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samedi 18 novembre 2023

Le système d'information

Introduction

Quelle est la place du système d’information dans l’informatique ? Quelle est celle de l’architecte du système d’information parmi les informaticiens ? Comment sa spécialité s’articule-t-elle avec les autres spécialités de l’informatique ?

Beaucoup d’experts de l’informatique estiment que seuls sont vraiment des informaticiens les spécialistes des microprocesseurs, du logiciel, du réseau. Ils reconnaissent aussi la qualité d’informaticien aux ingénieurs système, réseau et sécurité ainsi qu’à ceux qui informatisent des machines : automobiles, avions, etc. Mais ceux qui s’occupent des « applications métier » d’une entreprise sont-ils des informaticiens ? Ils en doutent.

Informatiser une entreprise n’est pas la même chose qu’informatiser une machine. Concevoir l’« informatique embarquée » dans la machine est une affaire de physique et de logique qui se traite entre des ingénieurs et selon leurs méthodes. L’entreprise, par contre, n’est pas seulement un être physique et logique : comme elle rassemble des êtres humains pour organiser une action collective, c’est aussi un être psychosociologique.

Les pouvoirs que l’organisation définit sont ainsi tentés de rivaliser, des procédures conçues de façon raisonnable se rigidifient au point que leur raison d’être est oubliée. Il en résulte des illogismes qui tracassent les esprits et sont à l’origine du stress dont on a de nombreux témoignages.

Les informaticiens « purs » acceptent donc l’hybridation de l’informatique et de la machine dans l’informatique embarquée, mais non l’hybridation de l’informatique et de l’entreprise dans le système d’information : la nature psychosociologique de l’entreprise leur répugne comme si elle était salissante, et réciproquement la nature physique et logique de l’informatique répugne bien souvent aux dirigeants de l’entreprise.

Leur approche des systèmes d'information est très superficielle. Il pestent contre les défauts de l'interface que SNCF Connect offre à ses utilisateurs, ils admirent la qualité de celle d'Amazon, mais ils ne se soucient pas de connaître les principes dont le respect a permis la réussite d'Amazon, dont l'ignorance a fait capoter la SNCF.

Ces principes sont il est vrai méconnus par beaucoup d'entreprises. Jean-Pierre Meinadier, grand expert et auteur du Métier d’intégration de systèmes (Hermes 2002), a travaillé sur l’informatisation des produits et processus industriels. Invité à participer à la conception d’un système d’information, il a demandé « qui est le responsable ? ». Or cette responsabilité était l’enjeu d’un conflit de territoire entre des directeurs : sa question ayant été jugée insupportable, il a été éjecté du projet (mais comment un projet dont personne n’est responsable pourrait-il aboutir ?)

Un savoir-faire spécial est donc nécessaire pour assumer l’hybridation de l’informatique et de l’organisation de l’entreprise, assurer la coopération des spécialités et contenir la tendance centrifuge qui pousse chaque métier à s’isoler dans un « silo » protecteur, détruisant ainsi une part essentielle de l’apport du système d’information.

Il faut aussi anticiper le comportement des agents et clients de l’entreprise car un processus imprudemment conçu peut susciter des comportements pervers qui altèrent la qualité de ses produits. Des évolutions imprévues de ce comportement peuvent provoquer une baisse insupportable de la performance : il arrive que le dimensionnement des bases de données, la puissance des processeurs, le débit des réseaux, la pertinence des algorithmes soient débordés par le volume des données et la fréquence des transactions.

L’architecte du système d’information doit donc savoir « sentir » intuitivement les comportements des personnes et la situation de l’entreprise. Son métier exige, outre des compétences en informatique, une sensibilité et un flair qui ne s’acquièrent qu’avec l’expérience.

C’est que le système d’information doit assurer la symbiose de l’automate et du cerveau humain qui constitue le « cerveau d’œuvre », ainsi que la synergie de ces cerveaux d’œuvre. Or si l’automate sait effectuer très vite des calculs volumineux, seul le cerveau humain sait interpréter des situations nouvelles, « deviner ce qu’une personne a voulu dire » et orienter son action selon les valeurs qui l’animent. L’IA générative a fait apparaître, avec la force de l’évidence, la subtilité de cette collaboration et certains des écueils qu’elle peut rencontrer.

Nombre de projets échouent ou n’arrivent à terme que grâce à un dépassement important du budget et des délais (ils sont souvent multipliés par trois). Si des réussites existent (Amazon, Décathlon, Dassault Systèmes), les interfaces que certaines entreprises présentent sur le Web à leurs utilisateurs révèlent les défauts de leur système d’information (Orange, SNCF).

Les entreprises sont tentées d’informatiser tous les détails d’un processus : il en résulte des projets énormes dont la réalisation demande des années et dont le résultat sera rarement satisfaisant. Elles sont aussi tentées de programmer l’action des humains comme s’ils étaient des automates, leur refusant toute initiative.

La coopération de l’humain et de l’automate suppose de n’informatiser que le gros du travail répétitif, laissant aux humains le traitement des cas particuliers les plus complexes. Le programme sera alors moins compliqué, il se produira moins d’incidents et la maintenance sera moins coûteuse.

Mettre en œuvre cette coopération implique de surmonter des problèmes techniques auxquels répond l’art de l’ingénieur, et aussi des problèmes sociologiques et psychologiques qui s’entrelacent avec la technique. C’est complexe mais l’architecture des systèmes d’information possède, comme le métier des armes, des principes qui aident l'architecte à trouver sa démarche.

Les « méthodes agiles » ont ainsi aidé à découper les grands projets en « lots exploitables » de taille moindre dont la mise en œuvre procure une expérience qui permet d’ajuster la réalisation. Cependant l’« agilité » ne saurait à elle seule résoudre tous les problèmes... 

mercredi 14 juin 2023

Open source et iconomie

L’iconomie, c’est « le modèle d’une économie informatisée par hypothèse efficace ». Ce modèle se compare à celui de l’équilibre général qui décrit lui aussi une économie par hypothèse efficace, mais dans un monde antérieur à l’informatisation.

Le modèle de l’équilibre général s'appuie sur l’hypothèse du rendement d’échelle décroissant, selon laquelle le coût unitaire de la production s’accroît lorsque le volume produit augmente. Or les produits de l’informatique ne respectent pas cette hypothèse (par exemple le coût de reproduction d’un logiciel est pratiquement nul), et il en est de même des autres produits selon la part qu'a l’informatique dans leur coût de production.

Il en résulte, nous l’avons démontré, que l’économie informatisée n’obéit pas au régime de la concurrence parfaite qui est celui de l’équilibre général, mais au régime de la concurrence monopolistique.

Qu’apporte l’open source sous un tel régime ? 

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L’économie de l’open source a confronté les économistes à un paradoxe que Lerner et Tirole ont levé en s’appuyant sur la théorie des incitations1 : les programmeurs ne sont pas rémunérés en argent, mais la réputation qu’apporte leur contribution leur attire le respect de leurs pairs et favorise leur carrière.

Cela est vrai quel que soit le régime de l’économie mais l’open source apporte autre chose. Sous le régime de la concurrence monopolistique chaque produit se diversifie en variétés qualitativement différentes, destinées chacune à un segment de clientèle sur lequel elles ont un monopole. Cette diversification est active car la frontière des segments est bousculée par l’innovation de sorte que les monopoles sont temporaires : le téléphone mobile a ainsi été supplanté par le « smartphone », et celui-ci s’est diversifié en variétés qui se font concurrence. 

mardi 18 avril 2023

La nature hybride du système d'information

La domestication du cheval a fait naître le personnage du cavalier, être hybride, ou encore celui du chevalier, cavalier expert dans le maniement de ses armes1.

Le couple que forme l’être humain avec son « ordinateur » fait lui aussi émerger un être hybride, le « cerveau d’œuvre » qui résulte de la symbiose de l’informatique avec un être humain2. L’informatisation d’une société, d’une institution ou d’une entreprise réalise une autre symbiose : celle de l’informatique avec une organisation ayant une histoire, des valeurs, sa sociologie intime et un comportement collectif. Comme toute symbiose, cette dernière fait émerger un être nouveau : le système d’information.

L’intelligence humaine qui a été stockée dans les processeurs, mémoires, logiciels et réseaux, rencontre dans le système d’information une intelligence humaine vivante, active mais emmaillotée dans la sociologie de l’organisation. La complexité de cette hybridation ne peut être surmontée que par une technique particulière, qui ajoute aux techniques de l’informatique des exigences analogues à celles du métier des armes ou de la diplomatie, arts confrontés tous deux aux aléas et incertitudes des comportements.

Ces aléas et ces incertitudes n’empêchent pas qu’il existe, pour répondre à ces exigences, des principes qui certes ne suffisent pas à garantir le succès, mais dont on ne saurait s’écarter sans courir à l’échec. On pourrait croire qu’une intuition éclairée par le bon sens puisse suffire pour posséder et appliquer ces principes, mais la décision risque d’errer – et, en fait, errera fatalement – si elle n’est pas guidée par un intellect qu’ont armé l’expérience et la réflexion.

On rencontre parfois, trop rarement, des entreprises admirablement informatisées – Amazon, Décathlon, etc. Elles ont été organisées, elles sont animées par des entrepreneurs : lorsqu’on s’enquiert auprès des salariés des raisons d’une telle réussite, ils répondent invariablement « le patron s’est impliqué personnellement ». C’est en effet nécessaire pour que l’entreprise puisse surmonter les obstacles que les habitudes et la sociologie des pouvoirs opposent toujours à l’informatisation.

La construction et le fonctionnement d’un système d’information obéit à quelques ingénieries dont chacune apporte son lot de principes et que l’on peut délimiter ainsi : l'ingénierie sémantique définit le langage de l’entreprise avec l'administration des données et les référentiels ; l'ingénierie des processus structure l'action productive avec la pensée procédurale et la modélisation ; l'ingénierie du contrôle éclaire le pilotage avec les indicateurs et tableaux de bord ; l'ingénierie d'affaires éclaire l'orientation stratégique et le positionnement de l'entreprise en interprétant les données que procurent le système d’information et l’observation du monde extérieur.

L'ingénierie du système d’information ne se confond donc pas avec l'ingénierie de l'informatique qui, avec l'architecture des logiciels et le dimensionnement des ressources, fournit sa plate-forme physique et logique à l'informatisation : l'informatique et l'informatisation sont dans un rapport dialectique analogue à celui qui existe entre la construction navale et la navigation.

Cette dialectique est cependant masquée par la simplicité illusoire de la vie quotidienne :

– les personnes, équipées à leur domicile d’un ordinateur et d’un réseau WiFi, accompagnées par un smartphone qui leur procure un accès permanent à la ressource informatique, peuvent croire celle-ci banale et « naturelle » ;

– les salariés, dont l’activité passe par l’interface qui les relie au système d’information, ignorent la complexité de son architecture et s’irritent de ses éventuels défauts ;

– parmi les dirigeants, rares sont ceux qui possèdent une intuition exacte de ses exigences et de ses apports ;

– de grands informaticiens, fascinés et passionnés par leurs techniques, ne s’intéressent pas aux systèmes d’information dont la nature hybride les contrarie ;

– l’enseignement de l’informatique ignore souvent les systèmes d’information et n’explique donc pas aux étudiants à quoi sert l’informatique ;

– des méthodes pompeusement nommées « méthodologies » proposent des garde-fous, mais ils ne peuvent être respectés que par des personnes conscientes de leur raison d’être ;

– alors que la qualité des systèmes d’information est cruciale pour l’efficacité des services publics comme pour la compétitivité des entreprises, elle ne figure pas parmi les priorités de l’État.

Il résulte de cette situation une surprenante abondance d’erreurs dans la démarche de l’informatisation et dans l’ingénierie des systèmes d’information. Le bon sens devrait suffire, semble-t-il, pour s’en prémunir et les corriger quand elles se révèlent. Il n’en est rien : il faut donc connaître et expérimenter les principes techniques propres à l’informatisation.

La série « ingénierie du système d’information » en contient une description schématique.

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1 Marc Bloch, La société féodale, Albin Michel 1939.

2 « The hope is that, in not too many years, human brains and computing machines will be coupled together very tightly, and that the resulting partnership will think as no human brain has ever thought and process data in a way not approached by the information-handling machines we know today » (Joseph Licklider, « Man Computer Symbiosis », IRE Transactions on Human Factors in Electronics, mars 1960).

samedi 15 avril 2023

Prévisible ≡ programmable

Je dis que tout ce qui est prévisible est programmable, et que tout ce qui est programmé est prévisible. Il y a donc identité entre « programmable » et « prévisible ».

Qu’est-ce que cela veut dire ? Il est clair qu’un programme peut parfois fournir un résultat surprenant, donc imprévu. Comment puis-je alors dire que « programmable » et « prévisible » sont des mots pratiquement synonymes ?

Ce qui est prévisible, c’est le fait que l’exécution d’un programme consiste à effectuer l’une après l’autre les opérations qu’il prescrit au processeur, opérations qui sont inscrites dans les lignes de son code et donc, oui, prévues.

Cependant les résultats que donne le programme peuvent être imprévus car les données qui sont insérées dans le programme y introduisent un aléa, celui du monde extérieur, de l’Existant que ces données reflètent. Ainsi ce qui est prévisible, c’est l’exécution du programme et non son résultat, lequel dépend certes du programme mais aussi de l’aléa qu’y introduisent les données.

Ce qui est prévisible est programmable, mais il ne s’agit pas de prévoir un événement : on ne peut prévoir que la succession des opérations que le programme accomplira sur l’événement initial que lui apportent les données (succession compliquée parfois par des branchements if… then… ou par des interventions humaines qui insèrent des données en cours d’exécution), et comme cet événement initial introduit un aléa dans l’exécution du programme il se peut que celle-ci donne comme résultat un événement imprévu et surprenant : les résultats de l’intelligence artificielle peuvent ainsi nous sembler parfois magiques.

Résumons : ce qui est prévisible, c’est la suite des opérations, des actions, que le processeur exécute automatiquement en obéissant aux instructions que contient un programme. Le résultat dépend bien sûr du programme, mais aussi des données qui y sont introduites et qui sont une image du monde réel, de l’Existant dont elles partagent la complexité sans limite : il est donc naturel que souvent (et non toujours, certes) les résultats soient imprévisibles.

Ajoutons une réserve : si tout programme est un produit de la pensée humaine la plupart des grands logiciels, construits par fusion d’éléments dont le programmeur ne peut connaître que l’interface de programmation, sont le produit d'une pensée en cascade dont la compréhension ne se transmet pas d'un étage à l'autre. Cela les rend aussi complexes devant l’intellect qu'un être naturel ou matériel et leur exécution, pourtant automatique, peut donc comporter des surprises (les « bogues »).

La phrase « tout ce qui est prévisible est programmable » donne cependant une règle utile pour délimiter le domaine propre de l’informatisation : les tâches prévisibles et en particulier les tâches répétitives, qui sont éminemment prévisibles, ont vocation à être informatisées et automatisées sous la seule contrainte de la rentabilité de l’investissement nécessaire.

Il est vrai que l’on peut programmer une production de nombres pseudo-aléatoires, donc imprévisibles en principe. Ce qui sera prévisible alors, ce ne sera pas les nombres que le programme fournit mais le fait qu’il exécute une instruction (comme par exemple $RANDOM sous Linux) dont le résultat, pseudo-aléatoire, peut avoir une influence elle-même programmée sur l’exécution des instructions suivantes.

samedi 31 décembre 2022

L’ordinateur quantique est-il vraiment une priorité ?

Communications of the ACM, revue dont la qualité est reconnue, a consacré en octobre 2022 à l’ordinateur quantique un article dont la structure paradoxale a attiré mon attention :

Advait Deshpande, « Assessing the Quantum-Computing Landscape ».

Le paradoxe est qu’alors que la tonalité de cet article est positive et optimiste, il est étrangement truffé de phrases qui nient la possibilité réelle et pratique de l’ordinateur quantique ou du moins la repousse dans un futur très lointain (decades away).

Je cite ici quelques-unes de ces phrases en mettant en italique ce qui me semble le plus significatif :

“Existing proposals for building quantum computers focus on using ion traps, nuclear magnetic resonance (NMR), optical/photonic, and solid-state techniques. These approaches all suffer from quantum noise and scaling problems to impede progress beyond tens of qubits and into the hundreds of qubits.

“Experts suggest that for quantum computers to be useful in solving real-world problems, the devices need to scale up to millions of qubits.

“As of 2021, a universal quantum computer capable of performing operations equivalent to current computers, smartphones, and other smart devices remains decades away.

“Google’s Sycamore represents an important step, since it can detect and fix computational errors. However, Sycamore’s current system generates more errors than it solves.

“Due to the hype surrounding the technology, there is a risk that quantum-computing research may suffer the same fate as AI research die in the 1980s, resulting in the quantum equivalent of the AI winter.

“Given the known limitations of the technology in terms of its need for error correction, uncertain quality of qubits, and the challenges in managing decoherence (to name a few), the first market-ready applications of real quantum computers are likely to be discrete, focused on specific uses or outcomes such as verifying random numbers.”

*     *

Ces phrases incitent pour le moins à la prudence. Mais comme on dit que l’ordinateur quantique sera un milliard de fois plus rapide qu’un supercalculateur d’aujourd’hui et qu’il ouvrira tout un continent de nouvelles possibilités, cela fait rêver et l'on est facilement séduit par des promesses que l'on est incapable d’évaluer. Dans le cas particulier de l’ordinateur quantique on ne peut en outre rien comprendre car comme le disait Feynman « si quelqu’un vous dit qu’il a compris la mécanique quantique, c’est qu’il n’y a rien compris ».

vendredi 7 octobre 2022

L’informatique et l’intellect humain

L’informatique, qui est une science, est aussi une ingénierie qui consiste à construire et programmer des automates : elle est faite pour réaliser tout ce qui est programmable, c’est-à-dire tout ce qui est prévisible.

Les données qui sont fournies à un programme par des capteurs ou saisies par des êtres humains sont des images sélectives du monde réel, produites selon une grille conceptuelle dont le programme contient la définition. Certes, elles ne sont pas prévisibles, et donc le résultat du programme est imprévisible. Mais le traitement auquel les données sont soumises (et qui conduit au résultat) est, lui, parfaitement prévisible – puisqu’il a été programmé !

L’espace logique dans lequel agit l’informatique – grille conceptuelle, traitements programmés – a donc des limites : il ne peut pas rendre compte de la complexité illimitée du monde réel, ni du caractère essentiellement imprévisible du futur. Ces limites sont en fait les mêmes que celles de la pensée rationnelle, faite de concepts et de raisonnements.

Mais l’intellect humain ne se réduit pas à la pensée rationnelle : il possède une pensée pré-conceptuelle, faite d’intuition et d’anticipation, capable de bâtir les concepts qui, rendant compte d’une situation historique concrète, permettront d’y agir de façon judicieuse. Une autre forme d’intuition lui permet en outre de surmonter les différences qui existent entre des langages et des points de vue afin de comprendre ce qu’a voulu dire une autre personne.

Ainsi l’informatique qui est parfaite, complète et efficace dans un monde qui serait rempli d’automates, rencontre un tout autre monde lorsqu’elle est confrontée à l’intellect humain tel qu’il se manifeste dans les comportements et les actions des individus et, en particulier, dans l’action productive et collective qui est celle d’une entreprise.

La rencontre de l’informatique avec l’entreprise donne naissance à un être hybride et complexe, le système d’information, qui assure l’insertion de la ressource informatique dans l’action productive. Il ne faut pas s’étonner si nombre d’informaticiens, séduits par la clarté logique de leur discipline et trouvant dans sa complexité de quoi satisfaire leur intellect, ignorent les systèmes d’information ou les jugent répugnants lorsqu’ils leur sont confrontés.

samedi 26 mars 2022

Les fondamentaux de la société informatisée

Pour comprendre le phénomène de l’informatisation (que l’on préfère souvent désigner par le mot « numérique ») l’Institut de l’iconomie a bâti le modèle d’une économie informatisée par hypothèse efficace1 : l’iconomie.

Nous condensons ici ses principaux résultats, puis en tirons quelques leçons.

*     *

L’informatique met sa puissance de calcul au service des actions prévisibles, qui seules peuvent être programmées. L’informatisation d’une institution automatise une part des actions prévisibles : celles qui sont répétitives.

En outre l’Internet permet la communication en s’affranchissant de la distance géographique : l’iconomie est donc ubiquitaire..

L'automatisation et l'ubiquité ont modelé la nature que rencontrent les intentions et les actions humaines. Le travail humain se consacre en effet alors aux tâches non répétitives qui demandent du jugement et de l’initiative. Il en résulte dans les institutions une décentralisation des responsabilités et de la légitimité : l’organisation hiérarchique, qui concentre la légitimité au sommet de l’institution, est obsolète.

La symbiose du cerveau humain et de l’ordinateur a fait naître un individu, le cerveau-d’œuvre, qui supplante la main-d’œuvre dans l’emploi et dont une grande part du temps de travail est consacrée à l’acquisition d’une compétence technique ou relationnelle. Pour procurer sa cohérence à l’action productive, l’organisation d’une institution doit assurer la synergie des cerveaux d’œuvre.

samedi 5 mars 2022

Les métavers et la dynamique de l’informatisation

Le métavers apparaît comme une nouveauté radicale, susceptible de faire émerger un monde de possibilités étranges et de dangers inédits. L’idée en avait été éveillée par des romans et des films évocateurs : Brazil (1985) de Terry Gilliam a décrit un monde soumis à un pouvoir policier manipulateur qui, comme celui du 1984 d’Orwell, écrase les esprits par la force de sa propagande ; les héros du Ready Player One (2018) de Steven Spielberg, qui vivent dans un monde réel désagréable, se réfugient dans un oasis virtuel. Les annonces de Mark Zuckerberg et la transformation de Facebook en Meta semblent annoncer la réalisation de cet oasis, et apporter ainsi le risque d’une évasion généralisée dans l’imaginaire.

Quelle est la place de cet imaginaire dans notre esprit ? Le cerveau humain filtre et classe ce qu’il perçoit à travers une grille sélective, formée par l’éducation et par l’expérience et qui impose sa structure à la représentation mentale de tout ce qui existe « réellement et de fait1 ». Les contes, romans et spectacles présentent à ce même cerveau un monde imaginaire dont l’expérience, se combinant à celle du réel, la modifie, l’enrichit, la déforme aussi et peut même chez certains la supplanter : l’évidence sensorielle du métavers apportera à ce phénomène une puissance inédite.

Le monde virtuel en 3D auquel on accède en portant des « lunettes » semble sensationnel la première fois mais il faut relativiser sa nouveauté. Il est depuis longtemps possible de représenter le monde en 3D sur l’écran 2D de l’ordinateur : on peut alors à l’aide de la souris faire pivoter les objets en tout sens et, de façon paradoxale, on les « voit » mieux ainsi que dans l’espace réel où il ne serait pas possible de les manier de la sorte. L’Internet des objets, qui associe à chaque objet matériel une identité et une représentation informatiques, contribue lui aussi à la fusion du virtuel et du réel.

Ce que le monde virtuel du métavers apporte de nouveau, c’est l’immersion dans une représentation visuelle, comme si l’on avait plongé à travers l’écran. Les sensations sont naturellement alors beaucoup plus fortes, en outre il sera possible pour chacun de s’incarner avec un avatar dans ce spectacle, d’y agir, d’y produire et échanger des objets virtuels ou des objets réels qu’ils représentent.

Outre les dimensions physique et psychique d’un changement de la perception du monde, le métavers a donc une dimension financière : cela ne doit pas surprendre car c’est le cas de tout ce que l’informatisation a apporté. A chacune des étapes de son évolution sont apparus des modèles d’affaires qui utilisaient des instruments nouveaux : que l’on pense à l’automatisation des opérations répétitives, à la rentabilisation de services gratuits par la publicité, au commerce en ligne, à la gestion électronique des comptes, à celle de la compensation interbancaire, à la monnaie virtuelle, etc.

Le métavers fera naître lui aussi de nouveaux modèles d’affaire et donc de nouveaux acteurs, de nouveaux produits, de nouveaux instruments financiers. La blockchain et les jetons ou « tokens » (en particulier les NFT, « non fungibles tokens2 ») lui procureront la sécurité, au moins en principe, et feront émerger une « économie décentralisée » qui promet de nouvelles formes de richesse et d’efficacité3.

Comme beaucoup de ceux qu’a fait émerger l’informatique le métavers est donc un être hybride qui conjugue une dimension physique à une dimension financière et fait converger plusieurs innovations techniques. Son apparition est un des épisodes de la dynamique de l’informatisation qui impulse, depuis les années 1970, l’histoire des sociétés et des économies.

lundi 14 février 2022

L'iconomie : un modèle de l'économie numérique

(Publié par Pierre-Olivier Beffy, Jean-Marc Béguin, Pierre-Jean Benghozi, Laurent Bloch, Hugues Chevalier, Vincent Lorphelin et Michel Volle dans la Revue d'économie industrielle n°165.)

Le mot « informatique » allie l'« automate » à l'« information », cette dernière procurant à qui sait l'interpréter la forme intérieure qui lui permet d'agir1. Le mot « informatisation » désigne la dynamique du déploiement de l'informatique et de ses conséquences dans une entreprise, une institution ou un pays. À ces deux mots, l'usage a substitué « numérique » au risque d'un appauvrissement que nous éviterons en lui donnant pour contenu celui des mots qu'il a supplantés.

Le numérique fait l'objet de jugements opposés. Nicholas Carr estime qu'il n'a aucune importance (Carr, 2003) car comme les entreprises en tirent toutes également parti il n'aurait aucune incidence sur leur compétitivité. Robert Gordon, héritier du paradoxe de Solow2, pense qu'il ne procurera jamais un gain de productivité comparable à celui qu'ont apporté la mécanisation et la maîtrise de l'énergie (Gordon, 2012).

D'autres auteurs ne partagent pas ce pessimisme. Au MIT, Erik Brynjolfsson soutient que le numérique transforme en profondeur l'économie et dit que si ses effets sur la productivité semblent faibles, c'est en partie parce que les instruments de mesure sont devenus inadéquats, en partie parce que l'économie est en transition et que les institutions ne se sont pas encore adaptées au numérique (Brynjolfsson et McAfee, 2011).

En France, des chercheurs encouragés par le CIGREF3 ont produit une série d'études sur les effets du numérique dans les entreprises (Bounfour, 2016) et l'école de l'économie de la régulation voit dans le numérique un facteur déterminant de l'évolution des institutions (Boyer, 2018).

Les techniques du numérique (langages de programmation, algorithmes, systèmes d'exploitation, systèmes d'information, sécurité informatique, etc.‪) font l'objet d'une abondante littérature destinée à des spécialistes. La plume des essayistes a été tentée par certaines d'entre elles, notamment par l'« intelligence artificielle » qui attise dans le public des espoirs et des craintes également extrêmes.

Nous avons nommé iconomie (du grec eikon, image, et nomos, organisation) le modèle d'une économie numérique par hypothèse efficace (Saint Étienne, 2013 ; Volle, 2014 ; Rochet et Volle, 2015). Ce modèle n'est ni une représentation de l'économie présente ni une prévision de l'économie future : c'est un repère placé à l'horizon du temps. Comme tout modèle, il est schématique et ce schéma est fait pour orienter les intentions vers l'action judicieuse.

dimanche 13 février 2022

Réalité du virtuel

Les mondes virtuels existent depuis très longtemps, utilisant diverses techniques. Le conteur captive et fascine son auditoire, le théâtre ou le cinéma aident le spectateur à s’évader un temps de sa vie quotidienne, la littérature propose au lecteur de partager la vie de ses personnages : n’avons-nous pas fait depuis longtemps l’expérience de tous ces mondes virtuels ?

Le métavers nous propose, moyennant des lunettes spéciales, l’immersion visuelle et sonore dans une simulation 3D qui sera, si les promesses de la technique sont tenues, aussi réaliste en apparence que le monde réel lui-même. La distance qui séparait le spectateur du spectacle semblera supprimée : il pourra se déplacer et agir réellement dans un monde simulé.

Il y a là une nouveauté pratique dont il est difficile d’évaluer aujourd’hui toutes les conséquences économiques, psychologiques, sociologiques et culturelles, mais pour s’en faire une idée il est utile de la comparer à nos expériences antérieures.

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Que veut-on dire quand on oppose le réel et le virtuel ?

On pense que le virtuel, c’est ce que l’on voit sur l’écran de l’ordinateur, tandis que le réel, c’est ce qui se trouve dans l’espace physique. Ce que l’on voit sur l’écran de l’ordinateur a pourtant une réalité, sans cela on ne le verrait pas. Mais quelle est cette réalité ? Pour tirer cela au clair il est bon de chercher des analogies, puis de les dépasser.

La photographie d’une personne propose à notre vue une image de cette personne. À cette image le film ou la vidéo ajoutent le mouvement, mais c’est toujours une image. La personne est réelle, ou elle l’a été ; l’image à certes une réalité, mais c’est celle d’une image et elle évoque une autre réalité qu’elle-même, celle de la personne.

Ainsi le virtuel propose à l’ imagination l’image d’un objet réel (ou imaginaire, dont réalité est alors simulée). Pour prendre le phénomène selon toute son extension, il faut voir que sa réalisation informatique n’est qu’un cas particulier, et récent, parmi beaucoup d’autres.

jeudi 3 février 2022

Industrialiser aujourd’hui, c’est informatiser !

(Contribution au livre Informatisation et entreprises : les deux absents de la présidentielle, Institut de l’iconomie, janvier 2022.)

On se représente souvent l'entreprise comme le lieu de l'efficacité et de la rationalité, mais ceux qui y travaillent la vivent comme un être psychosociologique soumis à des habitudes et à des traditions. Quand la situation change, comme dans la révolution actuelle avec le bouleversement des techniques, de la concurrence et des réglementations, l’entreprise, avec ses habitudes et sa structure de pouvoirs, risque de rater des possibilités et de tomber dans des dangers.

Pour s’orienter il faut voir ce que l'informatisation, que l'on préfère souvent nommer « numérique », peut nous apporter après la mécanisation des XIXe et XXe siècles.

Nous venons de la mécanisation, avec ses apports et ses limites

Avant la première révolution industrielle l'agriculture et les mines produisaient l'essentiel de la richesse. Puis l’industrie a déployé à partir de 1775 la synergie de trois techniques : mécanique, chimie et énergie. Sa dynamique dépendait de trois acteurs : l'équipementier, l'entrepreneur et l'homme d'État. C’est ce dernier qui, par sa lucidité et son autorité, a permis de surmonter les obstacles culturels et sociologiques que rencontrait l'industrialisation.

En dénigrant l’État, on oublie son rôle d’entraînement et de contrôle dans les périodes de révolution technologique

La Chine est le meilleur contre-exemple de sa nécessité. En 1820 elle est le pays le plus riche du monde. Convaincus qu’elle a atteint la perfection, les empereurs de la dynastie Qing refusent l'industrialisation : on connaît la suite.

La mécanisation détermine alors la richesse d'une nation, la puissance de ses armes, sa capacité à imposer sa volonté. Elle est donc la première préoccupation d'un homme d'État car rien n’arrive sans stratégie politique. Le gain d'efficacité qu'apportent la mécanique, la chimie et l'énergie ne jouent pleinement qu'au terme d'une évolution passant par le couple de la main-d'œuvre et de la machine et par une refonte des organisations avec Taylor (1911) et Fayol (1916).

C’est un bouleversement social. La transition dure des décennies et la population, désorientée par la disparition de ses repères habituels, est en proie au désarroi. Ce sont des violences, attentats, révolutions et enfin des guerres auxquelles la mécanique, la chimie et l'énergie procurent des armes puissantes. Puis vient la paix aujourd’hui en jeu.

Pourquoi « l’informatique réelle » est incomprise… et absente des programmes

(Contribution au livre Informatisation et entreprises : les deux absents de la présidentielle, Institut de l’iconomie, janvier 2022.)

L’informatique est essentielle en France pour la croissance et l’emploi, mais les candidats à la présidentielle en parlent peu ou pas du tout : cette absence est gravissime. Faut-il l’attribuer à la complexité du problème, ou au fait qu’il n’est, au fond, ni de droite ni de gauche ?

Dans chaque entreprise l’informatisation se concrétise par un « système d’information » qui comporte deux « couches » : l’une sémantique : les données\,; l’autre technique : la plateforme informatique (machines, logiciels). Ces deux couches interagissent pour servir l’action productive mais rencontrent des écueils dont la plupart des dirigeants sont peu conscients et les politiques moins encore, semble-t-il.

La sémantique, d’abord

L’entreprise observe les faits dont la connaissance est utile à son action : investissement, production et distribution, ainsi que relation avec les clients, fournisseurs et partenaires. De cette observation, résultent les données inscrites dans le système d’information. Deux obstacles se présentent alors :

– du désordre, car chaque direction, chaque usine, chaque partenaire classe, code et nomme les données à sa façon. Synonymes et homonymes abondent, et les derniers font que l’on ne peut plus savoir quel fait précis désigne une donnée\,;

– des difficultés : le désordre des données altère le processus de production, surtout lorsqu’il traverse les frontières entre plusieurs directions ou avec divers partenaires. Le souci de la qualité des données, le traitement des séries chronologiques, l’estimation des données manquantes, la présentation des tableaux de bord, etc. nécessitent par ailleurs des compétences en statistique et en économie que la plupart des entreprises, même les plus grandes, ne possèdent pas à un degré suffisant.

La plateforme, ensuite

On pourrait croire que le logiciel est logique, car il appartient au monde de la pensée alors que la matière dont sont faits les processeurs, mémoires et réseaux est soumise aux aléas du monde de la nature (transformation de la structure cristalline, effets du rayonnement cosmique, etc.).

Mais les logiciels qu'une DSI achète à des fournisseurs (systèmes d'exploitation, « progiciels », ERP, CRM, etc.) ne sont pas vraiment des « êtres logiques » : la plupart sont un assemblage de « boîtes noires » dont on ne connaît que les interfaces d'entrée et de sortie (les « API ») et qui ont été collées ensemble par une « glu » de code.

Intelligence artificielle : une urgence politique

(Contribution au livre Informatisation et entreprises : les deux absents de la présidentielle, Institut de l’iconomie, janvier 2022.)

Une « chose qui pense » ?

Le silicium dans lequel sont gravés processeurs et mémoires, muni d'un programme, serait capable de « penser comme un être humain », voire mieux ?

Une « chose qui pense » et qui n'est pas même vivante ! S'il est facile de l'imaginer dans des œuvres de fiction, cela risque de nous faire croire à un réel qui n’existe pas. Certains vont même plus loin : « si je peux imaginer une chose, semblent-ils dire, c'est qu'elle est réelle ». La porte à une « réalité alternative » est alors ouverte.

Une réalité pratique résultant d’un travail réalisé par des humains

Chaque application de l'intelligence artificielle s'appuie sur une base de données contenant des observations d’un grand nombre de cas individuels : certaines sont descriptives (symptômes observés sur des patients, données socio-économiques observées sur des ménages, etc.), d'autres classent les individus selon une nomenclature (diagnostic porté par des médecins, remboursement de la dette ou défaut de l'emprunteur, etc.).

Le cadre de cette base (liste des symptômes et des diagnostics) a été choisi par des humains, son contenu a été alimenté par des observations produites ou choisies par des humains. Elle est ensuite soumise à diverses techniques afin de mettre en évidence une corrélation entre symptômes et diagnostics. Lorsque tout se passe bien, ce travail aboutit à un logiciel de taille modeste qui, alimenté par des symptômes observés sur un nouvel individu, fournira une estimation du diagnostic de son cas, accompagnée d'un score de pertinence.

Il ne faut pas sous-estimer l'apport d’un tel instrument : le diagnostic est posé rapidement et de façon éventuellement plus fiable que par un humain. L'intelligence artificielle apporte ainsi rapidité et fiabilité à la fonction de l'intellect qui consiste à classer les objets qu'il perçoit (personnes, arbres, textes, etc.) selon des nomenclatures qui lui sont habituelles. Cette rapidité et cette fiabilité peuvent donner l'impression d'une intelligence supérieure à l'intelligence humaine mais elles caractérisent en fait toutes les applications de l’informatique.

Intelligence en conserve ou humaine ? Ce qui est vraiment nouveau, c’est le « cerveau-d’œuvre »

Pour que l’informatisation soit efficace en France et en Europe : l’« iconomie »

(Contribution au livre Informatisation et entreprises : les deux absents de la présidentielle, Institut de l’iconomie, janvier 2022.)

L’Institut de l’iconomie s’est donné pour mission d’éclairer les possibilités et les dangers que présente le phénomène de l’informatisation afin d’aider les responsables de l’économie et de la politique à prendre des décisions judicieuses. Il regroupe des économistes, sociologues, philosophes, historiens et informaticiens.

L’informatisation est un phénomène anthropologique complet (économique, culturel, intellectuel, sociologique, etc.). Nous en avons produit un modèle, l’iconomie, qui représente une économie et une société qui seraient par hypothèse parvenues à la maturité en regard des changements qu’apporte l’informatisation.

L’iconomie n’est donc ni une image de la situation présente, car nous sommes immatures en regard d’un phénomène dont la dynamique est encore mal comprise, ni une prévision car rien ne garantit que l’économie et la société atteindront un jour cette maturité.

Le modèle de l’iconomie est en fait un repère placé à l’horizon du futur et qui propose une orientation à l'action. Mettant en évidence les conditions nécessaires de l’efficacité, il fournit des critères qui permettent d’évaluer la société informatisée actuelle en diagnostiquant les écarts à l’efficacité qui s’y manifestent.

On peut condenser les principaux résultats de ce modèle en quelques expressions : l’iconomie est une économie de la qualité, une économie du risque maximum, une économie de la compétence.

Une économie de la qualité

L’informatisation a vocation à automatiser toutes les tâches répétitives, qu’elles soient physiques ou mentales. La production étant automatisée, robotisée, l’essentiel du coût de production réside dans le coût fixe de conception, organisation, ingénierie, programmation, etc., et le coût marginal est négligeable.

Les marchés ne peuvent plus alors obéir au régime de la concurrence parfaite : les entreprises recherchent une position de monopole en offrant à un segment de la demande la variété d’un produit dont la qualité répond à ses besoins, le mot « qualité » désignant ici des attributs qualitatifs et non la seule finition du produit.

Ce monopole est cependant temporaire car il est faux que « the winner takes all » : les concurrents réagissent en offrant des produits de qualité différente. Le smartphone d’Apple est ainsi concurrencé par Samsung, Nokia, etc., Amazon est concurrencé par Alibaba et Jumia, Tesla sera concurrencé par d’autres constructeurs. Le régime du marché est alors celui de la concurrence monopolistique.

Le consommateur est invité à choisir selon le rapport qualité/prix des produits et non selon le seul prix : la consommation devient sélective en qualité et sobre en quantité, ce qui répond aux exigences de l’écologie.

jeudi 13 janvier 2022

Le cerveau d'oeuvre

 Dans l'économie actuelle l'acteur le plus important n'est ni l'être humain, ni l'ordinateur : c'est le couple qu'ils forment, résultat d'une symbiose qui lui permet de tirer le meilleur parti des qualités de l'un et de l'autre : puissance de calcul et fidélité de la mémoire de l'ordinateur, capacité à comprendre et créativité de l'être humain. 

On peut dire évidemment que l'être humain domine ce couple, et c'est vrai puisque l'ordinateur utilise des logiciels qui ont été programmés par des humains : oui, c'est vrai, et c'est heureux. Mais dans l'action quotidienne l'être humain n'a pas le loisir de reprogrammer l'ordinateur qu'il utilise, et donc il est légitime de distinguer ces deux acteurs afin de voir comment leur symbiose peut agir. 

Il suffit pour cela d'observer ce qui se passe en soi-même, dans les familles et dans les entreprises, puis d'en tirer les conséquences. Comment avez-vous assimilé les nouveautés que l'informatique vous a proposées (le traitement de texte, le tableur, la messagerie, le Web, les réseaux sociaux, etc.), comment se sont passés vos apprentissages ? Quelles leçons en tirez-vous pour les nouveautés futures ? 

À quoi vous sert votre smartphone, votre tablette (qui sont en fait des ordinateurs), comment les utilisez-vous ? À quoi vous servent le Web, les réseaux sociaux ? Combien de temps leur consacrez-vous chaque jour ?

Dans votre famille, comment partagez-vous l'accès aux ressources informatiques, leur usage ? Comment en parlez-vous ?

Dans votre entreprise, quelle est la part de votre temps que vous passez devant l'écran-clavier qui vous donne accès à un système d'information ? Quel est le partage du travail entre vous et la puissance de calcul et la mémoire informatiques ? Vous sentez-vous aidé ou contraint ? Les applications sont-elles d'un usage simple et commode ? La communication avec les autres personnes est-elle rendue facile et transparente, qu'elles appartiennent à votre direction ou à d'autres ? La relation avec les clients de votre entreprise, avec ses partenaires, avec ses fournisseurs, est-elle convenablement assistée par le système d'information ? 

Vous-même, enfin, sentez-vous que vous formez dans l'action un couple efficace avec la ressource informatique ? Ou bien pensez-vous que cela ne marche pas, que cela pourrait être amélioré, que le système d'information a été mal conçu ? 

Se poser ces questions-là (et quelques autres aussi, sans doute) permet d'éclairer la situation présente et de corriger des idées qui semblent bien enracinées dans l'opinion mais qui sont très critiquables. 

mardi 11 janvier 2022

Conversation avec un dirigeant

J'ai eu ces jours derniers une conversation instructive avec quelqu'un de très très important (disons : ministre ou équivalent). Je condense ici cet échange. 

J'ai posé trois questions à cette personne.
– Le numérique, c'est cool ?
(J'ai dit "numérique" alors que je préfère "informatisation", mais je sais que les gens à la mode croient ce dernier mot ringard.)
– Oh oui !
– Et les entreprises ?
– Aussi !
– Et les systèmes d'information ?
– Bof, non.
– Mais le numérique, dans une entreprise, c'est son système d'information !
– Ah bon !? (stupéfaction)

*     *

J'ai à l'esprit un diagramme de Venn : deux patates, l'une pour le numérique, l'autre pour les entreprises, et leur intersection : le système d'information qui concrétise le "numérique" dans chaque entreprise, chaque institution. 

Comment se peut-il qu'une personne qui n'est pas plus bête que la moyenne, qui le serait même plutôt un peu moins, juge "cool" chacune des deux patates mais non ce qu'elles ont en commun et qui devrait donc être jugé deux fois cool, ou cool au carré ? Il y a là un de ces illogismes qui abondent et ferment aux dirigeants la compréhension de la situation présente. 

Le "numérique", c'est cool : si vous prononcez ce mot lors d'un dîner en ville on vous écoutera parce que l'on pense à Google, Amazon, Facebook, etc. 

Les entreprises, c'est pas cool pour ceux qui penchent vers LFI ou EELV, très cool pour ceux qui sont plutôt LR ou LREM, tandis que le PS est partagé et que le RN a d'autres priorités. Mon interlocuteur pense que les entreprises sont très cool : cela donne une indication sur sa couleur politique. 

Les systèmes d'information, par contre, c'est pas cool du tout : ils traînent  l'odeur des informaticiens, ces gens qui ignorent les utilisateurs et consomment un gros budget pour des choses que personne ne comprend. 

*     *

Ainsi l'on vit, nous vivons, dans un monde d'images et de préjugés irréalistes et illogiques. Mais violer la logique, c'est violer la nature et elle se vengera. 

Ne rien comprendre à l'informatique, c'est ne rien comprendre à l'information, l'automate programmable et leur articulation.
Ne rien comprendre à l'informatisation, c'est ne percevoir ni la dynamique qui propulse notre histoire, ni le ressort tendu dans la situation présente.
Ignorer les systèmes d'information, c'est rater la façon dont l'informatisation se manifeste dans l'action organisée et productive. 

Certes il faut faire un effort pour comprendre l'informatique : il faut lire, étudier, écouter, réfléchir, bref surmonter les obstacles que rencontre toujours un apprenti - et nous sommes tous des apprentis, même à l'âge le plus mûr, lorsque nous entreprenons d'apprendre des choses nouvelles. 

Les personnes qui ont accédé aux fonctions les plus hautes ont auparavant, pour la plupart, étudié pour passer des examens et des concours. Mais maintenant qu'elles ont "réussi" (croient-elles) elles n'éprouvent plus, pour la plupart encore, le besoin d'apprendre. 

Vous êtes docteur ? Agrégé ? Professeur des universités ? PDG ? Directeur ? Ministre ? Président ? 

Eh bien il faut, pour pouvoir faire face à la situation historique présente, que vous acceptiez de redevenir un bizut, de vous mettre à l'école de gens dont la position sociale vous semble peut-être inférieure à la vôtre mais qui savent, eux, des choses que vous ignorez. 

Si vous êtes de ceux dont l'intellect se limite à la lecture du journal quotidien, vous vivez dans un monde que vous ne pouvez plus comprendre, dans lequel vous ne pourrez pas vous orienter. Certes cela ne vous empêchera pas de faire carrière si vous savez jouer sur l'échiquier du pouvoir, car l'instinct y suffit, mais cela empêchera assurément vos étudiants, votre entreprise, votre direction, votre ministère, votre pays, de sortir de l'ornière où vous les aurez laissés. 


mardi 28 décembre 2021

L'aveuglement de la corporation des économistes

L'Opinion du 28 décembre a publié un entretien avec Jean-Hervé Lorenzi, fondateur et président honoraire du Cercle des économistes, président des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.

Cet entretien contient un paragraphe qui représente bien l'opinion de la majorité des économistes sur l'informatisation :

« Vous parlez des gains de productivité. En 1987, Robert Solow écrivait qu’"on peut voir les ordinateurs partout sauf dans les statistiques de productivité". Et c’est toujours le cas…

« Tout à fait. C’est parce que la révolution numérique n’a pas encore véritablement eu lieu, contrairement à la santé dont les progrès incroyables ont un impact direct sur l’allongement de la durée de vie, ou l’astrophysique qui va permettre la conquête de nouveaux territoires pour le siècle à venir. Schumpeter a très bien décrit le fait que les révolutions industrielles sont toujours un moment particulier où une série d’innovations se renforcent les unes les autres pour créer un nouveau système technique, qui lui-même engendre un nouveau système de consommation avec la création de nouveaux objets. Exemple typique : l’électricité. En quoi les plateformes du numérique ont-elles produit des objets nouveaux ? Le numérique a apporté de grands changements dans l’organisation entre producteur et consommateur, mais rien de plus. Il n’a pas produit de biens fondamentalement nouveaux. Cela ne veut pas dire que cette révolution n’arrivera pas un jour, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. »

*     *

Selon Lorenzi les micro-ordinateurs, tablettes, smartphones, l'Internet et les robots ne seraient donc pas des « produits nouveaux » ; les produits que l'informatisation a transformés (automobiles, avions, équipements ménagers, etc.) n'auraient eux aussi rien de nouveau ; la bioinformatique n'aurait pas transformé la biologie ; la finance n'aurait pas été informatisée, pour le meilleur et pour le pire, etc.

Ces économistes-là sont donc aveugles devant la situation présente de l'économie et de la société. Ils n'en voient ni les possibilités, ni les dangers, mais les politiques les considèrent comme des experts et ils sont écoutés (voir « La trahison des clercs »).

Cela a des conséquences : il n'est pas surprenant que la France se trouve à la traîne devant le phénomène de l'informatisation, que ses dirigeants tardent à s'en forger une intuition.

lundi 15 novembre 2021

L’informatisation, forme contemporaine de l’industrialisation

(Contribution au séminaire « Renaissance industrielle » de l’Institut d’études avancées de Nantes, 30 septembre 2021).

Industrialiser = informatiser

Bertrand Gille a proposé un découpage de l’histoire en périodes caractérisées chacune par un « système technique », synergie de quelques techniques fondamentales1. Il nomme ainsi « système technique moderne » celui qui a émergé à partir la fin du XVIIIe siècle en s’appuyant sur la synergie de la mécanique, de la chimie et de l’énergie.

On a nommé « industrialisation » ce phénomène auquel a été associée l’image d’une cheminée d’usine ou d’un engrenage. L’industrialisation n’a pas supprimé l’agriculture, jusqu’alors principale source de la richesse, mais elle l’a mécanisée, chimisée, et a fortement réduit sa part dans la population active (65 % en France en 1806, 4,5 % en 19962).

Si l’on prend le mot « industrie » par sa racine étymologique, « projection à l’extérieur d’un souffle intérieur » (Pierre Musso), on conçoit qu’il peut également être associé à d’autres systèmes techniques.

Vers 1975 a émergé3 ce que Bertrand Gille a nommé « système technique contemporain », qui s’appuie sur la synergie de la microélectronique, du logiciel et du réseau. Ce nouveau système technique ne supprime pas la mécanique, la chimie et l’énergie mais il les informatise, l’essentiel de leur évolution et de leurs progrès passant désormais par l’informatique (avec par exemple en mécanique la modélisation et la simulation 3D, la production addictive, etc.). La biologie elle-même s’appuie sur une bioinformatique4.

On peut donc dire que l’informatisation est la forme contemporaine de l’industrialisation.

Alors qu’« informatique » désigne un alliage de l’information avec l’automate qu’est l’ordinateur, « informatisation » désigne la dynamique du déploiement des applications de l’informatique et de leurs conséquences. Dans l’alliage, « information » doit être pris selon le sens précis que lui donne Gilbert Simondon :

« L'information n'est pas une chose, mais l'opération d'une chose arrivant dans un système et y produisant une transformation. L'information ne peut pas se définir en dehors de cet acte d'incidence transformatrice et de l'opération de réception » (Gilbert Simondon, Communication et information, Les éditions de la transparence, 2010).

samedi 16 octobre 2021

À propos du « plan France 2030 »

J'ai beau chercher, je ne vois ni le « numérique », ni l'informatique dans le plan France 2030. Or si je ne m'abuse le système productif s'appuie aujourd’hui essentiellement sur l'informatique : la mécanique, la chimie, l'énergie et la biologie progressent en effet désormais en s'informatisant, ainsi d'ailleurs que l'organisation des entreprises.

On bave d'admiration devant les GAFAM, mais que font ces entreprises ? De l'informatique ! Si on veut vraiment lutter contre le réchauffement climatique, il faut s'appuyer sur l'informatique car c'est elle qui fournit les moyens d'agir et de contrôler ce que l'on fait.

Mais un dirigeant n'en sait pas plus que les experts qu'il écoute, or que lui disent les experts ? Que l'informatique, c'est ringard, et que ce qui compte, c'est le climat, les retraites et les inégalités. Rien à redire à ces priorités, mais comment agir quand on ne s'appuie pas sur les moyens de l'action ? Si on les ignore ? Si on les méprise ?

Quand donc la mode cessera-t-elle de tourner le dos à l'informatisation ? de l'ignorer ? de ne voir que la superficie du phénomène, les « usages » quotidiens, alors que le système productif est transformé en profondeur ? Il est vrai que pour l'utilisateur, tout est simple (ou presque) : il lui suffit de cliquer ici ou là. Mais pour que l'utilisateur puisse jouir de cette simplicité, il a fallu construire des architectures diablement compliquées, et faire en sorte qu'elles soient solides et fiables.

Il faudra aussi qu'un jour les entreprises comprennent que la qualité de leur organisation dépend (1) de celle de leurs données, souvent négligée, (2) de celle de l'informatisation de leurs processus et donc (3) de celle de leur système d'information.

Ah si seulement les données avaient été nettoyées de tous les homonymes et synonymes qui les polluent… et si seulement les systèmes d'information étaient autre chose qu'un empilage d'outils hétéroclites, impossible à comprendre et à maîtriser… Mettre de l'ordre dans ces fatras, voilà qui serait une bonne priorité stratégique pour France 2030 !

Autre priorité stratégique : faire en sorte que la France se place parmi les pays les plus efficaces dans la production des circuits intégrés… Encore une priorité : former des ingénieurs compétents en programmation parallèle…

Je pourrais continuer cette liste des priorités véritables pour la France en 2030, j'en reste à ces quelques exemples. On peut avoir plein de priorités judicieuses, mais il en est une plus importante : celle qui permet d'agir, et sans laquelle tout ce que l'on peut vouloir faire aboutira à l'échec.

Or ce qui permet d'agir aujourd'hui pour l'énergie, la mécanique, la chimie, la biologie, etc., c'est l'informatisation et l'alignement des valeurs de l'entreprise sur l'efficacité de la production, la qualité des produits, la satisfaction des clients, car en effet ce sont là les critères d'une informatisation réussie des processus de production.

Quand comprendra-t-on que l'informatisation est un phénomène anthropologique complet, qui transforme tout et qui conditionne tout ? Quand cessera-t-on de répéter des niaiseries à la mode ? Quand sera-t-on, enfin, sérieux devant la situation présente ?

 

dimanche 25 juillet 2021

La trahison des clercs (suite)

J’ai publié une critique du rapport Blanchard-Tirole intitulée « la trahison des clercs ». Certains l’ont approuvée, d’autres non. Les commentaires les plus négatifs sont ceux de Jean-Luc Tavernier, directeur général de l’INSEE, et de David Mourey, professeur d’économie en lycée et chargé de TD à l’université. Les voici :

Jean-Luc Tavernier : La charge est injuste et le mot de trahison déplacé. Blanchard et Tirole ont choisi trois sujets sur lesquels ils se savaient compétents et savaient pouvoir rassembler d’autres compétences. A aucun moment ils ne prétendent traiter tous les sujets. Halte au bashing de ceux qui donnent de leur temps pour l’intérêt général.

David Mourey, en réponse à Jean-Luc Tavernier : Je suis d'accord, il y a une forme de critique automatique fondée soit sur des arguments fallacieux, soit sur des procès d'intention... Une manière de se donner de l'importance.

*     *

Je travaille bénévolement depuis vingt ans, cela ne protège heureusement pas mes travaux de la critique. Blanchard et Tirole, qui ont eux aussi « donné de leur temps pour l’intérêt général », n’aimeraient certainement pas bénéficier d’une telle protection.

En intitulant leur rapport « les grands défis économiques » ils ont cependant pris le risque de faire croire à leurs lecteurs qu’il n’existe pas de plus grands défis que ceux sur lesquels ils « se savent compétents ». Or l’informatisation est un défi plus radical que ceux-là : comme elle détermine désormais les conditions pratiques de l’action, elle se trouve au centre des préoccupations des entrepreneurs.

Certes cette affirmation peut être discutée. J’ai donné quelques arguments dans ma critique du rapport Blanchard-Tirole, on peut trouver une argumentation plus détaillée dans les publications de l’Institut de l’iconomie.

Cependant l’informatisation n’est pas à la mode chez les intellectuels, les dirigeants et les médias. Les économistes, soucieux de ne pas sembler « ringards », répugnent à faire le travail nécessaire pour penser ce phénomène.

Ils trahissent ainsi ce que la science économique a de plus profond : sa mission, qui est d’éclairer les conditions de la production, de l’échange et du bien-être dans chaque situation historique particulière. On ne peut pas faire de la bonne science économique dans l’absolu, sans savoir de quelle situation il s’agit.

Ma conception de la science économique peut certes se discuter, mais que penser de ceux qui disent ou même croient que la science, c’est ce qui se publie en anglais dans des revues à comité de lecture bien classées ?

L’Institut de l’iconomie a proposé un modèle de la situation que l’informatisation fait émerger. Comme tout modèle celui-ci est schématique mais nous le croyons éclairant. Il est open source : chacun est libre de le critiquer, de le préciser, de l’améliorer.