samedi 22 novembre 2014

Les institutions et nous



Nous sommes tous victimes d'une illusion d'optique quand nous regardons une institution (une entreprise, un ministère, un « système » comme le système éducatif ou le système de santé, l’État, etc.) : son existence nous semble si évidente, si massive, que nous ne pensons pas qu'elle a pu être créée, « instituée », qu'elle aurait pu ne pas exister, qu'il se peut qu'elle cesse un jour d'exister.

Tandis que la permanence, l'éternité que nous lui attribuons nient son histoire et sa fragilité, nous percevons moins les services qu'elle rend que les défauts qu'elle présente : l'arrogance prétentieuse des dirigeants, le carriérisme hypocrite des cadres, le formalisme de l'organisation.

Les institutions nous irritent d'autant plus que rien, dans notre formation, ne nous a préparés à comprendre ce qu'elles sont, à percevoir leur utilité. La scolarité, les examens et les concours nous ont formés à l'individualisme, ainsi d'ailleurs que la littérature : rares sont, parmi les écrivains et les cinéastes, ceux qui ont mis en scène la vie d'une institution, sa naissance, sa mort et les épisodes dramatiques de son existence.

Comme elles sont exclues de notre imaginaire, de la façon dont nous concevons notre destin, elles nous exaspèrent. Pour les comprendre, pour savoir à quoi elles servent, il faut être sorti de l'adolescence, avoir mûri, avoir aussi médité l'histoire : et on sait que dans notre société l'adolescence se prolonge, parfois, jusqu'à la fin de la vie.

jeudi 13 novembre 2014

Le plein emploi dans l'iconomie

Lorsque nous disons que l'iconomie connaîtra le plein emploi, on nous enjoint de le « démontrer ». Cette injonction révèle une incompréhension de ce que sont l'iconomie et l'« emploi ».

L'iconomie n'est ni une prévision, ni une certitude. C'est le modèle d'une économie et d'une société informatisées qui seraient par hypothèse parvenues à l'efficacité.

Rien ne garantit que l'évolution nous y conduira effectivement : contrairement à ce que postulent nombre d'économistes, l'histoire montre que l'efficacité n'est pas un attracteur vers lequel les sociétés tendraient irrésistiblement.

L'économie informatisée actuelle est inefficace puisqu'elle connaît un chômage de masse qui stérilise une part importante de la force de travail. Il se peut que l'évolution se poursuive sur la piste ainsi amorcée : la crise serait alors durable et l'économie resterait engluée dans un « déséquilibre », comme disent les économistes (dans leur vocabulaire « équilibre » est synonyme d'« efficacité »).

C'est le risque de cette inefficacité durable qui nous a incité à explorer un monde, celui de l'iconomie qui, étant par hypothèse efficace, implique le le plein emploi. Mais ce raisonnement, nous dit-on, ne convainc pas parce qu'il est théorique. On veut « sentir » les choses et la logique pure n'y suffit pas. Nous devons donc aller plus loin.

samedi 8 novembre 2014

Pour une philosophie de l'informatisation

« La culture s'est constituée en système de défense contre les techniques ; or cette défense se présente comme une défense de l'homme, supposant que les objets techniques ne contiennent pas de réalité humaine. Nous voudrions montrer que la culture ignore dans la réalité technique une réalité humaine, et que, pour jouer son rôle complet, la culture doit incorporer les êtres techniques sous forme de connaissance et de sens des valeurs »
(Gilbert Simondon, Du mode d'existence des objets techniques, Aubier, 1958, p, 9).


*     *

L'informatique, science et technique de la conception et de la programmation des automates, a provoqué un phénomène historique, l'informatisation, qui confronte les intentions et les actions humaines à de nouvelles possibilités et de nouveaux dangers.

L'informatisation s'inscrit dans la vie des institutions1 avec leurs « systèmes d'information », ainsi que dans la vie quotidienne de chacun avec le Web, le téléphone « intelligent », les réseaux sociaux, etc.

La nature est transformée : l'Internet et l'informatisation de la logistique effacent nombre des effets de la distance, l'impression 3D franchit l'écran qui sépare les choses de leur représentation, l'Internet des objets enrichit les relations entre les choses, entre les choses et les automates, entre les choses et les personnes.

L'informatique semble ainsi accomplir la promesse de la magie, « commander aux choses par la parole » : des programmes qui commencent par « {public static void main (string args[ ]){ » supplantent efficacement « Abracadabra » et « Sésame, ouvre toi ».

Un défi est ainsi adressé aux philosophes2 : embrasser l'ensemble de ces phénomènes pour nous permettre de penser leurs conditions de possibilité et leurs conséquences ultimes.

L'enjeu est historique autant qu'intellectuel car l'informatisation place la société au carrefour de deux évolutions : l'une, dans laquelle elle s'est engagée, est celle de la consommation aveugle, de la crise des institutions, du clivage entre riches et pauvres, du déploiement de la violence.

L'autre est celle qui, tirant parti des possibilités et maîtrisant les dangers qui les accompagnent, conduirait à une société de classe moyenne où le système éducatif formerait des compétences, où le plein emploi serait assuré, où les rapports entre personnes s'appuieraient sur la considération, où la consommation serait exigeante en qualité et sobre en volume.

Après une révolution industrielle la société, désorientée, ne fait l'effort de comprendre la nouvelle nature qu'après un épisode de destruction. La responsabilité de ceux qui savent penser est aujourd'hui de faire en sorte que cet épisode soit aussi bref que possible.

vendredi 7 novembre 2014

Pour François Hollande

J'ai trouvé François Hollande convaincant hier soir et beaucoup plus sympathique que ses prédécesseurs. Que l'on se rappelle donc l'énergie factice de Sarkozy, Chirac et sa façon de répondre à côté de la question, la prétention « culturelle » de Mitterrand, Giscard et son cerveau « supérieur » et sentencieux, Pompidou et sa « modernité »... De Gaulle reste bien sûr hors concours.

Après l'émission de TF1 les politiques ont exprimé la position de leur parti : la « gauche » (sauf les extrémistes) a trouvé Hollande bon, la « droite » l'a trouvé mauvais. Ces opinions préfabriquées n'ont aucune signification.

Mais qu'elle soit « de droite » ou « de gauche » la presse unanime a tiré sur Hollande. Le Monde estime qu'il a été « aux antipodes du mélange d'autorité et de souveraineté que les Français attendent du chef de l’État » (sic) et « trop attentiste pour être convaincant ». Libération a jugé l'émission « plombante sur la forme, guère emballante sur le fond » et estime que Hollande a raconté « quelques bobards ». Le Figaro, cela ne surprend pas, titre « encore raté ! » et commente : « échec », « naufrage », etc.

Les journalistes ont-ils vu la même émission que moi ? Je crois plutôt qu'ils hurlent avec les loups : celui qui ose s'exprimer au rebours des sondages passe pour un jobard. Peu de gens ont pris ce risque sur Twitter.

J'ai toujours détesté ces situations dans lesquelles au lycée, dans l'entreprise, une meute prend plaisir à se savoir unanime en sacrifiant un bouc émissaire.

Hollande a pourtant raison de soutenir les entreprises : ceux qui le lui reprochent semblent croire que les emplois et le bien-être matériel peuvent sortir du sol comme l'herbe au printemps. Soutenir les entreprises, c'est d'ailleurs soutenir les entrepreneurs et non le patronat.

Il a eu raison de rappeler la nécessité des institutions à la dame chef d'entreprise qui croit que la décision politique puisse sortir du sol.

Il a raison de juger prioritaire la lutte contre le réchauffement climatique, de reconnaître l'importance du « numérique » (même si je préfère dire « l'informatisation »). Il s'exagère l'apport économique des énergies renouvelables mais il n'est pas le seul : Rifkin est à la mode.

Personne ne lui a demandé ce que l’État peut faire pour contenir les rémunérations prédatrices, l'abus de biens sociaux, la fraude fiscale, le blanchiment... on ne peut pas lui reprocher de ne pas en avoir parlé.

Il a été aimable et correct avec les personnes que l'on avait mises en face de lui, il s'est prêté à l'exercice en direct et sans filet. Il a répondu aux questions, il n'a pas esquivé les difficultés de l'heure, il n'a pas joué à l'« énergique » ni à l'homme supérieur.

Il m'a paru sérieux, responsable. Ce président fait de son mieux dans une situation difficile. Il respecte la France, il nous respecte, il nous fait honneur devant les autres pays.

Que demander de plus ? Que notre président soit un génie, un faiseur de miracles, un prestidigitateur capable de créer le lapin qu'il sort du chapeau ? Un souverain à qui l'onction du sacre aurait conféré l'omniscience ?

Il a des limites ? Sans doute, car c'est le lot de tout être humain. Il ne faut pas demander à un président d'être Superman.

A quoi nous sert donc de prendre Hollande pour bouc émissaire, sinon à soulager notre peur collective, notre incapacité à assumer notre personnalité historique, notre République, dans le monde que fait émerger l'informatisation ?

mercredi 5 novembre 2014

La démocratie se paralyse

Les dernières élections américaines ont donné la majorité au parti républicain, dont le programme se réduit à combattre Barack Obama (cf. l'éditorial du New York Times, Negativity Wins the Senate).

Ce parti veut revenir sur la limitation du droit à détenir une arme, la réforme du système de santé, la régulation des banques, la lutte contre le changement climatique, la réforme de l'immigration, les investissements dans le système éducatif. Pour relancer l'économie, ses propositions se limitent à construire un pipe-line avec le Canada, réduire encore les impôts sur les plus riches et crier contre « Obamacare ».

Ainsi la démocratie américaine s'enfonce, séduite par des slogans populistes. Qu'en est-il en France ?

Quelle que soit la qualité éventuellement discutable des projets, ils rencontrent tous une opposition musclée : l'opinion, majoritairement individualiste, déteste les institutions. Elle n'autorise au gouvernement que deux activités qui éveillent l'émotion : les commémorations, l'hommage aux victimes. Elles sont peu fatigantes.

Personne ne voit que l'informatisation a transformé les ressources et les dangers que présente la nature, et donc transformé l'économie : ceux qui détestent l'Entreprise ignorent les systèmes d'information et ne veulent percevoir que les usages individuels du « numérique » : Web, réseaux sociaux, etc.

Cependant les abus de biens sociaux et la fraude fiscale se poursuivent, le crime organisé et la corruption prospèrent grâce au blanchiment, la Banque exerce une prédation sur le système productif, les dirigeants s'attribuent des fortunes sous le prétexte de « rémunération » et de « retraite ».

Tandis que la démocratie se paralyse, un régime féodal s'instaure. Lorsqu'il sera solidement installé nous ferons comme le corbeau honteux et confus de la fable : nous jurerons, mais un peu tard, qu'on ne nous y prendra plus.

jeudi 30 octobre 2014

Dimensions de l'enseignement de l'informatique

(Article destiné à la revue EpiNet de l'association « Enseignement public & Informatique »)

De quoi parle-t-on lorsque l'on dit qu'il faut « enseigner l'informatique » ? Que veut-on enseigner, au juste ?

Certains sont tentés de se limiter à l'art de la programmation, pour lequel la référence est l'ouvrage monumental de Donald Knuth1 – et il est vrai que l'algorithmique pourrait, à elle seule, nourrir un programme étalé sur plusieurs années de cours suivies par une vie entière de recherche.

Mais l'informatique se réduit-elle aux algorithmes ? Non, bien sûr, car l'algorithmique n'est que l'une de ses couches. Elle en comporte d'autres que l'on peut découper de diverses façons : on peut par exemple distinguer la couche physique des processeurs, mémoires et réseaux ; la couche sémantique où sont définies les données ; la couche « processus » où l'informatique rencontre le comportement des êtres humains ; etc.

L'informatique est d'ailleurs essentiellement orientée vers l'action : comme le disent Abelson et Sussman2 elle répond à la question « how to », « comment faire », alors que les mathématiques répondent à la question « what is », « qu'est-ce que c'est » en déployant ce qu'impliquent des définitions. Un enseignement qui négligerait la relation entre l'informatique et l'action, c'est-à-dire l'informatisation, serait artificiel.

Il suffit pour s'en convaincre de penser à la qualité des données. La règle « garbage in, garbage out » est implacable : si les données sont mal définies (incohérentes, polluées par des synonymes et des homonymes, etc.), l'algorithme le mieux conçu ne peut rien fournir qui vaille.

Or on ne peut définir les données de façon pertinente que si l'on a défini d'abord l'action que l'on veut réaliser, puis désigné les êtres réels qu'elle concerne et sélectionné les attributs qu'il convient d'observer. Pour construire un modèle de données il faut donc se poser la question « que voulons-nous faire », point de départ de l'ingénierie sémantique.

mardi 30 septembre 2014

Jeremy Rifkin, The Zero Marginal Cost Society, Palgrave MacMillan, 2014

In English



J'ai fini par me procurer le livre de Rifkin, The Zero Marginal Cost Society, malgré la déception ressentie à la lecture de son précédent ouvrage, The Third Industrial Revolution.

Tout ce livre est bâti sur une grossière erreur de raisonnement. Voici où cela s'exprime :

"Economists have long understood that the most efficient economy is one in which consumers pay only for the marginal cost of the goods they purchase. But if consumers pay only for the marginal cost and those costs continue to race toward zero, businesses would not be able to ensure a return on their investment and sufficient profit. That being the case, market leaders would attempt to gain market dominance to ensure a monopoly hold so they could impose prices higher than the marginal cost, thus preventing the invisible hand from hurrying the market along to the most efficient economy. This is the inherent contradiction that underlies capitalist theory and practice".

Rifkin croit donc que la tarification au coût marginal s'impose, même lorsque ce coût est nul !

Or cette tarification n'est efficace que si le marché obéit au régime de la concurrence parfaite, qui implique que le coût marginal ne soit pas nul (voir Eléments de théorie "iconomique") : le raisonnement de Rifkin combine donc deux hypothèses qui s'excluent mutuellement.

Lorsque le coût marginal est nul, l'entreprise doit bien sûr couvrir le coût fixe de la production et donc, contrairement à ce que dit Rifkin, pratiquer en moyenne un prix qui soit au moins égal au coût moyen (vendre par exemple d'abord cher un produit nouveau, puis baisser progressivement son prix). C'est ce qui se passe lorsque le marché obéit au régime de la concurrence monopolistique, que Rifkin ignore apparemment.

L'erreur de logique située au départ de son raisonnement ruine sa conclusion relative à la "fin du capitalisme". Que le capitalisme disparaisse serait d'ailleurs étrange dans une économie où le coût de production se condense dans un coût fixe qui est du pur capital.

Rifkin avait annoncé en 1997 la "fin du travail". En 2011 il avait situé dans les énergies nouvelles (éoliennes, panneaux solaires, etc.) la troisième révolution industrielle. Il continue à dire n'importe quoi avec ce nouveau livre et cela plaît beaucoup à de nombreux lecteurs.

Le succès médiatique d'un tel farceur est un spectacle pénible pour ceux qui éprouvent, malgré tout, du respect envers la nature humaine.

vendredi 22 août 2014

« Numérique », impasse pour l'intuition

On parle beaucoup du « numérique ». Ce mot désigne précisément le codage binaire auquel l'informatique soumet les documents (texte, image, son, vidéo, code source etc.), chacun étant en effet représenté par une suite de 0 et de 1 qui forme un très grand nombre.

Voici quelques années on ne disait pas « numérique » mais « dématérialisation » (« démat' » dans le jargon professionnel) : un document, un formulaire étaient « dématérialisés » par le passage du support papier au format informatique.

« Numérique », plus récent, focalise lui aussi l'intuition sur ce passage. C'est donc, comme l'est « voile » pour « bateau », une métonymie pour « informatique » : l'« économie numérique » est en fait l'économie informatisée, l'« entreprise numérique » est l'entreprise informatisée.

Le vocabulaire se précise d'ailleurs nécessairement quand il s'agit de passer à l'action : une « formation au numérique » se concrétisera par l'apprentissage de l'usage et de la programmation des ordinateurs, la « numérisation » d'une entreprise se réalisera par la mise en œuvre d'un système d'information, etc.

Pourquoi donc ne pas dire plutôt « informatique » et « informatisation » qui, étant exacts, donnent un accès immédiat à l'action ?

Le vocabulaire s'explique ici comme ailleurs par des raisons à la fois historiques, sociologiques et idéologiques :
  • Les Américains ont refusé le mot « informatique » qu'ils jugent not invented here. Comme « computer science » ne se prête pas à la formation d'un adjectif ils disent « digital », qui évoque les chiffres 0 et 1, et nous l'avons traduit par « numérique » qui évoque les nombres. Certains, pour mieux les imiter, préfèrent « digital » à « numérique ».
  • Nombreux sont ceux qui ne veulent voir dans l'informatique qu'une « simple technique ». Pour évoquer l'éventail des effets de l'informatisation ils utilisent de façon paradoxale « numérique », dont le sens propre est plus technique encore que celui d'« informatique ».
  • Ceux qui appartiennent (ou ambitionnent d'appartenir) au « bon milieu » des dirigeants croient que la précision technique est le fait de personnes d'un niveau social médiocre. Le flou conceptuel de « numérique » leur permet de faire l'important en « parlant sans jugement de choses qu'ils ignorent », comme disait Descartes.
  • Cette attitude est renforcée dans la « haute » fonction publique par une échelle des valeurs qui place tout en bas l'action, jugée vulgaire, compromettante et sale, et tout en haut une parole qui exprime la contemplation de vérités éternelles.

lundi 18 août 2014

Eléments de théorie "iconomique"

Voici le lien vers le chapitre que je viens de rédiger pour un ouvrage dont Claude Rochet coordonne la rédaction (il est destiné à être publié aussi sous forme d'article dans les "Cahiers de l'iconomie") :

http://www.volle.com/travaux/ecoiconomie.pdf

Je me suis efforcé dans ce texte de présenter l'iconomie en la plaçant de façon rigoureuse dans le cadre de la théorie économique.

Pour en donner un avant-goût, voici son résumé :

L'économie moderne s'est déployée à partir de la fin du XVIIIe siècle en s'appuyant sur la mécanique, la chimie, puis sur l'énergie à partir de la fin du XIXe siècle.

Elle a fait place à partir des années 1970 à une économie informatisée1 qui s'appuie sur la synergie de la microélectronique, du logiciel et de l'Internet.

La mécanique, la chimie et l'énergie ne sont pas supprimées : elles s'informatisent, tout comme l'agriculture s'est mécanisée et chimisée aux XIXe et XXe siècles.

L'informatisation automatise les tâches répétitives physiques et mentales. Le flux de travail que demande la production devient faible en regard du stock de travail qui la prépare : le coût de production tend à se réduire au coût du capital fixe initial.

Il en résulte une cascade de conséquences dans la nature des produits, le régime du marché, l'organisation des entreprises, la sociologie des pouvoirs et la psychologie des personnes.

Nous nommons iconomie une économie informatisée qui serait parvenue à la pleine efficacité ou, comme disent les économistes, « à l'équilibre ».

Le chômage de masse indique que l'économie informatisée actuelle n'est pas l'iconomie. Elle connaît une crise de transition due à l'inadéquation du comportement des agents économiques (entreprises, consommateurs, État) en regard des ressources et des dangers qu'apporte l'informatisation.

La seule stratégie pour sortir de cette crise est celle qui s'appuiera sur une conscience claire de ces ressources et de ces dangers pour orienter les agents économiques vers l'iconomie.
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1 Nous n'utilisons pas ici le mot « numérique », qui est trop étroit pour désigner les phénomènes que comporte et provoque l'informatisation.

mardi 5 août 2014

L'apport du judaïsme

Mon père, chrétien fidèle, respectait le judaïsme. Cela m'avait préparé à manifester ma curiosité lorsqu'une collègue m'a dit que son mari était rabin : je lui ai demandé de me prêter des textes du Talmud.

Cette lecture m'a libéré du carcan de l'hellénisme. Alors que la pensée de Platon, où nous voyons le point culminant de la philosophie, part de concepts généraux (le Vrai, le Bien, le Beau, etc.), le Talmud part de situations particulières qu'il tente d'éclairer à la lumière de la Torah.

Ainsi tandis que Platon descend, si je puis me permettre cette image, de quelques centimètres à partir du plafond de l'abstraction, le Talmud monte de quelques centimètres à partir du plancher du concret : il respecte la complexité du monde réel.

J'ai rencontré quelques années plus tard un prêtre, ami d'ami qui avait fait ses études à Jérusalem. « Le principe du judaïsme, me dit-il, c'est que Dieu est inconnaissable ». Il en résulte qu'aucune connaissance ne peut atteindre l'absolu : c'est là un principe révolutionnaire, car toute vie sociale s'appuie sur l'adhésion commune à des valeurs que l'on croit absolues.

« C'est pourquoi, dit cet ami, les juifs se sont donné une Loi purement formelle, donc dépourvue de toute justification pratique ou logique mais faite pour procurer la cohésion à une société qui sinon exploserait. Le risque est bien sûr que cette Loi devienne en fait un absolu, une idole : cela fait chez les juifs l'objet d'une dispute sans fin ».

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Prétendre connaître Dieu, n'est-ce pas blasphématoire alors que nous ne pouvons pas connaître pleinement le moindre des objets auxquels l'expérience nous confronte car, même si nous savons l'utiliser, nous ne savons rien de son origine, de son histoire, des molécules qui le composent, etc. ?

Ce qui existe (« se tient debout à l'extérieur ») se présente devant notre pensée, mais elle ne peut pas se l'assimiler autrement que de façon pratique. Il en est de même pour Dieu, l'Existant.

mercredi 23 juillet 2014

De la filière au processus

(Ce texte est une réaction à la note « A quoi servent les filières » publiée par la Fabrique de l'Industrie).

Le concept de « filière » occupe une place intermédiaire entre celui de fraction d'entreprise et celui de branche d'activité : il vise à représenter l'enchaînement des activités qui, de l'extraction des matières premières jusqu'à la finition d'un produit, concourent à l'élaboration de celui-ci en traversant éventuellement plusieurs entreprises (dans ce cas on considère, outre la succession technique des activités élémentaires, les relations contractuelles qui définissent le partage des coûts, recettes et responsabilités).

On peut représenter une filière selon un graphe orienté : les nœuds initiaux sont la production des matières premières, les nœuds finals représentent des produits. Une telle représentation est formellement analogue à celle que l'on utilise, dans une entreprise, pour modéliser un processus de production.

Historiquement le recours à la filière pour définir la politique industrielle a résulté du constat de l'inadéquation des agrégats de la macroéconomie, trop globaux, comme du concept de branche d'activité, trop peu explicatif. Le secret de l'efficacité résidait, pensait-on, dans l'articulation judicieuse des fractions d'entreprise en filières. On a ainsi parlé des filières du nucléaire, de l'aéronautique, de l'énergie, du bois etc.

Cependant les modèles économétriques qu'ont utilisés le Plan et le Trésor relevaient de la macroéconomie, dont le grain est trop grossier pour faire apparaître des filières. Le ministère de l'Industrie, organisé selon les branches d'activité, a utilisé le formalisme des filières pour instruire des décisions qu'il proposait mais la plupart de ses directions étaient peu écoutées et le Trésor avait généralement le dernier mot.

Le concept de filière a donc eu un succès inégal. Est-il nécessaire aujourd'hui ?

samedi 19 juillet 2014

Christian Malis, Guerre et stratégie au XXIe siècle, Fayard, 2014

Le livre de Christian Malis passionnera ceux qui connaissent le métier des armes. Il fait le point sur les débats de doctrine sans rien céder au pédantisme de l'érudition universitaire, il énumère les contraintes stratégiques auxquelles la France est confrontée, il propose des réponses à la réflexion du lecteur.

Voici un exemple : la France dispose, grâce à ses possessions outre-mer, de droits sur un domaine maritime immense, ressource économique de première grandeur pour la pêche et l'exploitation des fonds marins. Ses droits existent de jure dans les traités internationaux mais ils peuvent être annulés de facto si l'accès à ce domaine lui est interdit par la force ou s'il fait l'objet d'intrusions qu'elle ne peut pas empêcher.

Une politique consciente des intérêts à long terme de la nation devrait donc la doter d'une force navale significative : nous ne le faisons pas.

Autre exemple : la puissance militaire, qui se concrétise par la présence d'hommes et de matériel sur le terrain, ne se sépare pas des ressources logistiques, d'une infrastructure technique et scientifique, de la réflexion qui définit la doctrine d'emploi des armes, le tout évolutif pour tenir compte de la nature des adversaires. Pour pouvoir déployer une force combattante efficace de quelques milliers d'hommes, il faut des dizaines de milliers d'autres dans le transport, la logistique, l'industrie et la recherche.

Aujourd'hui la France se refuse à cet effort. Alors même qu'elle demande à son armée d'accomplir sa mission sur des terrains difficiles, elle la soumet à une pression budgétaire qui provoque une pénurie d'effectifs, d'équipements et de munitions.

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Toute nation qui renonce à sa puissance sera dominée et opprimée par d'autres nations : c'est une loi de la nature. On peut la déplorer mais il n'est pas réaliste de la nier.

La puissance d'une nation s'exprime dans sa culture, son économie et ses forces armées. Or ces trois dimensions de la puissance sont aujourd'hui, en France, la cible d'une trahison dont l'origine se trouve dans notre histoire (La France, cette mal aimée).

jeudi 10 juillet 2014

Vers l'économie du risque maximum

Entretien avec Laurent Faibis le 25 juin 2014 : pourquoi l'informatisation fait émerger l'économie du risque maximum.

samedi 5 juillet 2014

Laurent Beccaria, Hélie de Saint Marc, Les Arènes/Perrin, 2013

Hélie Denoix de Saint Marc avait 18 ans en mai 1940. Il a été humilié par la déroute des armées françaises, il a admiré l'énergie et l'organisation des soldats allemands, il s'est engagé dans la résistance. Il s'est fait prendre alors qu'il tentait de passer en Espagne et a été déporté à Buchenwald où les Américains l'ont trouvé agonisant lors de la libération du camp.

Une fois retapé il est passé par Saint-Cyr avant d'entrer dans les parachutistes de la Légion. Il a fait la guerre en Indochine, puis en Algérie.

Il commandait par intérim le 1er REP en avril 1961. Il s'est mis au service du général Challe lors de la tentative de putsch et son régiment a pris le contrôle d'Alger.

Après l'échec du putsch il a été chassé de l'armée et a fait cinq ans de prison. Il a par la suite publié des livres où il a présenté ses réflexions sur le métier des armes.

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Le livre de Laurent Beccaria décrit à travers cette biographie le destin d'une génération d'officiers français.

Ces jeunes gens nés dans les années 1920 sont devenus des guerriers pour laver l'humiliation ressentie en 1940. Ils ont pris tous les risques. Beaucoup sont morts au combat, ceux qui ont survécu ont acquis une excellente compétence tactique.

jeudi 3 juillet 2014

Le cerveau d'oeuvre : emplois et compétences dans l'iconomie

Voici la vidéo d'un entretien avec Laurent Faibis le 25 juin 2014 (5 min 33 s). Un regret : Faibis ne m'a pas interrogé sur la possibilité du plein emploi dans l'iconomie. J'aurais fait la réponse classique :
  1. en 1800 l'agriculture occupait les deux tiers de la population active : il aurait été alors difficile de se représenter l'emploi en 2014, quand elle n'en occupe que 3 % ;
  2. de même, nous avons du mal à nous représenter l'emploi dans l'iconomie car son déploiement implique des changements profonds dans l'économie et la société ;
  3. l'emploi sera différent de ce qu'il est aujourd'hui, le système éducatif aura évolué (cf. L'iconomie et les jeunes) ;
  4. enfin toute économie à l'équilibre connaît le plein emploi de la force de travail. L'iconomie est par hypothèse une économie à l'équilibre, donc elle ne connaîtra plus le chômage de masse.

mercredi 2 juillet 2014

Nicolas Sarkozy : style et usurpations

Nicolas Sarkozy n'est pas seulement l'homme politique qui a été ministre puis président de la République. C'est aussi un homme tout court et cet homme a un style.

Ce style, c'est une trépidation de l'être qui se manifeste par l'activité incessante, la repartie rapide, le talent d'un escrimeur médiatique. Il séduit ceux qui respectent l'énergie, ou plutôt son apparence.

Oui, son apparence, car nombre de mesures annoncées n'ont eu d'autre conséquence que le pur effet d'annonce. Cette activité s'est donc souvent dégradée en activisme, cette énergie s'est parfois dégradée en violence.

Celle-ci s'est manifestée avec une vulgarité qui a choqué : que l'on se rappelle le « croc de boucher » promis à de Villepin, l'invitation à la bagarre adressée à un pêcheur qui l'avait insulté, le « casse-toi, pauvre con » adressé à un quidam au salon de l'Agriculture.

La vulgarité était présente aussi dans l'attitude ostensiblement « décontractée » lors des rencontres avec d'autres dirigeants : on a vu Sarkozy, le talon d'un soulier dans la main, se vautrer dans un fauteuil devant Poutine.


On l'a vu aussi palper avec complaisance la poitrine d'une dame qu'il venait de décorer :


Ce style était fait pour séduire ceux qui ne conçoivent pas ce qui sépare l'activité de l'activisme, l'énergie de la violence, la décontraction de la vulgarité. Ils sont certes nombreux et plus nombreux encore sont ceux qui, respectant les institutions, croient devoir accorder le même respect à la personne qui occupe la fonction de président de la République.

Or la question est de savoir si cette personne remplit effectivement la fonction à laquelle elle a été élue. On arrive ici au point culminant de la question du style.

lundi 30 juin 2014

Sortir de l'impasse stratégique

Pour ceux qui cherchent une orientation stratégique la lecture d'iconomie sera beaucoup plus utile que celle du rapport intitulé « Quelle France dans dix ans ? » que vient de publier le Commissariat général à la stratégie et à la prospective.

La stratégie consiste à repérer, dans la complexité des phénomènes, celui sur lequel peut s'appuyer un levier efficace et qui sera donc essentiel pour orienter l'action. Or ce rapport est une revue des faits économiques et sociaux dont aucune mise en relief ne permet de dégager un tel levier.

Cela résulte de la méthode utilisée. La consultation soi-disant démocratique, mais en fait paresseuse, d'un grand nombre de personnes et d'institutions a conduit à accumuler avis et suggestions. Certains sont sans doute judicieux mais leur accumulation empêche de dégager une orientation stratégique.

Aujourd'hui l'orientation stratégique est pourtant parfaitement claire. Expliquons nous.

lundi 16 juin 2014

L'iconomie et les jeunes

Entre les jeunes et l'informatisation, la relation est plus profonde qu'on ne le croit communément.

Les plus superficiels admirent, comme le fait Michel Serres, la virtuosité des adolescents avec le clavier et la souris. D'autres envisagent de façon plus sérieuse l'informatisation du système éducatif et l'enseignement de l'informatique (cf. Enjeux de l'enseignement de l'informatique).

Mais on peut aller encore plus loin si l'on considère l'économie et la société que fait émerger l'informatisation, c'est-à-dire l'iconomie.

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Notre système éducatif a été organisé pour former une main d’œuvre nombreuse, auxiliaire de la machine, dont la compétence se réduit à comprendre et exécuter fidèlement les ordres reçus. Il forme aussi des cadres en plus petit nombre et des dirigeants encore moins nombreux, la proportion des divers niveaux de la pyramide répondant aux besoins de l'organisation hiérarchique.

Celle-ci ne demande rien d'autre au cerveau de la main d’œuvre que la coordination réflexe des gestes répétitifs qui sont nécessaires à la production.

Dans l'iconomie, par contre, les tâches répétitives sont automatisées. Certains craignent que l'automatisation ne supprime « l'emploi », mais faut-il regretter un « emploi » qui néglige et donc stérilise la ressource la plus précieuse de l'être humain ?

Reste aux êtres humains ce que l'automate ne pourra jamais faire : concevoir des produits, organisations et programmes nouveaux ; répondre à des situations imprévisibles ; traiter avec discernement des cas particuliers ; interpréter ce qu'a dit quelqu'un afin de comprendre ce qu'il a voulu dire.

La main d’œuvre fait ainsi place au cerveau d’œuvre dans les entreprises et les institutions. On attend de celui-ci qu'il soit capable d'initiative et sache assumer des responsabilités. Or la responsabilité ne peut pas aller sans la légitimité, c'est-à-dire sans un droit à l'erreur et un droit à l'écoute. La délégation de légitimité renverse la sacralisation du commandement qui caractérisait l'organisation hiérarchique : le commandement reste une fonction utile, certes, mais ni plus ni moins sacrée que les autres fonctions.

Le cerveau humain est la ressource essentielle de l'iconomie, et c'est une ressource naturelle illimitée car on ne peut pas assigner à son potentiel aucune limite a priori. L'iconomie se trouve ainsi affranchie des bornes que l'épuisement des ressources énergétiques fossiles assignait à l'économie antérieure.

Il en résulte un changement de la mission du système éducatif.

samedi 31 mai 2014

Personne ne peut vraiment comprendre ce qui est incompréhensible

Certains textes, certaines œuvres d'art sont difficiles à comprendre mais compréhensibles. Le lecteur, le spectateur attentif les repèrent : dans un texte, quelques phrases brillent par leur énergie ; dans un morceau de musique, une mélodie attire l'attention ; dans l'œuvre d'un peintre, un tableau saute aux yeux. On devine alors que l'on a affaire à un texte, à une oeuvre de qualité : on y reviendra, on creusera et la clarté entraperçue s'étendra sur l'ensemble jusqu'à l'illuminer.

Mais que faire lorsque la porte reste fermée, lorsqu'aucune partie de l'œuvre n'émet la moindre lumière ? Eh bien il faut alors oser dire que l'on n'y comprend rien et que peut-être cela ne vaut pas grand-chose.

C'est ainsi que je rejette les textes de philosophie qui procèdent par association d'idées, les textes de mathématiques où des tautologies tiennent lieu de définition, et si une œuvre d'art ne me dit rien, c'est parce qu'elle n'a sans doute rien à dire.

Je dis « sans doute » par politesse envers ceux qui l'admirent mais leur admiration me semble douteuse. Je soupçonne certains philosophes, architectes, écrivains et artistes célèbres, dont la cote atteint les sommets, d'être des farceurs qui auront su habilement gérer leur notoriété. D'autres par contre me parlent alors qu'ils sont peu connus et parfois d'abord austère. C'est avec ceux-là que je vis.

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Comment se fait-il donc que tant de gens disent comprendre ce que je ne comprends pas, et méprisent ce que j'aime ? Je crains qu'ils ne fassent confiance à la réputation. J'ai contrarié ceux qui respectent un homme célèbre lorsque j'ai dit que Michel Serres avait écrit des sottises dans Petite poucette : mais enfin ces sottises étaient écrites, il suffisait de les lire pour se faire une opinion indépendante de la renommée.

Beaucoup de gens semblent croire que la population se divise en deux parties : les gens cultivés vivraient dans un monde où se partagent de confiance les mêmes admirations et les mêmes mépris. Les autres seraient des incultes qui ne savent apprécier que le kitsch.

Celui qui ne cherche que le plaisir, fût-ce celui que donnent des œuvres austères mais profondes, va alors scandaliser.

Mais si l'on aime le Don Juan de Mozart et les Concertos brandebourgeois de Bach, pourquoi ne serait-on pas libre de dire que la musique du premier et les cantates du second sont souvent ennuyeuses ? Si l'on aime Cézanne et Klee, pourquoi n'aurait-on pas le droit de détester les toiles de Soulages ? Si l'on aime Proust et Saint-Simon, pourquoi ne pourrait-on pas détester Houellebecq ? Si l'on aime ce que fait Buren, pourquoi ne pourrait-on pas détester l'architecture de Beaubourg ? Si l'on aime Jules Vuillemin et Jacques Bouveresse, pourquoi ne pourrait-on pas détester Deleuze et Derrida ? Je partage la critique que Sokal et Bricmont avait adressée à ces derniers (voir le commentaire de Bouveresse).

Pour pouvoir assimiler un texte philosophique il faut le lire soigneusement, lentement, puis méditer ce que l'on a lu et ensuite y revenir. Si je vois que le texte procède par association d'idées, métaphores et allusions, tous procédés qui incitent l'imagination à divaguer, je maudis le farceur et laisse tomber son ouvrage.

Mais je me demande comment font ceux qui disent comprendre ces textes incompréhensibles.

La vie est trop courte, notre rencontre avec le monde de la pensée et avec le monde de la nature est trop brève pour que nous perdions notre temps en simagrées. Si la culture, la philosophie, la science et l'art sont nutritifs, c'est à condition de se les approprier en s'affranchissant de la sociologie de l'« élite » culturelle qui les parasite.

Il n'existe pas d'autre guide, pour progresser, que le bon sens que cette « élite » méprise tant, que la droiture persévérante du jugement, que le flair d'abord maladroit puis de plus en plus exact qui se forme par la recherche intime du plaisir.

vendredi 30 mai 2014

Mettre les banques à la raison

Lorsqu'une banque est reconnue coupable d'un délit (assistance à la fraude fiscale, blanchiment des profits du crime, non respect d'un embargo), elle passe un compromis (settlement) avec ses victimes, la justice et le régulateur : l'affaire est classée moyennant le paiement d'une amende.

Cette amende est d'un ordre de grandeur macroéconomique : ainsi il est question que la BNP, accusée par les Etats-Unis d'avoir contourné l'embargo imposé à certains pays, paie une amende de 10 milliards de dollars. Ce n'est pas fini car elle est par ailleurs soupçonnée, avec la Société Générale et le Crédit Agricole, d'avoir facilité des opérations de blanchiment1.

JPMorgan Chase s'est vue infliger une amende de 13 milliards de dollars pour ce qu'elle a fait sur le marché des subprimes2, auxquels s'ajoutent 2 milliards pour son rôle dans l'affaire Madoff3.

UBS4 et Deutsche Bank5 se sont fait pincer à propos des subprimes ; Crédit Suisse6 pour du blanchiment ; une enquête est en cours sur la manipulation du cours des devises7 ; Barclays, UBS, Royal Bank of Scotland et Rabobank ont dû payer plusieurs centaines de millions d'euros pour avoir manipulé le Libor ; la Royal Bank of Scotland est accusée d'avoir poussé à la faillite des entreprises viables pour récupérer leurs actifs à bon compte8.

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Si une banque accepte de payer de telles amendes, c'est pour éviter le déballage qu'occasionnerait un procès et aussi pour éviter la sanction éventuellement plus sévère que risquerait de décider un jury scandalisé.