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lundi 15 juillet 2019

Quelques témoignages sur la vie dans les hautes Cévennes

Lorsque j'étais conseiller municipal de Sénéchas j'ai été chargé du Bulletin municipal. Il publiait un numéro par an contenant les nouvelles de la commune et, chaque fois, un entretien avec un "ancien".

J'ai pris des notes en écoutant, puis les ai classées dans un ordre à peu près chronologique tout en respectant de mon mieux le langage et le ton de chacun.

Vous trouverez ci-dessous des liens vers ces entretiens. En les lisant, vous pourrez entrevoir ce qu'est ou plutôt a été la vie dans notre commune.

Charnavas
Sénéchas est située tout au nord du Gard, dans la partie du département qui s'insère entre la Lozère et l'Ardèche. Sa population est aujourd'hui de 249 habitants (elle est passée en 1975 par un minimum de 113 personnes), éparpillés sur une quinzaine de kilomètres carrés en un village et dix-sept hameaux aux noms chantants : L'Amalet, Les Brugèdes, Le Castanier, Chalap, Charnavas, L'Esfiel, Fontanille, Mallenches, Martinenches, Le Péras, Le Régal, Rouis, Rousse, Mazet des Souillats, La Miche, Les Salles, Martinet de l'Elze.

Mallenches
Les maisons anciennes de Sénéchas sont, comme le montrent les images de cette page, bâties en schiste avec parfois des insertions de grès ou de quartz.

Voici la liste des entretiens :

Août 2008 : Hélène Gilles, dame très active qui a créé notre bibliothèque municipale. Elle est toujours parmi nous.

Mai 2009 : Louis Nicolas, paysan devenu un commerçant prospère, décédé depuis.

Juin 2010 : Paul Polge, érudit qui connaissait la généalogie de toutes les familles de la commune et plus encore, lui aussi décédé depuis.

Juin 2011 : Berthe Perrier, trésor d'expérience et de joie de vivre, décédée à l'âge de cent ans.

Juillet 2013 : René Agulhon, qui a longtemps travaillé pour la commune.

Juillet 2013 : Marcelle Viale, qui fut notre excellente voisine et vit désormais avec ses enfants.

La vie dans les Cévennes n° 5

Entretien avec Mlle Hélène Gilles

(publié dans le bulletin municipal de Sénéchas, août 2008)

Mlle Gilles, née en 1928, a fait sa carrière comme infirmière à la cité scolaire d'Alès. Depuis sa retraite elle réside aux Brugèdes dans la maison où ses ancêtres s'étaient installés en 1828 et où, dit-elle, elle se ressource. Elle a remis la propriété en état en redécouvrant les murets, chemins et terrasses.

Passionnée de lecture et de partage, elle est à l'origine de la création en 1991 de la bibliothèque municipale de Sénéchas qu'animent aujourd'hui Mmes Catherine Toutin et Marie-JoséTudela.

Le 22 juin dernier elle a fait sceller dans le mur de sa maison une pierre sculptée par Louis Régnier dans un calcaire très fin (photo ci-contre).
On y reconnaît (il faut être attentif aux détails) l'église et la mairie de Sénéchas ainsi que les lieux, métiers et circonstances de la vie des ancêtres cévenols de Mlle Gilles : l'atelier du tailleur, la forge du maréchal-ferrant, la maison des Brugèdes entourée de mûriers, la source, le feu de la Saint-Jean,le baquet où l'on foule le raisin, les gerbes de blé que l'on lie, les escaliers et les terrasses, les sangliers et les chèvres...

Mlle Gilles a de nombreux neveux et nièces qu'elle a reçus dans sa maison et à qui elle a pu faire connaître les Cévennes. Ils se baignaient au barrage, cueillaient des jonquilles, exploraient le pays... dans l'ancienne magnanerie aménagée en grenier, elle leur contait des histoires ou leur lisait la Bible.

L'enracinement familial de Mlle Gilles, loin de limiter son horizon, l'a élargi au monde entier. Sa grand-mère, dont les ancêtres avaient quitté la France après la révocation de l'édit de Nantes pour s'installer à Guernesey et enfin en Suisse, lui a transmis l'amour de ce dernier pays ; les lettres de ses tantes, institutrices dans une famille de Saint-Petersbourg au début du XXe siècle, lui ont fait connaître la Russie ; une branche de sa famille s'est installée à Winnipeg, au Canada ; son grand-père, qui travaillait pour les Messageries Maritimes, avait été en Australie, en Chine et au Japon. Plusieurs grands voyages lui ont fait découvrir des lieux dont l'évocation la faisait rêver quand elle était enfant.

La vie dans les Cévennes, n° 4

Entretien avec M. Louis Nicolas

(publié dans le bulletin municipal de Sénéchas, mai 2009)

Je suis né à Chalap en 1919, le 25 avril. De tous ceux qui sont nés alors dans le hameau, je suis le seul qui y soit resté. J'ai été à l'école à Martinenches. De 5 à 13-14 ans, il n'y avait qu'une classe. L'institutrice était Mlle Dussart. Il fallait vingt minutes pour descendre le chemin et les six ou sept autres enfants, qui étaient de l'assistance publique, étaient privilégiés par rapport à moi : ils portaient les galoches de l'AP alors que je ne pouvais pas courir avec mes sabots. Et les sabots se cassaient souvent…


Mes sœurs ont fait des études mais mon père voulait que je sois paysan. Il a commencé à me former alors que j'avais huit ans. Je le suivais dans les champs, il travaillait à l'ancienne : il préférait bêcher plutôt que de labourer car il trouvait qu'ainsi c'était mieux fait.

Je suis sorti de l'école à 13 ans, tout heureux de pouvoir enfin piocher et porter le fardeau. En 1939 j'aurais dû partir à l'armée, une pleurésie m'a sauvé. J'ai été réformé mais j'en ai gardé des séquelles : pendant quatre ou cinq ans je n'ai pu rien faire d'autre que m'occuper du jardin. Puis progressivement ma santé est revenue et je me suis remis à travailler.

J'ai perdu mon père alors que j'avais 25 ans. Je me suis retrouvé alors chef d'exploitation. Mais c'était dur de gagner sa croûte ! Dans les années 1950 j'ai passé le permis de conduire, j'ai acheté une camionnette B14 décapotable et je me suis mis au commerce : acheter et revendre rapportait plus que de produire.

Je me suis marié tard, à 50 ans. Nous avons eu Marie-Jo qui est née à Alès en 1971. C'était la relève ! Elle est maintenant professeur d'économie à Bagnols-sur-Cèze.

*     *

J'ai été courtier en châtaignes : je les ramassais dans les villages et j'allais les vendre en Ardèche à des expéditeurs qui les envoyaient à Paris, en Allemagne, en Angleterre. J'achetais des pommes jusqu'en Lozère : il n'y avait alors que les variétés d'ici, des pommes rouges non traitées que je vendais jusqu'en avril. L'arrivée de la Golden m'a fait du tort… Je vendais des fruits et des légumes sur les marchés à Génolhac, Vialas etc. J'achetais à Tarabias, Dieusses, Sénéchas, Aujac etc. Je ramassais de tout : le houx, le gui, mais pas les champignons.

samedi 13 juillet 2019

La vie dans les Cévennes n° 3

Entretien avec Mme Marcelle Viale

(publié dans le bulletin municipal de Sénéchas, juillet 2013)

Ma famille, les Borne, vit à Charnavas depuis le Moyen Âge. Mon grand-père y vivait avec ma grand-mère et Emma, la jeune sœur de mon père qui a ensuite épousé Fortuné Polge. Mon père, qui avait fait la guerre de 14, allait chaque année aider la vendange à Nîmes (c'est sans doute là que mes parents se sont rencontrés, mais dans leur génération on ne parlait pas de ces choses-là).


Ma mère était de Mercoire : c'était une fille de mineur, elle voulait être indépendante. Mes parents sont donc restés trois ans au Brouzet, où je suis née en 1932. Mon père devait faire chaque jour le chemin pour travailler à Charnavas, finalement mes parents s'y sont installés alors que j'avais neuf mois.

Mon grand-père était sourd et pas commode, il parlait fort, mais mon père et lui s'entendaient bien. Ma grand-mère était des Bouchets, elle s'était mariée à 18 ans. Ma mère s'est adaptée au hameau, elle a fait faire des transformations dans la maison.

Je suis allée à l'école à La Felgère jusqu'au certificat d'études, à l'âge de 12 ans. J'étais la petite fille gâtée : tout le monde était gentil, ma grand-mère achetait pour moi des croissants à Génolhac, j'adorais la vie à Charnavas. Une de mes cousines, dont la mère était décédée et le père travaillait à la mine, est venue vivre avec nous.

M. Deleuze aurait voulu que j'aille au collège à Génolhac mais c'était trop loin pour que j'y aille à pied. Je suis allée chez ma tante à Bessèges pour suivre les cours au lycée mais je me languissais de remonter et au bout de deux ans je suis revenue à Charnavas où j'ai vécu la plus heureuse des enfances en vraie paysanne : je participais à tous les travaux. Nous faisions du blé, des vers à soie, nous ramassions les châtaignes et le foin pour les moutons, nous avions des cochons et un mulet que je menais pour labourer, nous allions à pied à Vialas pour vendre les moutons, nous faisions notre pain dans le four : nous vivions un peu en autarcie.

Les Cévennes étaient alors bien différentes de ce que l'on voit aujourd'hui. Il n'y avait que des chemins muletiers, tout se faisait à pied, beaucoup des maisons du hameau tombaient en ruine, la route de Charnavas bas était ombragée par une treille.

Notre maison a beaucoup changé. Les écuries étaient là où nous avons fait les gîtes tandis que l'entrée, avec le coffre à grains et le recoin pour les seaux d'eau, était où se trouve la salle de bains. L'eau est arrivée en 1965, avant il fallait puiser à la source pour nous et pour les animaux. L'électricité est arrivée en 1932 mais il n'y avait qu'une ampoule à la maison. La route n'a été goudronnée qu'après mon mariage. Nous n'avions ni téléphone, ni machine à laver, ni réfrigérateur, ni télévision, ni bien sûr Internet !

Nous avions de bons voisins à Charnavas bas : d'un côté la Louisette avec son oncle Firmin, de l'autre Jean Baumès. À Charnavas haut habitaient Marcel Mercier, la Maria, leur fille Monique et les tantes d'Albert Mercier, Augustine et Eulalie. Le Fernand habitait tout en haut de Charnavas. Le Fortuné, ma tante et ses enfants nous ont rejoints après avoir quitté la Grand-Combe, puis les parents d'Albert Mercier sont eux aussi venus s'installer. 68 a apporté du changement, de nouvelles personnes se sont installées à Charnavas, à Chalap. Cela a rajeuni le pays.

La vie dans les Cévennes n° 2

Entretien avec M. Paul Polge

(publié dans le bulletin municipal de Sénéchas, juin 2010)

Je suis né au Pérals en 1923, le plus jeune d'une famille de quatre enfants. Le mas du Pérals était du côté de ma mère, une Trossevin dont la famille vient de Pourcharesses basses et s'était installée à Rouis.


Le mari d'une des sœurs de ma mère s'était installé au Pérals. Mon père, lui, était maréchal-ferrant. Il était frappeur à la forge de Bessèges : un frappeur doit donner un coup de marteau très précis, cela demande du savoir-faire et de l'entraînement. J'ai essayé de l'imiter quand il faisait des bêchards et j'ai vu que ce n'était pas facile. Mon frère Marius est né à Bessèges en 1911, suivi par ma sœur Marguerite.

Ma mère est montée au Pérals pour s'occuper de la propriété qui en avait grand besoin. Mon père montait de Bessèges à pied chaque dimanche pour la rejoindre. Il s'est un peu absenté de l'usine, il n'avait plus assez d'actes de présence, il a dû choisir. C'est ainsi que nous sommes tous venus au Pérals. Ma sœur Madeleine y est née en 1922, et moi un an et demi après.

Mon père avait monté une forge et il ferrait les chevaux des gendarmes : l'anneau est encore au mur.

J'ai commencé à six ans à suivre l'école à Martinenches. Les autres avaient un an d'avance sur moi parce qu'ils habitaient plus près de l'école mais je suis arrivé à les rattraper.

On y allait à pied avec ceux de La Miche, ceux de Rouis venaient à vélo. On emportait de quoi manger. Il fallait souvent qu'on s'excuse parce qu'on arrivait en retard, les instituteurs étaient compréhensifs.

J'ai eu un accident alors que j'avais huit ans. Comme il pleuvait ce jour-là je n'étais pas allé à l'école. Des ouvriers faisaient le chemin de Mallenches, l'explosif faisait monter le rocher qui se brisait en tombant. J'avais trouvé un de leurs détonateurs à mèche. Ils avaient serré le tube de cuivre avec les dents, j'ai voulu le couper avec un burin. J'ai tapé une fois, deux fois, et ma main gauche est devenue comme une tomate... ma pauvre mère, quand elle a vu ça... le Raoul Mercier m'a conduit chez le docteur Luca, puis à la clinique à Alès où on m'a soigné.

Mon frère était mécanicien automobile à Génolhac, j'aurais pu aller travailler avec lui mais ma main handicapée manquait de force. Alors j'ai continué l'école à Génolhac. MM. Dolatille et Deleuze tenaient le cours complémentaire derrière la mairie.

J'ai eu des histoires parce que j'étais trop bavard. Quand il fallait nous punir M. Deleuze nous envoyait faire des verbes dans la classe des maternelles. Un jour j'ai eu ainsi cinquante verbes à faire et j'ai décidé de ne pas aller avec les maternelles. J'ai pris mon vélo pour partir mais les autres élèves ont prévenu M. Deleuze qui m'a rappelé. Je lui ai dit « je ne suis pas ici pour faire des verbes, mais pour travailler ! » et je me suis barré...

Il a bien fallu pourtant que je m'incline ! Je suis revenu à l'école et j'ai fait mes verbes mais après ça M. Deleuze et moi étions presque copains.

La vie dans les Cévennes n°1

Entretien avec Mme Berthe Perrier

(publié dans le bulletin municipal de Sénéchas, juin 2011)

Je suis née en 1914. Notre maison était tout près de l'école de Martinenches, trop près même pour mon goût : j'aurais préféré pouvoir faire comme les autres écoliers un peu de chemin pour m'y rendre, et aussi me trouver un peu plus loin de mes parents pendant la classe  !

Il y avait deux classes, nous étions une trentaine d'élèves y compris les enfants de l'assistance publique qui étaient alors très nombreux. Cette école a été fermée le 30 juin 1970.

M. et Mme Boissier, les instituteurs, allaient parfois promener un moment l'après-midi, nous étions dans la cour de l'école. Un jour nous sommes montés dans l'escalier, il y avait un porte-manteau. J'ai mis le chapeau, le pardessus, et j'ai pris la canne pour me déguiser. Voilà qu'on me crie qu'ils reviennent  ! Je suis vite remontée pour tout remettre en place...

Mes parents tenaient un café à Martinenches. Le dimanche, les gens venaient pour jouer aux boules, aux quilles, à la manille, faire la conversation et passer un bon moment. Il en venait de Tarabias, Dieusses, Sénéchas, Peyremale. Tous les dimanches ils venaient souper, ils racontaient ce qu'ils avaient fait pendant la semaine, ils parlaient des foires. On jouait aux cartes, et à minuit passé ils ne partaient pas encore. C'était plus vivant que maintenant, c'était famille... On n'avait pas les moyens de distraction modernes, mais on avait le temps de se rendre visite.

Comme il n'y avait pas d'automobile on n'allait jamais bien loin : on allait à pied ou à vélo, on rencontrait les garçons du coin. J'allais parfois dormir chez ma tante à Saint-Ambroix, j'allais à Bordezac pour la Saint-Joseph avec la Marguerite Polge et le René.

Et les fêtes votives, mon Dieu  ! C'était le bal, il y avait du monde plein les prés, les musiciens de l'orchestre se mettaient sur un mur, on dansait. Il n'y avait pas de problème pour garer les voitures, il n'y en avait pas  ! Les gens couchaient dans les prés... La fête votive de Martinenches était renommée. Mais je parle là de 1930-35, tout ça s'est arrêté après la guerre.

Nous étions trois filles à la maison, ça attirait la jeunesse. Le café était un lieu de rassemblement, il y avait toujours du monde. À côté du café se trouvait l'épicerie que tenait mon frère Raoul qui était boulanger et faisait le pain. Il faisait aussi marcher sa propriété, élevait des vaches, rentrait le foin etc. Je me levais à cinq heures du matin pour traire les vaches.
Mon grand-père avait la licence pour le bureau de tabac et quand il est mort il l'a transmise à mon frère qui a repris tout le commerce : boulangerie, café, épicerie. Les deux maisons se tenaient.

lundi 12 août 2013

Bulletin municipal de Sénéchas, juillet 2013

Le nouveau Bulletin municipal de Sénéchas vient de sortir (pour en savoir plus sur Sénéchas, cliquer ici).

Vous pouvez le télécharger au format pdf (307 Ko) en cliquant sur le lien suivant : Bulletin municipal de Sénéchas, juillet 2013.

Vous verrez que la vie culturelle est active dans cette commune de 246 habitants - auxquels s'ajoutent un grand nombre de vacanciers durant l'été.

Si notre commune éveille votre curiosité, voici des liens pour consulter les numéros précédents du Bulletin :

- Bulletin municipal de Sénéchas, juillet 2012 ;

- Bulletin municipal de Sénéchas, juin 2011 ;

- Bulletin municipal de Sénéchas, juin 2010 ;

- Bulletin municipal de Sénéchas, mai 2009 ;

- Bulletin municipal de Sénéchas, août 2008.