la dissémination des terminaux, commençait à sortir des mains des purs informaticiens pour se placer dans celles des utilisateurs&amp;nbsp;: elle semblait offrir les perspectives de productivité qui se concrétiseront quelques années plus tard avec la mise en réseau des micro-ordinateurs. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin le choc pétrolier introduisait de la volatilité dans le prix de l'énergie, jusqu'alors stable et relativement bas. Frappant d'incertitude les «&amp;nbsp;&lt;i&gt;business plans&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» du système technique bâti sur la mécanique, la chimie et l'énergie, ce dernier phénomène a sans doute suffi à catalyser le basculement vers le nouveau système technique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Les économistes sont tentés de mépriser la technique&amp;nbsp;: ils la considèrent comme l'affaire des ingénieurs auxquels ils s'estiment supérieurs. C'est ignorer que l'économie a pour socle un rapport avec la nature médiatisé par la technique. Lorsque le système technique change, ce rapport est transformé – et donc la nature elle-même change, telle du moins qu'elle est perçue par les acteurs de l'économie puis par la société. Le socle de l'action économique est alors modifié comme si l'on avait découvert une source d'énergie nouvelle et peu coûteuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-Ky0FjKeSNKM/TdpkmNR_pSI/AAAAAAAAAH8/p6vE4vEtx0U/s1600/graph2.bmp" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="272" src="http://4.bp.blogspot.com/-Ky0FjKeSNKM/TdpkmNR_pSI/AAAAAAAAAH8/p6vE4vEtx0U/s400/graph2.bmp" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;&lt;i&gt;Évolution de la structure de la population active en France de 1806 à 2000&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Le sol, apparemment solide, sur lequel s'était construite l'imposante structure des institutions et des lois se dérobe, ce qui rend obsolètes des valeurs, habitudes et comportements qui étaient adaptées au système technique antérieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que la part de la population active dans le secteur secondaire avait crû continuellement depuis les débuts de l'industrialisation pour atteindre 40&amp;nbsp;% en 1975, elle entama une décroissance rapide. Elle est aujourd'hui d'environ 20&amp;nbsp;% et la classe ouvrière a pratiquement disparu de la structure sociale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le volume de la production industrielle n'a cependant pas diminué même si sa croissance a fortement ralenti (autre symptôme du basculement) car la main d’œuvre a été remplacée par des automates&amp;nbsp;: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-uUlb_ZI6Gpg/Tdpkkd_UzyI/AAAAAAAAAH4/zTq_aGmz5JM/s1600/graph3.bmp" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="237" src="http://3.bp.blogspot.com/-uUlb_ZI6Gpg/Tdpkkd_UzyI/AAAAAAAAAH4/zTq_aGmz5JM/s320/graph3.bmp" width="320" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;&lt;i&gt;L'indice de la production industrielle, 1960-2007&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Vue micro-économique&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Étant soumise à la pression de la nécessité l'entreprise est le laboratoire micro-économique où s'élabore l'adaptation au système technique nouveau. Celui-ci transforme ensuite la société puis redistribue, dans l'ordre de la géopolitique, le droit des nations à l'expression de leur personnalité historique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En examinant les entreprises on peut donc faire progresser la compréhension du phénomène et tirer des leçons qui éclairent et le basculement, et les tendances qui animent l'évolution future. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'informatique s'était focalisée au début des années 1960 sur des opérations gourmandes en temps et en paperasses&amp;nbsp;: comptabilité, paie, facturation, gestion des stocks, prise de commande. Elle s'est alors résumée à quelques &lt;i&gt;grandes applications&lt;/i&gt; auxquelles l'entreprise attribuait un nom propre&amp;nbsp;: Frégate à France Telecom, Sabre et Amadeus dans le transport aérien etc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'attention des informaticiens s'est naturellement focalisée sur la programmation des algorithmes qui procurent un résultat à partir des données saisies. Mais il est bientôt apparu qu'une même saisie devait pouvoir nourrir plusieurs applications, et aussi que le résultat d'une application devait pouvoir en alimenter une autre : la normalisation des bases de données et l'architecture des systèmes d'information ont dans les années 1970 répondu à cette exigence de cohérence. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les années 1980 la dissémination des micro-ordinateurs et des réseaux locaux – puis, dans les années 1990, de l'Internet – a fait franchir un pas supplémentaire. Avec la documentation électronique et la messagerie il devenait en effet possible d'informatiser le parcours d'un &lt;i&gt;processus de production&lt;/i&gt; en transférant d'un poste de travail au suivant les documents où s'inscrit l'élaboration d'un produit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme tout processus est orienté vers un produit, il était naturel de lui associer le nom et l'image de celui-ci. La personnalité des outils que sont les applications (Frégate, Amadeus etc.) s'estompa alors pour faire place à celle des produits, biens ou services auxquels furent associés des attributs de qualité (téléphone «&amp;nbsp;intelligent&amp;nbsp;», voyage de bout en bout [5] etc.).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès lors l'informatique n'était plus ce système d'information qui se superpose aux systèmes de gestion et de production&amp;nbsp;: s'entrelaçant avec le travail des opérateurs humains, elle s'insinuait dans l'intimité de la gestion et de la production dont elle devenait inséparable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chacune des activités qu'un processus fait se succéder comporte en effet des opérations mentales (perception, jugement, décision) qui préparent des tâches physiques (donner un billet d'avion à un client, réaliser une opération de maintenance). Le point de départ de l'informatisation est alors &lt;i&gt;sémantique&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: il faut nommer et identifier les êtres représentés dans le système d'information et qui seuls, dans l'entreprise, apparaîtront devant l'attention des agents et se proposeront à leur action.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'économie mécanisée qui s'est déployée à partir en gros de 1775 était fondée sur l'alliage de la main d’œuvre et de la machine, et l'émergence de cet alliage a eu d'immenses conséquences économiques, sociologiques, culturelles et géopolitiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie informatisée qui se déploie depuis en gros 1975 est fondée, elle, sur l'alliage du cerveau humain et d'un automate programmable et ubiquitaire : un «&amp;nbsp;cerveau d’œuvre&amp;nbsp;» a succédé à la «&amp;nbsp;main d’œuvre&amp;nbsp;» en tant que ressource fondamentale du système productif. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela aura des conséquences économiques, sociologiques, culturelles, géopolitiques différentes de celles de l'économie mécanisée, mais d'ampleur sans doute comparable&amp;nbsp;: elles se manifestent déjà avec la mondialisation (que les réseaux informatiques favorisent), le foisonnement du Web sur l'Internet, l'Internet des objets et l'informatisation du corps humain lui-même avec le téléphone «&amp;nbsp;intelligent&amp;nbsp;» et autres prothèses. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans beaucoup d'entreprises cependant cette transition s'est produite sans que l'on n'en tire   les conséquences&amp;nbsp;: le bon dosage et, peut-on dire, les conditions de cuisson qu'il faut respecter pour que l'alliage du cerveau humain et de l'automate soit efficace sont encore généralement ignorées. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il arrive ainsi que l'on automatise à outrance, en empêchant les opérateurs humains d'user en cas d'incident de ce bon sens qu'aucun automate ne peut posséder&amp;nbsp;: la banque ayant ainsi fait confiance à des empilages d'algorithmes ultra-rapides que ni les opérateurs, ni les superviseurs, ni même leurs concepteurs ne peuvent maîtriser intellectuellement, la catastrophe était (et reste) inévitable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne convient pas d'ailleurs de traiter le cerveau d’œuvre comme on avait cru, dans l'économie mécanisée, devoir traiter la main d’œuvre&amp;nbsp;: le cerveau est un organe plus délicat, plus sensible encore que la main et comme le dit Robert Zarader il ne peut être efficace que si on lui accorde de la &lt;i&gt;&lt;a href="http://www.volle.com/opinion/consideration.htm%20"&gt;considération&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant beaucoup d'entreprises confèrent &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; des responsabilités aux agents opérationnels sans leur accorder &lt;i&gt;de jure&lt;/i&gt; la légitimité correspondante&amp;nbsp;: après avoir tâtonné dans les années 1980 à la recherche d'une «&amp;nbsp;intelligence collective&amp;nbsp;», elles y ont en effet renoncé dans les années 1990 car elles n'ont pas su trouver la formule qui permet de distribuer la légitimité sans compromettre le pouvoir des dirigeants. Elles ont adopté alors un comportement tellement mensonger et cruel que le diable lui-même, incarnation du Mal, semble s'y manifester&amp;nbsp;: il en est résulté une épidémie de stress dont on a de nombreux témoignages. Citons celui d'un médecin du travail à France Telecom [6]&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt;«&amp;nbsp;Le but était de tenir l'objectif de moins 22 000 salariés en deux ans. On ne licencie pas les gens mais on les met dans une situation telle qu'ils vont décider de s'en aller. Une des façons d'atteindre cette réduction d'effectifs a été la mise en œuvre de réorganisations incessantes. Les réorganisations, regroupements de services et délocalisations ne poursuivaient aucun objectif d'efficacité professionnelle, n'avaient aucune justification économique.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt;«&amp;nbsp;Quand dans une entreprise, à une aussi large échelle, des réorganisations de ce type sont mises en œuvre, on finit par désorganiser complètement le travail, par faire perdre tous leurs repères aux salariés, par détruire toute coopération entre les services. Chez beaucoup de salariés existe une fierté du travail bien fait. Quand on vous met dans une situation professionnelle où vous pensez que vous ne pouvez plus faire un travail de qualité, la souffrance est très souvent au rendez-vous.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De cette crise de transition résulte une inefficacité massive, d'autant plus que la brusque délocalisation de la production mécanisée à l'ancienne vers des pays émergents a mis l'épée dans les reins des pays industrialisés en les contraignant d'accomplir dans l'urgence une transition difficile : leurs économies retrouvent aujourd'hui la «&amp;nbsp;pauvreté dans l'abondance&amp;nbsp;» paradoxale qui avait caractérisé la crise des années 1930.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Vue macro-économique&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque les usines où se réalise la production physique des biens sont automatisées, l'entreprise devient &lt;i&gt;ultra-capitalistique&lt;/i&gt; car l'essentiel du travail nécessaire pour la production est stocké dans la conception, la construction et la programmation des automates. Ce &lt;i&gt;stock&lt;/i&gt; constitue un &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt; tandis que le &lt;i&gt;flux&lt;/i&gt; de travail qui accompagne la production répétitive, réduit à la supervision et la maintenance de l'automate, devient pratiquement négligeable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut donc dire, en poussant à sa limite le schématisme du modèle, que dans cette économie-là le capital est devenu le seul facteur de production [7] ou, pour parler autrement, que le travail n'y intervient plus que sous forme de &lt;i&gt;stock&lt;/i&gt; et non de &lt;i&gt;flux&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en résulte que cette économie est essentiellement &lt;i&gt;patrimoniale&lt;/i&gt;. La richesse d'une entreprise y provient non du nombre d'ouvriers que ses usines mettent au travail mais de la compétence de ses concepteurs, de la qualité de son organisation, des brevets, plans et programmes informatiques qu'elle a accumulés, de la confiance de ses clients. Sa crédibilité financière – c'est-à-dire son aptitude à obtenir et à renouveler des prêts – dépend de la perception de ce patrimoine par ses créanciers, ainsi bien sûr que de sa répartition selon  divers degrés de liquidité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La généralisation des rendements d'échelle croissants suscite par ailleurs dans chaque secteur soit un équilibre de monopole, soit un équilibre de concurrence monopoliste&amp;nbsp;: en fait c'est ce dernier qui s'instaure dans la plupart des secteurs. J'ai montré dans &lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie.htm"&gt;&lt;i&gt;e-conomie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (Economica, 2000) que cet «&amp;nbsp;équilibre&amp;nbsp;» suscitait des comportements concurrentiels extrêmement violents [8] et qu'il soumet les entreprises à des risques qu'aggrave encore la mondialisation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette évolution du système productif conduit la société vers une conception de la valeur qui outrepasse l'étape post-moderne et que je qualifie donc d'&lt;i&gt;ultra-moderne&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: comme le coût marginal de production est pratiquement nul la valeur se détache de la quantité produite pour adhérer à la &lt;i&gt;qualité&lt;/i&gt; du produit. La fonction d'utilité qui évalue le bien-être du consommateur n'a plus pour argument la quantité qu'il consomme mais la qualité des produits qui lui sont accessibles – et donc leur diversité, où chacun peut trouver la variété qui lui convient le mieux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La satisfaction du consommateur dépend alors de façon cruciale du patrimoine de compétences dont l'ont doté son éducation et sa formation. Il n'est plus le porteur passif d'une fonction d'utilité que pourrait satisfaire une consommation en volume, mais le porteur actif d'une sensation de bien-être qu'il peut manipuler lui-même. Toutes choses égales d'ailleurs en effet celui qui a par exemple appris à aimer la lecture jouit d'un bien-être supérieur à celui qui ne l'a pas appris, car on peut consacrer tout son temps à la lecture pour un budget modeste. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La société, étant un individu collectif, peut elle aussi manipuler la fonction d'utilité de la population à travers le système éducatif&amp;nbsp;: dans une telle société, la fonction d'utilité est  endogène, ainsi d'ailleurs que la fonction de production avec la «&amp;nbsp;croissance endogène&amp;nbsp;» que Paul Romer [9] a modélisée (voir «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/travaux/moteur.htm"&gt;Le moteur de l'entreprise innovante&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le caractère endogène des fonctions d'utilité et de production ouvre la voie d'une «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/opinion/croissance2.htm"&gt;croissance intelligente&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: ce qui croît est non plus le &lt;i&gt;volume&lt;/i&gt; mais la &lt;i&gt;qualité&lt;/i&gt; de la production, source de satisfaction pour le consommateur. Tout comme l'innovation, moteur de la croissance endogène, suppose un travail de l'entreprise sur elle-même, la croissance intelligente suppose un travail de l'individu sur lui-même : comme le disait Épicure, «&amp;nbsp;avec du pain et de l'eau, le sage rivalise de félicité avec les Dieux&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans une économie essentiellement patrimoniale la mise à disposition &lt;i&gt;temporaire&lt;/i&gt; des actifs patrimoniaux (appartements, voitures etc. et aussi compétences) se développe naturellement&amp;nbsp;: c'est en cela que consistent les services. À l'émergence de l'alliage du cerveau d’œuvre et de l'automate dans la production répond la transformation des produits en assemblages de biens et de services. Une «&amp;nbsp;économie des effets utiles&amp;nbsp;» peut naître, selon l'expression de Philippe Moati. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le meilleur moyen pour s'enrichir rapidement n'est cependant pas de produire mais de s'emparer de la richesse qu'un autre a produite et qui a été condensée sous la forme d'un patrimoine. Étant massivement patrimoniale l'économie contemporaine renoue d'autant plus volontiers avec les comportements prédateurs de la féodalité que certaines entreprises ont  pris pour devise la «&amp;nbsp;création de valeur pour l'actionnaire&amp;nbsp;», la «&amp;nbsp;production d'argent&amp;nbsp;» et non d'effets utiles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le modèle économique du «&amp;nbsp;bloc historique&amp;nbsp;», les prix des biens de consommation étaient guidés vers leur niveau d'équilibre par le jeu de l'offre et de la demande. Comme la valeur des actifs est essentiellement incertaine, dans une économie patrimoniale les prix sont volatils, influencés par des anticipations et sujets à des comportements d'imitation : des opportunités s'offrent ainsi à la spéculation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La «&amp;nbsp;production d'argent&amp;nbsp;» se découplant alors de la production d'utilité, le système bancaire risque de devenir massivement prédateur et les entreprises risquent de se détourner de la production d'utilité pour s'employer à détruire des parts du patrimoine – qu'il s'agisse du patrimoine naturel, du patrimoine des institutions publiques, de celui d'autres entreprises ou même de leur propre patrimoine – afin de présenter un résultat d'exploitation qui satisfasse leurs actionnaires. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'économie contemporaine s'écarte donc, sur tous les points essentiels, du «&amp;nbsp;bloc historique&amp;nbsp;» dont la «&amp;nbsp;théorie à l’œuvre&amp;nbsp;» donnait (et donne, car elle est encore «&amp;nbsp;à l’œuvre&amp;nbsp;») une représentation schématique. Des concepts naguère négligés sont désormais  primordiaux (patrimoine, services, qualité des produits). Des exogènes sur lequel le raisonnement pouvait s'appuyer (fonction de production, fonction d'utilité, dotations initiales) sont devenues des endogènes (croissance endogène, manipulation de l'utilité, prédation) et le raisonnement doit remonter vers l'amont pour les modéliser en partant d'autres exogènes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La clé du progrès théorique se trouve alors dans les &lt;i&gt;anticipations&lt;/i&gt;, qui portent sur un futur essentiellement incertain et dont le jeu détermine et l'innovation, et la manipulation de la fonction d'utilité. Le traitement de la dotation initiale suppose de mettre en scène, en s'appuyant sur la théorie des jeux, le conflit entre deux mondes qui se disputent la maîtrise de l'économie&amp;nbsp;: le monde féodal et guerrier du prédateur, le monde de l'échange équilibré qui était le seul considéré par la théorie à l’œuvre (voir &lt;a href="http://www.volle.com/ouvrages/predation/predation.htm"&gt;&lt;i&gt;Prédation et prédateurs&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Trouble dans la pensée&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout changement de système technique suscite un désarroi. À la charnière des XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècles, la disponibilité de l'électricité et du pétrole a transformé le système productif puis la vie en société : la hiérarchie des classes a été bouleversée par la montée des administrateurs et des ingénieurs, l'ascenseur social par les études s'est amorcé. L'épidémie d'hystérie et de névrose qu'a diagnostiquée Freud en résulta et on peut même se demander si le massacre de la première guerre mondiale n'a pas été implicitement désiré pour éteindre cette épidémie en supprimant la population elle-même. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre époque, rencontrant elle aussi un changement du rapport avec la nature, expérimente elle aussi le désarroi&amp;nbsp;: en témoignent la maladresse avec laquelle les entreprises s'adaptent et les décisions malencontreuses qu'elles prennent, affolées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En témoigne aussi l'écologie «&amp;nbsp;verdâtre&amp;nbsp;», comme dit Yann Moulier-Boutang&amp;nbsp;: partant de la corrélation entre le PIB en volume et la consommation d'énergie, puis identifiant ce PIB avec la richesse économique, elle milite pour une «&amp;nbsp;décroissance&amp;nbsp;» afin de combattre le réchauffement climatique et d'anticiper l'épuisement des ressource fossiles. L'objectif est louable mais le raisonnement est faux&amp;nbsp;: l'hommage que cette écologie rend à un PIB anachronique montre qu'elle n'a rien compris à l'économie contemporaine. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus profondément, on observe une épidémie de haine envers les entreprises et, plus généralement, envers les institutions. Des slogans comme «&amp;nbsp;sortir du nucléaire&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;non au gaz de schiste&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», ainsi que la campagne de Robin des Toits contre les ondes électromagnétiques, sont fondés non sur une évaluation des avantages et des inconvénients de ces techniques (évaluation qui conduirait peut-être en effet à y renoncer), mais sur un rejet instinctif et irraisonné de l'activité productive  organisée sans laquelle nous mourrions pourtant tous de faim. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un bon exemple de ce trouble dans la pensée est donné par &lt;i&gt;L'insurrection qui vient&lt;/i&gt; (La Fabrique, 2007), livre signé par un «&amp;nbsp;comité invisible&amp;nbsp;» qui a tenté d'imiter Guy Debord mais n'a pas su atteindre à la rigueur de la &lt;i&gt;Société du spectacle&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt;Pour ce comité invisible le salariat n’est qu’un esclavage et les institutions – États, partis politiques, syndicats, services publics, entreprises etc. – sont mensongères&amp;nbsp;: il faut &lt;i&gt;s'insurger&lt;/i&gt;. Les insurgés trouveront leurs ressources dans des «&amp;nbsp;combines multiples : outre le RMI, il y a les allocations, les arrêts maladie, les bourses d’études cumulées, les primes soutirées pour des accouchements fictifs, tous les trafics&amp;nbsp;». Il s'agit de parasiter la société tout en s’efforçant de la bloquer : «&amp;nbsp;ralentir le travail, casser les machines, ébruiter les secrets de l’entreprise... rendre inutilisable une ligne de TGV, un réseau électrique, trouver les points faibles des réseaux informatiques&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 10pt;"&gt;Ces insurgés ne peuvent pas tabler sur l’éternité de l’État providence puisqu’ils font tout pour tarir les ressources que celui-ci redistribue. Ils doivent donc «&amp;nbsp;accroître en permanence le niveau et l’étendue de l’auto-organisation&amp;nbsp;». Cette auto-organisation, ce sera la «&amp;nbsp;commune, unité élémentaire de l’action partisane&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;bande de frères et de sœurs liés à la vie à la mort&amp;nbsp;» dont l’extension permettra «&amp;nbsp;l’abolition pratique de l’argent&amp;nbsp;». &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi ceux qui se sentent mal à l’aise dans la société cherchent, et trouvent, la cause de leur malaise : c'est «&amp;nbsp;le système&amp;nbsp;». On rêve alors de «&amp;nbsp;tout foutre en l’air&amp;nbsp;» et on dit énormément de sottises : supprimer l’argent, c’est revenir au troc comme seule forme d’échange ; croire que l’autonomie, essentiellement individuelle, puisse se vivre durablement dans la fusion affective des individus «&amp;nbsp;à la vie à la mort&amp;nbsp;», c’est tourner le dos aux leçons les plus claires de la psychologie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut comprendre ces sottises, sinon les excuser, car le malaise s’explique par une exaspération légitime devant le mensonge, l’hypocrisie, l’absurdité enfin qui s’étalent dans le discours politique, économique, managérial, médiatique qu'émet une société prise à contrepied par sa propre évolution. Quand ce discours prétend, et que les professeurs enseignent, que le but des études, c'est d'«&amp;nbsp;avoir de bonnes notes&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; que le but de l’entreprise, c’est de «&amp;nbsp;produire de l’argent&amp;nbsp;» ; que le but en politique, c’est de «&amp;nbsp;gagner les élections&amp;nbsp;» ; que le but dans la vie, c’est de «&amp;nbsp;faire carrière&amp;nbsp;» etc., le destin humain et son rapport au monde sont vidés de tout contenu. La trahison est alors érigée en norme et la prostitution en méthode. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suite : &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/vers-la-maturite.html"&gt;Vers la maturité&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;____________&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[3] Bertrand Gille, &lt;i&gt;Histoire des techniques&lt;/i&gt;, Gallimard, La Pléiade, 1978.&lt;br /&gt;[4] Jean-Claude Dutailly, «&amp;nbsp;La crise du système productif&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Économie et Statistique&lt;/i&gt;, n° 138, 1981.&lt;br /&gt;[5] Dans le transport aérien, le «&amp;nbsp;voyage de bout en bout&amp;nbsp;» (d'un bureau à l'autre, d'un domicile à l'autre) est un service plus complet que le transport d'un aéroport à l'autre.&lt;br /&gt;[6] Monique Fraysse, «&amp;nbsp;Management chez France Télécom&amp;nbsp;: les mentalités évoluent lentement&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 29 avril 2011.&lt;br /&gt;[7] Sergio Rebelo, Long run policy analysis and long run growth, National Bureau of Economic Research, 1990.&lt;br /&gt;[8] Voir aussi Erik Brynjolfsson, Andrew McAfee et Michael Sorell, Scale Without Mass&amp;nbsp;: Business Process Replication and Industry Dynamics, Harvard Business School Working Paper Series, 2008.&lt;br /&gt;[9] Paul Romer, «&amp;nbsp;Endogenous technical change&amp;nbsp;», Journal of Political Economy, 1990.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-600493559244639669?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/600493559244639669/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-nouveau-monde.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/600493559244639669'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/600493559244639669'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/le-nouveau-monde.html' title='Le nouveau monde'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-AcVDocEEiz8/TdpkCmFvmHI/AAAAAAAAAH0/m-2p7HgFT3M/s72-c/graph1.bmp' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-6697804482839562861</id><published>2011-05-23T16:07:00.002+02:00</published><updated>2011-05-31T10:02:09.862+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><title type='text'>Vers la maturité</title><content type='html'>(Ce texte appartient à la série &lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/dun-monde-lautre.html"&gt;D'un monde à l'autre&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Napoléon avait mesuré l'avantage que l'industrialisation pouvait procurer aux nations. Dans le traîneau qui le ramène de Russie en décembre 1812 il se confie à Caulaincourt&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On a beau faire, dit-il, c’est moi qui ai créé l’industrie en France. Le but du système continental est de créer en France et en Allemagne une industrie qui l’affranchisse de celle de l’Angleterre [10]&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'industrialisation avait démarré vers 1775, l'informatisation a débuté vers 1975&amp;nbsp;: pouvons-nous espérer que nos politiques auront en 2012 compris et sa nature, et son importance&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On doit craindre plutôt qu'ils n'aient pas, sur ce point, un jugement aussi pénétrant que celui de l'empereur. Leurs initiatives restent en effet terriblement limitées en regard de l'ampleur du phénomène&amp;nbsp;: tandis que les grands systèmes de la nation (enseignement, santé, justice etc.) s'informatisent dans le désordre et comme à reculons, le législateur se focalise sur les droits d'auteur des produits culturels.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les économistes sont pour une part responsables de cette inconscience. Adam Smith avait dès 1776 publié, avec la &lt;i&gt;Richesse des Nations&lt;/i&gt;, le modèle qui permettait de penser l'industrialisation. Mais ce modèle, ayant inauguré la théorie économique, a comme emmailloté celle-ci dans l'alliage de la main d’œuvre et de la machine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour penser l'informatisation il faudra retrouver l'énergie créatrice qui en son temps a permis à Smith de modéliser l'industrialisation, puis appliquer cette énergie à l'alliage du cerveau d’œuvre et de l'automate que fait émerger l'informatisation. Ce travail n'est pas impossible mais il sera difficile car il suppose de rebâtir l'imposant édifice théorique, mathématique, statistique, comptable et institutionnel qui a été construit pour faire mûrir les germes que contient l’œuvre de Smith. &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Les politiques, les économistes, les dirigeants des entreprises, la société tout entière portent cependant une responsabilité historique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est sans doute compréhensible, et même normal, qu'un changement de système technique suscite un désarroi, de l'inefficacité, et donc une crise à la fois économique, sociologique et mentale pendant une période de transition. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'histoire montre en effet que les sociétés, lorsqu'elles rencontrent une telle situation, sont tentées par un suicide collectif&amp;nbsp;: les guerres de religion ont fait suite à la Renaissance, des guerres européennes puis mondiales ont fait suite à la première (1775) puis à la deuxième (1875) révolution industrielle. Des totalitarismes enfin ont cru conforter l'alliage qui sous-tend l'industrialisation en assimilant l'être humain à la machine – mais cela revenait, en fait, à nier cet alliage en le réduisant à une seule de ses composantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons aujourd'hui le choix entre d'une part bâtir une civilisation ultra-moderne dont l'architecture reste à définir, ou bien d'autre part subir une barbarie ultra-violente&amp;nbsp;: on voit déjà s'amorcer un retour à la prédation féodale et aussi une assimilation de l'être humain à l'ordinateur, négation de leur alliage. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'on se rappelle les précédents historiques il est probable que notre société ne pourra accéder à la civilisation qu'après un passage par la barbarie. &lt;i&gt;Il faut faire en sorte, pour limiter les dégâts, que ce passage soit le plus bref possible&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: c'est en cela que réside la responsabilité des générations actuelles. &lt;br /&gt;____________&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[10] Caulaincourt, &lt;i&gt;Mémoires&lt;/i&gt;, Plon, 1933, vol. 2, p. 215 et 261.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-6697804482839562861?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/6697804482839562861/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/vers-la-maturite.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6697804482839562861'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/6697804482839562861'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/vers-la-maturite.html' title='Vers la maturité'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-575908545383396775</id><published>2011-05-22T11:28:00.006+02:00</published><updated>2011-06-02T17:25:52.998+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Philosophie'/><title type='text'>Deux topiques</title><content type='html'>Francis Jacq m'a conseillé la lecture des &lt;i&gt;Topiques&lt;/i&gt;  d'Aristote (les «&amp;nbsp;topiques&amp;nbsp;» sont comme des boîtes dont certaines contiennent, toute faite, une façon de se représenter le monde). Cela m'a permis d'en repérer deux que j'ai souvent vu batailler&amp;nbsp;: la &lt;i&gt;descriptive&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;explicative&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La topique descriptive&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les adeptes de la représentation descriptive voient le monde comme une liste de choses posées les unes à côté des autres. Cette liste peut être éventuellement hiérarchisée en niveaux, des choses s'emboîtant (Word et Excel s'emboîtent dans le logiciel&amp;nbsp;; le lit, la table de nuit et l'armoire s'emboîtent dans la chambre etc.)&amp;nbsp;: la description est souvent ensembliste et classificatoire &lt;a href="http://www.volle.com/articles/nomenclature.htm"&gt;comme en statistique&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À chaque chose elle associe en outre des propriétés et des poignées qui permettent de s'en servir : «&amp;nbsp;voici comment il convient d'utiliser Word&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;voici comment on doit conduire une voiture&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'approche descriptive est donc à la fois érudite et pratique&amp;nbsp;: son détail satisfait les spécialistes (ingénieurs, médecins, juristes) qui se reconnaissent par la maîtrise ésotérique d'un vocabulaire spécial. Lorsque deux ingénieurs font connaissance, leur conversation commence ainsi par quelques phrases qui, riches en mots et acronymes techniques, permettent à chacun de savoir «&amp;nbsp;à qui il a affaire&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La représentation descriptive est, comme de juste, photographique&amp;nbsp;: elle fige l'image d'un instant. Il lui arrive aussi d'être cinématographique, succession de photographies&amp;nbsp;: les informaticiens aiment à se remémorer l'époque héroïque des cartes perforées et celle du PDP-11.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La topique explicative&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les adeptes de la représentation explicative ne se contentent pas de la description&amp;nbsp;: voulant comprendre pourquoi les choses sont comme elles sont, ils s'efforcent de remonter aux événements et intentions qui les ont fait naître&amp;nbsp;: ainsi les économistes s'appliquent à &lt;i&gt;interpréter&lt;/i&gt; les résultats statistiques. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'explication ne peut être que générale, englobante&amp;nbsp;: on ne peut pas expliquer ce qui est spécifique car le hasard joue un grand rôle dans le détail des événements. On peut par exemple expliquer le &lt;a href="http://www.volle.com/travaux/ttpc.htm"&gt;pourquoi du traitement de texte&lt;/a&gt;, mais non celui de Word. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vocabulaire explicatif est donc plus général, plus conceptuel que le vocabulaire descriptif&amp;nbsp;: il porte sur des catégories qui contiennent les choses et non immédiatement sur les choses elles-mêmes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'explication peut être statique : la situation telle qu'elle est (l'«&amp;nbsp;état de l'art&amp;nbsp;») obéit à une logique (la «&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.volle.com/lectures/jullien2.htm"&gt;propension des choses&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», dit François Jullien). Celui qui viole cette logique viole la nature elle-même et il devra en payer le prix&amp;nbsp;: ainsi une entreprise se condamne aujourd'hui à l'inefficacité si elle refuse à ses salariés la considération qui est nécessaire au «&amp;nbsp;cerveau d’œuvre&amp;nbsp;» (celui-ci occupe dans l'emploi la place qu'avait naguère la «&amp;nbsp;main d’œuvre&amp;nbsp;»). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'explication peut aussi être dynamique, car l'intention d'une chose précède dans le temps la réalisation effective&amp;nbsp;: elle met alors en évidence un «&amp;nbsp;sens de l'histoire&amp;nbsp;», éventuellement scandé par des crises qui découpent des époques&amp;nbsp;: c'est ainsi que l'on parle de la première, de la seconde et de la troisième révolution industrielle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme la dynamique explique l'origine de la situation présente, elle aide à élucider sa logique&amp;nbsp;: connaître les origines et l'évolution d'une institution éclaire ce qu'elle est aujourd'hui. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que la description est certaine, car il lui suffit d'énumérer les choses qui sont posées devant elle, l'explication est toujours hypothétique&amp;nbsp;: ses schémas, ses «&amp;nbsp;modèles&amp;nbsp;», s'appuient sur une induction. Ils peuvent donc être &lt;i&gt;proposés&lt;/i&gt; mais non &lt;i&gt;prouvés&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Le conflit des deux topiques&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce dernier point est une des raisons du conflit entre les adeptes de la description (que j'appellerai les D) et ceux de l'explication (les E). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les D ont pour eux une certitude qui leur procure un grand confort moral&amp;nbsp;: les choses dont ils parlent existent. Ils jugent les E légers, car ceux-ci renonceront à un modèle s'ils en trouvent un autre qu'ils jugent meilleur, et semblent ainsi voltiger d'une explication à l'autre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les D trouvent par ailleurs l'explication trop compliquée : son vocabulaire conceptuel leur paraît sans rapport avec la réalité des choses et inutilement abstrait. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les E, par contre, jugent épuisante la démarche descriptive où ils ne voient pas d'autre logique que celle, si plate, de la classification. Ils ne peuvent penser les choses qu'en les prenant par ce qu'ils pensent être leur racine puis en procédant par déduction. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se trouve d'ailleurs que les «&amp;nbsp;choses&amp;nbsp;» que les D voient si clairement ne sont pas aussi «&amp;nbsp;naturelles&amp;nbsp;» qu'ils ne le croient&amp;nbsp;: toute description suppose une sélection qui ne retienne, dans la complexité du monde, que les choses jugées «&amp;nbsp;importantes&amp;nbsp;» - et cette «&amp;nbsp;importance&amp;nbsp;» s'évalue selon la place que chaque chose occupe dans un modèle explicatif... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le modèle qu'un D met en œuvre, hérité de son éducation, lui semble évident et reste donc implicite. S'il se peut en principe que le modèle d'un D diffère de celui d'un autre D, la vie en société fait émerger un petit nombre de modèles qui fédèrent les conformismes : ainsi tous ceux qui veulent avant tout «&amp;nbsp;&lt;a href="http://michelvolle.blogspot.com/2009/12/le-mythe-de-la-carriere.html"&gt;faire carrière&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» accordent de l'importance aux seules «&amp;nbsp;choses&amp;nbsp;» dont dépend leur statut professionnel. Cela provoque, chez certains ingénieurs, une étonnante indifférence envers la nature. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les E s'attachent par contre à expliciter les modèles pour choisir celui qu'ils retiendront. Une telle explicitation n'est évidemment pas la bienvenue pour les D, dont elle contredit les évidences en les relativisant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les D et les E vivent ainsi dans deux univers mentaux différents. La conversation entre eux est à sens unique&amp;nbsp;: il est utile, pour un E, d'interroger les D qui possèdent le savoir détaillé utile à son enquête, mais les D n'ont en retour rien à faire des explications que le E pourra leur proposer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il serait futile de se demander qui, des D ou des E, a tort ou raison&amp;nbsp;: ce qui les sépare se trouve, au plus profond de leur personnalité, parmi ces choix fondamentaux et presque toujours inconscients qui lui confèrent sa structure, et ils remplissent chacun une fonction dans la société. Tandis que les D sont immédiatement pratiques mais myopes, car ils ne discernent que ce qui est placé sous leur nez et leur semble évident, les E sont hypermétropes&amp;nbsp;: ils voient de façon floue ce qui est proche, mais ils perçoivent les lointains et peuvent ainsi, d'aventure, éclairer la stratégie.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-575908545383396775?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/575908545383396775/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/deux-topiques.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/575908545383396775'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/575908545383396775'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/deux-topiques.html' title='Deux topiques'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-8080639033039459443</id><published>2011-05-16T16:40:00.002+02:00</published><updated>2011-07-20T13:54:13.298+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>A propos de l'Internet des objets</title><content type='html'>Philippe Gautier m'a aimablement demandé une postface pour &lt;i&gt;L'Internet des objets est-il soluble dans les Systèmes d'information&amp;nbsp;?&lt;/i&gt;, qu'il publie avec Laurent Gonzalez chez l'AFNOR. Je la reproduis ci-dessous. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;o=8&amp;p=8&amp;l=as1&amp;asins=2124653164&amp;ref=tf_til&amp;fc1=000000&amp;IS2=1&amp;lt1=_blank&amp;m=amazon&amp;lc1=0000FF&amp;bc1=000000&amp;bg1=FFFFFF&amp;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0" align="right"&gt;&lt;/iframe&gt;Pour anticiper les conséquences positives ou négatives d'une technique nouvelle il est utile de s'en remémorer d'autres, autrefois nouvelles, auxquelles nous sommes habitués. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pilote automatique d'un avion reçoit des signaux et émet des commandes qui mettent l'avion dans l'attitude où il consomme le moins de carburant. La maintenir serait pour un pilote humain aussi difficile que de tenir une assiette en équilibre sur la pointe d'une épingle. Peut-on dire que ce pilote automatique «&amp;nbsp;décide&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Non, mais il fait des chose qu'un être humain ne saurait pas faire. Est-il «&amp;nbsp;intelligent&amp;nbsp;» au sens de «&amp;nbsp;doté de la faculté de comprendre&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Non, mais il complète efficacement le cerveau du pilote humain. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une centrale nucléaire est un gros «&amp;nbsp;objet&amp;nbsp;» doté de programmes qui réagissent automatiquement en cas d'incident. La probabilité d'un incident auquel le programme ne pourra pas répondre est d'un par période de trois ans, et il faut qu'alors un superviseur humain puisse prendre la main. Mais si un être humain reste sans rien faire pendant trois ans, sa capacité d'action s'annule. On a dû sous-automatiser délibérément ces centrales pour que le superviseur reste actif et vigilant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On dit parfois à propos du Web,que «&amp;nbsp;trop d'information tue l'information&amp;nbsp;». C'était déjà le cas avec les livres car depuis l'invention de l'imprimerie personne ne peut avoir tout lu. Le livre n'est-il pas d'ailleurs un objet communicant&amp;nbsp;? Il a un identifiant (ISBN), des attributs (titre, nom de l'éditeur, date, nombre de pages), une forme (typographie), une interface (page) et un contenu «&amp;nbsp;virtuel&amp;nbsp;», le texte. Sa lecture a des effets fastes ou néfastes sur le lecteur dont elle peut aiguiser ou égarer le discernement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;Les prothèses que l'Internet des objets va nous procurer viendront se placer parmi celles dont nous disposons déjà. Point n'est besoin de penser aux béquilles, membres articulés et chaises roulantes&amp;nbsp;: la vie courante, «&amp;nbsp;normale&amp;nbsp;», s'appuie sur une foule d'artefacts. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nos maisons, ces grottes artificielles. Nos vêtements, qui renforcent la protection que procure la peau. L'écriture, qui assiste notre mémoire, facilite le calcul et aide à mettre en forme nos idées. Les lunettes, installées sur tant de visages. Les prothèses auditives miniaturisées et informatisées. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu'un travail jugé nécessaire dépasse les capacités d'un individu, des entreprises et autres institutions se créent pour le réaliser. Le paysage qui nous entoure, que nous qualifions abusivement de «&amp;nbsp;nature&amp;nbsp;», est lui aussi un artefact&amp;nbsp;: depuis des millénaires le territoire de la France est un jardin. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A cette liste l'informatique a ajouté des éléments dont le caractère artificiel est plus visible, parce qu'ils sont plus nouveaux (pour nos petits enfants ils sont déjà banals)&amp;nbsp;: cartes bancaires et distributeurs automatiques de billets, carte orange et passe Navigo de la RATP. Cela culmine dans le téléphone «&amp;nbsp;intelligent&amp;nbsp;» qui informatise jusqu'à notre corps et confère l'ubiquité absolue à la ressource informatique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'utilisation d'une prothèse demande un apprentissage&amp;nbsp;: celui qui se sert d'un téléphone ou conduit une voiture pour la première fois est maladroit. Il faut acquérir du savoir-faire et un savoir-vivre&amp;nbsp;: beaucoup de personnes ignorent encore le bon usage du téléphone mobile dans les lieux publics.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour vous préparer à la dissémination des objets communicants, remémorez-vous vos apprentissages&amp;nbsp;: comment cela s'est-il passé lorsque vous avez appris à conduire&amp;nbsp;? à vous servir d'un traitement de texte&amp;nbsp;? d'un tableur&amp;nbsp;? Rappelez-vous votre première leçon de moto&amp;nbsp;: ayant peur de tomber, vous refusiez de vous pencher dans les virages et cela vous faisait tomber dans le fossé extérieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans les années 1980, au CNET, nous étudiions les «&amp;nbsp;puces rayonnantes&amp;nbsp;» (appellation que je préfère encore à «&amp;nbsp;RFID&amp;nbsp;»). Nous anticipions le contrôle d'accès dans les entreprises, les transports en commun et les salles de spectacle, cela nous semblait déjà prometteur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'Internet des objets, qui descend de ces recherches, a déjà beaucoup d'autres applications que celles auxquelles nous pensions. Des puces sont insérées dans les containers que transportent les bateaux, dans les colis que transportent les avions, dans les produits que stockent les entreprises. Dans certains magasins les puces sont lues à la volée lors du passage du caddy, la facture est établie automatiquement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout cela a demandé une concertation entre les acteurs, une normalisation, des investissements&amp;nbsp;: c'est une innovation compliquée. On peut espérer qu'elle aura des effets positifs&amp;nbsp;: traçabilité des produits alimentaires, pertinence du choix du consommateur. Mais ces possibilités sont accompagnées de risques nouveaux&amp;nbsp;: des personnes indiscrètes ou malveillantes peuvent capter le contenu des puces pour espionner ou attaquer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant que nous pataugerons comme des bizuts devant l'Internet des objets les pirates, voleurs d'identités et prédateurs de toutes sortes, plus vifs que nous, sauront en tirer parti pour razzier nos avoirs. C'est un peu triste mais c'est ainsi et il faut le savoir&amp;nbsp;: le guépard court plus vite que la gazelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Rêvons que soient résolus tous les problèmes de conception, organisation, normalisation et interopérabilité. Alors le réseau des objets communicants forme un automate dans lequel des données s'échangent et sont traitées par des programmes qui lancent des actions. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons déjà vu quelque chose d'analogue&amp;nbsp;: les systèmes d'information des salles de marché, empilages d'algorithmes et de réseaux, évaluent les arbitrages et lancent des transactions dans la micro-seconde. Nous en connaissons le résultat&amp;nbsp;: une finance devenue aveugle aux risques, et qui provoque crise sur crise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La réussite d'un système d'information dépend de la qualité de l'alliage entre le cerveau humain et l'automate. On a nommé «&amp;nbsp;bronze&amp;nbsp;» l'alliage du cuivre et de l'étain, «&amp;nbsp;acier&amp;nbsp;» l'alliage du fer et du carbone, «&amp;nbsp;industrie&amp;nbsp;» l'alliage de la main et de la machine. «&amp;nbsp;Numérique&amp;nbsp;» se propose pour désigner l'alliage du cerveau humain et de l'automate&amp;nbsp;: va pour numérique&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La qualité du numérique dépendra du bon dosage des composants de l'alliage, de la façon dont les rôles sont répartis. On peut compter sur l'automate pour exécuter inlassablement des opérations répétitives, fussent-elles compliquées, mais non pour &lt;i&gt;comprendre&lt;/i&gt; une situation nouvelle ni pour l'expliquer – choses que le cerveau humain fait mieux que lui. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Attribuer de l'«&amp;nbsp;intelligence&amp;nbsp;» au logiciel est un piège sémantique&amp;nbsp;: comme cela efface la différence entre le cerveau humain et l'automate, cela empêche de &lt;i&gt;penser&lt;/i&gt; leur articulation et donc de concevoir un alliage de qualité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes les objets communicants peuvent avoir une certaine autonomie&amp;nbsp;: c'est le cas du pilote automatique d'un avion. Mais cette autonomie est bornée par les limites de leur programme alors que la nature, dans laquelle ils sont plongés comme nous, est d'une complexité illimitée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La complexité des négociations relatives à l'identification des objets en donne une illustration&amp;nbsp;: comme les acteurs ont des valeurs différentes, leurs actions obéissent à des intentions et priorités elles-mêmes différentes. L'identification est la toute première étape de l'ingénierie d'un système d'information, et la complexité ira croissant quand on passera au codage des attributs, puis encore à la spécification des algorithmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il est passionnant d'explorer le futur lointain mais il est urgent de s'occuper du futur proche. De ce dernier point de vue, l'Internet des objets apparaît comme une étape naturelle de l'informatisation de l'économie et de la société, du déploiement du numérique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En associant par exemple à chaque bien physique un «&amp;nbsp;avatar&amp;nbsp;» qui le représente dans le système d'information, l'Internet des objets accentue une tendance inhérente à l'économie informatisée&amp;nbsp;: la transformation de chaque produit en un assemblage de biens et de services et, pour la composante «&amp;nbsp;bien&amp;nbsp;» du produit, le remplacement progressif de l'achat par la location qui est elle-même un service (selon l'INSEE, «&amp;nbsp;un service est la mise à disposition &lt;i&gt;temporaire&lt;/i&gt; d'un bien ou d'une compétence&amp;nbsp;»). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons énuméré des exemples – certains anciens, d'autres récents – pour montrer comment se passent nos apprentissages, comment nous finissons par nous adapter à des artefacts. Sur le chemin vers la maturité, les pièges abondent et le plus sûr moyen pour les découvrir, c'est de tomber dedans – en tâchant de n'y tomber qu'une fois. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Considérons en effet nos systèmes d'information. Certains sont bien construits, cela se voit lorsqu'on interroge les utilisateurs, mais la plupart comportent des défauts étonnants&amp;nbsp;: identifiants et attributs mal choisis, ressaisies manuelles, incohérence des canaux de la relation avec les clients, sites Web incommodes et lents, tableaux de bord incompréhensibles etc. Leur architecture empile des couches géologiques qu'il serait trop coûteux de faire à neuf, et dont chacune résulte des choix techniques d'une époque révolue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'Internet des objets va s'y ajouter, cela fera une couche de plus. Il faudra lutter pour que sa sémantique soit correcte, pour qu'il s'articule avec le travail des opérateurs humains, pour qu'il soit bien supervisé, pour que la stratégie de l'entreprise l'incorpore aux produits et pour qu'il rende un service commode à ses clients. Il y a du pain sur la planche, tout de suite, devant nous.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-8080639033039459443?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/8080639033039459443/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/propos-de-linternet-des-objets.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8080639033039459443'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8080639033039459443'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/05/propos-de-linternet-des-objets.html' title='A propos de l&apos;Internet des objets'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-600332522906032949</id><published>2011-04-18T11:39:00.005+02:00</published><updated>2011-04-18T13:23:57.870+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Lectures'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Statistique'/><title type='text'>Sylvestre Frézal, Modèles et mesures, Ellipses, 2010</title><content type='html'>Ce petit livre, d'une clarté lumineuse, explore la dimension intellectuelle et pratique de la mesure (notamment en statistique et en comptabilité) et de la modélisation (notamment en économie mais plus généralement dans la pensée). &lt;iframe align="right" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=sitdemicvol-21&amp;amp;o=8&amp;amp;p=8&amp;amp;l=as1&amp;amp;asins=2729861963&amp;amp;ref=tf_til&amp;amp;fc1=000000&amp;amp;IS2=1&amp;amp;lt1=_blank&amp;amp;m=amazon&amp;amp;lc1=0000FF&amp;amp;bc1=000000&amp;amp;bg1=FFFFFF&amp;amp;f=ifr" style="height: 240px; width: 120px;"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s'appuie sur une riche expérience professionnelle et, on le sent, sur une vaste culture&amp;nbsp;: cela lui permet de conjuguer précision et sobriété. Beaucoup de ses pages sont admirables, il ne serait pas possible de mieux écrire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai pourtant senti une lacune. Venant d'un auteur qui maîtrise si bien son sujet, il ne peut s'agir que d'une lacune de fond, d'une de ces lacunes qui se creusent dans l'intellect et s'y nichent pour devenir une évidence partagée, collective. Je crois utile de m'en expliquer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Frézal dit que le choix de ce que l'on modélise, ou que l'on mesure, vise à «&amp;nbsp;mieux appréhender le réel&amp;nbsp;». «&amp;nbsp;Modéliser, dit-il p. 72, c'est l'art de perdre à bon escient de l'information qualitative, de retenir l'essentiel en fonction de ce que l'on souhaite appréhender. Mesurer, c'est l'art de perdre de manière consciente et intelligente de l'information quantitative, en fonction de ce qui nous intéresse, avec la précision pertinente&amp;nbsp;». Et il ajoute, p. 92, « faire un choix éclairé, ce n'est pas faire un choix objectif et intelligent, puisque de tels choix n'existent pas dans l'absolu, mais c'est faire un choix conscient de sa subjectivité&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout cela est fort bien dit mais je m'interroge&amp;nbsp;: quel est le critère qui permettra, quand on fait un choix qui en effet ne peut être que subjectif, de savoir si ce choix est &lt;i&gt;pertinent&lt;/i&gt;&amp;nbsp;? Ou pour poser la question autrement, que signifie «&amp;nbsp;appréhender le réel&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Est-ce accéder à son &lt;i&gt;essence&lt;/i&gt;, c'est-à-dire à une vérité qui peut échapper à l'évidence mais qui lui est essentielle&amp;nbsp;? Ou est-ce autre chose&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il faut bien, si l'on veut que la subjectivité ne s'égare pas, trouver la pierre de touche qui, permettant d'évaluer la pertinence de ses choix, restaurera une forme d'objectivité dans l'exercice même de la subjectivité. Cette pierre de touche, Frézal l'indique avec le mot &lt;i&gt;appréhender&lt;/i&gt; mais ce mot est ambigu. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut en effet l'entendre de deux façons&amp;nbsp;: appréhender, c'est prendre avec ses mains et donc toucher et serrer un objet réel que l'action pourra &lt;i&gt;manipuler&lt;/i&gt;&amp;nbsp;; mais c'est aussi «&amp;nbsp;saisir par l'esprit&amp;nbsp;», et non avec les mains. Dans les deux cas il s'agit d'une relation entre les choses et la pensée. Cependant tandis que la première acception, pratique, considère l'action, la seconde est purement contemplative.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or seule l'approche pratique permet de donner un sens au critère de pertinence et de fonder objectivement l'exercice de la subjectivité&amp;nbsp;: seront pertinents, parmi les choix &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; possibles lorsque l'on modélise ou mesure, ceux qui répondent aux besoins de l'action. Pour évaluer cette pertinence, il faut donc d'abord avoir tiré au clair ce que l'on veut &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'action en question n'est pas nécessairement celle d'un être humain individuel car la subjectivité peut être celle d'une institution, voire d'une société entière, confrontée à une situation historique particulière : l'étude de &lt;a href="http://www.volle.com/articles/nomenclature.htm"&gt;l'histoire des nomenclatures&lt;/a&gt; montre que la société a su, à chaque époque, définir les classifications qui répondaient à la situation et aux priorités du moment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Sous son apparente modestie l'appréhension contemplative du réel est en fait follement ambitieuse&amp;nbsp;: l'objet concret le plus banal, nœud d'un foisonnement conceptuel d'une richesse infinie, résistera en effet indéfiniment à l'intellect qui prétend en rendre compte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'appréhension pratique, par contre, est parfaitement réalisable. On le voit bien dans les systèmes d'information&amp;nbsp;: pour choisir les données que l'on doit observer il suffit de savoir ce que l'on veut &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;, d'avoir défini la relation que l'on entend avoir avec l'objet (client, produit, équipement, agent, fournisseur etc.) que l'on considère. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On peut bien sûr poser d'autres questions : si le modèle et la mesure sont pertinents en regard de l'action que l'on entend réaliser, cette action elle-même est-elle judicieuse en regard des &lt;i&gt;intentions&lt;/i&gt; que l'on a&amp;nbsp;? Et ces intentions, sont-elles justes (au sens de &lt;i&gt;justesse&lt;/i&gt;) en regard des &lt;i&gt;valeurs&lt;/i&gt; que l'on entend promouvoir&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Se poser ces deux questions-là, c'est passer d'un niveau à l'autre du destin d'une personne, d'une institution ou d'une société. Pour choisir les modèles et les mesures, en tout cas, il suffit de faire jouer le critère de pertinence à l'interface entre l'action et la pensée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Partir de la question «&amp;nbsp;qu'est-ce que je veux &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;&amp;nbsp;» permet en effet d'éclairer ces choix bien mieux que ne le fait l'ambition d'«&amp;nbsp;appréhender le réel&amp;nbsp;»&amp;nbsp;- ambition absolue et donc vouée à un échec désespérant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre pensée, il faut s'en convaincre, n'a pas pour rôle de nous faire connaître le réel mais de nous donner des poignées intellectuelles qui nous permettront de le manipuler, d'agir sur lui pour réaliser nos intentions&amp;nbsp;- &lt;i&gt;et cela doit nous suffire&lt;/i&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-600332522906032949?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/600332522906032949/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/04/sylvestre-frezal-modeles-et-mesures.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/600332522906032949'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/600332522906032949'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/04/sylvestre-frezal-modeles-et-mesures.html' title='Sylvestre Frézal, &lt;i&gt;Modèles et mesures&lt;/i&gt;, Ellipses, 2010'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-8409264294314676894</id><published>2011-04-13T17:07:00.009+02:00</published><updated>2011-06-02T18:15:10.988+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Article'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Anthropologie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Éthique et informatisation</title><content type='html'>(Article destiné aux &lt;i&gt;Cahiers de la documentation&lt;/i&gt;, revue de l'Association belge de documentation).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Résumé&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation a donné naissance à un alliage entre le cerveau humain et l'ordinateur et fait émerger un continent, le «&amp;nbsp;cyberespace&amp;nbsp;», où se manifestent des possibilités et des risques nouveaux. Il en est résulté une transformation des techniques de production, du contenu des emplois, de la sociologie et de l'organisation de l'entreprise. Il en résulte l'exigence d'un «&amp;nbsp;commerce de la considération&amp;nbsp;» dans les rapports des entreprises avec leurs agents opérationnels, leurs partenaires, leurs fournisseurs et leurs clients. Rares sont cependant les entreprises qui ont pris la mesure du phénomène.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette évolution, que l'on peut juger positive, s'accompagne par ailleurs de dangers nouveaux : la concurrence est très violente, la fraude et la criminalité tirent parti de l'informatique avec la complicité de quelques «&amp;nbsp;pays voyous&amp;nbsp;» et banques «&amp;nbsp;fantômes&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'exigence éthique se manifeste donc en plein, qu'il s'agisse du corps des règles et des lois ou des comportements individuels. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;*&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Étapes de l'informatisation&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour poser correctement les questions d'éthique que soulève l'informatisation, il faut d'abord avoir une conscience exacte de la nature du phénomène et de sa situation historique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;L'informatisation des entreprises, qui dans les années 1960 se limitait à quelques grosses opérations de gestion, a vraiment démarré vers le milieu des années 1970. L'informatique s'est alors organisée en systèmes d'information [1] et elle est sortie des mains jalouses des informaticiens pour se mettre à la disposition des utilisateurs d'abord grâce à la dissémination de grappes de terminaux dans les bureaux, puis dans les années 1980 avec les réseaux locaux de micro-ordinateurs, dans les années 1990 avec l'Internet, dans les années 2000 avec l'informatisation du téléphone mobile et enfin dans les années 2010 avec ce que l'on nomme «&amp;nbsp;l'Internet des objets&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès les années 1990 sont apparus des phénomènes qualitativement nouveaux&amp;nbsp;: la messagerie électronique a introduit dans les entreprises et les services publics une communication écrite informelle et donc émancipée du canal hiérarchique&amp;nbsp;; avec la mise à disposition de la documentation électronique sur l'Intranet, les agents opérationnels ont pu disposer d'instructions techniques à jour et l'écart d'expertise entre la direction générale et les établissements locaux s'est réduit [2]. Avec la transformation du téléphone mobile en ordinateur, la ressource informatique professionnelle et personnelle atteint enfin l'ubiquité absolue&amp;nbsp;: le corps de l'utilisateur lui-même se trouve informatisé, et non plus seulement son bureau. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;L'alliage du cerveau et de l'automate&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce rapide parcours suffit, si l'on prend le temps de le méditer, pour faire surgir les questions de savoir-faire et de savoir-vivre que peuvent susciter de tels changements sociologiques et relationnels. Cependant d'autres changements sont en cours dans le système productif&amp;nbsp;: l'informatisation a en effet transformé la structure de l'emploi et la nature du travail. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le système technique antérieur [3], la mécanique soulageait l'effort &lt;b&gt;physique&lt;/b&gt; que demande la production&amp;nbsp;; dans le système technique contemporain, l’informatique soulage l'effort &lt;b&gt;mental&lt;/b&gt; en prenant en charge toutes les tâches répétitives [4]. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'emploi quitte alors l'usine, qui s'est automatisée, pour se concentrer d'une part dans les tâches de conception et d'organisation qui précèdent la production physique, d'autre part dans les services (conseil, assistance, transport, maintenance, etc.) qui parachèvent la production physique en mettant le produit à la disposition du consommateur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi la «&amp;nbsp;main d’œuvre&amp;nbsp;» a fait place à un «&amp;nbsp;cerveau d’œuvre&amp;nbsp;», et celui-ci agit en symbiose avec l'«&amp;nbsp;automate programmable ubiquitaire&amp;nbsp;» que forment l'ensemble des ordinateurs en réseau et de leurs logiciels. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet alliage du cerveau humain et de l'automate a fait émerger, dans le monde de la nature, une nouveauté aussi radicale que ne le furent en leur temps celle du bronze (alliage du cuivre et de l'étain), de l'acier (fer et carbone) ou de l'industrie (main et machine) – une nouveauté plus radicale même car elle touche à notre organe le plus précieux, celui où se condense notre mémoire et se forme notre personnalité [5]. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Exigences éthiques&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette émergence s'accompagne naturellement de phénomènes sociologiques (bouleversement des structures de pouvoir et de légitimité) et relationnels (transformation des supports et de la forme de la communication)&amp;nbsp;: elle pose ainsi des questions éthiques concernant d'une part la qualité des règles et des lois qui encadrent l'action, d'autre part la qualité des jugements et comportements humains [6]. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l'entreprise mécanisée, le rapport avec le monde extérieur (qu'il s'agisse de la nature où elle puise ses ressources et déverse ses déchets, ou du marché dans lequel elle diffuse ses produits) était assuré par une petite équipe de dirigeants et d'ingénieurs, le gros des effectifs  exécutant des tâches répétitives définies au préalable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l'entreprise informatisée, et tandis que les tâches répétitives sont pour l'essentiel réalisées par l'automate, le concepteur et l'agent de la première ligne sont tous deux au contact du monde extérieur, dont la complexité dépasse toujours ce que l'organisation aura pu prévoir. Le concepteur est placé à l'interface de l'entreprise avec le monde de la nature (physique, humaine et sociale), l'agent de la première ligne est placé à l'interface avec les clients, partenaires et fournisseurs. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils doivent tous deux traduire les phénomènes et incidents qu'ils constatent en des termes que l'entreprise puisse interpréter et assimiler. Or cette traduction ne peut avoir de conséquence que si l'entreprise écoute ces personnes ou, pour mieux dire, si elle les &lt;b&gt;respecte&lt;/b&gt; c'est-à-dire &lt;b&gt;si elle les écoute en s'efforçant sincèrement de comprendre ce qu'elles disent&lt;/b&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l'entreprise contemporaine, le «&amp;nbsp;commerce de la considération&amp;nbsp;» est ainsi devenu nécessaire avec les concepteurs et agents de la première ligne. Il s'impose aussi avec les personnes du «&amp;nbsp;back office&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;arrière boutique&amp;nbsp;» où se font les opérations de gestion et d'administration) et des services de support (gestion des ressources humaines, informatique, documentation) car l'entreprise doit surmonter les frontières qui, avec l'extrême diversification des spécialités, s'érigent entre des corporations tentées de s'enfermer dans un jargon spécifique et protecteur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est bien un «&amp;nbsp;commerce&amp;nbsp;» car il s'agit d'un &lt;i&gt;échange&lt;/i&gt; et celui-ci doit être &lt;b&gt;équilibré&lt;/b&gt;&amp;nbsp;: il est impossible d'accorder durablement écoute et considération à quelqu'un qui, pour sa part, refuserait d'écouter et de considérer ceux qui lui parlent. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'entreprise doit écouter les concepteurs et agents de la première ligne, c'est parce qu'elle doit accorder de l'importance au monde qui lui est extérieur et non se focaliser sur sa propre organisation. Le commerce de la considération doit donc en principe s'étendre à l'ensemble de ses relations extérieures, qu'il s'agisse des clients, des fournisseurs ou des partenaires. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se trouve que dans l'économie contemporaine presque tous les produits sont constitués par un assemblage de biens et de services dont la mise en œuvre suppose des compétences  très diverses&amp;nbsp;: il est alors efficace de les faire élaborer par un réseau d'entreprises. Le fonctionnement d'un tel réseau suppose une relation de &lt;b&gt;partenariat&lt;/b&gt;, c'est-à-dire un échange équilibré et durable fondé sur la transparence du partage des coûts et des recettes – et cette transparence ne peut être obtenue que si l'on a assuré l'interopérabilité des systèmes d'information des partenaires. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la relation avec les clients, l'efficacité exige que les services d'assistance, de dépannage, de maintenance (eux-mêmes fortement informatisés) soient réactifs et de haute qualité, car le client qui s'estime maltraité aura tôt fait de changer de fournisseur (sauf bien sûr s'il reste prisonnier d'un monopole...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne faut cependant pas voir dans le commerce de la considération quoi que ce soit de sentimental ou de «&amp;nbsp;gnangnan&amp;nbsp;» : il s'agit d'une contrainte pure, dure et rationnelle de l'efficacité. Si pour une fois une telle contrainte se concilie avec les exigences humaines de la morale, qui s'en plaindra&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Refus des exigences&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certaines entreprises ont perçu cette exigence et commencé à mettre en pratique le commerce de la considération, mais elles tâtonnent car il s'agit d'une démarche nouvelle. La plupart d'entre elles, marquées par les habitudes acquises dans le système technique antérieur, persévèrent cependant dans des formes d'organisation obsolètes.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les cerveaux des salariés sont alors soumis à la torture, car l'entreprise leur délègue des responsabilités sans leur accorder la légitimité correspondante&amp;nbsp;: le concepteur qui n'est pas écouté se tait puis cesse de réfléchir&amp;nbsp;; l'agent de la première ligne qui constate les défauts d'un produit ou d'une procédure commerciale, mais ne trouve personne à qui en parler, s'adapte à un monde qu'il juge absurde et se venge parfois sur le client&amp;nbsp;: l'entreprise devient alors perverse. Ainsi s'explique l'épidémie de stress et les nombreux suicides à motivation professionnelle [7]. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, les fournisseurs et les sous-traitants sont maltraités&amp;nbsp;: les grandes entreprises se comportent de façon impériale, leurs services achat s'efforçant de comprimer toujours plus le prix des approvisionnements. Les «&amp;nbsp;économies&amp;nbsp;» de bouts de chandelle que font beaucoup d'entre elles en délocalisant leur centre d'appel dans un pays à bas salaire où les opérateurs ont du mal à comprendre ce que le client leur dit, ou encore en confiant à des sous-traitants la maintenance des installations des utilisateurs, sont de ce point de vue contreproductives. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le marketing reste une technique de vente «&amp;nbsp;pied dans la porte&amp;nbsp;», alors qu'il devrait être une «&amp;nbsp;science des besoins&amp;nbsp;» outillée par la statistique et qui contribue à la conception des produits comme à l'organisation de leur distribution. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Le côté noir de l'informatisation&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si des défauts se manifestent, ils tiennent semble-t-il seulement au conservatisme des entreprises, à la lenteur de leur adaptation à une économie informatisée, à leur inefficacité. Mais ce n'était là que le côté rose de l'informatisation&amp;nbsp;: il nous reste à montrer son côté noir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les systèmes informatiques comportent des failles et il serait naïf de croire qu'elles ne seront jamais exploitées&amp;nbsp;: les données personnelles peuvent être et sont parfois espionnées [8]. Tout utilisateur d'un téléphone mobile peut être géolocalisé en permanence&amp;nbsp;; des pirates ou des saboteurs peuvent s'introduire dans les systèmes d'information pour y commettre des dégâts. Déjà certains incidents donnent une idée ce que pourrait être la guerre dans le cyberespace. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le risque est d'autant plus élevé que l'entreprise informatisée est «&amp;nbsp;ultra-capitalistique&amp;nbsp;», car elle utilise davantage de capital technique que de main d’œuvre. Comme la production physique est automatisée, l'essentiel du coût de production est dépensé dans la phase initiale de conception du produit et de dimensionnement des services qu'il comporte. L'informatisation ayant unifié le marché mondial, le résultat de cet investissement peut être anéanti par l'initiative d'un concurrent que l'entreprise n'aura pas vu venir. La concurrence est donc très brutale et tous les procédés peuvent sembler bons pour gagner un marché&amp;nbsp;: l'économie informatisée est potentiellement «&amp;nbsp;ultra-violente&amp;nbsp;». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatique a d'ailleurs offert à des criminels, à des prédateurs, un champ de possibilités qu'ils se sont empressés d'utiliser avec la complicité bienveillante de certains pays [9] (Liechtenstein, Monaco, Suisse, certaines dépendances de la couronne britannique, Luxembourg, etc.) et la complicité rémunérée de certaines banques. L'informatisation du secteur bancaire a rendu la fraude fiscale et le blanchiment des profits du crime pratiquement indécelables [10], ce qui a facilité la prise de contrôle par l'économie criminelle, fondée sur la prédation, de secteurs entiers de l'économie légale [11], voire du système judiciaire et du pouvoir politique lui-même en érigeant des dictatures ou en revenant à l'organisation féodale. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation a enfin unifié la finance mondiale, accéléré les transactions et démesurément augmenté la «&amp;nbsp;production d'argent&amp;nbsp;» par les salles de marché. Le sentiment de sécurité qui en est résulté a miné la qualité de l'arbitrage entre rendement et risque&amp;nbsp;: s'écartant de sa mission d'origine, la Banque provoque désormais des crises économiques répétées. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie contemporaine est ainsi le théâtre d'une violence endémique qui introduit, dans l'intimité de ses rouages, le risque d'une inefficacité ou, comme disent les économistes, d'un «&amp;nbsp;déséquilibre&amp;nbsp;» analogue à celui que le système technique antérieur a connu dans les années 1930. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Conclusion&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'émergence de l'être nouveau que constitue l'alliage du cerveau humain et d'un automate programmable ubiquitaire a changé le monde de la nature telle que nous le connaissons. Elle nous fait pénétrer un continent dont nous découvrons progressivement les richesses et les dangers. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout comme les autres territoires où des êtres humains vivent en société, ce continent a besoin de règles civilisatrices. Il faudra que s'y instaurent des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire capables de garantir la fidélité des contrats, de lutter contre les entreprises criminelles, de sanctionner les «&amp;nbsp;pays voyous&amp;nbsp;» et les banques «&amp;nbsp;fantômes&amp;nbsp;» qui facilitent le blanchiment, de protéger enfin la liberté des personnes et de leur offrir des chances raisonnablement égales. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette innovation institutionnelle de grande ampleur devra surmonter la réticence des États-Unis, que satisfait leur acquis historique d'arbitre mondial de l'informatique et de l'Internet. Dans cette attente, l'entreprise offre à plus petite échelle le laboratoire où pourrait, d'ores et déjà, s'esquisser une organisation efficace.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il faut pour cela que les entreprises aient compris, assimilé, les exigences éthiques que comporte l'informatisation – notamment celle d'un «&amp;nbsp;commerce de la considération&amp;nbsp;» envers les salariés, clients, partenaires et fournisseurs ainsi qu'entre les salariés eux-mêmes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tant qu'elles ne l'auront pas fait, les sociétés subiront la violence endémique dans l'économie informatisée et connaîtront des crises tantôt latentes, tantôt virulentes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;hr align="left" size="1" width="33%" /&gt;[1] Mélèse, Jacques. &lt;i&gt;L'analyse modulaire des systèmes de gestion&lt;/i&gt;. Hommes et Techniques, 1972. ISBN 978-2-7057-0309-7.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[2] Penny, Philippe&amp;nbsp;; Volle, Michel. La téléinformatique dans l'entreprise. &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, juin 1993, n° 255.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[3] Gille, Bertrand. &lt;i&gt;Histoire des techniques&lt;/i&gt;. Gallimard, coll. La Pléiade, 1978. ISBN 978-2-07-010881-7. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[4] Markoff, John. Armies of Expensive Lawyers, Replaced by Cheaper Software. &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt;, 4 mars 2011.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[5] Volle, Michel. &lt;i&gt;De l'informatique, savoir vivre avec l'automate&lt;/i&gt;. Economica, 2006. ISBN 2-7178-5219-0.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(6] Rawls, John. &lt;i&gt;A Theory of Justice, revised edition&lt;/i&gt;. Harvard University Press, 1999. ISBN 0-674-00078-1.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[7] Fraysse, Monique. Management à France Télécom&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les mentalités évoluent lentement&amp;nbsp;». &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 29 avril 2011.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[8] Türk, Alex. &lt;i&gt;La vie privée en péril&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: des citoyens sous contrôle. Odile Jacob, 2011. ISBN 978-2-7381-2279-7.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[9] Reverchon, Antoine. &amp;nbsp;Le nouveau marché du crime organisé. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 28 février 2011.&lt;br /&gt;Le Moign, Caroline. Centres financiers offshore et système bancaire «&amp;nbsp;fantôme&amp;nbsp;». Centre d'analyse stratégique, note d'analyse n° 222, mai 2011. ISSN 1760-5733.&lt;br /&gt;Peillon, Vincent&amp;nbsp;; Montebourg, Arnaud. &lt;a href="http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/blanchiment.asp"&gt;&lt;i&gt;Rapport d'information n° 2311 sur la délinquance financière et le blanchiment des capitaux&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Assemblée nationale, 11 avril 2002 (consulté le 14 mai 2011).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[10] Robert, Denis. &lt;i&gt;Révélation$&lt;/i&gt;. Les Arènes, 2001. ISBN 978-2912485281.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(11] Saviano, Roberto. &lt;i&gt;Gomorra&lt;/i&gt;. Gallimard, 2007. ISBN 978-2-07-078289-5.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7361670993108016283-8409264294314676894?l=michelvolle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://michelvolle.blogspot.com/feeds/8409264294314676894/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/04/ethique-et-informatisation.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8409264294314676894'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7361670993108016283/posts/default/8409264294314676894'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://michelvolle.blogspot.com/2011/04/ethique-et-informatisation.html' title='Éthique et informatisation'/><author><name>Michel Volle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02758819892464278158</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='27' height='32' src='http://www.volle.com/contenu/a_edited.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7361670993108016283.post-3267796971700211018</id><published>2011-04-11T11:52:00.000+02:00</published><updated>2011-04-11T11:52:21.949+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Société'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Economie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Informatisation'/><title type='text'>Informatisation et compétitivité</title><content type='html'>Je reproduis ci-dessous le texte de mon exposé le 4 avril 2011 à la fondation Res Publica, &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt; qu'anime Jean-Pierre Chevènement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="CENTER" style="margin-bottom: 0cm;"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; *&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le monde a changé, mais le savons-nous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans beaucoup d'entreprises, l'informatique est considérée comme un «&amp;nbsp;centre de coûts&amp;nbsp;», comme une dépense qu'il convient de comprimer. Pour beaucoup de dirigeants, il s'agit d'une question &lt;i&gt;technique&lt;/i&gt; qu'ils jugent indigne de retenir l'attention d'un stratège.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant l'informatisation a changé le monde, et donc notre façon d'agir et de penser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a changé le monde parce que les réseaux, l'Internet en particulier, ont supprimé les effets de la distance géographique&amp;nbsp;: la relation entre mon ordinateur et un serveur quelconque est la même, qu'il soit situé dans le même immeuble ou à l'autre bout du monde. Étant également accessible de partout, le «&amp;nbsp;cyberespace&amp;nbsp;» est &lt;i&gt;ubiquitaire&lt;/i&gt;. L'informatique ayant par ailleurs permis d'automatiser la logistique des containers, le coût du transport des biens non pondéreux est devenu  négligeable. Tout cela concourt, pour le meilleur et pour le pire, à une &lt;i&gt;mondialisation&lt;/i&gt; de l'économie qui a complétement transformé les conditions de la concurrence comme de l'équilibre économique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous reviendrons sur d'autres aspects du phénomène&amp;nbsp;: il est utile, dans cette introduction, de considérer une analogie éclairante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la charnière des XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle la richesse relative des nations a été bouleversée par l'industrialisation – ou, pour être plus précis, par la mécanisation et la chimisation du système productif d'abord en Grande-Bretagne, puis en France et en Allemagne.&lt;br /&gt;&lt;a name='more'&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Les pays qui se sont tenus à l'écart de cette évolution ont bientôt été dominés et parfois même colonisés&amp;nbsp;: ce fut le cas de la Chine qui avait été au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle la plus riche, la plus prospère des nations – les paysans chinois étaient alors plus à l'aise que les paysans français et cela avait impressionné les missionnaires jésuites. Mais comme la dynastie mandchoue, profondément conservatrice, avait refusé l'industrialisation, la Chine devint au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle une proie pour les pays industrialisés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh bien l'informatisation succède aujourd'hui à l'industrialisation – nous dirons plutôt, pour être plus précis, qu'elle constitue l'étape actuelle de l'industrialisation. Son émergence ne supprime ni la mécanique, ni la chimie – pas plus que la mécanisation n'avait supprimé l'agriculture qui avait été, jusqu'au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, la principale source de richesse – mais elle les transforme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="CENTER" style="margin-bottom: 0cm;"&gt;* &amp;nbsp; &amp;nbsp;     *&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Cela nous invite à approfondir, à enrichir les exigences de la compétitivité. Lorsque la technique est stable, ou du moins lorsque l'économie reste dans un même système technique fût-il  évolutif, la compétitivité peut jouer sur deux attributs des produits&amp;nbsp;: le prix et la qualité. Lorsque l'économie migre en masse d'un système technique à l'autre, il ne suffit pas pour une entreprise, pour un pays, de s'appliquer au prix et à la qualité des produits&amp;nbsp;: il faut aussi se réorganiser, se redéfinir dans le cadre du nouveau système technique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De ce point de vue on peut s'inquiéter pour la France. Si l'on considère la valeur du PIB elle est classée cinquième parmi les nations. Si l'on considère l'informatisation, les études disponibles la classent vingtième (OCDE, &lt;i&gt;The Economist &lt;/i&gt;etc.). Pourra-t-elle rester cinquième selon la richesse alors qu'elle est vingtième selon la maîtrise des techniques fondamentales ? Bien sûr que non. Elle risque plutôt de se retrouver dominée, colonisée, comme le furent au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle la Chine et les autres pays qui ne s'étaient pas industrialisés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Regardez les grands accidents industriels, les grands échecs de l'industrie contemporaine&amp;nbsp;: ils ont &lt;i&gt;presque tous&lt;/i&gt; pour cause un problème informatique. La construction de l'A380 a été ralentie parce que les Français et les Allemands n'utilisaient pas le même logiciel pour le plan de câblage. La mise au point de l'A400M est ralentie parce que l'on peine à mettre au point le programme informatique qui commande ses moteurs. La fusée Ariane a explosé à cause d'une bogue dans un logiciel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la conception des produits, l'informatique occupe une place prépondérante&amp;nbsp;: d'abord parce que l'on utilise massivement la simulation en 3D pour préciser le dessin et l'ajustement des pièces qui le composent, mais aussi parce que l'informatisation a transformé la mécanique. Auparavant, la transmission d'information, la synchronisation des organes d'une machine, d'un moteur, étaient réalisées à l'aide d'engrenages, arbres à cames, courroies, poulies etc. Elle est de plus en plus réalisée par des composants électroniques, des bus informatiques et des logiciels et cela la rend à la fois plus précise et plus riche en possibilités. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="CENTER" style="margin-bottom: 0cm;"&gt;* &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp;    *&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Oui, le monde a changé, la nature a changé – si l'on accepte d'appeler «&amp;nbsp;nature&amp;nbsp;» non seulement la nature physique et biologique, mais aussi l'état des choses qui résulte de l'action humaine&amp;nbsp;: une fois qu'une maison a été construite ou qu'une route a été tracée, ces artefacts dont la conception est sortie de l'esprit humain s'agrègent au monde de la nature qui s'offre à notre action comme ressource, outil et obstacle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en est résulté dans les entreprises un changement brutal de la structure de l'emploi, de la nature des produits et de la façon de produire. Ce changement a été plus subi que voulu ou même pensé&amp;nbsp;: il s'est produit sous la pression de la nécessité et ses conséquences se déploient avec la vigueur d'un phénomène naturel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La production des biens s'est massivement automatisée&amp;nbsp;: dans une usine, presque tout est fait par des automates (il suffit pour s'en convaincre de visiter des usines, ou à défaut de regarder la série «&amp;nbsp;Comment c'est fait&amp;nbsp;» sur &lt;i&gt;Discovery Channel&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;: seul reste à faire le travail de supervision, de réglage, de maintenance, et aussi parfois l'emballage parce que celui-ci est trop difficile à automatiser. Bien sûr cette automatisation a un coût qui ne fait que renchérir la conception du produit&amp;nbsp;: l'entreprise contemporaine est &lt;i&gt;ultra-capitalistique&lt;/i&gt; car l'essentiel du coût de production réside dans l'investissement initial.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les effectifs consacrés à la conception sont donc plus importants qu'autrefois. Les entreprises qui veulent satisfaire et fidéliser leurs clients doivent par ailleurs développer des services financiers, de conseil, d'assistance, de maintenance etc.&amp;nbsp;L'emploi, chassé de la production physique, se retrouve ainsi dans le déploiement de la conception et des services.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'évolution de la &lt;i&gt;façon de produire&lt;/i&gt; change la &lt;i&gt;façon de penser&lt;/i&gt;. L'informatisation implique d'équiper l'entreprise d'une doublure informationnelle, d'un langage qui représente dans le système d'information les êtres avec lesquels elle est en relation et sur lesquels elle agit. Cela suppose une «&amp;nbsp;pratique de l'abstraction&amp;nbsp;», une abstraction à finalité pratique qui diffère beaucoup de l'abstraction contemplative, héritée de notre tradition intellectuelle et déconnectée de l'action.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle modifie aussi l'organisation et la façon d'agir. Dans l'entreprise industrielle, mécanisée d'autrefois, la conception et l'organisation étaient le fait d'une petite équipe d'ingénieurs et de dirigeants puis la production était réalisée, de façon répétitive, par une foule d'ouvriers travaillant selon des consignes strictes. Dans l'entreprise informatisée, le travail répétitif est automatisé&amp;nbsp;: seule reste à faire par l'être humain la partie non répétitive ou même imprévisible du travail.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi le «&amp;nbsp;cerveau d’œuvre&amp;nbsp;» a remplacé la main d’œuvre, et il lui est demandé de prendre des décisions, d'exercer des responsabilités que l'organisation ne peut pas assurer&amp;nbsp;: traiter la demande qu'un client formule dans un langage qui n'est pas celui de l'entreprise, agir à chaud pour régler un incident, bref agir à l'interface entre l'entreprise et la nature extérieure à l'entreprise – que ce soit la nature des matières premières, celle des techniques, ou celle des besoins des clients. L'informatisation ne se réduit pas à une automatisation&amp;nbsp;: elle a fait émerger un être nouveau, l'&lt;i&gt;alliage&lt;/i&gt; du cerveau humain et de l'automate.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous pourrions détailler d'autres conséquence de l'informatisation&amp;nbsp;: la diversification des produits, la nécessité de partenariats, la relation transcanal avec les clients – mais ce n'est pas le but principal de cet exposé. Regardons plutôt ce qui se passe dans les entreprises et, à un niveau plus global, dans la société tout entière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les entreprises avancent et évoluent, certes, mais comme à reculons, donc lentement et en faisant beaucoup d'erreurs. Dans leur majorité, comme nous l'avons dit, les dirigeants n'ont pas compris l'informatisation et ils n'en tirent pas les conséquences. La qualité du système d'information n'étant pas évaluée dans le bilan d'une entreprise, ceux qui ne pensent qu'à «&amp;nbsp;maximiser le profit&amp;nbsp;» ou à «&amp;nbsp;créer de la valeur pour l'actionnaire&amp;nbsp;» n'en perçoivent pas la nécessité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si les entreprises étaient bien organisées et mettaient efficacement en scène l'alliage du cerveau humain et de l'automate, la France serait compétitive et le plein-emploi serait assuré.  Il est trop évident que nous en sommes loin. Beaucoup de décisions stratégiques sont prises au rebours de ce qui serait nécessaire. Pour faire des économies de bouts de chandelle, l'entreprise sous-traitera sa relation avec les clients – le centre d'appel, le service de dépannage etc. – et gaspillera ainsi l'expérience précieuse qui s'acquiert à la première ligne. De façon très générale les entreprises répugnent à développer les services pourtant nécessaires à la qualité de leur produit&amp;nbsp;: elles croient que les services, «&amp;nbsp;ce n'est pas de la production&amp;nbsp;», et que seuls méritent le nom de «&amp;nbsp;produit&amp;nbsp;» les biens que l'on peut toucher de ses mains et soupeser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="CENTER" style="margin-bottom: 0cm;"&gt;*&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;     *&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'informatisation, il faut le dire, apporte autant de risques que de possibilités. Les automates tombent en panne, les logiciels ont des défauts&amp;nbsp;: il faut donc une supervision attentive, il faut  se protéger des manœuvres malveillantes. Il faut aussi ne pas être dupe de la puissance des automates.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut expliquer la crise financière par l'illusion de sécurité qu'apporte l'informatique et par la puissance incontrôlée qu'elle a mise entre les mains des opérateurs&amp;nbsp;: lorsque la sensation du risque disparaît, l'arbitrage entre rendement et risque qui fait le cœur de la finance est déséquilibré et le risque réel croît jusqu'à la catastrophe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'informatique a donné d'ailleurs, avec la complicité des banques et de pays voyous, l'arme du &lt;i&gt;blanchiment &lt;/i&gt;à des &lt;i&gt;prédateurs &lt;/i&gt;qui font fortune en s'emparant de patrimoines mal protégés et en les dépeçant. Les gains que procurent la fraude, la corruption et la criminalité peuvent aussi se recycler dans l'économie légale&amp;nbsp;: la mafia a pris le contrôle de régions entières, de secteurs de l'économie, voire dans certains pays du pouvoir politique – et cela ne lui aurait pas été possible sans le blanchiment informatisé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="CENTER" style="margin-bottom: 0cm;"&gt;* &amp;nbsp; &amp;nbsp;     *&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Face aux possibilités et aux risques que nous venons de décrire sommairement,  où en est la prise de conscience de la société&amp;nbsp;? Où en sont les économistes&amp;nbsp;? Quelle est l'initiative du politique&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La société est fascinée par des gadgets, iPhones et autres iPads, dont la commodité lui donne l'illusion que «&amp;nbsp;l'informatique, au fond, c'est très simple&amp;nbsp;» et qu'il n'y a donc pas à se casser la tête. Cette conviction est renforcée par la virtuosité des adolescents dans l'utilisation du clavier et de la souris, ou dans le &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt; et les jeux sur l'Internet –  il y a pourtant loin entre cette virtuosité et la compétence en modélisation et en programmation qui est nécessaire pour mettre en place un système d'information.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La science économique, née en 1776 avec la &lt;i&gt;Richesse des nations&lt;/i&gt; d'Adam Smith, s'est  formée en symbiose avec l'industrialisation. Elle peine donc à assimiler le nouveau système technique et beaucoup de ses recommandations sont à contre-courant&amp;nbsp;: ni l'apologie de la concurrence et du libre échange, ni la démolition du service public à laquelle les «&amp;nbsp;libéraux&amp;nbsp;» s'acharnent, ne sont de mise dans une économie informatisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le politique, lui, est fasciné par le «&amp;nbsp;numérique&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: il déploie des réseaux en fibre optique et des micro-ordinateurs, il «&amp;nbsp;dématérialise&amp;nbsp;» les paperasses, mais tout cela reste marginal par rapport au phénomène. On ne voit jamais mentionner l'informatisation parmi les priorités de la nation. Et pourtant s'il est vrai comme nous le croyons qu'elle est la forme actuelle de l'industrialisation, que sa réussite conditionne à terme la place de notre pays et son droit à la parole dans le concert des nations, il serait temps que les politiques l'assument et nous en parlent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelles sont d'ailleurs les priorités de la population française&amp;nbsp;? L'éducation, la santé, l'emploi, la justice, le logement&amp;nbsp;: sur chacune de ces priorités, l'informatisation peut apporter une efficacité inédit
