(Texte de la conférence du 10 avril 2014, publié dans le n° 19 des cahiers de l'Association pour l'Histoire des Télécommunications et de l'Informatique).
J'arrive au CNET1 en 1983 à l'invitation de François du Castel pour y monter une « mission d'études économiques ». Cette mission devait éclairer la perspective de la diversification des services sur les réseaux télécoms en coopération avec l'équipe de Patrice Flichy qui, elle, menait des recherches sur la sociologie des usages.
Le service téléphonique avait en effet pratiquement atteint sa pénétration finale après l'effort d'équipement lancé à partir de 1974. L'énergie acquise par la DGT dans cette période de vive croissance se cherchait de nouveaux débouchés : ce sera le Minitel, puis le Plan Câble.
Je venais de l'INSEE et ne connaissais rien aux télécoms. Il a donc fallu que je me mette à l'école comme un bizut en lisant des livres, en écoutant les chercheurs du CNET et surtout les explications que me donnait généreusement du Castel.
J'ai eu bien du mal à comprendre la diversité des télécoms : le codage numérique du signal vocal, le modèle en couches, les règles d'ingénierie et la hiérarchie des commutateurs du réseau général, l'architecture de Transpac, le protocole Ethernet sur les réseaux locaux d'établissement, etc. Il faudra je fasse un cours sur les techniques des télécoms à l'ENSPTT pour assimiler enfin leur vocabulaire, leurs principes et leurs méthodes. Je suis étonné quand je vois un inspecteur des finances accepter de prendre la présidence du gigantesque automate qu'est le réseau télécom sans éprouver apparemment la moindre inquiétude...
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mardi 23 décembre 2014
samedi 12 avril 2014
Les études économiques en support des nouveaux services
(Exposé du 10 avril 2014 devant l'AHTI - Association pour l'Histoire des Télécoms et de l'Informatique)
J'arrive au CNET en 1983 à l'invitation de François du Castel pour y monter une « mission d'études économiques ». Cette mission devait éclairer la perspective de la diversification des services sur les réseaux télécoms en coopération avec l'équipe de Patrice Flichy qui, elle, menait des recherches sur la sociologie des usages.
Le service téléphonique avait en effet pratiquement atteint sa pénétration finale après l'effort d'équipement lancé à partir de 1974. L'énergie acquise par la DGT dans cette période de vive croissance se cherchait de nouveaux débouchés : ce sera le Minitel, puis le Plan Câble.
Je venais de l'INSEE et ne connaissais rien aux télécoms. Il a donc fallu que je me mette à l'école comme un bizut en lisant des livres, en écoutant les chercheurs du CNET et surtout les explications que me donnait généreusement du Castel.
J'ai eu bien du mal à comprendre la diversité des télécoms : le codage numérique du signal vocal, le modèle en couches, les règles d'ingénierie et la hiérarchie des commutateurs du réseau général, l'architecture de Transpac, le protocole Ethernet sur les réseaux locaux d'établissement, etc. Il faudra que je fasse un cours sur les techniques télécoms à l'ENSPTT pour assimiler enfin leur vocabulaire, leurs principes et leur méthode. Je suis étonné quand je vois un inspecteur des finances accepter de prendre la présidence du gigantesque automate qu'est le réseau télécom sans éprouver apparemment la moindre inquiétude...
Les gens des télécoms croyaient, ou affectaient de croire, qu'un économiste est un avocat payé pour faire des calculs complaisants à l'appui des projets qu'on lui demande de défendre. Ce n'était pas ainsi que je concevais mon métier et d'ailleurs du Castel ne m'a jamais demandé rien d'autre qu'un travail honnête.
Je respectais pour ma part beaucoup le sérieux professionnel des télécommunicants. Ils se partageaient entre deux spécialités : les « transmetteurs », qui sont des physiciens, et les « commutants » qui sont des logiciens, et ils adoraient littéralement leur métier historique, la téléphonie filaire. Cela me changeait agréablement de l'INSEE où la statistique – qui occupe l'essentiel des effectifs – était alors moins considérée que la comptabilité nationale, les modèles économétriques et la théorie économique.
J'arrive au CNET en 1983 à l'invitation de François du Castel pour y monter une « mission d'études économiques ». Cette mission devait éclairer la perspective de la diversification des services sur les réseaux télécoms en coopération avec l'équipe de Patrice Flichy qui, elle, menait des recherches sur la sociologie des usages.
Le service téléphonique avait en effet pratiquement atteint sa pénétration finale après l'effort d'équipement lancé à partir de 1974. L'énergie acquise par la DGT dans cette période de vive croissance se cherchait de nouveaux débouchés : ce sera le Minitel, puis le Plan Câble.
Je venais de l'INSEE et ne connaissais rien aux télécoms. Il a donc fallu que je me mette à l'école comme un bizut en lisant des livres, en écoutant les chercheurs du CNET et surtout les explications que me donnait généreusement du Castel.
J'ai eu bien du mal à comprendre la diversité des télécoms : le codage numérique du signal vocal, le modèle en couches, les règles d'ingénierie et la hiérarchie des commutateurs du réseau général, l'architecture de Transpac, le protocole Ethernet sur les réseaux locaux d'établissement, etc. Il faudra que je fasse un cours sur les techniques télécoms à l'ENSPTT pour assimiler enfin leur vocabulaire, leurs principes et leur méthode. Je suis étonné quand je vois un inspecteur des finances accepter de prendre la présidence du gigantesque automate qu'est le réseau télécom sans éprouver apparemment la moindre inquiétude...
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Les gens des télécoms croyaient, ou affectaient de croire, qu'un économiste est un avocat payé pour faire des calculs complaisants à l'appui des projets qu'on lui demande de défendre. Ce n'était pas ainsi que je concevais mon métier et d'ailleurs du Castel ne m'a jamais demandé rien d'autre qu'un travail honnête.
Je respectais pour ma part beaucoup le sérieux professionnel des télécommunicants. Ils se partageaient entre deux spécialités : les « transmetteurs », qui sont des physiciens, et les « commutants » qui sont des logiciens, et ils adoraient littéralement leur métier historique, la téléphonie filaire. Cela me changeait agréablement de l'INSEE où la statistique – qui occupe l'essentiel des effectifs – était alors moins considérée que la comptabilité nationale, les modèles économétriques et la théorie économique.
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samedi 7 janvier 2012
La Mamie du Cantal et les télécoms
Voici ce qu'a dit Stéphane Richard, le PDG de France Télécom : "Bien sûr, c'est une évidence, nous pourrons jouer sur les prix en fonction de ce que Free fera, mais tout ne se résume pas à un prix ! La Mamie du Cantal n'a pas besoin de la même offre qu'un geek à Paris. Free ne va pas rafler tous les clients avec une offre unique. Nous, nous essayons de proposer la meilleure offre pour chaque catégorie d'utilisateur." (Marie-Cécile Renault, "Orange a tout un arsenal pour répondre à Free", Le Figaro, 2 janvier 2012).
On devine ce que M. Richard tente maladroitement d'exprimer : il s'agit de segmenter la population des utilisateurs, de tenir compte de la diversité de leurs besoins afin de pouvoir présenter à chaque segment une offre qui lui convienne. Il n'y a rien à redire à cela.
Mais une segmentation doit être finement judicieuse : or il n'y a pas que des Mamies dans le Cantal, il s'en trouve aussi à Paris. Il y a par ailleurs des geeks dans le Cantal, et il se trouve même quelques geeks parmi les Mamies. Ni l'âge, ni la localisation ne sont des critères pertinents pour une segmentation selon les besoins en télécoms.
On devine ce que M. Richard tente maladroitement d'exprimer : il s'agit de segmenter la population des utilisateurs, de tenir compte de la diversité de leurs besoins afin de pouvoir présenter à chaque segment une offre qui lui convienne. Il n'y a rien à redire à cela.
Mais une segmentation doit être finement judicieuse : or il n'y a pas que des Mamies dans le Cantal, il s'en trouve aussi à Paris. Il y a par ailleurs des geeks dans le Cantal, et il se trouve même quelques geeks parmi les Mamies. Ni l'âge, ni la localisation ne sont des critères pertinents pour une segmentation selon les besoins en télécoms.
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mercredi 7 décembre 2011
Les télécoms dans les Hautes Cévennes
Je reproduis ci-dessous le compte rendu de l'assemblée générale de l'association « Allô, où sommes-nous » le 22 octobre : il montre où en sont les services télécoms dans une zone à faible densité de population.
Les services télécoms dans les Hautes-Cévennes sont diversifiés :
- téléphonie filaire, « service universel » offert par l'opérateur historique, France Telecom ;
- téléphonie mobile ;
- accès à l'Internet :
- via le réseau téléphonique filaire selon la technique ADSL ;
- par satellite ;
- via le réseau hertzien offert par Meshnet.
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Les services télécoms dans les Hautes-Cévennes sont diversifiés :
- téléphonie filaire, « service universel » offert par l'opérateur historique, France Telecom ;
- téléphonie mobile ;
- accès à l'Internet :
- via le réseau téléphonique filaire selon la technique ADSL ;
- par satellite ;
- via le réseau hertzien offert par Meshnet.
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lundi 19 avril 2010
France Telecom : une cassure symbolique
Toute entreprise est marquée par son histoire : Didier Toussaint a montré que Renault, par exemple, portait aujourd'hui encore la trace du style de Louis Renault, son fondateur mort en 1944. Les valeurs, habitudes et procédures étant transmises aux « nouveaux » par les « anciens », la structure symbolique d'une entreprise est étonnamment solide - mais comme toute structure elle peut se briser.
La crise qui se manifeste à France Telecom par des drames individuels, un malaise psychologique, un stress dont témoignent de nombreuses anecdotes, s'explique par une cassure symbolique.
Pour comprendre cela il faut revenir sur l'histoire de l'entreprise, sa culture, ses valeurs : cette histoire a en effet subi une torsion profonde qui a provoqué les dégâts apparus à la surface.

Pour représenter ce tremblement de terre nous allons comparer schématiquement la DGT (direction générale des télécommunications) et France Telecom selon un modèle en couches qui articule (1) les dirigeants (directeur général de la DGT devenu président de France Telecom, puis ensemble du comité exécutif), (2) l'encadrement, (3) les agents opérationnels.
La DGT (avant 1988)
Les dirigeants et les cadres de la DGT sont des polytechniciens du corps des ingénieurs des télécoms dont la formation militaire se résume par la phrase « une mission, cela s'apprend par cœur et s'exécute à la lettre ». Ils sont autoritaires, l'encadrement est discipliné, l'entreprise se manœuvre comme une armée : cela donne au dirigeant suprême une puissance qui perdurera chez France Telecom et éblouira Michel Bon.
La crise qui se manifeste à France Telecom par des drames individuels, un malaise psychologique, un stress dont témoignent de nombreuses anecdotes, s'explique par une cassure symbolique.
Pour comprendre cela il faut revenir sur l'histoire de l'entreprise, sa culture, ses valeurs : cette histoire a en effet subi une torsion profonde qui a provoqué les dégâts apparus à la surface.
Pour représenter ce tremblement de terre nous allons comparer schématiquement la DGT (direction générale des télécommunications) et France Telecom selon un modèle en couches qui articule (1) les dirigeants (directeur général de la DGT devenu président de France Telecom, puis ensemble du comité exécutif), (2) l'encadrement, (3) les agents opérationnels.
La DGT (avant 1988)
Les dirigeants et les cadres de la DGT sont des polytechniciens du corps des ingénieurs des télécoms dont la formation militaire se résume par la phrase « une mission, cela s'apprend par cœur et s'exécute à la lettre ». Ils sont autoritaires, l'encadrement est discipliné, l'entreprise se manœuvre comme une armée : cela donne au dirigeant suprême une puissance qui perdurera chez France Telecom et éblouira Michel Bon.
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jeudi 4 février 2010
La chute des grandes maisons
Dans un article récent, Dick Brass annonce la chute de la maison Microsoft ("Microsoft's Creative Destruction", The New York Times, 4 février 2010). Les phénomènes qu'il décrit me rappellent les épisodes amers qui annonçaient la chute de la maison France Telecom : mêmes causes, mêmes effets, même mécanisme...
Comment se fait-il, dit Brass, que ce ne soit pas Microsoft, la plus célèbre et la plus prospère des entreprises américaines dans les TIC, qui ait conçu l'iPad, le Kindle, Google, le BlackBerry et l'iPhone, l'iPod et iTunes, Facebook et Twitter ?
Ce n'est pas par manque de chercheurs et d'ingénieurs compétents : Microsoft possède, en interne, toutes les ressources qui auraient pu lui permettre de réaliser, bien avant les autres, les innovations ci-dessus. Des produits analogues ont d'ailleurs en fait été conçus et mis au point chez Microsoft, mais ils ont été rejetés par une organisation qui décourage l'innovation : les directions en place se sentent menacées lorsqu'une équipe propose un nouveau produit, alors elles font tout pour faire échouer le projet.
Comment se fait-il, dit Brass, que ce ne soit pas Microsoft, la plus célèbre et la plus prospère des entreprises américaines dans les TIC, qui ait conçu l'iPad, le Kindle, Google, le BlackBerry et l'iPhone, l'iPod et iTunes, Facebook et Twitter ?
Ce n'est pas par manque de chercheurs et d'ingénieurs compétents : Microsoft possède, en interne, toutes les ressources qui auraient pu lui permettre de réaliser, bien avant les autres, les innovations ci-dessus. Des produits analogues ont d'ailleurs en fait été conçus et mis au point chez Microsoft, mais ils ont été rejetés par une organisation qui décourage l'innovation : les directions en place se sentent menacées lorsqu'une équipe propose un nouveau produit, alors elles font tout pour faire échouer le projet.
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dimanche 20 décembre 2009
Mésaventures d’un client lambda de France Telecom
Je publie ici le témoignage que Jean Kott m'a aimablement autorisé à reproduire. Ce grand expert des systèmes d'information est aussi, devant une grande entreprise comme France Telecom, un client lambda comme vous ou moi. Son témoignage illustre le degré de dégradation où est parvenu cette entreprise suicidaire.
Je communique assidûment mon analyse et mes craintes aux politiques et dirigeants que je rencontre. Pour le moment, je n'en ai trouvé aucun qui se sente en position d'agir mais je continue : même si France Telecom a désormais le statut d'une entreprise privée, la qualité du réseau et du service est un enjeu national.
Il faudra bien que le citoyen se réveille un jour, fût-ce un peu tard !
Ne s'est-on pas fait des illusions sur les vertus du privé et de la concurrence ?
La qualité du service que produit cette entreprise conditionne l'efficacité de notre économie : ne serons-nous pas contraints, un jour, de la re-nationaliser pour la reprendre à des actionnaires prédateurs ?
Vous croyez peut-être que dire cela, c'est ringard ? J'estime, moi, qu'il est ringard de persister, malgré l'expérience, à croire en des dogmes venant d'un mauvais cours d'économie et à prétendre que l'efficacité serait conditionnée par la concurrence pure et parfaite, la privatisation des services publics, l'ouverture totale du marché, la maximisation du profit et la création de valeur pour l'actionnaire.
Mais voici le témoignage de Jean Kott :
Je communique assidûment mon analyse et mes craintes aux politiques et dirigeants que je rencontre. Pour le moment, je n'en ai trouvé aucun qui se sente en position d'agir mais je continue : même si France Telecom a désormais le statut d'une entreprise privée, la qualité du réseau et du service est un enjeu national.
Il faudra bien que le citoyen se réveille un jour, fût-ce un peu tard !
Ne s'est-on pas fait des illusions sur les vertus du privé et de la concurrence ?
La qualité du service que produit cette entreprise conditionne l'efficacité de notre économie : ne serons-nous pas contraints, un jour, de la re-nationaliser pour la reprendre à des actionnaires prédateurs ?
Vous croyez peut-être que dire cela, c'est ringard ? J'estime, moi, qu'il est ringard de persister, malgré l'expérience, à croire en des dogmes venant d'un mauvais cours d'économie et à prétendre que l'efficacité serait conditionnée par la concurrence pure et parfaite, la privatisation des services publics, l'ouverture totale du marché, la maximisation du profit et la création de valeur pour l'actionnaire.
Mais voici le témoignage de Jean Kott :
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vendredi 9 octobre 2009
Le suicide d'une entreprise
Après la publication de A propos de la crise chez France Telecom, qui contenait des liens vers les chroniques que j'avais au fil du temps consacrées à France Telecom, j'ai reçu plusieurs messages de lecteurs qui demandaient des précisions.
J'aurais préféré me taire : j'ai beaucoup aimé cette entreprise où j'ai rencontré tant de personnes admirables de tous les grades et niveaux, où j'ai tant appris, où je compte encore de nombreux amis - et ce qui lui arrive me fait souffrir, tout comme cela fait souffrir ses salariés et ses dirigeants.
Mais puisque l'on a demandé des précisions, il faut répondre. J'ai donc rédigé un complément à mes chroniques anciennes. Je ne reprends pas l'historique déjà donné ailleurs, ni l'analyse des stratégies qui se sont succédées dans le désarroi, ni le portrait des DG et présidents successifs que j'ai tous connus et vu agir de près.
J'aurais préféré me taire : j'ai beaucoup aimé cette entreprise où j'ai rencontré tant de personnes admirables de tous les grades et niveaux, où j'ai tant appris, où je compte encore de nombreux amis - et ce qui lui arrive me fait souffrir, tout comme cela fait souffrir ses salariés et ses dirigeants.
Mais puisque l'on a demandé des précisions, il faut répondre. J'ai donc rédigé un complément à mes chroniques anciennes. Je ne reprends pas l'historique déjà donné ailleurs, ni l'analyse des stratégies qui se sont succédées dans le désarroi, ni le portrait des DG et présidents successifs que j'ai tous connus et vu agir de près.
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La catastrophe symbolique
Nota Bene : Ce texte fait suite à France Telecom et la divestiture.
Toute entreprise, qu'elle soit grande ou petite, constitue une petite société dont la sociologie, spécifique, est marquée par son histoire. Cette histoire a déposé dans les mémoires l'image de certains événements marquants et autour de cette image se sont formés des réflexes collectifs, se sont coagulées des valeurs.
Ainsi toute entreprise vit dans un monde de symboles qui diffère des mondes technique et économique, s'articule à eux et les influence.
Tout entrepreneur véritable, tout stratège, sait que la source de l'énergie collective se trouve dans le monde des symboles et que c'est là qu'il doit poser le levier de son action.
Ce fait, depuis toujours évident pour quiconque ne porte pas d'œillères, l'est devenu plus encore avec l'informatisation. Mais les généraux ne sont pas tous des stratèges et les dirigeants ne sont pas tous des entrepreneurs.
Toute entreprise, qu'elle soit grande ou petite, constitue une petite société dont la sociologie, spécifique, est marquée par son histoire. Cette histoire a déposé dans les mémoires l'image de certains événements marquants et autour de cette image se sont formés des réflexes collectifs, se sont coagulées des valeurs.
Ainsi toute entreprise vit dans un monde de symboles qui diffère des mondes technique et économique, s'articule à eux et les influence.
Tout entrepreneur véritable, tout stratège, sait que la source de l'énergie collective se trouve dans le monde des symboles et que c'est là qu'il doit poser le levier de son action.
Ce fait, depuis toujours évident pour quiconque ne porte pas d'œillères, l'est devenu plus encore avec l'informatisation. Mais les généraux ne sont pas tous des stratèges et les dirigeants ne sont pas tous des entrepreneurs.
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France Telecom
France Telecom et la divestiture
Nota Bene : Ce texte fait suite à Les effets de la concurrence.
Il ne faut pas idéaliser le passé : comme toute institution, France Telecom avait des défauts au temps du monopole ; elle avait aussi des vertus.
Le sérieux professionnel de ses salariés m'a frappé lorsque je suis entré au CNET en 1983 : du haut en bas de la hiérarchie, tous connaissaient et même aimaient le réseau, tous étaient fiers d'être utiles à la Nation. Fidèles à la tradition saint-simonienne de l'École polytechnique (voir Pierre Musso, Télécommunications et philosophie des réseaux, la postérité paradoxale de Saint-Simon, PUF, 1997), ils veillaient à la qualité du service, à l'équipement du territoire, au perfectionnement des techniques, à la satisfaction des clients.
Ce sérieux s'accompagnait de quelque étroitesse : l'humour était une denrée rare à la direction générale. Le prestige de chacun se mesurant « objectivement » selon le montant du budget qu'il maîtrisait - ce budget fût-il consacré à creuser des tranchées - la subtilité intellectuelle n'était guère prisée en dehors du domaine technique. Les comportements admis, d'une brusquerie rustique, masquaient la ruse très fine nécessaire au pilotage de la carrière.
Il ne faut pas idéaliser le passé : comme toute institution, France Telecom avait des défauts au temps du monopole ; elle avait aussi des vertus.
Le sérieux professionnel de ses salariés m'a frappé lorsque je suis entré au CNET en 1983 : du haut en bas de la hiérarchie, tous connaissaient et même aimaient le réseau, tous étaient fiers d'être utiles à la Nation. Fidèles à la tradition saint-simonienne de l'École polytechnique (voir Pierre Musso, Télécommunications et philosophie des réseaux, la postérité paradoxale de Saint-Simon, PUF, 1997), ils veillaient à la qualité du service, à l'équipement du territoire, au perfectionnement des techniques, à la satisfaction des clients.
Ce sérieux s'accompagnait de quelque étroitesse : l'humour était une denrée rare à la direction générale. Le prestige de chacun se mesurant « objectivement » selon le montant du budget qu'il maîtrisait - ce budget fût-il consacré à creuser des tranchées - la subtilité intellectuelle n'était guère prisée en dehors du domaine technique. Les comportements admis, d'une brusquerie rustique, masquaient la ruse très fine nécessaire au pilotage de la carrière.
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Les effets de la concurrence
Nota Bene : Ce texte fait suite à "Les télécoms sont-elles un monopole naturel ?".
Certains affirment que la concurrence est, pour tout secteur de l’économie, le seul régime efficace. Cette croyance étant pour eux un dogme, ils en oublient que le seul but légitime de l’économie est la satisfaction du consommateur.
Si l’efficacité de la concurrence est effectivement démontrée au début d’un cours d’économie, cette démonstration suppose des conditions que l’économie réelle ne respecte pas souvent : les développements les plus féconds de la théorie explorent les situations de concurrence imparfaite (monopole, concurrence monopoliste, régulation etc. : voir par exemple Jean Tirole, Théorie de l'organisation industrielle, Economica, 1993).
Mais sans doute beaucoup de personnes ne gardent en mémoire que le début du cours... S'appuyant en outre sur un passage d'Adam Smith qu’elles interprètent à contre sens (la fameuse main invisible), elles pensent que la recherche exclusive du profit est la condition du bien-être collectif : c’est leur deuxième dogme.
Ces deux dogmes servent d'argument à une politique qui, sous prétexte d'efficacité, s'applique à démanteler les services publics. Il s'agit aussi sans doute de liquider des institutions dont les syndicats, les corporations professionnelles avaient fait il est vrai des forteresses.
Certains affirment que la concurrence est, pour tout secteur de l’économie, le seul régime efficace. Cette croyance étant pour eux un dogme, ils en oublient que le seul but légitime de l’économie est la satisfaction du consommateur.
Si l’efficacité de la concurrence est effectivement démontrée au début d’un cours d’économie, cette démonstration suppose des conditions que l’économie réelle ne respecte pas souvent : les développements les plus féconds de la théorie explorent les situations de concurrence imparfaite (monopole, concurrence monopoliste, régulation etc. : voir par exemple Jean Tirole, Théorie de l'organisation industrielle, Economica, 1993).
Mais sans doute beaucoup de personnes ne gardent en mémoire que le début du cours... S'appuyant en outre sur un passage d'Adam Smith qu’elles interprètent à contre sens (la fameuse main invisible), elles pensent que la recherche exclusive du profit est la condition du bien-être collectif : c’est leur deuxième dogme.
Ces deux dogmes servent d'argument à une politique qui, sous prétexte d'efficacité, s'applique à démanteler les services publics. Il s'agit aussi sans doute de liquider des institutions dont les syndicats, les corporations professionnelles avaient fait il est vrai des forteresses.
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Les télécoms sont-elles un monopole naturel ?
Nota Bene : Ce texte fait suite à "Qu'est-ce qu'un monopole naturel ?".
Le réseau télécoms est un automate qui assure la communication à la demande entre les équipements terminaux - téléphone, ordinateur etc. – de ses utilisateurs, ménages ou entreprises.
La demande qui lui est adressée est une matrice de trafic probabiliste. Pour des raisons historiques elle a une forme approximativement bloc-diagonale, chaque bloc correspondant au territoire d'une nation : le trafic international est en effet moins intense que le trafic interne au pays.
La fonction de coût du réseau recouvre :
- le coût de la boucle locale qui raccorde les utilisateurs à un commutateur local et représente les trois quarts du coût du réseau ;
- le coût du coeur du réseau, qui assure la commutation et le transport.
Le réseau télécoms est un automate qui assure la communication à la demande entre les équipements terminaux - téléphone, ordinateur etc. – de ses utilisateurs, ménages ou entreprises.
La demande qui lui est adressée est une matrice de trafic probabiliste. Pour des raisons historiques elle a une forme approximativement bloc-diagonale, chaque bloc correspondant au territoire d'une nation : le trafic international est en effet moins intense que le trafic interne au pays.
La fonction de coût du réseau recouvre :
- le coût de la boucle locale qui raccorde les utilisateurs à un commutateur local et représente les trois quarts du coût du réseau ;
- le coût du coeur du réseau, qui assure la commutation et le transport.
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Qu'est-ce qu'un monopole naturel ? (série)
« La consommation est le seul but de la production, et les intérêts du producteur ne doivent être respectés que dans la mesure où c'est nécessaire pour promouvoir ceux du consommateur. Cette maxime est tellement évidente qu'il serait absurde de tenter de la démontrer » (Adam Smith, La richesse des nations, Livre IV chap. 8)
Partons d'une définition aussi simple que possible : un secteur de l'économie est un monopole naturel lorsque la fonction de coût d'une entreprise typique de ce secteur est à rendement croissant.
Le rendement croissant peut se manifester de plusieurs façons :
- économie d'échelle : le coût moyen de production décroît lorsque le volume produit augmente ;
- économie d'envergure : le coût de la production de divers produits par une même entreprise est inférieur à la somme des coûts lorsque la production est réalisée par plusieurs entreprises.
- économie d'innovation : les résultats d’une R&D restant internes à l'entreprise, l'innovation sera d'autant plus intense (en principe) que l'entreprise est plus importante.
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Série
jeudi 17 septembre 2009
A propos de la crise chez France Telecom
On peut expliquer la crise du secteur des télécommunications, et notamment celle de France Telecom, par une erreur stratégique fondamentale.
Nota Bene : Pour répondre aux questions de certains lecteurs, j'ai développé l'analyse de cette crise dans Le suicide d'une entreprise.
Quand on introduit de force la concurrence dans un secteur qui, pour des raisons techniques et physiques (cohérence des protocoles de communication et des investissements), constitue un monopole naturel, on viole la nature. Elle se venge en provoquant des catastrophes dont on voudra expliquer chacune, ensuite, par des mécanismes sociologiques et des erreurs humaines - mais ces mécanismes n'auraient pas joué, ces erreurs ne se seraient pas produites (ou du moins leur probabilité aurait été fortement réduite) si, au départ, l'erreur stratégique n'avait pas été commise aux États-Unis, puis en Europe, enfin en France.
Nota Bene : Pour répondre aux questions de certains lecteurs, j'ai développé l'analyse de cette crise dans Le suicide d'une entreprise.
Quand on introduit de force la concurrence dans un secteur qui, pour des raisons techniques et physiques (cohérence des protocoles de communication et des investissements), constitue un monopole naturel, on viole la nature. Elle se venge en provoquant des catastrophes dont on voudra expliquer chacune, ensuite, par des mécanismes sociologiques et des erreurs humaines - mais ces mécanismes n'auraient pas joué, ces erreurs ne se seraient pas produites (ou du moins leur probabilité aurait été fortement réduite) si, au départ, l'erreur stratégique n'avait pas été commise aux États-Unis, puis en Europe, enfin en France.
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