mardi 29 octobre 2013

François Géré, Iran, l'état de crise, Karthala, 2010

Quand ce livre a été publié, le président de l'Iran s'appelait Ahmadinejad et le risque de guerre était présent dans les esprits.

Depuis, l'ambiance a heureusement quelque peu changé. Pour l'essentiel ce livre reste pourtant à jour et sa lecture est utile : il est écrit dans l'esprit de cette science diplomatique qui s'efforce, avant toute chose, de comprendre l'autre pour deviner ses intentions et motivations les plus profondes.

L’Iran est donc décrit dans sa complexité avec les conflits qui opposent les composantes du pouvoir islamique – guide suprême, président, parlement, gardiens de la révolution – et les orientations qui partagent sa population : la part urbaine, jeune et éduquée, se distingue de la part rurale traditionnelle, et plusieurs ethnies se sentent sœurs de populations étrangères.

On ne peut donc rien comprendre à ce pays, notamment à ses ambitions dans le nucléaire, si on se le représente comme un monolithe et si on le résume aux déclarations intempestives d'Ahmadinejad.

Bien que ces déclarations concernent la politique étrangère elles ne peuvent se comprendre que si l'on est attentif aux impératifs la politique intérieure – il en est d'ailleurs de même des déclarations guerrières tout aussi intempestives de Netanyahou.

En Iran, les complications paralysent souvent la prise de décision. L'identification des responsabilités comme l'évaluation de la portée des déclarations sont très difficiles pour un interlocuteur étranger, voire pour les Iraniens eux-mêmes. Pour pouvoir interpréter ce qui se passe et se dit en Iran il faut donc avoir comme Géré une connaissance approfondie de ce pays, y avoir de nombreux contacts personnels - et cela ne suffit pas toujours.

Autour de l'Iran plusieurs pays mènent une Realpolitik dictée par l'idée qu'ils se font de leurs intérêts : Russie, Chine et Pakistan. D'autres sont animés par une crainte plus ou moins fantasmatique : c'est le cas de l'Arabie Saoudite, rival traditionnel de l'Iran chiite, et d'Israël qui veut rester seul détenteur de l'arme nucléaire dans la région. Certains enfin s'érigent en arbitres du Bien et du Mal : la France poussée vers la surenchère par le désir d'exister, les États-Unis tentés comme toujours d'affirmer leur force en cassant lourdement la porcelaine.

Les Iraniens répondent au calcul des uns, à la peur des autres et aux sanctions qui leur sont infligées par un ressentiment qui ressasse le souvenir des ingérences étrangères, notamment de celles qui ont contribué au renversement de Mossadegh en 1953. La culture chiite comporte aussi une tendance au sacrifice : l'affichage d'une pulsion suicidaire réelle ou simulée est utilement dissuasif.

Ceux qui refusent de faire l'effort de connaître l'Iran jouent le jeu périlleux de la menace militaire. La diplomatie, plus réaliste, sait user de fermeté mais s'efforce de comprendre à qui elle a affaire avant d'envisager le recours à la force. Le livre de Géré est une lecture utile pour ceux qui, n'ayant pas l'expérience du contact avec des Iraniens, souhaitent avoir de ce pays une idée plus exacte que les slogans sommaires des va-t-en guerre.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire