L'économie informatisée diffère, sur des points essentiels, de l'économie mécanisée qui l'a précédée : aux alentours de 1975, nous sommes ainsi passés d'un monde à l'autre.
Cette contribution aux réflexions du groupe de travail « Modernité Économie » de Laser comporte les trois textes suivants :
Le bloc historique
Le nouveau monde
Vers la maturité
Il s'agit de comprendre ce qui a changé et de voir pourquoi la théorie économique peine autant à en rendre compte.
lundi 23 mai 2011
Le bloc historique
(Ce texte appartient à la série D'un monde à l'autre)
Le monde actuel diffère qualitativement du « bloc historique », expression qu'utilise Yann Moulier-Boutang pour désigner le monde dans lequel nous avons vécu dans les quelques dizaines d'années qui précédèrent 1975 (et qui n'a rien à voir avec le bloco historico de Gramsci).
Dans ce monde-là, le PIB et l'indice de la production industrielle croissaient de 5 % par an et le secteur secondaire employait une part croissante de la population active (le maximum a été atteint en 1975). On dénombrait de l'ordre de 700 000 chômeurs.
Sans le savoir, nous vivions alors les « trente glorieuses » qui allaient bientôt s'achever. La France avait dès le début des années 1950 achevé la reconstruction d'une économie détruite durant la deuxième guerre mondiale et dans la foulée la croissance s'était poursuivie, aiguillonnée par l'exemple américain.
La population avait cependant été marquée par le souvenir de la crise des années 1930 puis de la pénurie des années 1940 : les Français éprouvaient le besoin de s'équiper, de consommer, voire de se gaver pour oublier ces souvenirs pénibles.
Le monde actuel diffère qualitativement du « bloc historique », expression qu'utilise Yann Moulier-Boutang pour désigner le monde dans lequel nous avons vécu dans les quelques dizaines d'années qui précédèrent 1975 (et qui n'a rien à voir avec le bloco historico de Gramsci).
Dans ce monde-là, le PIB et l'indice de la production industrielle croissaient de 5 % par an et le secteur secondaire employait une part croissante de la population active (le maximum a été atteint en 1975). On dénombrait de l'ordre de 700 000 chômeurs.
Sans le savoir, nous vivions alors les « trente glorieuses » qui allaient bientôt s'achever. La France avait dès le début des années 1950 achevé la reconstruction d'une économie détruite durant la deuxième guerre mondiale et dans la foulée la croissance s'était poursuivie, aiguillonnée par l'exemple américain.
La population avait cependant été marquée par le souvenir de la crise des années 1930 puis de la pénurie des années 1940 : les Français éprouvaient le besoin de s'équiper, de consommer, voire de se gaver pour oublier ces souvenirs pénibles.
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Le nouveau monde
(Ce texte appartient à la série D'un monde à l'autre)
L'économie passe aux alentours de 1975, pour reprendre l'expression de Bertrand Gille [3], d'un « système technique » à l'autre.
Les techniques fondamentales du système productif avaient été jusqu'alors celles de la mécanique, de la chimie et de l'énergie. À partir de 1975 elles sont détrônées par la synergie de la micro-électronique, du logiciel et des réseaux de télécommunication.
Ce changement n'est cependant pas plus absolu que ne l'avait été, aux alentours de 1775, le passage d'une économie agricole à l'économie mécanisée que l'on a qualifiée d'industrielle : l'industrialisation n'a pas supprimé l'agriculture, elle l'a industrialisée. De même l'informatisation ne supprime pas l'industrie mécanisée : elle l'informatise.
Notons au passage que le mot « industrie » a pris vers 1800 un sens étroit. Étymologiquement, il désigne l'ingéniosité dans l'action, la mise en œuvre efficace d'un savoir-faire : ce sens s'est conservé dans l'adjectif « industrieux » comme dans l'expression « chevalier d'industrie » qui désigne un escroc trop habile.
Aux alentours de 1800 la production mécanisée et chimisée était de loin la plus efficace : on lui a donc appliqué le mot « industrie » qu'elle a accaparé, et qui s'est trouvé ainsi bientôt connoté par des images d'engrenages, de cheminées d'usine etc. Si l'on revient cependant à son étymologie, on peut dire que l'informatisation est la forme contemporaine de l'industrialisation et que 1975 est la date de la troisième révolution industrielle.
L'économie passe aux alentours de 1975, pour reprendre l'expression de Bertrand Gille [3], d'un « système technique » à l'autre.
Les techniques fondamentales du système productif avaient été jusqu'alors celles de la mécanique, de la chimie et de l'énergie. À partir de 1975 elles sont détrônées par la synergie de la micro-électronique, du logiciel et des réseaux de télécommunication.
Ce changement n'est cependant pas plus absolu que ne l'avait été, aux alentours de 1775, le passage d'une économie agricole à l'économie mécanisée que l'on a qualifiée d'industrielle : l'industrialisation n'a pas supprimé l'agriculture, elle l'a industrialisée. De même l'informatisation ne supprime pas l'industrie mécanisée : elle l'informatise.
Notons au passage que le mot « industrie » a pris vers 1800 un sens étroit. Étymologiquement, il désigne l'ingéniosité dans l'action, la mise en œuvre efficace d'un savoir-faire : ce sens s'est conservé dans l'adjectif « industrieux » comme dans l'expression « chevalier d'industrie » qui désigne un escroc trop habile.
Aux alentours de 1800 la production mécanisée et chimisée était de loin la plus efficace : on lui a donc appliqué le mot « industrie » qu'elle a accaparé, et qui s'est trouvé ainsi bientôt connoté par des images d'engrenages, de cheminées d'usine etc. Si l'on revient cependant à son étymologie, on peut dire que l'informatisation est la forme contemporaine de l'industrialisation et que 1975 est la date de la troisième révolution industrielle.
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Vers la maturité
(Ce texte appartient à la série D'un monde à l'autre)
Napoléon avait mesuré l'avantage que l'industrialisation pouvait procurer aux nations. Dans le traîneau qui le ramène de Russie en décembre 1812 il se confie à Caulaincourt : « On a beau faire, dit-il, c’est moi qui ai créé l’industrie en France. Le but du système continental est de créer en France et en Allemagne une industrie qui l’affranchisse de celle de l’Angleterre [10] ».
L'industrialisation avait démarré vers 1775, l'informatisation a débuté vers 1975 : pouvons-nous espérer que nos politiques auront en 2012 compris et sa nature, et son importance ?
On doit craindre plutôt qu'ils n'aient pas, sur ce point, un jugement aussi pénétrant que celui de l'empereur. Leurs initiatives restent en effet terriblement limitées en regard de l'ampleur du phénomène : tandis que les grands systèmes de la nation (enseignement, santé, justice etc.) s'informatisent dans le désordre et comme à reculons, le législateur se focalise sur les droits d'auteur des produits culturels.
Les économistes sont pour une part responsables de cette inconscience. Adam Smith avait dès 1776 publié, avec la Richesse des Nations, le modèle qui permettait de penser l'industrialisation. Mais ce modèle, ayant inauguré la théorie économique, a comme emmailloté celle-ci dans l'alliage de la main d’œuvre et de la machine.
Pour penser l'informatisation il faudra retrouver l'énergie créatrice qui en son temps a permis à Smith de modéliser l'industrialisation, puis appliquer cette énergie à l'alliage du cerveau d’œuvre et de l'automate que fait émerger l'informatisation. Ce travail n'est pas impossible mais il sera difficile car il suppose de rebâtir l'imposant édifice théorique, mathématique, statistique, comptable et institutionnel qui a été construit pour faire mûrir les germes que contient l’œuvre de Smith.
Napoléon avait mesuré l'avantage que l'industrialisation pouvait procurer aux nations. Dans le traîneau qui le ramène de Russie en décembre 1812 il se confie à Caulaincourt : « On a beau faire, dit-il, c’est moi qui ai créé l’industrie en France. Le but du système continental est de créer en France et en Allemagne une industrie qui l’affranchisse de celle de l’Angleterre [10] ».
L'industrialisation avait démarré vers 1775, l'informatisation a débuté vers 1975 : pouvons-nous espérer que nos politiques auront en 2012 compris et sa nature, et son importance ?
On doit craindre plutôt qu'ils n'aient pas, sur ce point, un jugement aussi pénétrant que celui de l'empereur. Leurs initiatives restent en effet terriblement limitées en regard de l'ampleur du phénomène : tandis que les grands systèmes de la nation (enseignement, santé, justice etc.) s'informatisent dans le désordre et comme à reculons, le législateur se focalise sur les droits d'auteur des produits culturels.
Les économistes sont pour une part responsables de cette inconscience. Adam Smith avait dès 1776 publié, avec la Richesse des Nations, le modèle qui permettait de penser l'industrialisation. Mais ce modèle, ayant inauguré la théorie économique, a comme emmailloté celle-ci dans l'alliage de la main d’œuvre et de la machine.
Pour penser l'informatisation il faudra retrouver l'énergie créatrice qui en son temps a permis à Smith de modéliser l'industrialisation, puis appliquer cette énergie à l'alliage du cerveau d’œuvre et de l'automate que fait émerger l'informatisation. Ce travail n'est pas impossible mais il sera difficile car il suppose de rebâtir l'imposant édifice théorique, mathématique, statistique, comptable et institutionnel qui a été construit pour faire mûrir les germes que contient l’œuvre de Smith.
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dimanche 22 mai 2011
Deux topiques
Francis Jacq m'a conseillé la lecture des Topiques d'Aristote (les « topiques » sont comme des boîtes dont certaines contiennent, toute faite, une façon de se représenter le monde). Cela m'a permis d'en repérer deux que j'ai souvent vu batailler : la descriptive et l'explicative.
La topique descriptive
Les adeptes de la représentation descriptive voient le monde comme une liste de choses posées les unes à côté des autres. Cette liste peut être éventuellement hiérarchisée en niveaux, des choses s'emboîtant (Word et Excel s'emboîtent dans le logiciel ; le lit, la table de nuit et l'armoire s'emboîtent dans la chambre etc.) : la description est souvent ensembliste et classificatoire comme en statistique.
À chaque chose elle associe en outre des propriétés et des poignées qui permettent de s'en servir : « voici comment il convient d'utiliser Word », « voici comment on doit conduire une voiture ».
L'approche descriptive est donc à la fois érudite et pratique : son détail satisfait les spécialistes (ingénieurs, médecins, juristes) qui se reconnaissent par la maîtrise ésotérique d'un vocabulaire spécial. Lorsque deux ingénieurs font connaissance, leur conversation commence ainsi par quelques phrases qui, riches en mots et acronymes techniques, permettent à chacun de savoir « à qui il a affaire ».
La représentation descriptive est, comme de juste, photographique : elle fige l'image d'un instant. Il lui arrive aussi d'être cinématographique, succession de photographies : les informaticiens aiment à se remémorer l'époque héroïque des cartes perforées et celle du PDP-11.
La topique descriptive
Les adeptes de la représentation descriptive voient le monde comme une liste de choses posées les unes à côté des autres. Cette liste peut être éventuellement hiérarchisée en niveaux, des choses s'emboîtant (Word et Excel s'emboîtent dans le logiciel ; le lit, la table de nuit et l'armoire s'emboîtent dans la chambre etc.) : la description est souvent ensembliste et classificatoire comme en statistique.
À chaque chose elle associe en outre des propriétés et des poignées qui permettent de s'en servir : « voici comment il convient d'utiliser Word », « voici comment on doit conduire une voiture ».
L'approche descriptive est donc à la fois érudite et pratique : son détail satisfait les spécialistes (ingénieurs, médecins, juristes) qui se reconnaissent par la maîtrise ésotérique d'un vocabulaire spécial. Lorsque deux ingénieurs font connaissance, leur conversation commence ainsi par quelques phrases qui, riches en mots et acronymes techniques, permettent à chacun de savoir « à qui il a affaire ».
La représentation descriptive est, comme de juste, photographique : elle fige l'image d'un instant. Il lui arrive aussi d'être cinématographique, succession de photographies : les informaticiens aiment à se remémorer l'époque héroïque des cartes perforées et celle du PDP-11.
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lundi 16 mai 2011
A propos de l'Internet des objets
Philippe Gautier m'a aimablement demandé une postface pour L'Internet des objets est-il soluble dans les Systèmes d'information ?, qu'il publie avec Laurent Gonzalez chez l'AFNOR. Je la reproduis ci-dessous.
Pour anticiper les conséquences positives ou négatives d'une technique nouvelle il est utile de s'en remémorer d'autres, autrefois nouvelles, auxquelles nous sommes habitués.
Le pilote automatique d'un avion reçoit des signaux et émet des commandes qui mettent l'avion dans l'attitude où il consomme le moins de carburant. La maintenir serait pour un pilote humain aussi difficile que de tenir une assiette en équilibre sur la pointe d'une épingle. Peut-on dire que ce pilote automatique « décide » ? Non, mais il fait des chose qu'un être humain ne saurait pas faire. Est-il « intelligent » au sens de « doté de la faculté de comprendre » ? Non, mais il complète efficacement le cerveau du pilote humain.
Une centrale nucléaire est un gros « objet » doté de programmes qui réagissent automatiquement en cas d'incident. La probabilité d'un incident auquel le programme ne pourra pas répondre est d'un par période de trois ans, et il faut qu'alors un superviseur humain puisse prendre la main. Mais si un être humain reste sans rien faire pendant trois ans, sa capacité d'action s'annule. On a dû sous-automatiser délibérément ces centrales pour que le superviseur reste actif et vigilant.
On dit parfois à propos du Web que « trop d'information tue l'information ». C'était déjà le cas avec les livres car depuis l'invention de l'imprimerie personne ne peut avoir tout lu. Le livre n'est-il pas d'ailleurs un objet communicant ? Il a un identifiant (ISBN), des attributs (titre, nom de l'éditeur, date, nombre de pages), une forme (typographie), une interface (page) et un contenu « virtuel », le texte. Sa lecture a des effets fastes ou néfastes sur le lecteur dont elle peut aiguiser ou égarer le discernement.
* *
Pour anticiper les conséquences positives ou négatives d'une technique nouvelle il est utile de s'en remémorer d'autres, autrefois nouvelles, auxquelles nous sommes habitués.
Le pilote automatique d'un avion reçoit des signaux et émet des commandes qui mettent l'avion dans l'attitude où il consomme le moins de carburant. La maintenir serait pour un pilote humain aussi difficile que de tenir une assiette en équilibre sur la pointe d'une épingle. Peut-on dire que ce pilote automatique « décide » ? Non, mais il fait des chose qu'un être humain ne saurait pas faire. Est-il « intelligent » au sens de « doté de la faculté de comprendre » ? Non, mais il complète efficacement le cerveau du pilote humain.
Une centrale nucléaire est un gros « objet » doté de programmes qui réagissent automatiquement en cas d'incident. La probabilité d'un incident auquel le programme ne pourra pas répondre est d'un par période de trois ans, et il faut qu'alors un superviseur humain puisse prendre la main. Mais si un être humain reste sans rien faire pendant trois ans, sa capacité d'action s'annule. On a dû sous-automatiser délibérément ces centrales pour que le superviseur reste actif et vigilant.
On dit parfois à propos du Web que « trop d'information tue l'information ». C'était déjà le cas avec les livres car depuis l'invention de l'imprimerie personne ne peut avoir tout lu. Le livre n'est-il pas d'ailleurs un objet communicant ? Il a un identifiant (ISBN), des attributs (titre, nom de l'éditeur, date, nombre de pages), une forme (typographie), une interface (page) et un contenu « virtuel », le texte. Sa lecture a des effets fastes ou néfastes sur le lecteur dont elle peut aiguiser ou égarer le discernement.
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lundi 18 avril 2011
Sylvestre Frézal, Modèles et mesures, Ellipses, 2010
Ce petit livre, d'une clarté lumineuse, explore la dimension intellectuelle et pratique de la mesure (notamment en statistique et en comptabilité) et de la modélisation (notamment en économie mais plus généralement dans la pensée).
Il s'appuie sur une riche expérience professionnelle et, on le sent, sur une vaste culture : cela lui permet de conjuguer précision et sobriété. Beaucoup de ses pages sont admirables, il ne serait pas possible de mieux écrire.
J'ai pourtant senti une lacune. Venant d'un auteur qui maîtrise si bien son sujet, il ne peut s'agir que d'une lacune de fond, d'une de ces lacunes qui se creusent dans l'intellect et s'y nichent pour devenir une évidence partagée, collective. Je crois utile de m'en expliquer.
Frézal dit que le choix de ce que l'on modélise, ou que l'on mesure, vise à « mieux appréhender le réel ». « Modéliser, dit-il p. 72, c'est l'art de perdre à bon escient de l'information qualitative, de retenir l'essentiel en fonction de ce que l'on souhaite appréhender. Mesurer, c'est l'art de perdre de manière consciente et intelligente de l'information quantitative, en fonction de ce qui nous intéresse, avec la précision pertinente ». Et il ajoute, p. 92, « faire un choix éclairé, ce n'est pas faire un choix objectif et intelligent, puisque de tels choix n'existent pas dans l'absolu, mais c'est faire un choix conscient de sa subjectivité ».
Tout cela est fort bien dit mais je m'interroge : quel est le critère qui permettra, quand on fait un choix qui en effet ne peut être que subjectif, de savoir si ce choix est pertinent ? Ou pour poser la question autrement, que signifie « appréhender le réel » ? Est-ce accéder à son essence, c'est-à-dire à une vérité qui peut échapper à l'évidence mais qui lui est essentielle ? Ou est-ce autre chose ?
Il s'appuie sur une riche expérience professionnelle et, on le sent, sur une vaste culture : cela lui permet de conjuguer précision et sobriété. Beaucoup de ses pages sont admirables, il ne serait pas possible de mieux écrire.
J'ai pourtant senti une lacune. Venant d'un auteur qui maîtrise si bien son sujet, il ne peut s'agir que d'une lacune de fond, d'une de ces lacunes qui se creusent dans l'intellect et s'y nichent pour devenir une évidence partagée, collective. Je crois utile de m'en expliquer.
Frézal dit que le choix de ce que l'on modélise, ou que l'on mesure, vise à « mieux appréhender le réel ». « Modéliser, dit-il p. 72, c'est l'art de perdre à bon escient de l'information qualitative, de retenir l'essentiel en fonction de ce que l'on souhaite appréhender. Mesurer, c'est l'art de perdre de manière consciente et intelligente de l'information quantitative, en fonction de ce qui nous intéresse, avec la précision pertinente ». Et il ajoute, p. 92, « faire un choix éclairé, ce n'est pas faire un choix objectif et intelligent, puisque de tels choix n'existent pas dans l'absolu, mais c'est faire un choix conscient de sa subjectivité ».
Tout cela est fort bien dit mais je m'interroge : quel est le critère qui permettra, quand on fait un choix qui en effet ne peut être que subjectif, de savoir si ce choix est pertinent ? Ou pour poser la question autrement, que signifie « appréhender le réel » ? Est-ce accéder à son essence, c'est-à-dire à une vérité qui peut échapper à l'évidence mais qui lui est essentielle ? Ou est-ce autre chose ?
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mercredi 13 avril 2011
Éthique et informatisation
(Article destiné aux Cahiers de la documentation, revue de l'Association belge de documentation).
Résumé
L'informatisation a donné naissance à un alliage entre le cerveau humain et l'ordinateur et fait émerger un continent, le « cyberespace », où se manifestent des possibilités et des risques nouveaux. Il en est résulté une transformation des techniques de production, du contenu des emplois, de la sociologie et de l'organisation de l'entreprise. Il en résulte l'exigence d'un « commerce de la considération » dans les rapports des entreprises avec leurs agents opérationnels, leurs partenaires, leurs fournisseurs et leurs clients. Rares sont cependant les entreprises qui ont pris la mesure du phénomène.
Cette évolution, que l'on peut juger positive, s'accompagne par ailleurs de dangers nouveaux : la concurrence est très violente, la fraude et la criminalité tirent parti de l'informatique avec la complicité de quelques « pays voyous » et banques « fantômes ».
L'exigence éthique se manifeste donc en plein, qu'il s'agisse du corps des règles et des lois ou des comportements individuels.
Étapes de l'informatisation
Pour poser correctement les questions d'éthique que soulève l'informatisation, il faut d'abord avoir une conscience exacte de la nature du phénomène et de sa situation historique.
Résumé
L'informatisation a donné naissance à un alliage entre le cerveau humain et l'ordinateur et fait émerger un continent, le « cyberespace », où se manifestent des possibilités et des risques nouveaux. Il en est résulté une transformation des techniques de production, du contenu des emplois, de la sociologie et de l'organisation de l'entreprise. Il en résulte l'exigence d'un « commerce de la considération » dans les rapports des entreprises avec leurs agents opérationnels, leurs partenaires, leurs fournisseurs et leurs clients. Rares sont cependant les entreprises qui ont pris la mesure du phénomène.
Cette évolution, que l'on peut juger positive, s'accompagne par ailleurs de dangers nouveaux : la concurrence est très violente, la fraude et la criminalité tirent parti de l'informatique avec la complicité de quelques « pays voyous » et banques « fantômes ».
L'exigence éthique se manifeste donc en plein, qu'il s'agisse du corps des règles et des lois ou des comportements individuels.
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Étapes de l'informatisation
Pour poser correctement les questions d'éthique que soulève l'informatisation, il faut d'abord avoir une conscience exacte de la nature du phénomène et de sa situation historique.
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lundi 11 avril 2011
Informatisation et compétitivité
Je reproduis ci-dessous le texte de mon exposé le 4 avril 2011 à la fondation Res Publica, think tank qu'anime Jean-Pierre Chevènement.
Le monde a changé, mais le savons-nous ?
Dans beaucoup d'entreprises, l'informatique est considérée comme un « centre de coûts », comme une dépense qu'il convient de comprimer. Pour beaucoup de dirigeants, il s'agit d'une question technique qu'ils jugent indigne de retenir l'attention d'un stratège.
Pourtant l'informatisation a changé le monde, et donc notre façon d'agir et de penser.
Elle a changé le monde parce que les réseaux, l'Internet en particulier, ont supprimé les effets de la distance géographique : la relation entre mon ordinateur et un serveur quelconque est la même, qu'il soit situé dans le même immeuble ou à l'autre bout du monde. Étant également accessible de partout, le « cyberespace » est ubiquitaire. L'informatique ayant par ailleurs permis d'automatiser la logistique des containers, le coût du transport des biens non pondéreux est devenu négligeable. Tout cela concourt, pour le meilleur et pour le pire, à une mondialisation de l'économie qui a complétement transformé les conditions de la concurrence comme de l'équilibre économique.
Nous reviendrons sur d'autres aspects du phénomène : il est utile, dans cette introduction, de considérer une analogie éclairante.
À la charnière des XVIIIe et XIXe siècle la richesse relative des nations a été bouleversée par l'industrialisation – ou, pour être plus précis, par la mécanisation et la chimisation du système productif d'abord en Grande-Bretagne, puis en France et en Allemagne.
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Le monde a changé, mais le savons-nous ?
Dans beaucoup d'entreprises, l'informatique est considérée comme un « centre de coûts », comme une dépense qu'il convient de comprimer. Pour beaucoup de dirigeants, il s'agit d'une question technique qu'ils jugent indigne de retenir l'attention d'un stratège.
Pourtant l'informatisation a changé le monde, et donc notre façon d'agir et de penser.
Elle a changé le monde parce que les réseaux, l'Internet en particulier, ont supprimé les effets de la distance géographique : la relation entre mon ordinateur et un serveur quelconque est la même, qu'il soit situé dans le même immeuble ou à l'autre bout du monde. Étant également accessible de partout, le « cyberespace » est ubiquitaire. L'informatique ayant par ailleurs permis d'automatiser la logistique des containers, le coût du transport des biens non pondéreux est devenu négligeable. Tout cela concourt, pour le meilleur et pour le pire, à une mondialisation de l'économie qui a complétement transformé les conditions de la concurrence comme de l'équilibre économique.
Nous reviendrons sur d'autres aspects du phénomène : il est utile, dans cette introduction, de considérer une analogie éclairante.
À la charnière des XVIIIe et XIXe siècle la richesse relative des nations a été bouleversée par l'industrialisation – ou, pour être plus précis, par la mécanisation et la chimisation du système productif d'abord en Grande-Bretagne, puis en France et en Allemagne.
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mercredi 30 mars 2011
Entrepreneurs et prédateurs : conflit frontal
Voici la vidéo et le texte de l'exposé que j'ai fait pour Xerfi Canal le 6 avril 2011.
La majorité des économistes, qu'ils soutiennent ou contestent le capitalisme, disent que l'entreprise a pour but de « maximiser le profit ». On trouve pourtant une autre conception dans la littérature économique : c'est celle de Schumpeter. Selon cette ligne de pensée, qui est très minoritaire dans l'opinion, l'entreprise a pour fonction d'« innover et prendre des risques ». Mais maximiser le profit et prendre le risque d'innover, est-ce la même chose ?
Dire que l'entreprise a pour but de « maximiser le profit », c'est comme si l'on disait que le but du politique est de « gagner les élections ». Cela n'évoque aucunement les choix que l'entrepreneur doit faire en termes d'organisation, de technique, de produits, de commerce etc. et qui forment la trame de son emploi du temps.
Il doit en effet arbitrer en permanence entre les divers moyens qui contribuent à la pérennité de l'entreprise, et le profit n'est que l'un d'entre eux.
Réduire l'entreprise à « maximiser le profit », c'est d'ailleurs aller au devant de l'opinion des gens simples qui pensent, en France, que le seul souci du « patron » est de « produire de l'argent » pour s'enrichir toujours plus. Ces personnes ne font pas la différence entre l'entrepreneur et le prédateur, « celui qui vit de proies » comme dit le Littré.
La majorité des économistes, qu'ils soutiennent ou contestent le capitalisme, disent que l'entreprise a pour but de « maximiser le profit ». On trouve pourtant une autre conception dans la littérature économique : c'est celle de Schumpeter. Selon cette ligne de pensée, qui est très minoritaire dans l'opinion, l'entreprise a pour fonction d'« innover et prendre des risques ». Mais maximiser le profit et prendre le risque d'innover, est-ce la même chose ?
Dire que l'entreprise a pour but de « maximiser le profit », c'est comme si l'on disait que le but du politique est de « gagner les élections ». Cela n'évoque aucunement les choix que l'entrepreneur doit faire en termes d'organisation, de technique, de produits, de commerce etc. et qui forment la trame de son emploi du temps.
Il doit en effet arbitrer en permanence entre les divers moyens qui contribuent à la pérennité de l'entreprise, et le profit n'est que l'un d'entre eux.
Réduire l'entreprise à « maximiser le profit », c'est d'ailleurs aller au devant de l'opinion des gens simples qui pensent, en France, que le seul souci du « patron » est de « produire de l'argent » pour s'enrichir toujours plus. Ces personnes ne font pas la différence entre l'entrepreneur et le prédateur, « celui qui vit de proies » comme dit le Littré.
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samedi 12 mars 2011
De quoi parle-t-on quand on dit "croissance" ?
Le texte ci-dessous est une contribution au groupe de travail "Économie" de Laser.
Si on aime le quantitatif, on peut creuser la théorie des indices (voir "À propos des indices") pour comprendre ce que signifie "croissance". Mais on peut aussi, de façon légitime, en rester au qualitatif : la croissance, c'est ce qui accroît la satisfaction du consommateur.
Citons en effet Adam Smith : "La consommation est le seul but de la production et les intérêts du producteur ne doivent être respectés que dans la mesure où c'est nécessaire pour promouvoir ceux du consommateur. Cette maxime est tellement évidente qu'il serait absurde de tenter de la démontrer" (Richesse des Nations, Livre IV, chapitre 8).
On utilise le PIB, indice du volume de la somme des valeurs ajoutées brutes des entreprises, comme indicateur de croissance. Mais tout indicateur peut avoir des effets pervers, et celui-ci a malheureusement orienté la politique économique vers un productivisme qui n'a rien à voir, aujourd'hui, avec la satisfaction du consommateur.
Cette satisfaction dépend certes de la consommation (encore faut-il savoir la définir), mais d'abord et surtout de la "fonction d'utilité" de la personne et cette fonction se forme lors de l'éducation. Deux exemples :
1) celui qui aime à lire jouira autant qu'il le veut d'un plaisir peu coûteux : acquérir l'amour de la lecture accroît donc la satisfaction à revenu égal ;
2) former le discernement permet de mieux choisir les produits que l'on consomme, donc là aussi d'accroître la satisfaction à revenu égal.
Un imbécile ne pourra jamais se sentir satisfait : le ressort de la croissance réside ainsi autant ou plus dans l'éducation de la personne, dans son accession à la maturité, que dans le système productif.
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Si on aime le quantitatif, on peut creuser la théorie des indices (voir "À propos des indices") pour comprendre ce que signifie "croissance". Mais on peut aussi, de façon légitime, en rester au qualitatif : la croissance, c'est ce qui accroît la satisfaction du consommateur.
Citons en effet Adam Smith : "La consommation est le seul but de la production et les intérêts du producteur ne doivent être respectés que dans la mesure où c'est nécessaire pour promouvoir ceux du consommateur. Cette maxime est tellement évidente qu'il serait absurde de tenter de la démontrer" (Richesse des Nations, Livre IV, chapitre 8).
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On utilise le PIB, indice du volume de la somme des valeurs ajoutées brutes des entreprises, comme indicateur de croissance. Mais tout indicateur peut avoir des effets pervers, et celui-ci a malheureusement orienté la politique économique vers un productivisme qui n'a rien à voir, aujourd'hui, avec la satisfaction du consommateur.
Cette satisfaction dépend certes de la consommation (encore faut-il savoir la définir), mais d'abord et surtout de la "fonction d'utilité" de la personne et cette fonction se forme lors de l'éducation. Deux exemples :
1) celui qui aime à lire jouira autant qu'il le veut d'un plaisir peu coûteux : acquérir l'amour de la lecture accroît donc la satisfaction à revenu égal ;
2) former le discernement permet de mieux choisir les produits que l'on consomme, donc là aussi d'accroître la satisfaction à revenu égal.
Un imbécile ne pourra jamais se sentir satisfait : le ressort de la croissance réside ainsi autant ou plus dans l'éducation de la personne, dans son accession à la maturité, que dans le système productif.
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mercredi 9 mars 2011
Chronopost ne sait pas lire une carte de France
Le hameau cévenol où je réside a une quinzaine d'habitants.
Il est tout petit, certes, mais son nom figure sur la carte Michelin - et si on le cherche sur l'Internet, on le trouve et on peut trouver aussi l'itinéraire qui permet de l'atteindre. Mon adresse postale, complète et suffisante, est composée du nom de ce hameau suivi du code postal et du nom de la commune dont le hameau dépend.
Mais elle ne suffit pas à Chronopost, filiale à 100 % de la Poste qui apparemment ne sait pas lire une carte et qui, en raison sans doute de la mystérieuse complexité des relations à l'intérieur d'un groupe, ne peut ni se renseigner auprès du bureau de poste du coin, ni lui confier un colis qu'elle ne sait comment acheminer jusqu'à son destinataire.
Il est tout petit, certes, mais son nom figure sur la carte Michelin - et si on le cherche sur l'Internet, on le trouve et on peut trouver aussi l'itinéraire qui permet de l'atteindre. Mon adresse postale, complète et suffisante, est composée du nom de ce hameau suivi du code postal et du nom de la commune dont le hameau dépend.
Mais elle ne suffit pas à Chronopost, filiale à 100 % de la Poste qui apparemment ne sait pas lire une carte et qui, en raison sans doute de la mystérieuse complexité des relations à l'intérieur d'un groupe, ne peut ni se renseigner auprès du bureau de poste du coin, ni lui confier un colis qu'elle ne sait comment acheminer jusqu'à son destinataire.
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vendredi 4 mars 2011
La France est-elle réellement endettée ?
English version
Pour savoir si la France est ou non endettée, et à quel niveau, ce n'est pas le rapport « dette de l'Etat / PIB » qu'il faut regarder – ce rapport est une chimère, voir « Un indicateur fallacieux » – mais la dette de la France tous acteurs réunis et donc en additionnant la dette des entreprises, des ménages et de l’État envers des acteurs situés hors de nos frontières.
La Banque de France publie chaque année un « compte des transactions courantes » qui décrit les échanges de biens, de services, de revenus et de transferts courants avec l'extérieur. Le solde de ce compte représente ce que la France a emprunté (ou prêté) chaque année. Son examen va nous montrer que la France n'est pas endettée, du moins pour l'instant...
Pour savoir si la France est ou non endettée, et à quel niveau, ce n'est pas le rapport « dette de l'Etat / PIB » qu'il faut regarder – ce rapport est une chimère, voir « Un indicateur fallacieux » – mais la dette de la France tous acteurs réunis et donc en additionnant la dette des entreprises, des ménages et de l’État envers des acteurs situés hors de nos frontières.
La Banque de France publie chaque année un « compte des transactions courantes » qui décrit les échanges de biens, de services, de revenus et de transferts courants avec l'extérieur. Le solde de ce compte représente ce que la France a emprunté (ou prêté) chaque année. Son examen va nous montrer que la France n'est pas endettée, du moins pour l'instant...
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Economie
samedi 19 février 2011
À propos de la gouvernance de l'Internet
La gouvernance de l'Internet occasionne beaucoup de discussions qui semblent un peu trop marquées par un formalisme bureaucratique. Je tente ici d'aller directement au cœur de la question.
Qu'est devenu l'Internet en quelques années ? Une ressource documentaire, avec le Web ; un outil de communication interpersonnelle, avec la messagerie et les réseaux sociaux ; une place de marché enfin, équipée pour réaliser et enregistrer des transactions.
C'est donc un lieu virtuel, situé hors de l'espace géographique, universellement accessible, où des personnes se rencontrent et échangent : un gigantesque marché, qui couvre la planète entière.
Or aucun marché ne peut fonctionner sans règles du jeu : il faut que la fidélité des contrats soit garantie, que la sécurité des personnes et des transactions soit assurée.
L'Internet peut servir de moyen pour toute la panoplie des délits classiques (atteintes aux personnes et aux biens, escroquerie et abus de confiance, pédophilie etc.), qu'il complète par quelques délits proprement informatiques que l'on qualifie de cybercriminalité (vol d'identité numérique, intrusion et piratage ou destruction de données etc.). Enfin, il apporte à certains délits une facilité inédite : fraude fiscale, blanchiment de l'argent illicite etc.
Il importe donc bien que des règles soient instaurées et que ceux qui les enfreignent puissent être sanctionnés. L'Internet étant par nature mondial, il faut que ces règles soient elles-mêmes définies et appliquées au niveau mondial.
Qu'est devenu l'Internet en quelques années ? Une ressource documentaire, avec le Web ; un outil de communication interpersonnelle, avec la messagerie et les réseaux sociaux ; une place de marché enfin, équipée pour réaliser et enregistrer des transactions.
C'est donc un lieu virtuel, situé hors de l'espace géographique, universellement accessible, où des personnes se rencontrent et échangent : un gigantesque marché, qui couvre la planète entière.
Or aucun marché ne peut fonctionner sans règles du jeu : il faut que la fidélité des contrats soit garantie, que la sécurité des personnes et des transactions soit assurée.
L'Internet peut servir de moyen pour toute la panoplie des délits classiques (atteintes aux personnes et aux biens, escroquerie et abus de confiance, pédophilie etc.), qu'il complète par quelques délits proprement informatiques que l'on qualifie de cybercriminalité (vol d'identité numérique, intrusion et piratage ou destruction de données etc.). Enfin, il apporte à certains délits une facilité inédite : fraude fiscale, blanchiment de l'argent illicite etc.
Il importe donc bien que des règles soient instaurées et que ceux qui les enfreignent puissent être sanctionnés. L'Internet étant par nature mondial, il faut que ces règles soient elles-mêmes définies et appliquées au niveau mondial.
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jeudi 17 février 2011
Crise de transition du système technique
Laurent Faibis m'a convié à enregistrer sur Xerfi Canal un exposé sur la « crise de transition du système technique » en considérant son incidence sur les relations entre pays « avancés » et pays « émergents ».
Voici la vidéo et le texte :
Le monde a changé dans le courant des années 70. C'est le moment où, dans les pays avancés, les entreprises ont sérieusement commencé à s'informatiser – tandis que la Chine sortait de la longue crise qui a caractérisé le règne de Mao Ze Dong...
Mais restons un instant sur l'informatisation. Elle a fait émerger ce que Bertrand Gille a nommé le « système technique contemporain », STC, qui s'appuie sur la synergie entre la microélectronique, le logiciel et les réseaux.
Le STC a fait suite au « système technique moderne » qui s'appuyait, lui, sur la synergie entre la mécanique, la chimie et l'électricité, et qui lui même avait fait suite au « système technique classique » dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Voici la vidéo et le texte :
Le monde a changé dans le courant des années 70. C'est le moment où, dans les pays avancés, les entreprises ont sérieusement commencé à s'informatiser – tandis que la Chine sortait de la longue crise qui a caractérisé le règne de Mao Ze Dong...
Mais restons un instant sur l'informatisation. Elle a fait émerger ce que Bertrand Gille a nommé le « système technique contemporain », STC, qui s'appuie sur la synergie entre la microélectronique, le logiciel et les réseaux.
Le STC a fait suite au « système technique moderne » qui s'appuyait, lui, sur la synergie entre la mécanique, la chimie et l'électricité, et qui lui même avait fait suite au « système technique classique » dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
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Années 1970 : le monde change |
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samedi 12 février 2011
Le langage des traîtres
Bernard Kouchner a dit paraît-il « l'anglais est l'avenir du français ». Cette phrase est stupide - comment une langue pourrait-elle être l'avenir d'une autre langue ? - mais elle révèle une tournure d'esprit et illustre une mode, la mode de la trahison.
Comment qualifier en effet l'attitude de ceux qui jettent aux orties notre langue maternelle et avec elle une littérature, une histoire, notre République enfin ?
Dans le bureau de poste de Génolhac, chef-lieu de canton dans les Cévennes, on voit sur une affiche la publicité pour « La Poste Asset Management ». Cela veut évidemment dire « La Poste Gestion d'Actifs ». Faut-il donc que l'on s'adresse à nous en anglais jusqu'au fond des Cévennes ?
Pour beaucoup d'habitants de notre canton « Asset Management » évoquera sans doute le ménage que l'on fait quand on nettoie des assiettes - image étymologiquement exacte que des connotations entoureront d'éviers et de lessives et qui est loin de celle que la Poste cherche à éveiller. Comme l'exactitude étymologique est pour la pensée un soutien plus ferme que la mode, je donnerai raison à ces personnes contre la Poste...
Comment qualifier en effet l'attitude de ceux qui jettent aux orties notre langue maternelle et avec elle une littérature, une histoire, notre République enfin ?
Dans le bureau de poste de Génolhac, chef-lieu de canton dans les Cévennes, on voit sur une affiche la publicité pour « La Poste Asset Management ». Cela veut évidemment dire « La Poste Gestion d'Actifs ». Faut-il donc que l'on s'adresse à nous en anglais jusqu'au fond des Cévennes ?
Pour beaucoup d'habitants de notre canton « Asset Management » évoquera sans doute le ménage que l'on fait quand on nettoie des assiettes - image étymologiquement exacte que des connotations entoureront d'éviers et de lessives et qui est loin de celle que la Poste cherche à éveiller. Comme l'exactitude étymologique est pour la pensée un soutien plus ferme que la mode, je donnerai raison à ces personnes contre la Poste...
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jeudi 10 février 2011
On peut me suivre sur Twitter
Je publie désormais sur Twitter un condensé de mes activités, lectures, conversations, publications etc. avec le cas échéant des liens qui peuvent être utiles.
Les lecteurs de volle.com sont invités à me suivre sur Twitter.
Il faut bien sûr avoir ouvert un compte, puis suivre la démarche suivante :
- cliquer sur l'onglet "Who To Follow",
- taper "michel volle" dans le cartouche "Find users by name" puis sur le bouton "Search".
Vous verrez apparaître ma photo suivie de quelques lignes, il suffira de cliquer sur le bouton "Follow".
Mille excuses pour le franglais ! Et bienvenue...
Les lecteurs de volle.com sont invités à me suivre sur Twitter.
Il faut bien sûr avoir ouvert un compte, puis suivre la démarche suivante :
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- taper "michel volle" dans le cartouche "Find users by name" puis sur le bouton "Search".
Vous verrez apparaître ma photo suivie de quelques lignes, il suffira de cliquer sur le bouton "Follow".
Mille excuses pour le franglais ! Et bienvenue...
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Nouvelles
mercredi 9 février 2011
Josh Fox, Gasland
Les Cévennes sont en émoi : il est question d'exploiter le gaz de schiste que leur sous-sol contient. Les associations se réveillent, les militants se mobilisent. Lors des réunions on projette Gasland et les témoignages que ce film présente inquiètent la population. Nous aurons peut-être bientôt des manifestations avec banderoles, mégaphones et slogans, voire même des blocages de route.
J'ai donc regardé ce film. Il est construit selon un schéma américain classique : un sympathique joueur de banjo, installé en pleine forêt dans une maison en bois que ses parents, hippies des années 70, lui ont laissée en héritage, reçoit par courrier l'offre d'une entreprise qui propose de louer ses 39 hectares pour 100 000 $ afin d'en exploiter le sous-sol.
* *
J'ai donc regardé ce film. Il est construit selon un schéma américain classique : un sympathique joueur de banjo, installé en pleine forêt dans une maison en bois que ses parents, hippies des années 70, lui ont laissée en héritage, reçoit par courrier l'offre d'une entreprise qui propose de louer ses 39 hectares pour 100 000 $ afin d'en exploiter le sous-sol.
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lundi 7 février 2011
Les effets d'un modèle erroné
Beaucoup d'entreprises, notamment artisanales (je pense aux pâtissiers, boulangers etc.), calculent le coût de production de leurs produits en multipliant le coût des matières premières par un coefficient, lui-même évalué à partir de la comptabilité générale en divisant le coût total de production (frais de personnel, amortissements, matières premières etc.) par le coût des matières premières.
Cette évaluation est facile à faire mais elle a des effets pervers : elle pousse l'entreprise à « faire des économies » sur les matières premières. Ainsi les croissants au beurre seront parfois de ces croissants à la margarine qui laissent une sensation désagréable sur le palais...
Cette évaluation est facile à faire mais elle a des effets pervers : elle pousse l'entreprise à « faire des économies » sur les matières premières. Ainsi les croissants au beurre seront parfois de ces croissants à la margarine qui laissent une sensation désagréable sur le palais...
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jeudi 3 février 2011
Sociologie du paysage
Je regarde le paysage par la fenêtre du TGV qui file entre Paris et Nîmes. Une chose me frappe : ce paysage, superposant sans les fusionner trois logiques différentes, parle selon trois langages.
* *D'abord le langage des villages, forêts, champs et prairies. Les maisons, blotties les unes contre les autres, se serrent autour du clocher à moins qu'elles ne soient orgueilleusement isolées, des étables et des granges groupées autour de l'habitation. Les champs, les forêts, sont ingénieusement découpés : en France, l'agriculteur a été un jardinier. Quelques maisons récentes, souvent juchées sur un terrassement malencontreux, se surajoutent aux villages sans altérer sensiblement leur contour.
Ce langage est celui d'une France rurale, locale, découpée en petites unités incrustées dans un sol qu'elles cultivent et aménagent – naguère à force de bras, aujourd'hui avec tracteurs et engrais. Certes la part de cette France est devenue minoritaire dans notre population, mais sa part dans le paysage reste importante.
* *
Ce langage est celui d'une France rurale, locale, découpée en petites unités incrustées dans un sol qu'elles cultivent et aménagent – naguère à force de bras, aujourd'hui avec tracteurs et engrais. Certes la part de cette France est devenue minoritaire dans notre population, mais sa part dans le paysage reste importante.
* *
Puis le langage des réseaux : pylônes, lignes électriques et transformateurs ; routes, autoroutes et échangeurs ; voies ferrées, gares, trains et wagons.
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