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vendredi 2 décembre 2022

Trois penseurs autour de la technique : Ellul, Gille et Simondon

Jacques Ellul, Bertrand Gille et Gilbert Simondon ont tous trois consacré d’importants travaux à la technique, en particulier dans les ouvrages suivants : 
Jacques Ellul, Le Bluff technologique, Hachette, 1988,
Bertrand Gille, Histoire des techniques, Gallimard, coll. La Pléiade, 1978,
Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Aubier, 2012.

Comme aucune pensée ne peut entièrement embrasser son objet, chacun de ces penseurs a des lacunes mais celles des uns sont comblées par la pensée des autres : ils offrent à eux trois une panoplie conceptuelle qui peut permettre de comprendre la technique et, à travers elle, l’iconomie.

Jacques Ellul

Ellul est un adversaire de la technique car il en voit surtout les conséquences négatives. Il déplore par exemple que l’industrialisation ait au XIXe siècle fait disparaître la culture paysanne. Il décrit très finement les dégâts que la mécanisation a causés dans la structure anthropologique des sociétés, mais il ne semble pas voir que ce fait a eu des précédents : l’agriculture et l’élevage ont au néolithique détruit la culture des chasseurs-cueilleurs, etc.

L’apport d’Ellul est cependant précieux parce qu’il illustre ce qui se passe à la charnière de deux systèmes techniques, lorsque les conditions matérielles de la vie sont transformées ainsi que le contenu du travail et les relations sociales. Le passage d’un système technique à l’autre fait des dégâts dans l’architecture des institutions et l’équilibre des relations sociales, dans la façon dont chacun se représente soi-même et son destin, etc.

Mais Ellul a malheureusement servi de référence intellectuelle à tous ceux qui estiment que les entreprises, l’industrie, la technique n’ont pas lieu d’être parce que « tout ça détruit l’humain ». Il a eu le succès extraordinaire qu’ont tous ceux qui répondent au besoin, déplorable mais naturel, d’une vengeance de l’individu envers tout ce qui lui semble oppressant car institutionnel.

Ceux qui apportent une critique destructrice du fonctionnement de la société et de ses institutions seront toujours les bienvenus pour une fraction de la population et même sans doute pour une fraction des désirs que chacun peut éprouver lui-même.

Gilbert Simondon

Simondon estime que la technique est une expression de la culture humaine : dans les produits techniques sont incorporés une volonté humaine, une conception humaine de la vie. Il illustre cela par des exemples.

Il dit qu’un produit technique est d’autant plus concret que ses parties se complètent mutuellement et coopèrent dans son fonctionnement. Il cite le moteur de la motocyclette : les ailettes contribuent au refroidissement des cylindres, et en même temps elles contribuent à la solidité du carter auquel elles servent en quelque sorte d’arcs boutants. Les diverses parties d’un objet technique sont en synergie, ce qui lui confère une consistance organique semblable à celle des êtres vivants (que Simondon a elle aussi étudiée).

mercredi 25 décembre 2019

L'intelligence créative

La créativité est un mystère. Comme nous tendons spontanément à reproduire nos conditions d’existence nous sommes tous fondamentalement conservateurs, même ceux qui se qualifient de « révolutionnaires ». Comment se fait-il que nous puissions pourtant évoluer ?

Dans toute entreprise, dans toute institution, les forces conservatrices luttent pour assurer la pérennité de l’organisation et la plupart des dirigeants ne comprennent rien aux nouveautés. Le raisonnement économique ne suffit pas à expliquer qu’il se produise des innovations : pour que l’entreprise se lance dans un projet nouveau il ne suffit pas que l’innovation lui semble rentable, il faut aussi que cette rentabilité potentielle ait été comprise ou du moins entrevue. Comment des dirigeants « qui ne comprennent rien aux nouveautés » peuvent-ils pourtant, finalement, comprendre l'intérêt d'une invention ?

Ces deux mystères sont analogues à celui auquel nous confronte l’évolution des espèces. Si les parents transmettent leurs gènes à leurs enfants, comment se fait-il qu’une espèce puisse évoluer, que les formes que prend la vie puissent se diversifier ? La réponse, on le sait, réside dans les mutations aléatoires : les gènes ne sont pas toujours transmis à l’identique.

La plupart des mutations sont nocives et leurs porteurs disparaissent. Quelques-unes cependant sont tellement positives que leurs porteurs seront avantagés dans la concurrence pour la reproduction : d’où l’évolution.

Ne se produit-il pas dans notre esprit, dans nos institutions, un phénomène analogue à celui-ci, et qui expliquerait à la fois la créativité de la pensée chez l'individu, et l'innovation dans l'entreprise ?

*     *

Nous croyons que la pensée réside tout entière dans les concepts et relations logiques entre concepts, et qu’elle est donc tout entière explicite. Le fait est que l’éducation, l’expérience, l’habitude, nous dont dotés de la grille conceptuelle à travers laquelle nous voyons le monde. Cette grille est nécessaire à l’action mais le « petit monde » qu’elle permet de voir est étroit en regard de la complexité sans limite du monde réel : nos connaissances sont comme un cercle lumineux, entouré par un plan infini et obscur.

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », disait Boileau. C’est faux ou plutôt incomplet : nous concevons bien le visage de l’être aimé mais il n’est pas possible d’« énoncer » un visage. Avant que la pensée ne s’explicite en concepts, qu’elle ne se mette en forme, elle tâtonne dans l’obscurité pour prendre un contact intuitif avec le monde réel et tenter de sortir des limites du « petit monde ».

L’association d’idées, qu’il convient certes de bannir de la pensée explicite et rationnelle, est le moteur de cette phase préconceptuelle de la pensée : elle est comme l’engrais que nous ne mangeons pas mais qui nourrit les plantes qui nous alimentent.

Dans les moments de détente et de rêverie qui précèdent ou suivent le sommeil, lorsque nous nous laissons aller, des idées, images et impulsions se succèdent dans notre esprit : la glande cérébrale les produit spontanément tout comme les glandes endocrines sécrètent des hormones. Le cerveau humain est le lieu naturel de naissance des idées nouvelles.

L’association d’idées n’obéit pas à un ordre logique. Suscitée par l’assonance des mots, par la ressemblance des images, elle suit des chemins aléatoires en regard de l’ordre des choses : elle est comme la main qui bat un jeu de cartes.

Parmi les idées, les images qui défilent ainsi dans notre esprit, la plupart n’ont aucun intérêt : elles seraient aussi nocives que ne le sont la plupart des mutations génétiques. Quelques-unes, rares, sont potentiellement fécondes : elles ont mis en rapport des choses qu’il serait utile de rapprocher, suggéré la démarche ingénieuse à laquelle on n’aurait jamais pensé si l’on était resté enfermé dans la rationalité de la grille conceptuelle, proposé des principes dont il sera possible de tirer une moisson de conséquences.

Pour repérer, dans le flot d'idées que produit spontanément la glande cérébrale, celles qui sont potentiellement fécondes, il faut faire un tri : c'est le rôle de l’intelligence créative, qui suppose de la méthode, une sensibilité d’un type particulier et l'intervention de la mémoire.

mercredi 10 avril 2019

Pensée, action, carrière

Trois façons d’être, trois styles, se manifestent dans les personnes à l’état pur ou, comme les couleurs, se combinent en une diversité de nuances. Nous les distinguerons selon ce qui accapare l’attention : l’action, la pensée, la carrière. Nous considérons d’abord ces styles dans leur forme pure, puis nous évoquerons la complexité des nuances qui se rencontrent dans la vie.

La carrière

L’attention de nombre de personnes se focalise sur la sociologie des pouvoirs, des légitimités, du prestige, du droit à la parole, du commandement. Cela dessine trois personnages : le soumis accepte cette sociologie et obéit à des ordres, le révolté la refuse et combat « le pouvoir », le but du carriériste est de grimper l’échelle hiérarchique.

Certains passent alternativement de la soumission à la révolte : on peut interpréter le phénomène des Gilets Jaunes comme une révolte des soumis, catalysée par les réseaux sociaux.

Dans certaines institutions le souci de la carrière semble exclusif de toute autre préoccupation : personne n’y songe à prendre le risque de « compromettre sa carrière ».

Pierre Musso est un philosophe passé par l’ENA. Deux poussins sortant de cette école, et dont les plumes commençaient à percer le duvet, demandèrent un entretien afin de lui poser la question qui les tourmentait : « comment faire carrière ? ».

Musso, amusé, leur conseilla d’adhérer simultanément à un parti de droite et à un syndicat de gauche ou, au choix, à un parti de gauche et à un syndicat de droite. « Ainsi, leur dit-il, vous serez parés à toute éventualité ».

Un éclair d’intelligence brilla dans l’œil des poussins : ils avaient pris la plaisanterie au sérieux. « Ils ont eu raison, me dit Musso par la suite, car quelques années plus tard ils ont été tous deux directeurs d’une administration centrale ».

Pour faire carrière il faut adhérer à un réseau qui vous soutiendra et dont la puissance supposée intimidera ceux qui pourraient nuire à votre avancement. Combiner deux réseaux, comme Musso l’a suggéré, c’est se rendre inexpugnable.

Il est opportun de se lier à un puissant par un serment d’allégeance, quitte à en changer à l’occasion. Il faudra aussi posséder un conformisme rassurant et du flair pour sentir les opportunités. Mieux vaut enfin ne pas être trop compétent, car la compétence nuit à la souplesse, mais il faut éviter de sembler stupide.

Si vous respectez ces conditions, et si votre attention se concentre sur l’échelle qu’il s’agit de grimper, les galons puis les étoiles tomberont sur vos épaules. Mais serez-vous un véritable stratège une fois parvenu au grade de général ? « Il n’est pas raisonnable de croire que quelqu’un qui s’est pendant vingt-cinq ans conformé aux attentes de l’institution puisse devenir soudain un stratège à l’approche de la cinquantaine1 ».

dimanche 1 juillet 2018

Valeurs de la transition numérique : le livre

Je viens de publier sur Amazon un livre intitulé Valeurs de la transition numérique : civilisation de la troisième révolution industrielle.

Voici le contenu du premier chapitre :

« Il est courant d'entendre des discours inquiets sur "la perte des valeurs", la "crise des valeurs", la "perte de repères". Cette crise axiologique fait partie d'une crise systémique globale (...) : crise écologique, alimentaire, politique, sociale, financière, économique, et enfin crise des valeurs (...) Mais qu'est-ce qu'une valeur ? Qu'est-ce qui la différencie d'une norme sociale ? Toute valeur est-elle avant tout morale ? Sur quoi l'existence des valeurs est-elle fondée ? (...) Si certains principes ressortent et nous permettent de guider notre agir d'êtres humains contemporains, quels sont-il, vers où vont-ils ? » (Adélaïde de Lastic, « Une approche philosophique du sens des valeurs », 2012).

Crise des valeurs

La crise est systémique et globale, nous dit-on. Mais où est sa cause ? dans la finance ? Il faudrait savoir pourquoi la Banque s'est mise à commettre des folies comme dans l'affaire des subprimes1. Dans les entreprises ? Elle s'y manifeste, c'est certain, mais cela ne nous indique pas sa cause. Dans les comportements ? Sans doute, mais qu'est-ce qui les a déréglés ? Dans un cycle qui ferait revenir périodiquement une crise ? Il faudrait encore trouver le ressort de cette fatalité.

La cause immédiate d'une crise réside toujours dans les comportements : si les réponses de l'État, des entreprises et des consommateurs étaient judicieuses face aux possibilités et aux risques que présentent les ressources naturelles et l'état de l'art des techniques, il n'y aurait ni crise, ni désarroi car chacun saurait ce qu'il doit faire. Mais une cause immédiate n'est que le dernier rouage d'un entrelacs de causes2.

Le sol s'est semble-t-il dérobé sous nos pieds. Nous avons perdu nos repères familiers, nous avons été transplantés avec nos institutions sur un continent où ni la géographie, ni la faune, ni la flore ne ressemblent à rien de connu. Les ressources naturelles ne sont plus les mêmes, l'état de l'art a changé, toutes les dimensions de l'anthropologie ont reçu une impulsion qui les a mises en mouvement : technique, économie, psychologie des personnes, sociologie des institutions, procédés de la pensée, valeurs enfin.

La crise de la finance ne peut pas s'expliquer par la finance, ni celle de la sociologie par la sociologie, ni celle des valeurs par les valeurs : belles explications, en vérité, que celles qui font tourner l'engrenage des causes et des effets dans l'espace clos d'une seule des dimensions de l'anthropologie 

samedi 26 mai 2018

Valeurs de la transition numérique

En cliquant sur https://www.amazon.fr/dp/1982964154/ vous verrez sur Amazon mon dernier livre. Il est intitulé Valeurs de la transition numérique et sous-titré "Civilisation de la troisième révolution industrielle".

Vous pourrez lire ses premières pages en le feuilletant.

Ce livre développe l'idée suivante : tandis que notre action exprime nos intentions, celles-ci expriment des valeurs. Nos valeurs étant le ressort ultime de notre action, il faut les élucider pour savoir comment agir dans un monde que le numérique transforme.

Mais qu'est-ce qu'une "valeur" ? Pour tirer cela au clair j'ai accumulé des exemples, ils nous invitent à évaluer nos valeurs.

Je vous souhaite une bonne lecture ! Je suis à l'écoute de vos commentaires.

jeudi 17 septembre 2015

Conflit de valeurs

(Exposé à la journée du club Idéact organisée par Pierre Musso le 16 septembre 2015)

Notre économie, notre société, sont actuellement dans une phase de transition : l'informatisation, que certains préfèrent nommer "numérique", a transformé la nature des produits et le fonctionnement du système productif, mais les comportements des entreprises, des consommateurs et de l’État ne se sont pas encore convenablement adaptés aux possibilités qu'elle apporte, ils ne savent pas non plus éviter les risques qui accompagnent ces possibilités.

Nous avons nommé "iconomie" la représentation d'une société qui serait, par hypothèse, parvenue à la maturité au regard de l'informatisation : cela nous permet de mettre en évidence les conditions nécessaires de l'efficacité. Elles ne sont pas suffisantes, mais il est certain que si on ne les respecte pas la maturité ne peut pas être atteinte.

Ceux qui travaillent sur le système d'information d'une entreprise rencontrent souvent des obstacles qui s'opposent à la mise en œuvre de solutions raisonnables, dont la discussion provoque des conflits que la seule logique ne peut pas expliquer. L'expérience montre que ces conflits ont trois origines possibles, que l'on peut classer dans l'ordre des violences croissantes : sociologie, philosophie, métaphysique.

Les conflits d'origine sociologique sont ceux qui ont trait à la légitimité des pouvoirs, aux territoires des directions : chacune veut par exemple conserver le langage dont elle a l'habitude, au prix d'une confusion conceptuelle qui altère la qualité du SI.

Les conflits d'origine philosophique portent sur les techniques de la pensée : la pratique de l'abstraction, nécessaire pour choisir les êtres et les attributs que le SI observera, se heurte à l'objection "ce n'est pas si simple" ; la définition de la frontière entre le conceptuel et l'intuitif, l'automatisation et l'action humaine, nécessite une clarté d'esprit peu répandue. Ces conflits, qui tournent autour de la façon dont chacun pense, touchent à quelque chose de très profond et de très délicat dans chacun : on voit des personnes quitter la salle de réunion en claquant la porte.

Les conflits d'origine métaphysique portent sur les valeurs, sur la définition de ce qui est bien et de ce qui est mal, sur ce que l'on est et ce que l'on veut être, sur le but que l'on donne à son action et à sa vie, etc. Ils concernent donc dans les personnes, dans les entreprises, ce qu'il y a de plus intime dans leur individualité, et leur potentiel explosif est tellement puissant que l'on hésite à les expliciter : ils restent souterrains, comme des structures volcaniques qui soulèvent le sol, brisent sa surface, et travaillent sourdement les consciences.

lundi 13 avril 2015

Enjeux du langage

Musset a dit qu'une porte doit être ouverte ou fermée, et en effet l'un exclut l'autre. Mais un chemin peut à la fois monter ou descendre, cela dépend du sens de la marche, tout le monde sait cela. On entend cependant parfois des phrases équivalentes à « un chemin ne peut pas à la fois monter et descendre, c'est l'un ou l'autre », car le langage nous confronte à des paradoxes dès que nous sortons du champ de l'expérience habituelle.

On rencontre ainsi souvent, dans les réunions consacrées aux systèmes d'information, des concepts fallacieux, des données inexactes qui égarent le raisonnement et désorientent l'action. L'expert en réunion, excellente vidéo, met en scène de façon comique mais fidèle les absurdités qui se disent alors.

Certains poussent l'égalitarisme jusqu'à prétendre que toutes les langues se valent et jugent inutile de se soucier de la qualité du langage. Le fait est pourtant que les mots que nous prononçons ont des effets réels, qu'un vocabulaire impropre engage la pensée et l'action dans des impasses : nous en donnerons des exemples. Pour pouvoir agir de façon judicieuse dans un monde qui évolue, il nous faut une langue aussi exacte que ne l'était celle de Condillac, aussi bien affûtée que des instruments de chirurgie.

Que deviendrait d'ailleurs notre langue si nous ne résistions pas aux injonctions du politiquement correct, au jargon des administrations et des médias, au parler « populaire » factice qu'affectent ceux qui craignent de passer pour des bourgeois (voir le « Petit dictionnaire Correct-Français et Français-Correct ») ?

vendredi 22 août 2014

« Numérique », impasse pour l'intuition

On parle beaucoup du « numérique ». Ce mot désigne précisément le codage binaire auquel l'informatique soumet les documents (texte, image, son, vidéo, code source etc.), chacun étant en effet représenté par une suite de 0 et de 1 qui forme un très grand nombre.

Voici quelques années on ne disait pas « numérique » mais « dématérialisation » (« démat' » dans le jargon professionnel) : un document, un formulaire étaient « dématérialisés » par le passage du support papier au format informatique.

« Numérique », plus récent, focalise lui aussi l'intuition sur ce passage. C'est donc, comme l'est « voile » pour « bateau », une métonymie pour « informatique » : l'« économie numérique » est en fait l'économie informatisée, l'« entreprise numérique » est l'entreprise informatisée.

Le vocabulaire se précise d'ailleurs nécessairement quand il s'agit de passer à l'action : une « formation au numérique » se concrétisera par l'apprentissage de l'usage et de la programmation des ordinateurs, la « numérisation » d'une entreprise se réalisera par la mise en œuvre d'un système d'information, etc.

Pourquoi donc ne pas dire plutôt « informatique » et « informatisation » qui, étant exacts, donnent un accès immédiat à l'action ?

Le vocabulaire s'explique ici comme ailleurs par des raisons à la fois historiques, sociologiques et idéologiques :
  • Les Américains ont refusé le mot « informatique » qu'ils jugent not invented here. Comme « computer science » ne se prête pas à la formation d'un adjectif ils disent « digital », qui évoque les chiffres 0 et 1, et nous l'avons traduit par « numérique » qui évoque les nombres. Certains, pour mieux les imiter, préfèrent « digital » à « numérique ».
  • Nombreux sont ceux qui ne veulent voir dans l'informatique qu'une « simple technique ». Pour évoquer l'éventail des effets de l'informatisation ils utilisent de façon paradoxale « numérique », dont le sens propre est plus technique encore que celui d'« informatique ».
  • Ceux qui appartiennent (ou ambitionnent d'appartenir) au « bon milieu » des dirigeants croient que la précision technique est le fait de personnes d'un niveau social médiocre. Le flou conceptuel de « numérique » leur permet de faire l'important en « parlant sans jugement de choses qu'ils ignorent », comme disait Descartes.
  • Cette attitude est renforcée dans la « haute » fonction publique par une échelle des valeurs qui place tout en bas l'action, jugée vulgaire, compromettante et sale, et tout en haut une parole qui exprime la contemplation de vérités éternelles.

mercredi 30 octobre 2013

Le génie des langues

Chaque langue possède un génie propre, chacune offre un terrain favorable à des idées, façons de voir le monde, savoir vivre et savoir faire particuliers : les génies respectifs du français, de l'anglais, de l'allemand, de l'espagnol, de l'italien, de l'arabe, de l'hébreu, du russe, du chinois etc. diffèrent tous les uns des autres.

Au lycée le génie du français m'accaparait (à cet âge-là on comprend mal ce qui se passe dans sa propre tête) : voulant savoir comment s'y prenaient les écrivains que je lisais avec tant de plaisir, je cherchais assidûment les secrets du beau langage.

Cette recherche me rendait étanche aux langues étrangères. J'étais notamment rétif aux déclinaisons : quel sens peuvent avoir, me disais-je, ces accusatifs, génitifs, datifs etc. dont le français se passe si bien ? Il me semblait que les profs, partageant le projet pédagogique de la Zazie de Queneau, les avaient inventés pour « faire chier les mômes ».

Lors d'un voyage scolaire en Allemagne j'ai pourtant entendu un bambin dire à sa grand-mère « Es ist mir egal ». Ce tout petit utilisait le datif, la déclinaison était donc naturelle ! La porte de l'allemand s'ouvrant soudain, je me suis passionné pour cette langue puis pour quelques autres.

jeudi 19 septembre 2013

Pouvoir et agir

J'ai travaillé quelque temps dans un cabinet ministériel. « Untel, c'est un politique », disait-on avec admiration au secrétariat du ministre, et le regard qui accompagnait cette phrase signifiait « toi, en tout cas, tu n'en es pas un ». J'ai donc observé ces politiques avec attention. J'ai vu que s'ils possèdent des talents qui me font en effet défaut ils souffrent aussi souvent de quelques lacunes.

Comme je refuse la sacralisation du pouvoir qu'implique le mot « hiérarchie », je n'accorde à ces personnes que le respect qui est dû à tout être humain. J'admire certes celles qui remplissent sérieusement leur mission, mais ni plus ni moins que les artisans, ingénieurs, médecins etc. qui font bien leur métier.

Mais la plupart des politiques que j'ai observés répondent au portrait que voici :

Ce sont des êtres vigilants et vifs, capables d'anéantir d'une repartie foudroyante l'interlocuteur imprudent. Les plus expérimentés d'entre eux (un Defferre, un Pasqua) se meuvent avec un naturel animal dont l'esthétique n'est pas sans charme.

Ils vivent dans le monde psychosocial que structurent les pôles et réseaux de l'autorité, de la légitimité et de l'influence. Par contre le monde des choses, qui sont pour l'intention humaine appui ou obstacle, ne les intéresse pas : ils n'ont sans doute jamais soulevé un sac de ciment, jamais senti le poids de la terre en maniant la pelle et la pioche, jamais rencontré les obstacles qui s'opposent à un programmeur. Ils estiment que les choses n'ont pas à manifester une existence autonome. Un stylo qui se refuse à fonctionner est immédiatement jeté, un ordinateur indocile les exaspère.

dimanche 15 septembre 2013

Philosophie de l'action et langage de l'informatique

Texte de la conférence du 26 septembre 2013 à l'ENST dans le cadre des « Jeudis de l'imaginaire ».

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Évolution historique de la nature

L'histoire fournit d'utiles comparaisons pour comprendre ce qui nous arrive à travers l'informatisation. Bertrand Gille1 a produit une théorie des systèmes techniques qui découpe l'histoire en périodes caractérisées chacune par la synergie de quelques techniques fondamentales.

Ainsi la synergie entre la mécanique et la chimie est vers 1775 à l'origine de la première révolution industrielle ; la deuxième est provoquée vers 1875 en complétant la mécanique et la chimie par une synergie avec l'énergie ; la troisième, vers 1975, résulte de la synergie entre la microélectronique, le logiciel et l'Internet.

Certains historiens ont taxé Gille de « technicisme » : on encourt inévitablement ce reproche quand on s'intéresse à la technique, car comme l'a dit Gilbert Simondon2 notre culture est prisonnière des schèmes mentaux d'une société qui n'existe plus : notre littérature se focalise sur les dimensions psycho-sociologiques de l'existence humaine et la culture ainsi mutilée ignore le rapport entre la société humaine et le milieu naturel, ce rapport que la technique transforme et aménage (voir aussi Ellis3).

samedi 24 août 2013

Pour une véritable stratégie

La troisième révolution industrielle a fait émerger une économie et une société qui diffèrent de l'économie et de la société antérieures, issues de la deuxième révolution industrielle. Nombre des décisions de politique économique et d'organisation, prisonnières d'un modèle obsolète, vont au rebours de l'efficacité : le mort saisit le vif1.

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Une stratégie ne peut être efficace que si elle s'appuie sur une connaissance exacte du terrain offert à l'action ainsi que des moyens dont celle-ci dispose : même subtil, un discours stratégique qui ignore ce que fait émerger la troisième révolution industrielle sera inévitablement non pertinent.

Cette ignorance est, pour des raisons à la fois sociologiques et intellectuelles, solidement ancrée parmi les personnes qui occupent une fonction stratégique. Le mot « numérique », terriblement ambigu, leur sert d'alibi pour refuser de voir que la troisième révolution industrielle est celle de l'informatisation : elles méprisent en effet l'informatique et craignent par dessus tout le reproche de technicisme.

Par ailleurs les économistes, dont certains conseillent ces stratèges, refusent de voir que l'informatisation généralise les rendements d'échelle croissants, ce qui introduit dans l'économie une transformation radicale. Ils ne croient pas en effet possible de rattacher à une cause aussi « simple » l'éventail de phénomènes si divers qui en résulte - d'autant moins possible que cette « simplicité » risque d'ôter à leur spécialité une part de son mystère et, peut-être, de son prestige.

Il en résulte que la stratégie s'égare dans des impasses. La transition énergétique, certes nécessaire, ne devrait cependant pas occuper un tel rang dans les priorités. L'attention accordée au « secteur du numérique », certes important, cache que l'enjeu fondamental, beaucoup plus large, réside dans l'informatisation des institutions et notamment des entreprises.

samedi 12 janvier 2013

Christian Saint-Etienne, France : état d'urgence, Odile Jacob, 2013


J'espère que ce livre sera lu par nos politiques, auxquels Christian Saint-Etienne distribue des gifles méritées et instructives. Il dynamite le politiquement correct en dénonçant la « médiocrité consentie » dans laquelle notre pays se complaît. Au lieu de cultiver notre « droit à être » républicain, dit-il, nous revendiquons un « droit à avoir ».

Qu'est-ce que ce « droit à être » ? C'est le droit à agir de façon responsable, à entreprendre, à créer ; c'est l'héritage le plus précieux de notre République, qui a proposé à chaque Français d'adhérer aux valeurs de courage, dignité, réserve et droiture qui étaient celles de la noblesse tout en les détachant des privilèges auxquelles elles avaient été liées.

Qu'est-ce que le « droit à avoir » ? C'est le droit à recevoir aides et soutiens, le droit à bénéficier (en se disant « puisque j'y ai droit ») de tout effet d'aubaine qui se présente. Ce droit-ci résulte, dit Saint-Etienne, d'une représentation déterministe du destin humain : si l'on suppose que chacun est conditionné par son origine sociale et son éducation, l'appel à la responsabilité et à l'effort sur soi est incongru et il convient d'être compatissant, fût-ce avec un mépris secret, envers ceux que le sort a défavorisé.

vendredi 14 décembre 2012

De l'économie à l'iconomie : opportunités et défis de la transition

(Intervention au 28e rendez-vous de la mondialisation organisé par le Centre d'analyse stratégique le 12 décembre 2012).


Nota Bene : Cette intervention a été résumée dans « L'iconomie, une autre façon de produire », Les Échos, 13 décembre 2012.

*     *

L'importance de l'informatisation est controversée. Nathalie Kosciusko-Morizet m'a dit un jour1 qu'« informatisation », c'était « ringard » ! Elle estime peut-être que le « numérique », que l'on confine si souvent dans le médiatique et le culturel, c'est « super »...

Elle n'est pas la seule. Des économistes comme Robert Gordon2, l'élève de Robert Solow, et l'écrivain Nicholas Carr3 s'évertuent à démontrer que l’informatique et l'Internet n'ont plus rien à apporter depuis que la bulle des années 90 s'est dégonflée. Jeremy Rifkin4 estime que s'il y a une troisième révolution industrielle, c'est celle de la transition énergétique. Jean-Marc Jancovici5 dit que la pénurie prochaine d'énergie fossile rend une décroissance inévitable, et qu'elle sera d'ailleurs nécessaire pour limiter le réchauffement climatique : il refuse de considérer l'informatisation alors même qu'elle est une des clés des économies d'énergie.

Pour que l'on puisse parler de « révolution industrielle » il ne suffit pourtant pas d'évoquer un secteur particulier comme les énergies vertes ou la biotechnologie, et moins encore la décroissance : il faut que la fonction de production de tous les secteurs soit transformée. C'est bien ce qui s'est produit avec la mécanisation au XIXe siècle puis la maîtrise de l'énergie au XXe.

Or c'est exactement ce que provoque l'informatisation : on le voit bien si l'on observe ce qui se passe dans les entreprises. L'informatisation bouleverse depuis 1975 le système productif en faisant émerger une « iconomie » qui, s'appuyant sur les rendements d'échelle croissants qui se diffusent à partir de la microélectronique, du logiciel et de l'Internet, transforme la nature des produits, la façon de produire et de commercialiser, les compétences, les organisations, la structure du marché, la forme de la concurrence et jusqu'aux préférences des consommateurs.

samedi 17 novembre 2012

Culture, technique et Saint-Simon

Les œuvres complètes de Saint-Simon (1760-1825) viennent d'être éditées par Juliette Grange, Pierre Musso, Philippe Régnier et Frank Yonnet. À la lecture il m'apparaît que malgré la distance chronologique Saint-Simon est notre contemporain et qu'il nous apporte des enseignements utiles. Je m'en explique.

*     *

Chaque changement de système technique est précédé par une évolution culturelle et politique : l'innovation qui procure les technologies fondamentales d'un nouveau système n'est en effet possible que si les institutions et les esprits ont été préparés à l'accepter. En l'absence d'une telle préparation les idées nouvelles qui naissent dans le cerveau des inventeurs ne peuvent avoir aucune audience, donc aucune conséquence en termes d'innovation.

Ainsi la première révolution industrielle a été précédée, au plan politique, par les révolutions politiques anglaises qui ont aux XVIe et XVIIe siècles liquidé les institutions féodales avec la suppression des monastères par le protestantisme et l'extermination presque totale de la noblesse lors des conflits dynastiques. Au plan culturel, cette crise politique a été corrélative des réflexions de Bacon et de Newton. Elle a été accélérée et en quelque sorte catalysée par le mouvement de pensée des « lumières écossaises » qui s'est épanoui après la création de la Grande-Bretagne en 1707 et qu'ont illustré les noms de Hume, Smith et Watt.

mardi 26 juin 2012

Courts voyages dans le monde de la pensée

J'ai publié voici quelques années un commentaire sur le livre de Jean-François Dars, Voyage avec Stevenson dans les Cévennes. Son style simple et clair, mais très subtil, m'avait intéressé. Par la suite Dars a contribué à un livre, Les déchiffreurs, consacré à des mathématiciens : des photographies et des textes aidaient à entrevoir la vie intime de leur pensée.

Je retrouve ce style chic et sobre dans le site Histoires courtes que Dars édite avec Anne Papillault. En moins de cinq minutes des physiciens, archéologues, géochimistes, historiens, mathématiciens et autres penseurs dévoilent chacun une part de sa recherche pour nous en faire partager l'esprit.

Les écouter, c'est faire autant de plongées dans le monde de la pensée - ce monde qui semble si éloigné de la vie quotidienne et que les médias n'effleurent que très rarement, mais qui recèle les fondations secrètes sur lesquelles notre vie se bâtit.

samedi 21 avril 2012

Technique et institution

Pour éclairer la relation entre les techniques et les institutions, je propose un petit modèle schématique et donc simplificateur mais que j'espère utile à travers sa simplicité.

Trois mondes

Toute société fonctionne à la fois dans deux « mondes » qu'elle articule : d'une part le monde des valeurs, où elle définit à sa façon le « bien » et le « mal », le « sens de la vie » etc. ; d'autre part le monde de la nature, auquel elle est confrontée et qui lui présente à la fois des ressources (eau, énergie, territoire, faune, flore etc.) et des obstacles (intempéries, épidémies, poisons, distance etc.).

Cette société a pour but ultime d'exprimer ses valeurs dans le monde de la nature, de les graver dans l'histoire : ainsi les hommes de la préhistoire dessinaient sur les parois de leurs grottes les symboles de leurs valeurs. Cette expression se réalise par l'action, qui forme un troisième monde intercalé entre celui de la nature et celui des valeurs.

L'action met en œuvre les capacités physiques et mentales des individus mais elle est toujours collective, même quand elle paraît individuelle : l’œuvre que crée un artiste, un écrivain par exemple, ne pourra atteindre son public – et devenir véritablement une œuvre – que relayée par l'édition. L'action est donc toujours le fait d'institutions qui organisent une action collective – et dans lesquelles, de ce fait, se manifestent toutes les dimensions de l'anthropologie : économie, sociologie, psychologie, philosophie - et même métaphysique car l'action incarne les valeurs dans le monde de la nature.

Voici donc les trois mondes qui composent notre modèle : la nature, les institutions, les valeurs.

L'entreprise, par exemple, est l'institution qui assure l'interface entre la nature et la société pour lui procurer le bien-être matériel, celui-ci étant une des valeurs auxquelles notre société accorde le plus d'importance (d'autres sociétés lui sont indifférentes). Le langage, que chaque génération hérite de la précédente et transmet à la suivante après l'avoir enrichi ou appauvri, est une autre institution.

vendredi 23 décembre 2011

Fawn Brodie, Un diable d'homme, Libella 2011

Le « diable d'homme » dont il s'agit, c'est Richard Burton – non l'acteur (1925-1984), mais l'explorateur (1821-1890).

L'auteur de cette biographie suit les démarches de la psychanalyse pour comprendre son sujet. Certains ont critiqué cette méthode mais elle m'a paru intéressante et, en l'occurrence, justifiée par la complexité du personnage.

Burton a été, comme T. E. Lawrence, Lesley Blanch et tant d'autres, de ces Britanniques qu'ont attirés le grand large, le vaste monde, les cultures orientales, les mœurs exotiques : ils voulaient s'échapper des brumes de la Grande-Bretagne comme du carcan de la morale victorienne.

Contrairement à d'autres explorateurs que seule la géographie intéresse Burton a étudié les civilisations, les langues et les mœurs. Il a été l'un des pionniers de l'anthropologie. Il se déguisait pour se fondre dans une population : déguisé ainsi en musulman, il a fait à ses risques et périls le pèlerinage de la Mecque. Il maîtrisait plusieurs dizaines de langues et dialectes, ce qui émerveillait ses contemporains. Ses traductions en anglais sont admirées pour leur exactitude et leur élégance.

mercredi 13 avril 2011

Éthique et informatisation

(Article destiné aux Cahiers de la documentation, revue de l'Association belge de documentation).

Résumé

L'informatisation a donné naissance à un alliage entre le cerveau humain et l'ordinateur et fait émerger un continent, le « cyberespace », où se manifestent des possibilités et des risques nouveaux. Il en est résulté une transformation des techniques de production, du contenu des emplois, de la sociologie et de l'organisation de l'entreprise. Il en résulte l'exigence d'un « commerce de la considération » dans les rapports des entreprises avec leurs agents opérationnels, leurs partenaires, leurs fournisseurs et leurs clients. Rares sont cependant les entreprises qui ont pris la mesure du phénomène.

Cette évolution, que l'on peut juger positive, s'accompagne par ailleurs de dangers nouveaux : la concurrence est très violente, la fraude et la criminalité tirent parti de l'informatique avec la complicité de quelques « pays voyous » et banques « fantômes ».

L'exigence éthique se manifeste donc en plein, qu'il s'agisse du corps des règles et des lois ou des comportements individuels.

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Étapes de l'informatisation

Pour poser correctement les questions d'éthique que soulève l'informatisation, il faut d'abord avoir une conscience exacte de la nature du phénomène et de sa situation historique.

mercredi 25 août 2010

Révolution et réaction

Bien plus que les révolutions anglaise et américaine, la révolution française fut la Révolution, bouleversement radical d'un ordre social et d'une civilisation : tandis que la révolution anglaise du XVIIe siècle avait amorcé le passage vers la monarchie constitutionnelle et la représentation parlementaire et que la révolution américaine avait émancipé des colons, notre révolution fit pleinement émerger la société rationnelle, égalitaire et libérale qu'avaient préparée les Lumières.

Une telle émergence ne pouvait pas aller sans ambiguïtés ni oppositions. C'est pourquoi, comme l'a montré Zeev Sternhell, la France a été simultanément, et de façon dialectique, la patrie de la révolution et celle de la réaction : à l'origine des mouvements fascistes et nazis on trouve la pensée de réactionnaires français et francophones talentueux, Joseph de Maistre (1753-1821), Arthur de Gobineau (1816-1882), Maurice Barrès (1862-1923), Charles Maurras (1868-1952) etc.

L'opposition entre révolution et réaction se concrétise par deux autres oppositions qui se rejoignent : entre tradition et raison d'une part, entre l'ordre social hiérarchique et l'élitisme pour tous d'autre part.