lundi 5 février 2018

Petite histoire de la théorie économique (série)

Je connais mon ignorance.
(Omar Khayyām)
Je présente dans cette série le résultat d’une méditation sur la théorie économique. Je ne prétends pas tout savoir, ni moins encore rivaliser avec les travaux des érudits : je soumets simplement mon point de vue à l’attention des lecteurs de bonne foi.

La théorie classique

La théorie économique est née en 1776 avec la publication de The Wealth of Nations par Adam Smith. Il y avait eu des réflexions économiques avant cette date, à commencer par celle d’Aristote, mais non une théorie. Le texte génial de Smith n’est que l’amorce d’une théorie, car il manque de cohérence, mais il contient en germe tout ce que d’autres mettront en forme par la suite.

La théorie proprement dite sera l’œuvre de David Ricardo, qui pose des hypothèses (ou « axiomes ») dont il tire les conséquences jusqu’au bout1. Comme toute théorie celle-ci est donc hypothétique : ses résultats ne seront pertinents pour l’action que dans les situations où ses axiomes sont vérifiés.

Smith et Ricardo sont les pères de la théorie dite classique. La situation à laquelle ils ont voulu répondre est celle créée par la mécanisation de la production, dont l’intuition de Smith a anticipé les conséquences.

Nous sommes en effet à la fin du XVIIIe siècle. La Grande-Bretagne amorce une transformation de son économie en s’appuyant sur la mécanisation et sur la « chimisation » qui l’accompagne. L’économie avait été jusqu’alors essentiellement agricole, la société étant dominée par une classe guerrière de propriétaires fonciers, la noblesse. Elle va devenir industrielle. L’agriculture ne sera pas supprimée : elle sera mécanisée (et « chimisée »).

L’équilibre économique du régime féodal s’était appuyé sur la prédation et la charité : tandis que la richesse se prenait à la pointe de l’épée, la crainte de l’enfer poussait à en redistribuer une part aux pauvres par le canal de l’Église.

La bourgeoisie s’était formée lentement au sein du régime féodal dans les « bourgs » (villes fortifiées). La mécanisation va lui permettre de s’emparer du pouvoir politique et de dominer la société industrielle. Elle va substituer à la prédation le marché où personne ne peut être contraint de vendre ou d’acheter. Elle va supprimer les péages et particularismes locaux qui s’opposaient à la liberté du commerce et à la diffusion des produits de l’industrie.

La théorie classique sera donc essentiellement une théorie de la production mécanisée et de l’échange marchand. Le ressort de l’entrepreneur est certes la recherche du profit, mais il faut qu’il possède les compétences nécessaires pour organiser la production et la commercialisation de ses produits.

Enfin la production et l’échange doivent être protégés contre la prédation2 : le vol ne pouvant pas être éradiqué, la prédation subsiste sans doute dans l’économie mécanisée mais elle n’est qu’une rémanence d’un passé révolu et la théorie peut négliger ce phénomène parasitaire.

À suivre : « Le libéralisme ».

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1 David Ricardo, On the Principles of Political Economy and Taxation, 1817.
2 « Le commerce et les entreprises ne peuvent pas s’épanouir dans un État qui ne bénéficie pas d’une administration correcte de la justice, dans lequel les gens ne se sentent pas en sécurité dans la possession de leurs biens, dans lequel la loi ne soutient pas la confiance dans les contrats » (Adam Smith, An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, Livre V, chapitre 3).

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