Un entrefilet du Monde m'a fait sursauter : la préfecture de Police de Paris a cru devoir, sur la base d'une règlementation étrange, mettre en doute la nationalité d'Anne Sinclair (voir son témoignage).
Ainsi il est demandé à chacun de prouver qu'il est bien français : ceux qui pour une raison ou une autre (papiers perdus etc.) ne pourront pas apporter cette preuve seront-ils dépouillés d'une qualité qui leur avait toujours été reconnue ?
Cela rappelle le régime de Vichy, qui a déchu de nombreuses personnes de la nationalité française (entre autres : De Gaulle, Leclerc et Mendès-France...).
mercredi 27 janvier 2010
mercredi 20 janvier 2010
Connaître ou apprendre ?
Nous avons l'habitude de vivre sur un capital acquis. Dans notre jeunesse, nous "faisons des études". Si nous sommes de bons élèves, bien appliqués, bien studieux, nous arrivons à grimper jusqu'à l'entrée dans une grande école (je dis bien l'entrée, car une fois dedans il n'y a plus beaucoup d'efforts à faire pour avoir le diplôme) ou jusqu'à l'honorable titre de docteur en quelque chose.
On a été formé en passant par les meilleures filières, on a eu 18 alors que les autres avaient 12 : donc on est meilleur qu'eux pour la vie durant.
Mais un capital de connaissance s'use si l'on ne s'en sert pas. J'ai connu à l'INSEE de grands chefs qui n'auraient plus été capables de calculer un écart-type, j'ai rencontré beaucoup de dirigeants qui avaient oublié jusqu'aux premiers éléments de la physique et des maths. Cela n'a aucune importance, pensaient-ils : on n'a plus besoin de connaître ces choses-là quand on dirige les autres, ceux qui savent.
Les titres de noblesse péniblement acquis lors de la formation initiale - énarque, polytechnicien, centralien, sup-élec, agrégé etc. - sont, pense-t-on, accompagnés d'une grâce d'état. Pour le restant de la vie, on en sait assez.
On a été formé en passant par les meilleures filières, on a eu 18 alors que les autres avaient 12 : donc on est meilleur qu'eux pour la vie durant.
Mais un capital de connaissance s'use si l'on ne s'en sert pas. J'ai connu à l'INSEE de grands chefs qui n'auraient plus été capables de calculer un écart-type, j'ai rencontré beaucoup de dirigeants qui avaient oublié jusqu'aux premiers éléments de la physique et des maths. Cela n'a aucune importance, pensaient-ils : on n'a plus besoin de connaître ces choses-là quand on dirige les autres, ceux qui savent.
Les titres de noblesse péniblement acquis lors de la formation initiale - énarque, polytechnicien, centralien, sup-élec, agrégé etc. - sont, pense-t-on, accompagnés d'une grâce d'état. Pour le restant de la vie, on en sait assez.
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mardi 5 janvier 2010
Lorraine Data, Le grand truquage, La découverte, 2009
La plupart des données qui peuvent intéresser le citoyen font l’objet d’une présentation fallacieuse : Lorraine Data, pseudonyme collectif choisi par des agents de l’INSEE, dénonce la manipulation des données relatives au pouvoir d’achat et à la pauvreté, à l’emploi et aux heures supplémentaires, à l’éducation, l’immigration et enfin la délinquance.
La qualité des statistiques, tout comme la qualité des archives, est un sûr indicateur de la maturité d'une nation. Une nation qui ne se soucie pas de s'observer elle-même ni d’observer sa propre histoire, et qui s'en remet donc à des mythes en guise de connaissance, ne peut pas en effet accéder à la maturité politique ni maîtriser son destin. Dans le concert diplomatique, elle s'exprimera de façon infantile et capricieuse : sa parole n'ayant aucune autorité, personne ne l'écoutera.
De ce point de vue la France n'est pas bien placée : la statistique est chez nous encore et encore « critiquée » par des crétins qui se parent d'une légitimité intellectuelle ou médiatique.
L'indice des prix ne veut rien dire, disent-ils par exemple, parce que c'est une moyenne. Mais une moyenne, cela ne dit pas rien ! Et si l'on s'intéresse non à la moyenne, mais à la dispersion, il faut utiliser d'autres indicateurs (quantiles etc.) que la statistique fournit également – mais ces paresseux, ces prétentieux ne se donnent pas la peine de les regarder.
La qualité des statistiques, tout comme la qualité des archives, est un sûr indicateur de la maturité d'une nation. Une nation qui ne se soucie pas de s'observer elle-même ni d’observer sa propre histoire, et qui s'en remet donc à des mythes en guise de connaissance, ne peut pas en effet accéder à la maturité politique ni maîtriser son destin. Dans le concert diplomatique, elle s'exprimera de façon infantile et capricieuse : sa parole n'ayant aucune autorité, personne ne l'écoutera.
De ce point de vue la France n'est pas bien placée : la statistique est chez nous encore et encore « critiquée » par des crétins qui se parent d'une légitimité intellectuelle ou médiatique.
L'indice des prix ne veut rien dire, disent-ils par exemple, parce que c'est une moyenne. Mais une moyenne, cela ne dit pas rien ! Et si l'on s'intéresse non à la moyenne, mais à la dispersion, il faut utiliser d'autres indicateurs (quantiles etc.) que la statistique fournit également – mais ces paresseux, ces prétentieux ne se donnent pas la peine de les regarder.
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Statistique
vendredi 1 janvier 2010
Pierre Musso, Télé-politique, L'Aube, 2009
Pierre Musso précise dans cet ouvrage l'analyse qu'il avait présentée dans Le Sarkoberlusconisme. La comparaison des trajectoires des deux héros de la politique européenne que sont Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi prend ici une vigueur saisissante ainsi que la description du « télépol », articulation du politique avec la télévision.
Une part du personnage de Berlusconi s'explique par ses débuts comme animateur de soirées sur des bateaux de croisière. Ce dur métier oblige à mettre de côté les éventuels soucis personnels pour montrer, en permanence, un visage réjoui et entraînant. Celui qui est passé par cette école saura présenter une apparence soigneusement calculée, d'autant mieux réussie qu'elle semble plus spontanée.
Une autre part s'explique par sa trajectoire – après avoir été amuseur il est devenu promoteur immobilier, puis commerçant, publicitaire, entrepreneur médiatique, homme politique enfin – et cette trajectoire constitue, de façon géniale, une suite cumulative d'initiations. Oui, je dis bien « de façon géniale » : il faut du génie pour tirer partie des aléas de la vie en accumulant continuellement du potentiel.
Une part du personnage de Berlusconi s'explique par ses débuts comme animateur de soirées sur des bateaux de croisière. Ce dur métier oblige à mettre de côté les éventuels soucis personnels pour montrer, en permanence, un visage réjoui et entraînant. Celui qui est passé par cette école saura présenter une apparence soigneusement calculée, d'autant mieux réussie qu'elle semble plus spontanée.
Une autre part s'explique par sa trajectoire – après avoir été amuseur il est devenu promoteur immobilier, puis commerçant, publicitaire, entrepreneur médiatique, homme politique enfin – et cette trajectoire constitue, de façon géniale, une suite cumulative d'initiations. Oui, je dis bien « de façon géniale » : il faut du génie pour tirer partie des aléas de la vie en accumulant continuellement du potentiel.
mercredi 23 décembre 2009
C. G.Jung, The Red Book, Norton & C°, 2009
Ce livre de grand format est une petite merveille éditoriale. Ce sera sans doute une de ces raretés que les bibliophiles s'arrachent et que l'on est fier d'avoir dans sa bibliothèque.
Il comporte d'abord la reproduction fac simile d'un manuscrit dans lequel Jung a consigné sa démarche la plus intime mais qu'il n'a jamais publié car il craignait de ne pas être compris.
Ce manuscrit est resté longtemps dans un coffre-fort et seuls quelques très rares initiés ont été autorisés à le consulter. De tels livres maudits sont souvent les plus intéressants : que l'on pense aux Mémoires de Casanova et au Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki !
Le texte, en allemand, est écrit dans une calligraphie aussi soignée que celle des copistes du moyen-âge et en usant d'abréviations auxquelles on s'habitue assez vite. Il est orné d'enluminures et de miniatures qui illustrent les visions de Jung et où se déploie son talent de dessinateur.
Il comporte d'abord la reproduction fac simile d'un manuscrit dans lequel Jung a consigné sa démarche la plus intime mais qu'il n'a jamais publié car il craignait de ne pas être compris.
Ce manuscrit est resté longtemps dans un coffre-fort et seuls quelques très rares initiés ont été autorisés à le consulter. De tels livres maudits sont souvent les plus intéressants : que l'on pense aux Mémoires de Casanova et au Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki !
Le texte, en allemand, est écrit dans une calligraphie aussi soignée que celle des copistes du moyen-âge et en usant d'abréviations auxquelles on s'habitue assez vite. Il est orné d'enluminures et de miniatures qui illustrent les visions de Jung et où se déploie son talent de dessinateur.
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dimanche 20 décembre 2009
Mésaventures d’un client lambda de France Telecom
Je publie ici le témoignage que Jean Kott m'a aimablement autorisé à reproduire. Ce grand expert des systèmes d'information est aussi, devant une grande entreprise comme France Telecom, un client lambda comme vous ou moi. Son témoignage illustre le degré de dégradation où est parvenu cette entreprise suicidaire.
Je communique assidûment mon analyse et mes craintes aux politiques et dirigeants que je rencontre. Pour le moment, je n'en ai trouvé aucun qui se sente en position d'agir mais je continue : même si France Telecom a désormais le statut d'une entreprise privée, la qualité du réseau et du service est un enjeu national.
Il faudra bien que le citoyen se réveille un jour, fût-ce un peu tard !
Ne s'est-on pas fait des illusions sur les vertus du privé et de la concurrence ?
La qualité du service que produit cette entreprise conditionne l'efficacité de notre économie : ne serons-nous pas contraints, un jour, de la re-nationaliser pour la reprendre à des actionnaires prédateurs ?
Vous croyez peut-être que dire cela, c'est ringard ? J'estime, moi, qu'il est ringard de persister, malgré l'expérience, à croire en des dogmes venant d'un mauvais cours d'économie et à prétendre que l'efficacité serait conditionnée par la concurrence pure et parfaite, la privatisation des services publics, l'ouverture totale du marché, la maximisation du profit et la création de valeur pour l'actionnaire.
Mais voici le témoignage de Jean Kott :
Je communique assidûment mon analyse et mes craintes aux politiques et dirigeants que je rencontre. Pour le moment, je n'en ai trouvé aucun qui se sente en position d'agir mais je continue : même si France Telecom a désormais le statut d'une entreprise privée, la qualité du réseau et du service est un enjeu national.
Il faudra bien que le citoyen se réveille un jour, fût-ce un peu tard !
Ne s'est-on pas fait des illusions sur les vertus du privé et de la concurrence ?
La qualité du service que produit cette entreprise conditionne l'efficacité de notre économie : ne serons-nous pas contraints, un jour, de la re-nationaliser pour la reprendre à des actionnaires prédateurs ?
Vous croyez peut-être que dire cela, c'est ringard ? J'estime, moi, qu'il est ringard de persister, malgré l'expérience, à croire en des dogmes venant d'un mauvais cours d'économie et à prétendre que l'efficacité serait conditionnée par la concurrence pure et parfaite, la privatisation des services publics, l'ouverture totale du marché, la maximisation du profit et la création de valeur pour l'actionnaire.
Mais voici le témoignage de Jean Kott :
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France Telecom
samedi 12 décembre 2009
Le Parador
Le Parador est terminé !
Ce roman a été publié sur volle.com à partir de mars 2008 sous la forme d'un feuilleton. Il s'agissait de mettre en scène les émotions et les drames que comporte la vie dans une grande entreprise. Mes intentions initiales étaient décrites dans Pourquoi un feuilleton ?, elles n'ont pas varié pendant sa rédaction.
J'espère que cette lecture vous intéressera, ou mieux qu'elle vous amusera. Il suffit de cliquer sur Le Parador. Le fichier pdf que vous téléchargerez alors est de 996 Koctets. Le livre a 270 pages. Je l'ai composé avec LaTeX pour obtenir une typographie de qualité convenable.
Ce roman a été publié sur volle.com à partir de mars 2008 sous la forme d'un feuilleton. Il s'agissait de mettre en scène les émotions et les drames que comporte la vie dans une grande entreprise. Mes intentions initiales étaient décrites dans Pourquoi un feuilleton ?, elles n'ont pas varié pendant sa rédaction.
J'espère que cette lecture vous intéressera, ou mieux qu'elle vous amusera. Il suffit de cliquer sur Le Parador. Le fichier pdf que vous téléchargerez alors est de 996 Koctets. Le livre a 270 pages. Je l'ai composé avec LaTeX pour obtenir une typographie de qualité convenable.
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Feuilleton
samedi 28 novembre 2009
Efficacité de l’entreprise contemporaine (série)
Ce texte est le premier d'une série qui se poursuit par les textes suivants :
L'économie quaternaire
Les « petits mondes »
Le mythe de la carrière
Le rendement sociologique de l'entreprise
Une réalité que l'on ne veut pas voir
Pour un « commerce de la considération »
Cette définition de l’efficacité s’écarte du point de vue des parties prenantes : actionnaires, salariés, dirigeants etc. Elle considère le rapport entre d’une part la société, à qui l’entreprise offre ses produits, d’autre part la nature où l’entreprise puise ses ressources.
L'économie quaternaire
Les « petits mondes »
Le mythe de la carrière
Le rendement sociologique de l'entreprise
Une réalité que l'on ne veut pas voir
Pour un « commerce de la considération »
* *
L’entreprise efficace est celle qui produit des choses utiles sans gaspiller de ressources.Cette définition de l’efficacité s’écarte du point de vue des parties prenantes : actionnaires, salariés, dirigeants etc. Elle considère le rapport entre d’une part la société, à qui l’entreprise offre ses produits, d’autre part la nature où l’entreprise puise ses ressources.
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Série
vendredi 27 novembre 2009
L’économie quaternaire
Nota Bene : ce texte fait partie de la série Efficacité de l'entreprise contemporaine.
L’entreprise type d’autrefois était une entreprise industrielle comportant des usines où travaillaient de nombreux ouvriers ; la conception des produits, l’organisation du travail étaient réalisées par des bureaux d’étude occupant un nombre plus réduit de personnes ; les services de commercialisation et de distribution avaient également des effectifs relativement modestes.
L’informatisation de l’économie a conféré à l’entreprise contemporaine une tout autre structure. La production des biens étant automatisée, les effectifs qui lui sont consacrés ont fondu. Les produits sont devenus des assemblages de biens et de services et l’emploi est majoritairement consacré d’une part à la conception des produits, d’autre part aux services qu’ils comportent. Cette économie-là n’est plus dominée par l’industrie, par le secteur secondaire, et elle ne se réduit pas non plus au seul secteur tertiaire : on peut la qualifier de « quaternaire ».
L’entreprise type d’autrefois était une entreprise industrielle comportant des usines où travaillaient de nombreux ouvriers ; la conception des produits, l’organisation du travail étaient réalisées par des bureaux d’étude occupant un nombre plus réduit de personnes ; les services de commercialisation et de distribution avaient également des effectifs relativement modestes.
L’informatisation de l’économie a conféré à l’entreprise contemporaine une tout autre structure. La production des biens étant automatisée, les effectifs qui lui sont consacrés ont fondu. Les produits sont devenus des assemblages de biens et de services et l’emploi est majoritairement consacré d’une part à la conception des produits, d’autre part aux services qu’ils comportent. Cette économie-là n’est plus dominée par l’industrie, par le secteur secondaire, et elle ne se réduit pas non plus au seul secteur tertiaire : on peut la qualifier de « quaternaire ».
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Economie,
Entreprise
jeudi 26 novembre 2009
Les « petits mondes »
Nota Bene : ce texte fait partie de la série Efficacité de l'entreprise contemporaine.
La ressource humaine, mentale, de l’entreprise se découpe en spécialités. A l’intérieur d’un même métier plusieurs spécialités cohabitent : on trouve à la DRH des spécialistes de la paie et des spécialistes de la formation ; à la direction informatique, des spécialistes des réseaux, de l’exploitation, de la programmation, de l’architecture etc.
Certes les ouvriers de l’entreprise industrielle étaient des spécialistes (mécanos, électriciens, soudeurs etc.) mais dans l’entreprise du quaternaire, composée principalement de cadres, les spécialités sont devenues « pointues » : elles exigent des compétences dont l’acquisition suppose une formation longue. Chaque spécialité constitue par ailleurs un « petit monde » où l’on parle un langage spécifique, où l’on partage une culture et des valeurs particulières.
Les dirigeants forment une spécialité parmi les autres. Sa fonction est d’orienter l’entreprise en définissant ses priorités et en arbitrant entre ses projets, de gérer aussi l’incertitude propre à l’action stratégique. Cette spécialité, certes utile, n’est contrairement à l’étymologie du mot « hiérarchie » pas plus « sacrée » qu’une autre.
La ressource humaine, mentale, de l’entreprise se découpe en spécialités. A l’intérieur d’un même métier plusieurs spécialités cohabitent : on trouve à la DRH des spécialistes de la paie et des spécialistes de la formation ; à la direction informatique, des spécialistes des réseaux, de l’exploitation, de la programmation, de l’architecture etc.
Certes les ouvriers de l’entreprise industrielle étaient des spécialistes (mécanos, électriciens, soudeurs etc.) mais dans l’entreprise du quaternaire, composée principalement de cadres, les spécialités sont devenues « pointues » : elles exigent des compétences dont l’acquisition suppose une formation longue. Chaque spécialité constitue par ailleurs un « petit monde » où l’on parle un langage spécifique, où l’on partage une culture et des valeurs particulières.
Les dirigeants forment une spécialité parmi les autres. Sa fonction est d’orienter l’entreprise en définissant ses priorités et en arbitrant entre ses projets, de gérer aussi l’incertitude propre à l’action stratégique. Cette spécialité, certes utile, n’est contrairement à l’étymologie du mot « hiérarchie » pas plus « sacrée » qu’une autre.
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Sociologie
mercredi 25 novembre 2009
Le mythe de la carrière
Nota Bene : ce texte fait partie de la série Efficacité de l'entreprise contemporaine.
Observons une promotion à la sortie d’une école d’ingénieurs. Les individus sont encore des camarades qui échangent volontiers leurs impressions sur l’entreprise. Mais bientôt ils deviennent des concurrents : chacun surveille les autres pour s’assurer que personne ne le dépasse, qu’il ne prend pas de retard dans la chasse aux responsabilités. Ceux qui trouvent des raccourcis (le « piston ») sont enviés et détestés.
L’image qui s’impose est celle de naufragés dont les têtes dépassent la surface de la mer ; un cargo s’approche, une large échelle est lancée le long de son flanc, chacun s’y agrippe et s’emploie à grimper. Certains malins, ayant trouvé chemin faisant l’ouverture d’un hublot, arrivent sur le pont plus vite que les autres…
La course à la carrière fait naturellement suite à une scolarité elle-même orientée par le classement : elle prolonge l’adolescence et recule d’autant la maturité.
Observons une promotion à la sortie d’une école d’ingénieurs. Les individus sont encore des camarades qui échangent volontiers leurs impressions sur l’entreprise. Mais bientôt ils deviennent des concurrents : chacun surveille les autres pour s’assurer que personne ne le dépasse, qu’il ne prend pas de retard dans la chasse aux responsabilités. Ceux qui trouvent des raccourcis (le « piston ») sont enviés et détestés.
L’image qui s’impose est celle de naufragés dont les têtes dépassent la surface de la mer ; un cargo s’approche, une large échelle est lancée le long de son flanc, chacun s’y agrippe et s’emploie à grimper. Certains malins, ayant trouvé chemin faisant l’ouverture d’un hublot, arrivent sur le pont plus vite que les autres…
La course à la carrière fait naturellement suite à une scolarité elle-même orientée par le classement : elle prolonge l’adolescence et recule d’autant la maturité.
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Sociologie
mardi 24 novembre 2009
Le rendement sociologique de l’entreprise
Nota Bene : ce texte fait partie de la série Efficacité de l'entreprise contemporaine.
La sociologie de l’entreprise s’explique, pour une part prédominante, par le conflit entre corporations et par la concurrence pour la carrière au sein de la corporation. Une proportion de l’énergie mentale des cadres est dépensée dans ces batailles et c’est autant de perdu pour l’efficacité : il serait trop optimiste de croire que celle-ci puisse résulter, par miracle, de comportements qui ont un tout autre but. Le pourcentage de l’énergie ainsi dissipée varie d’une entreprise à l’autre et il est bien sûr difficile de l’évaluer. Est-il de 30 %, 40 %, 50 % ?
Certains penseront que la perte d’efficacité n’est pas si forte que cela. Mais dans une entreprise où le travail, essentiellement mental, est accompli principalement par des cadres, croit-on qu’il puisse être indifférent qu’ils aient l’esprit ailleurs au lieu de concentrer leur attention sur la qualité des produits, la satisfaction des clients, l’efficacité de la production ? L’indifférence à la finalité de l’entreprise n’est-elle pas à l’origine de ces absurdités que l’on rencontre si souvent ? N’est-elle pas la cause de ces injonctions contradictoires qui provoquent chez les salariés le stress, la dépression dont on a tant de témoignages ? Ne met-elle pas les cerveaux à la torture ?
La sociologie de l’entreprise s’explique, pour une part prédominante, par le conflit entre corporations et par la concurrence pour la carrière au sein de la corporation. Une proportion de l’énergie mentale des cadres est dépensée dans ces batailles et c’est autant de perdu pour l’efficacité : il serait trop optimiste de croire que celle-ci puisse résulter, par miracle, de comportements qui ont un tout autre but. Le pourcentage de l’énergie ainsi dissipée varie d’une entreprise à l’autre et il est bien sûr difficile de l’évaluer. Est-il de 30 %, 40 %, 50 % ?
Certains penseront que la perte d’efficacité n’est pas si forte que cela. Mais dans une entreprise où le travail, essentiellement mental, est accompli principalement par des cadres, croit-on qu’il puisse être indifférent qu’ils aient l’esprit ailleurs au lieu de concentrer leur attention sur la qualité des produits, la satisfaction des clients, l’efficacité de la production ? L’indifférence à la finalité de l’entreprise n’est-elle pas à l’origine de ces absurdités que l’on rencontre si souvent ? N’est-elle pas la cause de ces injonctions contradictoires qui provoquent chez les salariés le stress, la dépression dont on a tant de témoignages ? Ne met-elle pas les cerveaux à la torture ?
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Sociologie
lundi 23 novembre 2009
Une réalité que l’on ne veut pas voir
Nota Bene : ce texte fait partie de la série Efficacité de l'entreprise contemporaine.
« Y penser toujours, n’en parler jamais », disait Gambetta à propos de l’Alsace-Lorraine. C’est ainsi que les cadres se comportent envers la carrière : la préoccupation tourne dans leur cervelle en tâche de fond mais ils n’en parlent presque jamais.
Dans les rapports entre personnes, entre corporations, une prime est donnée à une brutalité que l’on interprète comme un signe d’énergie. « Ses dents rayent le parquet, c’est un tueur », dit-on avec une admiration craintive, et les plus peureux ont tôt fait de comprendre qu’il faut prendre un air féroce pour se faire respecter.
Le « réalisme », ainsi conçu, exige que l’on se comporte en brigand. Les salariés sont maltraités, les sous-traitants réduits à quelque chose qui ressemble à de l’esclavage, les clients grugés, les partenaires volés.
« Y penser toujours, n’en parler jamais », disait Gambetta à propos de l’Alsace-Lorraine. C’est ainsi que les cadres se comportent envers la carrière : la préoccupation tourne dans leur cervelle en tâche de fond mais ils n’en parlent presque jamais.
Dans les rapports entre personnes, entre corporations, une prime est donnée à une brutalité que l’on interprète comme un signe d’énergie. « Ses dents rayent le parquet, c’est un tueur », dit-on avec une admiration craintive, et les plus peureux ont tôt fait de comprendre qu’il faut prendre un air féroce pour se faire respecter.
Le « réalisme », ainsi conçu, exige que l’on se comporte en brigand. Les salariés sont maltraités, les sous-traitants réduits à quelque chose qui ressemble à de l’esclavage, les clients grugés, les partenaires volés.
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dimanche 22 novembre 2009
Pour un « commerce de la considération »
Nota Bene : ce texte fait partie de la série Efficacité de l'entreprise contemporaine.
Pour améliorer le rendement de l’entreprise, la première étape est de prendre conscience du phénomène sociologique. Comme celui-ci est collectif il faut que cette conscience soit elle-même collective. Plutôt que de constater ses effets et de se lamenter, il faut remonter à leur cause, l’identifier et l’attaquer hardiment.
Les réseaux d’allégeance, par exemple, se confortent par la corruption. Or l’intensité de celle-ci dépend de la possibilité de blanchir des liquidités illicites. Lutter contre le blanchiment permet de réduire la virulence de ces réseaux, sinon de les supprimer.
Il sera difficile de dissiper le mythe de la carrière, mais l’entreprise pourrait être plus attentive qu’elle ne l’est au rôle des animateurs.
Pour améliorer le rendement de l’entreprise, la première étape est de prendre conscience du phénomène sociologique. Comme celui-ci est collectif il faut que cette conscience soit elle-même collective. Plutôt que de constater ses effets et de se lamenter, il faut remonter à leur cause, l’identifier et l’attaquer hardiment.
Les réseaux d’allégeance, par exemple, se confortent par la corruption. Or l’intensité de celle-ci dépend de la possibilité de blanchir des liquidités illicites. Lutter contre le blanchiment permet de réduire la virulence de ces réseaux, sinon de les supprimer.
Il sera difficile de dissiper le mythe de la carrière, mais l’entreprise pourrait être plus attentive qu’elle ne l’est au rôle des animateurs.
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dimanche 15 novembre 2009
L'informatisation et la souffrance au travail
Le texte ci-dessous est celui de mon exposé le 17 novembre 2009 devant le groupe de travail TIC de la commission « Souffrance au travail » de l’Assemblée nationale.
Je vous remercie de m’avoir invité à cette audition. Quelques mots pour me présenter : je suis administrateur de l’INSEE, donc statisticien et économiste de formation. Je suis en outre docteur en histoire économique.
Dans les années 80, j’ai monté une mission économique au CNET, le centre de recherche de France Telecom. Cela m’a fait découvrir ce qui se préparait en informatique. J’ai créé dans les années 90 des entreprises de conseil et j’ai travaillé pour plusieurs grandes entreprises : France Télécom, Air France, l’ANPE notamment.
Depuis 1998 je publie mes travaux sur le site www.volle.com, qui a été l’un des premiers blogs. J’ai publié trois ouvrages : e-conomie, en 2000, décrit l’équilibre de l’économie informatisée ; De l’informatique, en 2006, est consacré au phénomène de l’informatisation ; Prédation et prédateurs, en 2008, se focalise sur les risques que comporte l’économie contemporaine.
Aujourd’hui je préside le groupe de travail « Informatisation » de l’Institut Montaigne. Je vais vous présenter notre point de vue sur ce thème tout en mettant en perspective le sujet qui préoccupe votre commission, c’est-à-dire la souffrance au travail.
* *
Je vous remercie de m’avoir invité à cette audition. Quelques mots pour me présenter : je suis administrateur de l’INSEE, donc statisticien et économiste de formation. Je suis en outre docteur en histoire économique.
Dans les années 80, j’ai monté une mission économique au CNET, le centre de recherche de France Telecom. Cela m’a fait découvrir ce qui se préparait en informatique. J’ai créé dans les années 90 des entreprises de conseil et j’ai travaillé pour plusieurs grandes entreprises : France Télécom, Air France, l’ANPE notamment.
Depuis 1998 je publie mes travaux sur le site www.volle.com, qui a été l’un des premiers blogs. J’ai publié trois ouvrages : e-conomie, en 2000, décrit l’équilibre de l’économie informatisée ; De l’informatique, en 2006, est consacré au phénomène de l’informatisation ; Prédation et prédateurs, en 2008, se focalise sur les risques que comporte l’économie contemporaine.
Aujourd’hui je préside le groupe de travail « Informatisation » de l’Institut Montaigne. Je vais vous présenter notre point de vue sur ce thème tout en mettant en perspective le sujet qui préoccupe votre commission, c’est-à-dire la souffrance au travail.
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mardi 10 novembre 2009
Muhammad Yunus, Vers un nouveau capitalisme, JC Lattès, 2008
Voici un grand livre d’économie, un livre créatif.
Je classe les livres d’économie en deux catégorie : les scolaires et les créatifs. Les scolaires s’appuient sur des acquis de la théorie dont ils exagèrent la portée (ils posent par exemple que « l’entreprise maximise le profit » ou que « le prix est égal au coût marginal »), ils abondent souvent en équations qui font savant.
Les livres créatifs partent non de ces acquis fragiles mais des fondations de la pensée économique, sur lesquelles ils édifient une architecture solide mais que la théorie avait jusqu’alors ignorée. S'ils recourent aux mathématiques, c'est avec sobriété : un créateur a d’autres priorités que de faire le singe savant. Yunus est un créateur.
Les habitants du Bangladesh sont pauvres alors qu’ils travaillent intensément. Comment cela peut-il se faire ? Yunus va sur le terrain avec ses étudiants, enquête, interroge, réfléchit et enfin trouve l’explication : les pauvres manquent du petit capital qui les sortirait de la griffe des usuriers. Mais au Bangladesh comme ailleurs les banques ne prêtent qu’aux riches…
Je classe les livres d’économie en deux catégorie : les scolaires et les créatifs. Les scolaires s’appuient sur des acquis de la théorie dont ils exagèrent la portée (ils posent par exemple que « l’entreprise maximise le profit » ou que « le prix est égal au coût marginal »), ils abondent souvent en équations qui font savant.
Les livres créatifs partent non de ces acquis fragiles mais des fondations de la pensée économique, sur lesquelles ils édifient une architecture solide mais que la théorie avait jusqu’alors ignorée. S'ils recourent aux mathématiques, c'est avec sobriété : un créateur a d’autres priorités que de faire le singe savant. Yunus est un créateur.
* *
Les habitants du Bangladesh sont pauvres alors qu’ils travaillent intensément. Comment cela peut-il se faire ? Yunus va sur le terrain avec ses étudiants, enquête, interroge, réfléchit et enfin trouve l’explication : les pauvres manquent du petit capital qui les sortirait de la griffe des usuriers. Mais au Bangladesh comme ailleurs les banques ne prêtent qu’aux riches…
Pierre-Jean Benghozi et alii, L’Internet des objets, MSH, 2009
Ce petit livre clair, dense et rigoureux décrit le monde en train de se construire autour des RFID (Radio Frequency Identification), en français « puces rayonnantes ».
On les connaît depuis longtemps : je me rappelle mes conversations avec Benoît Eymard au CNET dans les années 80. Elles sont présentes dans le passe Navigo de la RATP, dans les systèmes de télé-péage etc.
Leur utilisation se diversifie, bientôt on les trouvera partout. Mais elles ne constituent qu’une pièce d’un système, ou plutôt d’un système de systèmes. Pour illustrer cela, je condense ici un passage du livre (p. 20) : « Le cas de la grande distribution illustre les potentialités et la complexité de l’Internet des objets : il faut (1) un système local dans les entrepôts et magasins du distributeur ; (2) une intégration des données à son système d’information afin de pouvoir les traiter et les analyser ; (3) un système chez les fournisseurs, interopérable avec celui des distributeurs ; (4) un système chez les consommateurs, permettant de repérer les produits périmés et de lancer le réapprovisionnement ».
On les connaît depuis longtemps : je me rappelle mes conversations avec Benoît Eymard au CNET dans les années 80. Elles sont présentes dans le passe Navigo de la RATP, dans les systèmes de télé-péage etc.
Leur utilisation se diversifie, bientôt on les trouvera partout. Mais elles ne constituent qu’une pièce d’un système, ou plutôt d’un système de systèmes. Pour illustrer cela, je condense ici un passage du livre (p. 20) : « Le cas de la grande distribution illustre les potentialités et la complexité de l’Internet des objets : il faut (1) un système local dans les entrepôts et magasins du distributeur ; (2) une intégration des données à son système d’information afin de pouvoir les traiter et les analyser ; (3) un système chez les fournisseurs, interopérable avec celui des distributeurs ; (4) un système chez les consommateurs, permettant de repérer les produits périmés et de lancer le réapprovisionnement ».
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lundi 9 novembre 2009
Taylor, The Principles of Scientific Management, 1911
Le mot « taylorisme » évoque l’ouvrier dont le corps et le cerveau sont assujettis à la machine et la silhouette de Charlie Chaplin dans Les temps modernes : alors que l’inventeur du travail à la chaîne est Henry Ford (1863-1947) et non Frederick Winslow Taylor (1856-1915), on confond dans une même réprobation le taylorisme et le fordisme.
Mais si l’on prend la peine de lire Taylor on découvre des choses qui n’ont rien à voir avec ce qui a été mis sous le mot « taylorisme ». Même si l’entreprise industrielle de l’époque de Taylor n’est pas l’entreprise informatisée d’aujourd’hui, on trouve donc des leçons utiles dans ses travaux.
Taylor a observé attentivement, et dans le détail, le processus de travail dans les usines. Il constate alors que laissés à eux-mêmes les ouvriers mettent au point des « règles de pouce » souvent inefficaces, et que par ailleurs le travail en équipe les incite à « ne pas faire de zèle » car celui qui travaille mieux que les autres en est vite dissuadé.
Mais si l’on prend la peine de lire Taylor on découvre des choses qui n’ont rien à voir avec ce qui a été mis sous le mot « taylorisme ». Même si l’entreprise industrielle de l’époque de Taylor n’est pas l’entreprise informatisée d’aujourd’hui, on trouve donc des leçons utiles dans ses travaux.
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Taylor a observé attentivement, et dans le détail, le processus de travail dans les usines. Il constate alors que laissés à eux-mêmes les ouvriers mettent au point des « règles de pouce » souvent inefficaces, et que par ailleurs le travail en équipe les incite à « ne pas faire de zèle » car celui qui travaille mieux que les autres en est vite dissuadé.
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dimanche 8 novembre 2009
À propos de Lévi-Strauss
Sur la couverture de La pensée sauvage, de Claude Lévi-Strauss, on voit l'image d'une fleur, la pensée sauvage viola tricolor.
Associer ainsi la pensée, activité du cerveau, à la plante homonyme, c'est exactement un calembour. Ce procédé rhétorique provoque la confusion des idées mais certains intellectuels français semblent croire qu'il procure de la profondeur à leur propos.
Que pouvais-je attendre d'un auteur qui, dès le porche de son ouvrage, confond dans un même symbole le monde de la pensée et celui des végétaux ? Le calembour qui orne la couverture de La pensée sauvage, loin de me faire sourire, m'a fermé l'accès à la pensée de Claude Lévi-Strauss : il m'a inspiré une telle répugnance que je n'ai jamais pu lire ne serait-ce qu'une ligne de lui (et que celui qui a tout lu me jette la première pierre !).
Comme j'ignore tout de cette pensée, je n'en dirai rien mais ce que j'en lis dans certains commentaires me semble étrange. Ainsi J.M.G. Le Clézio a écrit, dans un article du New York Times daté d'hier, "(Lévi-Strauss shows the) “primitive” people as the equals of those in the most elevated cultures of the civilized world".
Quelle drôle de phrase ! le signe "égale" (equals) est à faible distance du signe "supérieur à" (most elevated), "primitive" est entre guillemets alors que "civilized" en est dépourvu... Mais on voit bien la cible que vise la flèche : il s'agit de suggérer que toutes les cultures se valent, que toutes les civilisations se valent ; c'est d'ailleurs bien cette idée que l'on retrouve, associée à des éloges, dans plusieurs des commentaires sur Lévi-Strauss.
Associer ainsi la pensée, activité du cerveau, à la plante homonyme, c'est exactement un calembour. Ce procédé rhétorique provoque la confusion des idées mais certains intellectuels français semblent croire qu'il procure de la profondeur à leur propos.
Que pouvais-je attendre d'un auteur qui, dès le porche de son ouvrage, confond dans un même symbole le monde de la pensée et celui des végétaux ? Le calembour qui orne la couverture de La pensée sauvage, loin de me faire sourire, m'a fermé l'accès à la pensée de Claude Lévi-Strauss : il m'a inspiré une telle répugnance que je n'ai jamais pu lire ne serait-ce qu'une ligne de lui (et que celui qui a tout lu me jette la première pierre !).
Comme j'ignore tout de cette pensée, je n'en dirai rien mais ce que j'en lis dans certains commentaires me semble étrange. Ainsi J.M.G. Le Clézio a écrit, dans un article du New York Times daté d'hier, "(Lévi-Strauss shows the) “primitive” people as the equals of those in the most elevated cultures of the civilized world".
Quelle drôle de phrase ! le signe "égale" (equals) est à faible distance du signe "supérieur à" (most elevated), "primitive" est entre guillemets alors que "civilized" en est dépourvu... Mais on voit bien la cible que vise la flèche : il s'agit de suggérer que toutes les cultures se valent, que toutes les civilisations se valent ; c'est d'ailleurs bien cette idée que l'on retrouve, associée à des éloges, dans plusieurs des commentaires sur Lévi-Strauss.
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mercredi 4 novembre 2009
Arnaud Teyssier, Lyautey, Perrin, 2004
En lisant cette passionnante biographie le lecteur voyage dans le temps : il découvre à travers Lyautey ce que furent les préoccupations des personnes nées vers le milieu du XIXe siècle – ou du moins de celles qui, comme Lyautey, étaient nées dans une famille française aisée, cultivée et où l’on se mettait au service de la nation.
A la suite d’un accident Lyautey passera au lit une partie de son enfance, entouré des soins affectueux de plusieurs femmes. Il y prendra le goût de la lecture et de l’introspection, le goût aussi d’un intérieur douillet.
Il parle et écrit fort bien, son regard est vif et précis, il dessine à merveille. Sa sensibilité esthétique, enrichie par une solide culture historique et une lecture abondante et choisie, alimente un excellent jugement stratégique : plus tôt et plus nettement que d’autres il anticipera les catastrophes que préparent la conduite de la guerre de 14-18, la révolution russe, le traité de Versailles.
A la suite d’un accident Lyautey passera au lit une partie de son enfance, entouré des soins affectueux de plusieurs femmes. Il y prendra le goût de la lecture et de l’introspection, le goût aussi d’un intérieur douillet.
Il parle et écrit fort bien, son regard est vif et précis, il dessine à merveille. Sa sensibilité esthétique, enrichie par une solide culture historique et une lecture abondante et choisie, alimente un excellent jugement stratégique : plus tôt et plus nettement que d’autres il anticipera les catastrophes que préparent la conduite de la guerre de 14-18, la révolution russe, le traité de Versailles.
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