lundi 5 février 2018

La théorie néo-classique

Ce texte fait partie de la série « Petite histoire de la théorie économique »

Les classiques ont assimilé la valeur d’un produit à son coût de production ou, de façon plus précise, à la quantité de travail nécessaire pour l’élaborer : Karl Marx a bâti sa théorie de la plus-value et de l’exploitation de la force de travail sur cette définition, tout en constatant la différence entre « valeur d’échange » et « valeur d’usage ».

Léon Walras a tranché la question1 : la valeur d’un produit se manifeste, sur le marché, sous la forme du prix qui permet d’égaler la quantité offerte à la quantité demandée. Sa théorie est nommée « théorie de la valeur » et aussi « théorie marginaliste » en raison de l’importance qu’elle accorde au coût marginal de la production, ou encore « théorie néo-classique » car elle enrichit la théorie classique de façon décisive. La situation qu’elle considère est toujours celle de l’économie mécanisée : elle pose sur la nature des produits, le processus de production et la nature de l’entreprise les mêmes hypothèses que les classiques.

La théorie néo-classique permet de passer de l’« équilibre partiel » d’un marché particulier à l’équilibre général, dans lequel les prix sont déterminés de façon à équilibrer tous les marchés simultanément.

On démontre alors, moyennant une hypothèse raisonnable sur la forme que peut avoir la fonction de coût d’une entreprise, qu’un « optimum de Pareto » est atteint et que l’économie atteint un maximum d’efficacité si chaque marché obéit au régime de la concurrence parfaite et si le commerce international obéit au libre-échange. La portée de ce résultat est cependant conditionnée par les hypothèses qui sont posées au point de départ à la démonstration.

L’efficacité du libre-échange avait été démontrée par Ricardo en supposant données et constantes les ressources et techniques dont dispose chaque nation. Friedrich List a complété le modèle de Ricardo en considérant l’évolution des techniques2 : si une nation a pris de l’avance comme l’a fait la Grande-Bretagne au XIXe siècle, les autres nations (List pensait à l’Allemagne) doivent protéger leur industrie pendant le délai nécessaire pour qu’elles puissent rattraper leur retard.

La démonstration de l’efficacité de la concurrence parfaite s’appuie sur des hypothèses concernant la demande et la forme de la fonction de coût des entreprises :
  • le rendement d’échelle est croissant si le volume produit est faible et décroissant s’il est fort, de sorte qu’il existe une quantité pour laquelle le coût moyen est minimal ;
  • la demande étant très supérieure à cette quantité, l’offre ne peut l’équilibrer que si la création des entreprises est libre.

Ces hypothèses schématisent raisonnablement l’économie mécanisée, sauf quelques secteurs pour lesquels le rendement est croissant jusqu’à la quantité qui satisfait la demande. Ces secteurs obéissent au régime du monopole naturel, et il faut une régulation pour contraindre un monopole à contribuer à l’efficacité de l’économie.

Walras a démontré que les chemins de fer étaient un monopole naturel3. La théorie néo-classique n’est donc pas dogmatique : Walras était conscient de son caractère hypothétique. Il n’en sera pas de même pour tous ses successeurs.

À suivre : « La doctrine néo-libérale ».

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1 Léon Walras, Théorie mathématique de la richesse sociale, 1883.
2 Friedrich List, Das nationale System der politischen Ökonomie, 1841.
3 Léon Walras, L’État et les chemins de fer, 1875.

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