mercredi 7 décembre 2011

Les télécoms dans les Hautes Cévennes

Je reproduis ci-dessous le compte rendu de l'assemblée générale de l'association « Allô, où sommes-nous » le 22 octobre : il montre où en sont les services télécoms dans une zone à faible densité de population.

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Les services télécoms dans les Hautes-Cévennes sont diversifiés :
- téléphonie filaire, « service universel » offert par l'opérateur historique, France Telecom ;
- téléphonie mobile ;
- accès à l'Internet :
  - via le réseau téléphonique filaire selon la technique ADSL ;
  - par satellite ;
  - via le réseau hertzien offert par Meshnet.

lundi 5 décembre 2011

Le Parador

Le Parador, ce roman que j'avais publié au format pdf, vient d'être édité sous la forme d'un livre que l'on trouve chez amazon.fr en cliquant sur l'encadré ci-contre.

On le trouve aussi chez l'éditeur à l'adresse http://www.ilv-edition.com/librairie/parador.html.

Il décrit les intrigues et conflits qui se nouent dans la grande entreprise, scandés par les aventures et mésaventures d'un consultant qui s'efforce d'améliorer le système d'information.

Les lecteurs de volle.com pourront offrir Le Parador à ceux de leurs amis qui travaillent dans une grande entreprise - en particulier si ce sont des consultants, ces « mendiants glorieux ».

Le but de la littérature n'est-il pas en effet de nous encourager à penser notre expérience en mettant en scène les situations que nous vivons, et en proposant les mots et les images qui permettront de se les représenter ?

Pour les politique et les médias la grande entreprise est une boîte noire : ils voient ce qui y entre (des emplois, des matières premières) et ce qui en sort (des produits, des déchets), mais ils ignorent tout de sa vie intime.

Le Parador ambitionne de dévoiler cette intimité en faisant penser et rêver à voix haute des dirigeants, des salariés et des consultants. La violence existe dans la grande entreprise, mais sous une forme plus feutrée et beaucoup plus intéressante que ces revolvers et poursuites en voiture qui font l'essentiel de tant de livres et de films.

mercredi 30 novembre 2011

L'entreprise trahie par ses maîtres

Certains lecteurs de volle.com m'écrivent pour dire combien leur entreprise diffère de l'entreprise contemporaine telle que je l'ai décrite.

Je reproduis ci-dessous deux témoignages. J'ai remplacé le nom des entreprises par une dénomination de mon invention : « Baba » est une entreprise industrielle qui produit des systèmes mécaniques et automatiques complexes. « Fifi » est un opérateur de téléphonie mobile.

dimanche 6 novembre 2011

Un message de Jean-Marc Jancovici

Je reproduis ci-dessous, tel quel et dans le style inimitable de l'auteur, un message que Jean-Marc Jancovici adresse ce jour aux membres de la liste de diffusion de www.manicore.com.

Dans les Cévennes se lit partout le slogan : « Non au gaz de schiste, sortons du nucléaire ! ». Personne ne sait s'il sera on non possible d'extraire le gaz de schiste en respectant l'environnement, personne ne connaît les réserves en France (dix ans de la consommation de gaz ? cent ans de la consommation d'énergie ?) - mais point n'est besoin semble-t-il d'avoir évalué l'enjeu pour être « contre », ni d'avoir comparé les risques du charbon à ceux du nucléaire pour être « contre » celui-ci.

Si on est « contre » le gaz de schiste et le nucléaire, ne serait-ce pas parce qu'on est « contre » les institutions quelles qu'elles soient, et fondamentalement « pour » l'individualisme (voir Sartre, Aron et nous) ? J'ai proposé un slogan qui permettrait de sauver beaucoup de vies humaines dans notre région : « non au pastis, sortons de la voiture ! » - et on me répond « mais c'est très bon, le pastis ! ».

Nous allons à grands pas vers la catastrophe climatique (voir « Les émissions de CO2 pourraient augmenter de 20 % d'ici à 2035 », Le Monde, 9 novembre 2011). Grâce à Fukushima et à la dette ce risque a cependant heureusement disparu de notre horizon mental, comme le dit Jancovici. Je lui passe la parole.

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Chers tous, sans oublier les autres,

Sauf à être sourd ou aveugle, il ne vous aura pas échappé qu'il se passe un petit quelque chose avec la dette des États en ce moment et que cela induit un poil d'inquiétude pour quelques habitants de notre vieux continent. Mais pour contrebalancer cette petite angoisse j'ai le plaisir de vous annoncer une excellente nouvelle : nous avons enfin réglé le problème du carbone.

Caroline Ehrhardt, Évariste Galois, EHESS, 2011

Tout le monde connaît l'histoire d’Évariste Galois (1811-1832) : chercheur créatif en mathématiques en même temps qu'étudiant, il est chassé de l’École normale pour indiscipline, milite dans le camp républicain et se fait tuer en duel à vingt ans. Ses travaux, que l'Académie a refusés de son vivant, seront redécouverts à partir de 1846.

Dans ces textes concis, abstraits et d'une lecture très difficile, les mathématiciens ultérieurs ont trouvé de quoi légitimer opportunément leurs propres travaux. Leur interprétation s'est ainsi élargie progressivement : on y a trouvé successivement une théorie des équations, une théorie des groupes et des structures algébriques, enfin l'esprit des mathématiques modernes elles-mêmes tout entier.

Il est difficile de se faire une idée exacte de la personne de Galois car les archives sont pauvres (peut-on d'ailleurs se faire une idée exacte d'une personne, quelles que soient les archives dont on dispose ?). Il est vraisemblable qu'il ne correspondait pas exactement aux mythes qui ont été construits autour de son nom.

mardi 1 novembre 2011

La gloire des anonymes

Notre langue maternelle, le français, a été élaborée par des millions d'anonymes. Ce fruit savoureux d'un peuple rural a acquis l'élégance à la cour de nos rois. Nous n'avons retenu le nom d'aucun des paysans ni des courtisans auxquels nous devons ce vocabulaire ingénieux, cette syntaxe souple, qui offrent à qui veut s'en servir l'outil du plus fin discernement.

Ces paysans et ces courtisans ont, me semble-t-il, accompli ce qu'un destin humain peut ambitionner de meilleur. Observons le retour de la végétation à chaque printemps, les jeux des petits enfants dans une cour d'école, puis méditons : n'est-il pas vrai que seule importe la succession des générations ?

Les anonymes ne cherchent pas la célébrité, n'ambitionnent pas les hochets que sont les décorations, grades militaires, honneurs académiques et autres prix Nobel, ne se soucient pas même d'être pris au sérieux : ils vivent et agissent en se servant simplement de leur intellect tout en assumant les limites qu'impose un destin individuel.

samedi 22 octobre 2011

Pourquoi la finance paraît si mystérieuse

Un de mes lecteurs m'ayant posé plusieurs questions à propos de la Drôle de crise, j'ai pensé que pour lui répondre le mieux serait de consacrer une page à la finance.

Pour la plupart des gens, elle est certes mystérieuse mais pas plus qu'une autre spécialité : chaque profession a son vocabulaire spécial (voir Lexique des salles de marché). Pour beaucoup d'économistes, par contre, la finance est énigmatique : le modèle sur lequel s'appuie l'enseignement de l'économie (que nous appellerons « modèle de base »), étant focalisé sur la production, la consommation et l'échange dans une société supposée en état stable [1], ne convient plus quand il faut prendre en compte l'incertitude du futur.

Pour comprendre la finance il faut donc compléter ce modèle en associant à chaque agent non seulement une fonction de production et une fonction d'utilité, mais aussi un patrimoine et, pour chaque niveau de son épargne, une « structure de patrimoine désirée [2] ».

Économie du patrimoine

On peut classer les actifs patrimoniaux d'un agent selon leur degré de liquidité, c'est-à-dire selon le délai nécessaire pour disposer de leur contrepartie en monnaie. La part la plus liquide du patrimoine est l'encaisse monétaire, puis viennent les actions et obligations. La part la moins liquide est composée des propriétés foncières et immeubles.

samedi 1 octobre 2011

Qu'est-ce qu'un produit aujourd'hui ?

Le mot « production » doit retrouver dans l'économie contemporaine son sens économique fondamental : ce qu'une économie produit, c'est la satisfaction des besoins des consommateurs, leur bien-être matériel.

Ce qui importe n'est donc pas de produire des choses mais de faire en sorte que le produit, une fois placé dans les mains du consommateur, lui procure satisfaction et bien-être. Comme le dit Philippe Moati, la mission du système productif est de produire des « effets utiles ».

Ainsi la production ne peut pas se limiter à la mise en stock, en sortie d'usine, de produits finis qu'un commercial viendrait prélever pour les distribuer. Elle doit suivre le produit le long des circuits de transport, commercialisation et distribution jusqu'à ce qu'il soit entre les mains du consommateur puis encore, pendant son utilisation, le long des phases de maintenance jusqu'à la fin de son cycle de vie et au recyclage final.

Il apparaît ainsi que le bien, composante physique du produit, est associé à des services (transport etc.) qui sont une composante nécessaire de la production. Les services qu'implique la production (conception des produits, rapports avec les clients) sont d'ailleurs à forte valeur ajoutée ainsi que le service d'intermédiation que nous évoquerons ci-dessous.

Pour « capter la valeur », comme on dit, il ne suffit donc plus de faire tourner les usines pour fabriquer des biens manufacturés : entretenir de bonnes relations avec les clients, connaître leurs besoins est tout aussi important sinon davantage. Des biens manufacturés qui s'empileraient dans un stock mais dont personne ne voudrait n'auraient aucune valeur.

En raison de la multiplicité des compétences qu'elles impliquent l'ensemble des tâches que nécessite la production excède ce que peut faire une même entreprise. La formule la plus efficace est donc celle du partenariat, plusieurs entreprises coopérant à la fourniture des biens et services que nécessite l'élaboration du produit.

vendredi 30 septembre 2011

Jean-Marc Jancovici, Changer le Monde, Calmann-Lévy, 2011

Jean-Marc Jancovici est l'un des acteurs les plus importants du mouvement écologique. Il se distingue par la rigueur de son exigence scientifique.

Son dernier livre suscite quelques réserves de ma part, mais commençons par les points positifs : il est clair, bien écrit, bien construit. Les chapitres III et IV fournissent d'utiles repères quantitatifs, le chapitre VI est une étude de cas d'histoire institutionnelle qu'il faut recommander aux étudiants en sciences politiques. Le chapitre VII propose utilement une liste des décisions possibles, accompagnées d'un ordre de grandeur de leur coût.

On trouve p. 76 une indication cruciale : les nations représentées à Copenhague en 2009 se sont mises d'accord pour faire en sorte que le réchauffement de l'atmosphère soit limité à 2°C. Il faut pour cela que la quantité de carbone émise d'ici à la fin du XXIe siècle soit au plus de 1 400 milliards de tonnes, ce qui implique une réduction des deux tiers par rapport au niveau actuel.

Voici maintenant mes réserves :

1) Le but de ce livre n'est pas d'inciter le consommateur à arbitrer ses choix, mais de faire apparaître le contenu en énergie de la consommation actuelle dans les pays riches ou émergents.

jeudi 29 septembre 2011

Pour une neutralité équitable de l'Internet : une « Bourse du débit »

Cet article m'a été demandé par Les cahiers de l'ARCEP pour leur numéro de novembre 2011.

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L'enjeu de la neutralité


Les fournisseurs de contenus, ainsi que les utilisateurs, souhaitent que l'Internet soit « neutre » – c'est-à-dire que les opérateurs du réseau n'opèrent aucune discrimination, tarifaire ou autre, entre les divers types de trafic.

Les opérateurs savent cependant qu'il faut dimensionner les ressources physiques consacrées à la transmission – routage, transport et distribution – de telle sorte que le taux de blocage, interruption ou ralentissement à l'heure de pointe soit globalement acceptable.

Sur le réseau téléphonique la nature statistique du trafic était relativement simple, ce qui permettait de résoudre de façon satisfaisante la question du dimensionnement. Elle est plus complexe sur l'Internet en raison de la multiplicité des usages et de la diversité des débits qu'ils demandent notamment pour la vidéo.

Or il est d'autant plus coûteux de dimensionner un réseau de façon acceptable que la dispersion statistique du trafic à l'heure de pointe est plus élevée (voir « Économie du dimensionnement ») : on peut donc craindre que l'Internet ne devienne plus coûteux, ou que sa qualité ne baisse, avec l'accroissement prévisible de la part du trafic vidéo.

La neutralité de l'Internet est ainsi l'enjeu d'un conflit entre fournisseurs de contenus et opérateurs. Mais un autre conflit existe, et celui-là se joue entre les utilisateurs : il suffit qu'un petit nombre d'entre eux téléchargent beaucoup pour que le débit offert aux autres soit comprimé.

Ce conflit-là reste inexprimé car il n'est porté par aucune institution. Il se peut cependant qu'en le traitant on résolve du même coup le conflit entre opérateurs et fournisseurs de contenu.

mercredi 28 septembre 2011

Les services sont des produits

Beaucoup d'économistes estiment que la France s'est trop désindustrialisée, et que c'est la cause de son déficit commercial comme de l'endettement de l’État.

Ainsi Jean Peyrelevade appelle sur Xerfi Canal à une réindustrialisation de notre pays. Dans la foulée, il dit que notre économie a accordé trop de place aux services au détriment des « produits ». Sur beaucoup d'autres points je suis d'accord avec lui, mais en ce qui concerne les services je trouve étonnant qu'un économiste sérieux s'exprime de façon aussi inexacte. Comme son opinion est en passe de devenir dominante, il est nécessaire de poser clairement et rigoureusement les termes du débat.

Dans le langage de l'économie, on distingue les biens (qui sont matériels) des services (qui sont immatériels), mais les uns comme les autres sont des produits car ils résultent d'une production. Opposer les services aux « produits », c'est supposer que les services ne résultent pas d'une activité productive et qu'en somme ils tombent du ciel.

Un service, c'est « la mise à disposition temporaire d'un bien ou d'une compétence ». Vous louez un appartement mis à votre disposition par son propriétaire : c'est un service. Vous louez une voiture, c'est un service. Vous consultez un médecin, il met sa compétence à votre disposition pendant la durée de la consultation : c'est un service. Vous achetez un billet d'avion, il vous donne droit à un siège pendant la durée du vol et met à votre disposition les compétences de l'équipage : c'est un service. L'essentiel de la définition des services réside dans l'adjectif temporaire.

dimanche 28 août 2011

La richesse des nations

L’INED vient de publier « Tous les pays du monde (2011) » qui fournit pour 208 pays et autres territoires (nous dirons « pays » tout court) les données démographiques essentielles ainsi que le revenu national brut par habitant en 2009, mesuré en dollars US et en parité du pouvoir d’achat, qui évalue la richesse moyenne de la population du pays considéré et que nous appellerons « richesse » tout court.

Cet indicateur est bien sûr discutable :
- les pondérations utilisées pour le mesurer reflètent la structure de la consommation dans les pays les plus riches : le RNB sous-évalue donc sans doute la richesse des autres pays ;
- une mesure de la richesse devrait considérer non seulement le revenu, mais aussi le patrimoine ;
- le poids économique d’un pays doit être évalué non selon sa richesse par tête, mais selon sa richesse totale (produit de la richesse par tête par la taille de la population) ;
- la richesse par tête est une information insuffisante si on ne la complète pas par une mesure des inégalités ;
- cet indicateur reflète une situation instantanée qu’il n'explique pas plus qu'il ne permet d'anticiper son évolution future ;
- l'estimation de la population est relative à 2011, celle du RNB à 2009 : la comparaison des deux est donc entachée d'un décalage ;
- pour 35 pays, le RNB par habitant n'est pas indiqué. La comparaison ne peut porter que sur les 173 pays restants, qui représentent 98 % de la population mondiale.

Il faut prendre cet indicateur pour ce qu’il est : une photographie imparfaite, incomplète et qu'il faut savoir interpréter. Nous allons tâcher de le faire parler.

mercredi 24 août 2011

La drôle de crise

Pendant l'hiver 39-40, c'était la « drôle de guerre ». Comme il faisait très froid les soldats français buvaient du vin chaud en espérant que l'ennemi n'attaquerait jamais.

Nous connaissons aujourd'hui une « drôle de crise ». Tandis que des annonces alarmantes se succèdent (baisse de la note américaine, effondrement de la bourse, panique des « marchés » etc.) nous percevons nos salaires et retraites, faisons rouler nos voitures, prenons des vacances. Ainsi nous vivons encore bien – à l'exception bien sûr des exclus dont personne ne se soucie.

Mais le sort des États était scellé dès qu'ils ont soutenu les banques « too big to fail ». Qu'ils aient ainsi endossé le risque de faillite du système financier, cela a eu quatre conséquences dont la conjonction est en effet mortelle :

1) L'art de la finance réside dans l'arbitrage entre rendement et risque. En assumant le risque les États ont incité les banques à pousser à fond la recherche du rendement. Cela rend la catastrophe inévitable, seule sa date étant incertaine.

2) Une banque qui était hier « too big to fail » le sera encore demain : la catastrophe est donc dès aujourd'hui inscrite dans les comptes futurs des États. Cela détruit leur crédibilité financière.

3) Le système financier, traitant ce signal de façon mécanique, joue à la baisse sur les créances envers les États. Cela fait monter le taux d'intérêt qui leur est demandé.

4) Lorsque le jeu à la baisse est amorcé, le système financier doit aller jusqu'au bout et pousser les États à la faillite : sinon, il perdrait les fonds qu'il a misés et pourrait même être ruiné par l'effet de levier.

Oui, cette crise est d'une drôlerie amère. Les « marchés » sont inquiets, dit-on gravement. Pardi ! Ils le seront toujours. Les États peuvent prendre encore et encore des mesures d'« austérité », les « marchés » ne seront jamais rassurés, jamais satisfaits car ce qu'ils veulent, c'est la mort de la bête.

Après la drôle de crise se profile ainsi la vraie crise.

lundi 15 août 2011

Bonnes lectures scientifiques

J'ai rencontré voici quelques jours un jeune homme dont le visage rayonne d'intelligence. Il m'a dit sa passion pour les mathématiques.
- Une passion, voilà qui est bien ! lui ai-je dit. Et qu'étudies-tu en maths ?
- L'analyse (NB : la théorie des fonctions)...
- Oui, je vois... et la théorie des nombres ?
- Non, nous n'étudions pas ça.
- Dommage, c'est ce qu'il y a de plus fondamental. Si tu veux comprendre Galois...
- Ah, Galois, c'est mon Dieu !
- Eh bien pour le comprendre il te faut étudier la théorie des nombres.

Quand j'ai tenté de lire Galois je n'y ai rien compris. Gabay, l'éditeur, m'a dit que Galois était expliqué dans un livre de Jordan. J'ai essayé de lire Jordan, mais je n'y ai rien compris non plus. Quelque part dans son livre il dit avoir assidûment étudié Serret. Je me suis donc procuré le Cours d'algèbre supérieure de Serret (1877), et voilà que je comprends tout. Les démonstrations sont d'une extrême élégance... Lorsque j'aurai lu et compris Serret, j'étudierai Jordan, puis je lirai Galois. Les mathématiciens français du XIXe siècle étaient d'un très haut niveau, la lecture de certaines de leurs pages demande une semaine de méditation mais cela vaut la peine.

dimanche 14 août 2011

Trois témoignages sur la finance

Dans les années 90 un de mes meilleurs amis dirigeait les salles de marché d'une grande banque française. La conversation avec lui m'a permis de comprendre beaucoup de choses.
- Ça va bien pour moi, me dit-il un jour. Mon service a fait cette année un profit de quatre milliards.
- Bravo ! lui dis-je. Et quel est le profit global de ta banque ?
- Eh bien, quatre milliards, répondit-il.

Ainsi le reste de la banque - réseau d'agences, gestion des comptes, intermédiation financière –, tout juste équilibré, avait pour seule fonction de drainer des liquidités vers les salles de marché.

Ce même ami m'a dit un autre jour « si tu as de l'argent, ne place surtout pas tout dans une seule banque ! ». Il en savait assez pour évaluer le risque de faillite, que les clients ignorent évidemment.

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Un autre de mes amis, patron d'une PME prospère, a reçu de sa banque (une autre très grande banque française) une proposition qui l'a beaucoup surpris : « nous pouvons mettre une partie de votre chiffre d'affaires dans un compte offshore, lui a dit le directeur de son agence, de telle sorte que vous puissiez en disposer personnellement ».

Mon ami a refusé mais, m'a-t-il dit, s'ils proposent ça à moi qui suis tout petit, que doivent-ils donc proposer aux « gros » !

samedi 13 août 2011

Sartre, Aron et nous

En 1961 Sartre vint faire une conférence à l’École polytechnique. Elle commença ainsi : « Certains reprochent aux intellectuels de penser trop (il prononçait « trâ »). Cela n'a aucun sens car la pensée n'est pas affaire de quantité, mais de qualité. La question n'est pas de savoir si l'on pense trâ, mais si l'on pense bien ».

Cet exorde me transporta : j'étais alors de ceux dont on prétend qu'ils pensent trop. Mon cerveau s'étant engagé dans une longue rêverie, je n'ai pas entendu la suite de la conférence.

Telle est la magie du verbe. Sartre savait en jouer avec talent. Si l'on regarde de près certaines de ses phrases, on voit qu'elles ne veulent rien dire – ainsi dans son article sur François Mauriac : « Dieu n'est pas un artiste, François Mauriac non plus » – mais elles éveillent chez le lecteur des images puissantes.

Celui que les Dieux ont doté du bonheur d'expression ne prend pas toujours la peine d'approfondir sa réflexion. Comme beaucoup d'autres, Sartre a été victime de son talent : il est resté toute sa vie un normalien amateur de canulars.

Nota Bene : nombreux sont sans doute ceux qui ne partageront pas cette opinion : ils sont libres d'avoir la leur autant que je suis libre d'avoir la mienne.

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On trouve dans les Mémoires de Raymond Aron, p. 954, un passage qui indique le fossé qui séparait ces deux hommes : « (Sartre) ne s'est jamais résigné à la vie sociale telle qu'il l'observait, telle qu'il la jugeait, indigne de l'idée qu'il se faisait de la destination humaine (...) Nous avions tous deux médité sur le choix que chacun fait de soi-même, une fois pour toutes, mais aussi avec la permanente liberté de se convertir. Il n'a jamais renoncé à l'espérance d'une sorte de conversion des hommes tous ensemble. Mais l'entre-deux, les institutions, entre l'individu et l'humanité, il ne l'a jamais pensé, intégré à son système » (c'est moi qui souligne).

Aron n'avait pas le talent de Sartre : sa phrase est laborieuse, rocailleuse, il faut souvent relire pour comprendre ce qu'il a voulu écrire mais lui, au moins, ne se paie pas de mots. Ce qui l'intéresse n'est ni le combat du Bien et du Mal, ni le rapport entre l'Être et le Néant : c'est l'action des êtres humains, leurs choix, leurs décisions, face à une nature dont la complexité dépasse leur intellect, dans une histoire au futur incertain et au passé énigmatique.

vendredi 12 août 2011

Le casse-tête russe (suite)

J'ai reçu un courrier de Vladimir Sterkh que je reproduis ci-dessous. Il complète un texte publié en septembre 2008 par volle.com.

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La situation que j'avais décrite dans « Le casse-tête russe » s'est aggravée : alors que notre alfa-dog est devenu insupportable pour toute personne possédant une quelconque culture, les espoirs que l'on avait pu mettre dans son jeune successeur se sont dissipés.

Les deux personnes de ce tandem sont évidemment différentes ainsi que les équipes qui les entourent, mais ni l'une ni l'autre ne maîtrise la situation. Notre État est la pire version d'un corporatisme postmoderniste où s'entremêlent les modèles du féodalisme, d'un stalinisme modéré et quelques ébauches timides de démocratie (par exemple la possibilité de se déplacer hors du pays et une certaine marge contrôlée laissée aux critiques du régime).

La corporation qui dirige se compose d'une quinzaine de personnes qui presque toutes ont appartenu au KGB ou à son successeur, le FSB. Elle engage ou plutôt achète des spécialistes qualifiés pour assurer la gestion économique courante. Les institutions nécessaires au fonctionnement d'un État démocratique sont inexistantes.

dimanche 31 juillet 2011

Le siècle de la troisième révolution industrielle

(Article destiné au numéro 52 de la revue Questions internationales publiée par la Documentation française, novembre 2011).

Version pdf

Lorsqu'une société passe d'un système technique à l'autre (Gille, [1]) son rapport à la nature change : elle découvre de nouvelles possibilités, elle rencontre aussi de nouveaux dangers.

Des phénomènes d'émergence s'enchaînent en cascade : au plan technique dans les équipements, au plan économique dans les marchés et les organisations, au plan sociologique dans les rapports entre classes sociales et entre personnes.

La modification des conditions de l'action contraint les institutions à faire parmi leurs traditions, habitudes et valeurs un tri qui ne va pas sans délai ni conflits : les émergences se chevauchent alors dans un désordre qui confine parfois à l'absurde.

Placer dans une perspective historique l'informatisation et ce que l'on appelle « le numérique » aide à interpréter ce qui se passe aujourd'hui (Volle, [2]).

mercredi 20 juillet 2011

Alex Türk, La vie privée en péril, Odile Jacob, 2011

Avec ce livre le président de la CNIL émet un signal d'alarme utile et présente une étude détaillée des techniques et risques de la biométrie, de la vidéosurveillance, de la géolocalisation etc., ainsi que des aspects juridiques de la gouvernance de l'Internet. C'est un apport fondamental pour la réflexion sur les aspects stratégiques et (géo)politiques de l'informatisation.

La CNIL, c'est la « commission nationale de l'informatique et des libertés », autorité administrative indépendante qui a pour mission de faire en sorte que l'informatisation ne porte atteinte « ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques » (loi du 6 août 2004).

Cette mission est nécessaire car l'informatisation apporte autant de risques nouveaux que de possibilités nouvelles : comme tout outil l'informatique peut indifféremment servir la barbarie ou la civilisation, le meurtre ou le bien-être.

Or la technique évolue plus vite que ne peuvent le faire nos savoir-faire, notre savoir-vivre, le droit, la compétence de l'appareil judiciaire, et ses effets peuvent être irréversibles.

Nous risquons d'aller vers une société du traçage généralisé, utilisant conjointement des techniques dont les applications se développent rapidement : « les caméras nous filment, les lecteurs biométriques nous identifient et nous reconnaissent, les dispositifs de géolocalisation nous repèrent et nous suivent, les applications Internet nous profilent, analysent nos goûts et enregistrent nos habitudes, les micros nous écoutent, l'arsenal des fichiers nationaux, européens et internationaux se déploie, le nuage numérique enveloppe la planète, l'informatique contextuelle comblera peu à peu les espaces disponibles entre nos pensées respectives, les nanotechnologies rendront les systèmes invisibles et donc innombrables et irréversibles » (p. 261).

mercredi 6 juillet 2011

Bulletin municipal de Sénéchas, juin 2011

Le nouveau Bulletin municipal de Sénéchas vient de sortir (pour en savoir plus sur Sénéchas, cliquer ici).

Vous pouvez le télécharger au format pdf (2,6 Mo) en cliquant sur le lien suivant : Bulletin municipal de Sénéchas, juin 2011.

Vous verrez que la vie culturelle est très active dans cette commune qui ne compte que 219 habitants - auxquels s'ajoutent il est vrai un grand nombre de vacanciers durant l'été.

Si notre commune éveille votre curiosité, voici des liens pour consulter les numéros précédents du Bulletin :

- Bulletin municipal de Sénéchas, juin 2010 ;

- Bulletin municipal de Sénéchas, mai 2009 ;

- Bulletin municipal de Sénéchas, août 2008.