On a tort de croire que Nicolas Sarkozy a fait un lapsus lorsqu'il a qualifié de coupables les prévenus de l'affaire Clearstream : avocat de métier, il connaît le sens des mots et il sait ce qu'il dit.
En fait il a exprimé une vérité politique : la vérité de sa politique.
Tout comme le fait Poutine en Russie, il met en place une "verticale du pouvoir", structure institutionnelle qui efface la séparation des pouvoirs que Montesquieu avait théorisée - législatif, exécutif, judiciaire - , au bénéfice du pouvoir au singulier.
Cette concentration vise à affranchir sa parole, comme son action, de toute contrainte. Cette parole a vocation à énoncer la vérité - non la vérité des faits, mais celle pure et simple de l'autorité qu'il incarne et qui doit être supérieure aux faits.
samedi 26 septembre 2009
vendredi 25 septembre 2009
Comment Canal+ peut vous voler
En 1994 André Rousselet, fondateur de Canal+ évincé de l'entreprise, a publié dans Le Monde un article intitulé "Edouard m'a tuer". Aujourd'hui c'est Canal+ qui m'a voler.
Lisez attentivement cette chronique : elle vous apprendra des choses sur le fonctionnement des banques et de leurs systèmes d'information. Vous allez aussi découvrir comment une entreprise peut se faire de la trésorerie en prenant de l'argent dans votre poche - oui, exactement comme un pickpocket.Consultant l'état du compte en banque de mon entreprise, je découvre en mai que Canal+ et Canalsat opèrent des prélèvements automatiques représentant deux abonnements à Canal+ et deux abonnements à Canalsat. Or elle n'est pas abonnée et je n'ai signé aucun ordre de prélèvement.
Je contacte ma banque pour faire opposition. Les prélèvements les plus récents peuvent être bloqués, me dit-on, mais 219,80 € ont été virés au compte de Canal+ : une personne - dont Canal+, selon la banque, ne veut pas révéler le nom - a signé un ordre de prélèvement en indiquant le numéro du compte de mon entreprise.
"Il faut surveiller son compte courant, ajoute mon conseiller, et ne pas y laisser dormir un montant important : il pourrait être siphonné en quelques minutes".
Quand on fait opposition à un prélèvement la banque prélève elle-même des frais. Si le prélèvement a mis le compte à découvert, cela fait d'autres frais qui aggravent encore ce découvert. Le conseiller a réglé le problème, cela n'a demandé qu'un coup de téléphone - mais il a fallu le donner.
"Comment, lui dis-je, récupérer les 219,80 € indument virés à Canal+ ?" - "Il faut, répond-il, que vous leur écriviez".
A qui écrire ? L'affaire révèle un dysfonctionnement assez grave pour le porter à la connaissance d'un dirigeant de l'entreprise - et d'ailleurs, comme disait César, il faut toujours frapper à la tête.
Donc j'écris le 26 juin à M. Bertrand Méheut, le PDG de Canal+, à qui je demande poliment de restituer ce qui m'a été pris et de me faire savoir comment et pourquoi ces prélèvements ont pu être effectués.
Ne recevant ni réponse, ni restitution, j'envoie le 8 août à ce Monsieur une autre lettre au ton plus ferme. Quelques jours après je reçois deux chèques datés du 30 juillet dont le total représente la moitié de ce qui m'a été volé - mais toujours aucune explication.
Je téléphone alors à Canal+. "Il fallait, me dit-on, vous adresser au Service clientèle". Le secrétariat de ce PDG ne transmet donc pas le courrier aux services concernés...
J'ai écrit voici dix jours à ce Service clientèle et depuis, aucune nouvelle.
* *
Vous croyez que les ordres de virement sont vérifiés par la banque, que l'on authentifie leurs signatures. Point du tout : tout se passe automatiquement. Quelqu'un, chez Canal+, a tapé le numéro de mon compte (à moins qu'il n'ait été saisi par lecture optique), l'ordre a été envoyé automatiquement à la banque qui, automatiquement, a fait les virements. Telle est la productivité que procure l'informatisation - mais les entreprises négligent souvent la supervision qui en est la contrepartie nécessaire.
Vous croyez que l'argent déposé à la banque est en sécurité. Non : n'importe qui peut piquer dans vos comptes et si vous n'y prenez pas garde ils peuvent se vider en un clin d'oeil. Une entreprise en crise de trésorerie peut ainsi se procurer immédiatement des fonds qui ne coûtent rien : il lui suffit de pianoter des numéros de compte...
Vous croyez que la banque, consciente d'avoir commis une erreur, va se démener pour que vous récupériez votre argent. Non, c'est à vous de le faire. Il fallait surveiller votre compte et réagir avant que les virements n'aient été effectués.
Vous croyez que le pickpocket, honteux, vous rendra immédiatement ce qu'il a pris : non ! Il faudra écrire, téléphoner, vous démener, et attendre car il résistera de toute la force de son inertie.
Vous croyez avoir droit à des explications, voire à des excuses pour le désagrément : nenni.
Pendant que vous usez votre salive au téléphone, que vous encombrez la Poste de plis recommandés dont le transport n'est pas gratuit, la salle de marché du pickpocket place habilement ses fonds et tire, de l'argent qu'il vous a pris, un savoureux rendement.
* *
Ajout du 6 octobre 2009 : Je viens de recevoir un appel d'une aimable dame du service clientèle de Canal+.
Il paraît que de petits malins se présentent chez les distributeurs avec un faux RIB pour prendre des abonnements. Ils partent avec le décodeur - et si la victime ne vérifie pas ses relevés bancaires, ils pompent dans son compte.
"Nous allons, me dit l'aimable dame, dire aux distributeurs qu'il faut demander une pièce d'identité avec le RIB, car cet incident se produit de plus en plus souvent, et Canal+ y perd"...
C'est en effet la moindre des choses.
"Il faut, ajoute-t-elle, que vous déposiez une plainte et me télécopiiez le récépissé pour que Canal+ puisse vous rembourser ce qu'il vous doit."
Une démarche de plus ! Mon temps ne compte pas...
Ajout du 26 octobre 2009 : Après avoir dûment déposé une plainte auprès de la gendarmerie de Génolhac, puis télécopié cette plainte à Canal+, je viens de recevoir deux chèques qui parachèvent le remboursement de ce qui avait été prélevé sur mon compte - mais, faut-il le dire, aucune lettre d'excuse ou d'explication ne les accompagnait.
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jeudi 17 septembre 2009
A propos de la crise chez France Telecom
On peut expliquer la crise du secteur des télécommunications, et notamment celle de France Telecom, par une erreur stratégique fondamentale.
Nota Bene : Pour répondre aux questions de certains lecteurs, j'ai développé l'analyse de cette crise dans Le suicide d'une entreprise.
Quand on introduit de force la concurrence dans un secteur qui, pour des raisons techniques et physiques (cohérence des protocoles de communication et des investissements), constitue un monopole naturel, on viole la nature. Elle se venge en provoquant des catastrophes dont on voudra expliquer chacune, ensuite, par des mécanismes sociologiques et des erreurs humaines - mais ces mécanismes n'auraient pas joué, ces erreurs ne se seraient pas produites (ou du moins leur probabilité aurait été fortement réduite) si, au départ, l'erreur stratégique n'avait pas été commise aux États-Unis, puis en Europe, enfin en France.
Nota Bene : Pour répondre aux questions de certains lecteurs, j'ai développé l'analyse de cette crise dans Le suicide d'une entreprise.
Quand on introduit de force la concurrence dans un secteur qui, pour des raisons techniques et physiques (cohérence des protocoles de communication et des investissements), constitue un monopole naturel, on viole la nature. Elle se venge en provoquant des catastrophes dont on voudra expliquer chacune, ensuite, par des mécanismes sociologiques et des erreurs humaines - mais ces mécanismes n'auraient pas joué, ces erreurs ne se seraient pas produites (ou du moins leur probabilité aurait été fortement réduite) si, au départ, l'erreur stratégique n'avait pas été commise aux États-Unis, puis en Europe, enfin en France.
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mardi 8 septembre 2009
La planche de Platon
Platon avait des esclaves pour accomplir les tâches matérielles : l’écriture était le seul travail qu’il fît de ses mains. Un jour il dut pourtant les utiliser, car l’étagère sur laquelle étaient posés ses livres s’était effondrée sous leur poids alors que ses esclaves étaient aux champs pour récolter les fruits de son domaine.
Il fallut donc que le sage Platon, qui disait que seules les idées sont réelles, transportât lui-même une longue planche pour remplacer l’étagère. Il fit alors une expérience troublante.
Cette planche, qu’il serrait dans ses bras contre son flanc tout en marchant comme un canard, avait comme il se doit deux bouts. Il voyait bien le bout de devant mais, tandis qu’il pilotait celui-ci pour guider la planche dans les pièces et couloirs tortueux de sa maison, le bout arrière, caché à sa vue, cognait un chambranle, brisait une lampe à huile, écaillait un plafond, renversait un vase et causait force autres dégâts.
Il fallut donc que le sage Platon, qui disait que seules les idées sont réelles, transportât lui-même une longue planche pour remplacer l’étagère. Il fit alors une expérience troublante.
Cette planche, qu’il serrait dans ses bras contre son flanc tout en marchant comme un canard, avait comme il se doit deux bouts. Il voyait bien le bout de devant mais, tandis qu’il pilotait celui-ci pour guider la planche dans les pièces et couloirs tortueux de sa maison, le bout arrière, caché à sa vue, cognait un chambranle, brisait une lampe à huile, écaillait un plafond, renversait un vase et causait force autres dégâts.
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lundi 7 septembre 2009
Maîtriser le conflit des modèles
On peut assigner divers buts à la philosophie – contemplation de la vérité, esthétique des idées etc. – mais elle a aussi un but pratique : nous aider à acquérir le savoir-faire du penseur, les techniques de la pensée, fussent-elles implicites.
La formation, l’expérience équipent chacun de nous de « modèles », schémas préfabriqués qui rendent le raisonnement rapide et le structurent, mais qui parfois aussi l’emprisonnent.
Ainsi les mathématiques sont bâties sur des ensembles, la statistique sur des classifications, l’ingénierie sur un modèle organique, la finance et la médecine sur une représentation probabiliste, la production sur un schéma dynamique, le conflit sur une dialectique.
Chacun de ces modèles est utile dans son domaine. On risque cependant – par paresse, déformation professionnelle ou habitude – d’étendre la portée d'un modèle hors de son domaine légitime.
La formation, l’expérience équipent chacun de nous de « modèles », schémas préfabriqués qui rendent le raisonnement rapide et le structurent, mais qui parfois aussi l’emprisonnent.
Ainsi les mathématiques sont bâties sur des ensembles, la statistique sur des classifications, l’ingénierie sur un modèle organique, la finance et la médecine sur une représentation probabiliste, la production sur un schéma dynamique, le conflit sur une dialectique.
Chacun de ces modèles est utile dans son domaine. On risque cependant – par paresse, déformation professionnelle ou habitude – d’étendre la portée d'un modèle hors de son domaine légitime.
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samedi 5 septembre 2009
Un article du Nouvel économiste
Pierre-Antoine Merlin m'a consacré un article dans Le nouvel économiste du 9 juillet 2009. Vous pourrez le lire en cliquant sur son titre : "L'homme triptyque".
Comme moi, vous le jugerez sans doute excessivement louangeur, mais c'est la règle du genre...NB : Voir aussi Pierre-Antoine Merlin, "Le facteur X de la crise", Le nouvel économiste, 21 mai 2009.
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lundi 24 août 2009
Le Parador, chapitres 20 (Canon) et 21 (Fugue)
Pour lire Le Parador en format .pdf, cliquer sur Le Parador.
Résumé des chapitres précédents :Hande est une grande entreprise qui vient de frôler la faillite. Le nouveau président, Jean Bonhomme, a demandé à Marc Dutertre de l'aider à en faire une "entreprise-réseau". La DSI est en crise, les utilisateurs du SI ne sont pas satisfaits.
Dutertre prépare avec la directrice de la communication un tableau de bord mensuel pour le comité de direction. Un soir, il découvre grâce à elle les plaisirs de la sensualité ; par la suite elle refuse de le revoir et ça le déconcerte.
Le directeur financier lui demande d'expertiser les salles de marché du groupe. Un collaborateur découvre qu'il était possible de faire gagner des milliards à Hande en rectifiant une erreur.
Dutertre envoie à Bonhomme une note "stratégique" et se réconcilie avec la dircom'. Dutertre approfondit sa compréhension de l'entreprise et de son propre rôle de consultant. Mais il apprend que le directeur financier veut "avoir sa peau"...
... et il doit se défendre, Hande préfère finalement ne pas corriger son erreur mais il sauve sa peau. La réflexion sur la stratégie en matière de SI se poursuit en s'approfondissant.
Un de ses collaborateurs est tué dans un accident de voiture. Certains se demandent s'il n'y a pas eu un complot, mais il s'avère que cet accident était dû au hasard.
Dutertre envoie à Bonhomme une note qui l'alerte sur les risques que prend Costar, le grand projet informatique de Hande. Mais malgré la catastrophe prévisible il n'est pas écouté. Il prend goût au calvados, un peu trop peut-être
* *
En cliquant sur Le Parador vous téléchargerez une version à jour, comprenant tous les chapitres publiés jusqu'ici ainsi que les chapitres 20 et 21, qui sont nouveaux.Il m'a semblé en effet préférable de publier Le Parador au format pdf seulement et de ne plus le publier en HTML : il m'arrive en effet de corriger les chapitres précédents et il est pénible de maintenir la cohérence entre les deux versions.
Je vous souhaite une bonne lecture !
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mercredi 19 août 2009
Jonathan Littell, Les Bienveillantes, Gallimard, 2006
Sur ce gros livre mon commentaire sera court.
L'auteur a sans doute beaucoup travaillé pour se documenter mais il applique exactement, fût-ce avec talent, les recettes du Story Writing qui s'enseignent dans les universités américaines. Ses ficelles se voient trop.
L'opprobre déversée sur son livre par des bien-pensants n'a qu'une faible portée, car comme disait Pascal "la vraie morale se moque de la morale". Pour rester sur le terrain technique de l'écriture, voici les astuces de Story Writing que j'ai repérées :
L'auteur a sans doute beaucoup travaillé pour se documenter mais il applique exactement, fût-ce avec talent, les recettes du Story Writing qui s'enseignent dans les universités américaines. Ses ficelles se voient trop.
L'opprobre déversée sur son livre par des bien-pensants n'a qu'une faible portée, car comme disait Pascal "la vraie morale se moque de la morale". Pour rester sur le terrain technique de l'écriture, voici les astuces de Story Writing que j'ai repérées :
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mardi 11 août 2009
Comité invisible, L'insurrection qui vient, La fabrique, 2007
Alain Bauer avait signalé ce petit livre anonyme, attribué à des personnes qui avaient installé une épicerie à Tarnac et déjà surveillées par la police. Après la pose de fers à béton sur les caténaires d’un TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 cette surveillance a abouti à des arrestations, des déclarations ministérielles et une instruction judiciaire dont on attend les conclusions.
A vrai dire, je n’ai pas trouvé ce livre plus inquiétant que ces conversations qui se terminent par « il nous faudrait une bonne guerre », « il faut tout foutre en l’air, après ça ira mieux » ou autre phrase du même tonneau.
Mais sa lecture est étonnamment fatigante : elle oblige le lecteur à naviguer entre des affirmations péremptoires, des constats partiels, des jugements et recommandations qu’il doit soupeser.
La première phrase est un aphorisme dont le style hautain imite celui de Guy Debord : « Sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue ». C’est fort bien écrit mais cela ne veut rien dire : coincé entre le passé énigmatique que l’histoire tente d’explorer et un futur essentiellement incertain, le présent semble toujours proche d’une catastrophe – et parfois elle se produit en effet.
Les faits évoqués sont incontestables mais partiels : s’il est vrai que les organisations « s’occupent d’abord de leur survie » (p. 88) une institution ne se réduit pas à son organisation. Et si pour le comité invisible « devenir autonome » c’est « apprendre à se battre dans la rue, à s’accaparer les maisons vides, à ne pas travailler, à s’aimer follement et à voler dans les magasins » (p. 26), eh bien on peut avoir une autre idée de l’autonomie.
A vrai dire, je n’ai pas trouvé ce livre plus inquiétant que ces conversations qui se terminent par « il nous faudrait une bonne guerre », « il faut tout foutre en l’air, après ça ira mieux » ou autre phrase du même tonneau.
Mais sa lecture est étonnamment fatigante : elle oblige le lecteur à naviguer entre des affirmations péremptoires, des constats partiels, des jugements et recommandations qu’il doit soupeser.
La première phrase est un aphorisme dont le style hautain imite celui de Guy Debord : « Sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue ». C’est fort bien écrit mais cela ne veut rien dire : coincé entre le passé énigmatique que l’histoire tente d’explorer et un futur essentiellement incertain, le présent semble toujours proche d’une catastrophe – et parfois elle se produit en effet.
Les faits évoqués sont incontestables mais partiels : s’il est vrai que les organisations « s’occupent d’abord de leur survie » (p. 88) une institution ne se réduit pas à son organisation. Et si pour le comité invisible « devenir autonome » c’est « apprendre à se battre dans la rue, à s’accaparer les maisons vides, à ne pas travailler, à s’aimer follement et à voler dans les magasins » (p. 26), eh bien on peut avoir une autre idée de l’autonomie.
vendredi 31 juillet 2009
Clarisse Herrenschmidt, Les trois écritures : langue, nombre, code, Gallimard, 2007
Ce livre décrit la naissance de l'écriture au moyen-orient voici cinq millénaires, puis celle plus récente de la numération (ici rattachée à la création de la monnaie), enfin celle proche de nous du codage informatique. Chacune de ces innovations est présentée sur sa toile de fond symbolique - c'est-à-dire métaphysique, religieuse et liturgique bien avant d'être politique ou économique.
La lecture de ce livre n'est pas facile. Mais il possède une qualité rare qui fait de lui une exception : il se situe exactement au bon niveau de profondeur, à celui qui permettra au lecteur sérieux de méditer les phénomènes qu'il évoque et notamment, pour ce qui concerne la période actuelle, de prendre conscience de ce qu'implique l'informatisation.
J'ai beaucoup aimé les passages consacrés aux implications anthropologiques du mode d'écriture (idéographique, consonantique etc.), à l'articulation des divers rôles conférés à l'écriture (liturgie, gestion, commerce etc.), aux relations enfin entre le mode d'écriture et le mode de pensée, ce dernier déterminant le rapport avec les choses et avec les Dieux.
La lecture de ce livre n'est pas facile. Mais il possède une qualité rare qui fait de lui une exception : il se situe exactement au bon niveau de profondeur, à celui qui permettra au lecteur sérieux de méditer les phénomènes qu'il évoque et notamment, pour ce qui concerne la période actuelle, de prendre conscience de ce qu'implique l'informatisation.
J'ai beaucoup aimé les passages consacrés aux implications anthropologiques du mode d'écriture (idéographique, consonantique etc.), à l'articulation des divers rôles conférés à l'écriture (liturgie, gestion, commerce etc.), aux relations enfin entre le mode d'écriture et le mode de pensée, ce dernier déterminant le rapport avec les choses et avec les Dieux.
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mercredi 22 juillet 2009
Les derniers des Iroquois
Une société, une culture, se mirent dans leurs « vedettes ». Les mages prétendaient autrefois lire le futur dans les étoiles : nous pouvons lire notre présent dans nos stars.
Michael Jackson, avec la face de squelette qu’il s’était sculptée, nous tend ainsi un miroir. Qui sommes-nous donc, nous qui avons choisi d’adorer cette « idole » ? Que nous révèle ce culte sur nous-mêmes ?
Un journaliste américain l’a, me semble-t-il, clairement décrit (Bob Herbert, « Behind the Facade », The New York Times, 3 juillet 2009). Je traduis librement ici des passages de son article :
« Michael Jackson s'efforçait, de tout son être, à sortir de la réalité et à la laisser derrière lui. Sa vie est un exemple de l’extrême immaturité et de l’irresponsabilité grotesque qui ont émergé dans les années 80 aux Etats-Unis :
« Ronald Reagan faisait, sur les impôts et les déficits, des promesses qu’il ne pouvait pas tenir et confiait à un astrologue de la côte ouest le soin de définir son agenda. Le film Wall Street allait refléter la complaisance de la nation envers l’avidité sans limite des riches et des puissants. Dans les quartiers noirs le crack avait des effets dévastateurs, les jeunes criminels se dotaient d’armes de plus en plus puissantes et la mode suivait le style des prisons. Le hip-hop allait apparaître, suivi par la violence et la misogynie du rap.
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samedi 18 juillet 2009
Le Parador, chapitre 19 : Pizzicati
Pour lire Le Parador en format .pdf, cliquer sur Le Parador.
Résumé des chapitres précédents :Hande est une grande entreprise qui vient de frôler la faillite. Le nouveau président, Jean Bonhomme, a demandé à Marc Dutertre de l'aider à en faire une "entreprise-réseau". La DSI est en crise, les utilisateurs du SI ne sont pas satisfaits.
Dutertre prépare avec la directrice de la communication un tableau de bord mensuel pour le comité de direction. Un soir, il découvre grâce à elle les plaisirs de la sensualité ; par la suite elle refuse de le revoir et ça le déconcerte.
Le directeur financier lui demande d'expertiser les salles de marché du groupe. Un collaborateur découvre qu'il était possible de faire gagner des milliards à Hande en rectifiant une erreur.
Dutertre envoie à Bonhomme une note "stratégique" et se réconcilie avec la dircom'. Dutertre approfondit sa compréhension de l'entreprise et de son propre rôle de consultant. Mais il apprend que le directeur financier veut "avoir sa peau"...
... et il doit se défendre, Hande préfère finalement ne pas corriger son erreur mais il sauve sa peau. La réflexion sur la stratégie en matière de SI se poursuit en s'approfondissant.
Un de ses collaborateurs est tué dans un accident de voiture. Certains se demandent s'il n'y a pas eu un complot, mais il s'avère que cet accident était dû au hasard.
Dutertre envoie à Bonhomme une note qui l'alerte sur les risques que prend Costar, le grand projet informatique de Hande. Mais malgré la catastrophe prévisible il n'est pas écouté.
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En cliquant sur Le Parador vous téléchargerez une version à jour, comprenant tous les chapitres publiés jusqu'ici ainsi que le chapitre 19, qui est nouveau.Il m'a semblé en effet préférable de publier Le Parador au format pdf seulement et de ne plus le publier en HTML : il m'arrive en effet de corriger les chapitres précédents et il est pénible de maintenir la cohérence entre les deux versions.
Je vous souhaite une bonne lecture !
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mercredi 15 juillet 2009
Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, 2009
C'est le journal (rétrospectif) d'un soldat de la France libre. Daniel Cordier a été l'un des premiers qui aient rejoint De Gaulle en Angleterre ; il a été parachuté en France et a servi de secrétaire à Jean Moulin.
Le livre entrelace plusieurs histoires : celle d'un garçon d'extrême droite dont les opinions changeront du tout au tout ; celle d'une formation militaire intensive ; celle du conflit institutionnel entre la France libre, autour de De Gaulle, et les chefs de la Résistance ; celle, enfin, de deux personnages qui ont servi de père de substitution à ce jeune homme et qu'il admirera profondément : De Gaulle et surtout Jean Moulin.
L'éducation de Daniel Cordier lui avait inculqué la haine de la République et de la démocratie, l'antisémitisme et l'admiration pour Maurras. Ces opinions, prises telles quelles dans son milieu et adoptées, seront bousculées par l'expérience de la guerre et de la vie.
La défaite et l'armistice révoltent ce jeune nationaliste. Au grand scandale des gens de son milieu, il estime que Pétain est un "vieux con" et il s'éloigne de Maurras lorsque celui-ci se rallie au Maréchal. Puis, alors qu'il avait détesté les juifs sans les connaître, il estimera ceux qu'il rencontre ; enfin, dans le sillage de l'esprit républicain de De Gaulle, il finira par voir dans le monarchisme une illusion.
Le livre entrelace plusieurs histoires : celle d'un garçon d'extrême droite dont les opinions changeront du tout au tout ; celle d'une formation militaire intensive ; celle du conflit institutionnel entre la France libre, autour de De Gaulle, et les chefs de la Résistance ; celle, enfin, de deux personnages qui ont servi de père de substitution à ce jeune homme et qu'il admirera profondément : De Gaulle et surtout Jean Moulin.
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L'éducation de Daniel Cordier lui avait inculqué la haine de la République et de la démocratie, l'antisémitisme et l'admiration pour Maurras. Ces opinions, prises telles quelles dans son milieu et adoptées, seront bousculées par l'expérience de la guerre et de la vie.
La défaite et l'armistice révoltent ce jeune nationaliste. Au grand scandale des gens de son milieu, il estime que Pétain est un "vieux con" et il s'éloigne de Maurras lorsque celui-ci se rallie au Maréchal. Puis, alors qu'il avait détesté les juifs sans les connaître, il estimera ceux qu'il rencontre ; enfin, dans le sillage de l'esprit républicain de De Gaulle, il finira par voir dans le monarchisme une illusion.
mardi 14 juillet 2009
Notre République
La révolution française a blessé notre histoire : elle a massacré une partie de l'élite de la nation, détruit une partie de son patrimoine architectural et l'essentiel de ses archives. Elle a ainsi coupé nos racines, déstabilisé nos valeurs et introduit dans notre culture une duplicité, une complexité qui traverse chaque Français : nous sommes tous nostalgiques de la distinction aristocratique et en même temps soucieux d'égalité ; nous sommes à la fois conservateurs et anarchistes...
Mais la Révolution a aussi construit notre République : ainsi elle a créé le ressort d'une nouvelle histoire en nous offrant la synthèse étonnante de l'ancien et du nouveau, de la distinction aristocratique et de l'égalité.
Cette synthèse est à la fois simple et subtile : c'est pourquoi elle est souvent mal comprise, déformée, détournée et finalement détestée. Si tant de personnes dans le monde aiment la France, c'est parce qu'elles ont compris ou du moins senti cette synthèse. Si tant de personnes détestent et méprisent la France, c'est parce que cette synthèse contrarie leur vision du monde et leurs valeurs. En France même, nombreux sont ceux qui rejettent notre République et qui sont d'accord avec ceux des étrangers qui détestent la France...
Mais la Révolution a aussi construit notre République : ainsi elle a créé le ressort d'une nouvelle histoire en nous offrant la synthèse étonnante de l'ancien et du nouveau, de la distinction aristocratique et de l'égalité.
Cette synthèse est à la fois simple et subtile : c'est pourquoi elle est souvent mal comprise, déformée, détournée et finalement détestée. Si tant de personnes dans le monde aiment la France, c'est parce qu'elles ont compris ou du moins senti cette synthèse. Si tant de personnes détestent et méprisent la France, c'est parce que cette synthèse contrarie leur vision du monde et leurs valeurs. En France même, nombreux sont ceux qui rejettent notre République et qui sont d'accord avec ceux des étrangers qui détestent la France...
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vendredi 3 juillet 2009
Une vidéo
Ma conférence du 22 avril 2009 aux "e-changes" de Xerfi est en ligne, avec une introduction par Laurent Faibis :
Nota Bene : Pour mémoire, deux autres vidéos :
"Savoir vivre avec le système d'information", Intervention d'ouverture des JRES 2007 - Strasbourg, 20 novembre 2007,
"Entrepôts de données, outils d’aide à la décision" : intervention à la Troisième École d'été méditerranéenne d'information en Santé - Corte, 21 juillet 2005.
Nota Bene : Pour mémoire, deux autres vidéos :
"Savoir vivre avec le système d'information", Intervention d'ouverture des JRES 2007 - Strasbourg, 20 novembre 2007,
"Entrepôts de données, outils d’aide à la décision" : intervention à la Troisième École d'été méditerranéenne d'information en Santé - Corte, 21 juillet 2005.
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samedi 27 juin 2009
Une crise peut en cacher une autre
Nota Bene : ce texte a été publié par la revue Le Débat, n° 157, novembre-décembre 2009.
La crise financière accapare l’attention. On l’explique par le comportement des financiers : mais ce comportement, comment l’expliquer ?
Nous développons la thèse suivante : l’informatisation a, depuis 1975, transformé l’économie mais cette transformation n’est ni comprise, ni clairement perçue. Il en résulte un déséquilibre qui suscite une crise plus profonde, plus globale que ce qui apparaît à l’occasion de la crise « financière ».
Pour en élucider les enjeux il faudra examiner la dimension anthropologique de l’informatisation.
La crise financière accapare l’attention. On l’explique par le comportement des financiers : mais ce comportement, comment l’expliquer ?
Nous développons la thèse suivante : l’informatisation a, depuis 1975, transformé l’économie mais cette transformation n’est ni comprise, ni clairement perçue. Il en résulte un déséquilibre qui suscite une crise plus profonde, plus globale que ce qui apparaît à l’occasion de la crise « financière ».
Pour en élucider les enjeux il faudra examiner la dimension anthropologique de l’informatisation.
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mercredi 17 juin 2009
Appels au meurtre
On se rappelle ce que Maurras disait de Léon Blum : "c'est un homme à fusiller, mais dans le dos". Cet appel au meurtre n'a pas été suivi d'effet en ce qui concerne Blum mais il n'est peut-être pas pour rien dans l'assassinat de Georges Mandel, entre autres.
Si en France de tels excès appartiennent au passé, aux Etats-Unis et en Israël des extrémistes appellent aujourd'hui au meurtre de Barack Obama.
Ainsi en Israël des affiches le montrent coiffé du keffieh que portait naguère Yasser Arafat et accompagné d'une légende en anglais et en hébreu : "Barack Hussein Obama, Antisemitic Jew Hater" [1].
Jamais à ma connaissance Obama n'a manifesté d'antisémitisme ni exprimé de la haine envers les juifs, mais pour les extrémistes la réalité ne compte pas : ce sont des négationnistes [2].
Si en France de tels excès appartiennent au passé, aux Etats-Unis et en Israël des extrémistes appellent aujourd'hui au meurtre de Barack Obama.
Ainsi en Israël des affiches le montrent coiffé du keffieh que portait naguère Yasser Arafat et accompagné d'une légende en anglais et en hébreu : "Barack Hussein Obama, Antisemitic Jew Hater" [1].
Jamais à ma connaissance Obama n'a manifesté d'antisémitisme ni exprimé de la haine envers les juifs, mais pour les extrémistes la réalité ne compte pas : ce sont des négationnistes [2].
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dimanche 14 juin 2009
134 milliards de dollars
La presse a attendu plusieurs jours pour parler de cette affaire surprenante. Je suppose que bientôt tout le monde sera au courant.
Les faits : le 4 juin les douaniers italiens arrêtent à la frontière suisse, à Chiasso, deux Japonais qui tentaient de passer 134,5 milliards de dollars dans le double fond d'une valise : 249 "Federal Reserve bonds" de 500 millions, plus dix "Kennedy bonds" d'un milliard. De tels titres ne peuvent semble-t-il être négociés que par des États. Une liasse de documents bancaires leur était jointe.
Les faits : le 4 juin les douaniers italiens arrêtent à la frontière suisse, à Chiasso, deux Japonais qui tentaient de passer 134,5 milliards de dollars dans le double fond d'une valise : 249 "Federal Reserve bonds" de 500 millions, plus dix "Kennedy bonds" d'un milliard. De tels titres ne peuvent semble-t-il être négociés que par des États. Une liasse de documents bancaires leur était jointe.
samedi 13 juin 2009
Projet de loi
L’heure est au changement, à la réforme, à la rupture ! Alors j'y vais moi aussi de mon petit projet de loi, le voici. Il tient en un seul article (son passage au conseil d’État et sa discussion en commission feront ajouter d’autres articles plus techniques, ainsi ce sera un vrai projet de loi vraiment sérieux) :
Article unique
Le contrôle anti-dopage s’applique à tout candidat à une fonction élective, ainsi qu’à tout élu à une date aléatoire sous une périodicité au moins annuelle, selon les mêmes conditions et procédures que celles ayant cours dans le sport de haut niveau.
Je ne vois pas en effet pourquoi on interdirait à Richard Gasquet de participer aux compétitions de tennis, sous le prétexte que l’on a trouvé un peu de cocaïne dans son urine, alors que nos élus pourraient se bourrer le pif sans mesure.
Article unique
Le contrôle anti-dopage s’applique à tout candidat à une fonction élective, ainsi qu’à tout élu à une date aléatoire sous une périodicité au moins annuelle, selon les mêmes conditions et procédures que celles ayant cours dans le sport de haut niveau.
Je ne vois pas en effet pourquoi on interdirait à Richard Gasquet de participer aux compétitions de tennis, sous le prétexte que l’on a trouvé un peu de cocaïne dans son urine, alors que nos élus pourraient se bourrer le pif sans mesure.
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samedi 6 juin 2009
Le Parador, chapitre 18 : Opéra
Pour lire Le Parador en format .pdf, cliquer sur Le Parador.
Résumé des chapitres précédents :Hande est une grande entreprise qui vient de frôler la faillite. Le nouveau président, Jean Bonhomme, a demandé à Marc Dutertre de l'aider à en faire une "entreprise-réseau". La DSI est en crise, les utilisateurs du SI ne sont pas satisfaits.
Dutertre prépare avec la directrice de la communication un tableau de bord mensuel pour le comité de direction. Un soir, il découvre grâce à elle les plaisirs de la sensualité ; par la suite elle refuse de le revoir et ça le déconcerte.
Le directeur financier lui demande d'expertiser les salles de marché du groupe. Un collaborateur découvre qu'il était possible de faire gagner des milliards à Hande en rectifiant une erreur.
Dutertre envoie à Bonhomme une note "stratégique" et se réconcilie avec la dircom'. Dutertre approfondit sa compréhension de l'entreprise et de son propre rôle de consultant. Mais il apprend que le directeur financier veut "avoir sa peau"...
... et il doit se défendre, Hande préfère finalement ne pas corriger son erreur mais il sauve sa peau. La réflexion sur la stratégie en matière de SI se poursuit en s'approfondissant.
Un de ses collaborateurs est tué dans un accident de voiture. Certains se demandent s'il n'y a pas eu un complot, mais il s'avère que cet accident était dû au hasard.
Dutertre envoie à Bonhomme une note qui l'alerte sur les risques que prend Costar, le grand projet informatique de Hande.
* *
En cliquant sur Le Parador vous téléchargerez une version à jour, comprenant tous les chapitres publiés jusqu'ici ainsi que le chapitre 18, qui est nouveau.Il m'a semblé en effet préférable de publier Le Parador au format pdf seulement et de ne plus le publier en HTML : il m'arrive en effet de corriger les chapitres précédents et il est pénible de maintenir la cohérence entre les deux versions.
Je vous souhaite une bonne lecture !
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