mercredi 5 décembre 2018

Gilets jaunes : qui sont les plus grands coupables ?

Les grands coupables des exactions commises à Paris ne sont pas les gilets jaunes : ce sont ceux qui, disant les avoir « compris », ont attisé leur mouvement.

Les gilets jaunes, soudés par le copinage des ronds-points puis par l'excitation de la bagarre, forment une foule. Ce n'est pas insulter l'intelligence des individus que de dire avec Gabriel Tarde que la foule est un être instinctif et dangereux, un troupeau dans lequel des personnes normalement raisonnables perdent tout leur bon sens.

Les gilets jaunes ne sont d'ailleurs pas des manifestants, mais des émeutiers. Bloquer les routes est illégal, les comportements ont été dès le début violents et les slogans absurdes. On a vu par la suite que ce mouvement est incapable de formuler des revendications cohérentes comme se donner des représentants capables de négocier.

L'émeute et comme un incendie : si on ne l'éteint pas vite elle devient dévastatrice. Lorsqu'un troupeau s'affole le berger et ses chiens doivent le maîtriser puis le calmer, mais l'exécutif a manqué de savoir-faire : il fallait répondre à la force de l'émeute par une force supérieure, intimidante et dissuasive. Mais on a voulu croire que les émeutiers étaient « le peuple », on a voulu les « comprendre » et pour cela les « écouter ».

Leur violence a séduit ces « intellectuels » dont l'activité consiste à parler et à écrire plus qu'à réfléchir : Finkielkraut, Onfray et Michéa, entre autres, « portent le gilet jaune ». Ils ne sont pas les seuls car la France est peuplée de bourgeois honteux de l'être et qui veulent gagner sur les deux tableaux, celui de la noblesse morale « de gauche » et de la compassion pour les « petits », celui plus secret du bien-être douillet « de droite » et de l'ambition.

Je connais plusieurs de ces fidèles de Marx et de Lacan qui habitent un bel appart' dans un bon quartier parisien et mettent leurs enfants à « H4 » afin qu'ils puissent s'y préparer à « faire » Polytechnique ou Normale Sup'. Assurément ces êtres d'élite ne supporteraient pas un quart d'heure de conversation avec un de ces gilets jaunes qu'ils « comprennent », et qui répondrait sans doute par un coup de poing à leur sympathie compatissante et condescendante.

Il y aurait beaucoup à dire sur l'esthétique de la violence « révolutionnaire », sur la philosophie à la fois individualiste et masochiste qui pousse beaucoup de Français à détester les institutions, à nier leur utilité, à se réjouir quand elles sont attaquées, quitte à se lamenter si elles cessent de fonctionner.

L'insurrection qui vient, petit livre malfaisant dont la langue pastiche le classicisme, a connu un succès d'édition révélateur et fourni par avance une « théorie » aux émeutiers : élégance suprême, ses auteurs anonymes conseillent de détruire les institutions tout en en tirant astucieusement parti.

Les crocodiles de la politique salivent devant la perspective de rejouer les élections mais le désordre, s'il n'est pas maîtrisé, aboutira naturellement à un régime autoritaire. On peut ne pas adhérer entièrement à la démarche d'Emmanuel Macron, on peut ne pas être ébloui par le savoir-faire politique des inspecteurs des finances, cela n'empêche pas de voir le danger et de soutenir en conséquence le président et le parlement que nous avons élus, ainsi que le gouvernement qu'ils se sont donnés.

Il ne faudrait pas que ce président, ce parlement et ce gouvernement finissent, honte suprême, par avoir été vaincus sans avoir combattu.

samedi 1 décembre 2018

L'intimité de la grande entreprise

Je viens de republier Le Parador, petit roman qui décrit la grande entreprise : https://www.amazon.fr/dp/1790366461 (la première édition n'était plus disponible).

La grande entreprise est le lieu où pourra émerger l'iconomie, mais ce fait est masqué par deux malédictions :
- la plupart des dirigeants méprisent sottement l'informatique (ils disent « c'est de la technique ») ;
- la plupart des penseurs se détournent de l'entreprise comme si c'était une chose malpropre.

D'où l'abondance des malentendus autour du « numérique », de l'intelligence « artificielle », etc.

Seuls ceux qui ont une expérience de la grande entreprise peuvent, s'ils s'appliquent, acquérir une intuition exacte de l'informatisation.

Le Parador tente de mettre cette intuition à la portée de tous ses lecteurs en les invitant à sentir dans leur propre psychologie l'effet de la vie dans la grande entreprise, et à éprouver la contrainte qu'y exerce la sociologie des réseaux d'influence.

J'invite les lecteurs de ce blog à lire et faire lire Le Parador !