Entretien avec Mme Marcelle Viale
(publié dans le bulletin municipal de Sénéchas, juillet 2013)
Ma famille, les Borne, vit à Charnavas depuis le Moyen Âge. Mon grand-père y vivait avec ma grand-mère et Emma, la jeune sœur de mon père qui a ensuite épousé Fortuné Polge. Mon père, qui avait fait la guerre de 14, allait chaque année aider la vendange à Nîmes (c'est sans doute là que mes parents se sont rencontrés, mais dans leur génération on ne parlait pas de ces choses-là).
Ma mère était de Mercoire : c'était une fille de mineur, elle voulait être indépendante. Mes parents sont donc restés trois ans au Brouzet, où je suis née en 1932. Mon père devait faire chaque jour le chemin pour travailler à Charnavas, finalement mes parents s'y sont installés alors que j'avais neuf mois.
Mon grand-père était sourd et pas commode, il parlait fort, mais mon père et lui s'entendaient bien. Ma grand-mère était des Bouchets, elle s'était mariée à 18 ans. Ma mère s'est adaptée au hameau, elle a fait faire des transformations dans la maison.
Je suis allée à l'école à La Felgère jusqu'au certificat d'études, à l'âge de 12 ans. J'étais la petite fille gâtée : tout le monde était gentil, ma grand-mère achetait pour moi des croissants à Génolhac, j'adorais la vie à Charnavas. Une de mes cousines, dont la mère était décédée et le père travaillait à la mine, est venue vivre avec nous.
M. Deleuze aurait voulu que j'aille au collège à Génolhac mais c'était trop loin pour que j'y aille à pied. Je suis allée chez ma tante à Bessèges pour suivre les cours au lycée mais je me languissais de remonter et au bout de deux ans je suis revenue à Charnavas où j'ai vécu la plus heureuse des enfances en vraie paysanne : je participais à tous les travaux. Nous faisions du blé, des vers à soie, nous ramassions les châtaignes et le foin pour les moutons, nous avions des cochons et un mulet que je menais pour labourer, nous allions à pied à Vialas pour vendre les moutons, nous faisions notre pain dans le four : nous vivions un peu en autarcie.
Les Cévennes étaient alors bien différentes de ce que l'on voit aujourd'hui. Il n'y avait que des chemins muletiers, tout se faisait à pied, beaucoup des maisons du hameau tombaient en ruine, la route de Charnavas bas était ombragée par une treille.
Notre maison a beaucoup changé. Les écuries étaient là où nous avons fait les gîtes tandis que l'entrée, avec le coffre à grains et le recoin pour les seaux d'eau, était où se trouve la salle de bains. L'eau est arrivée en 1965, avant il fallait puiser à la source pour nous et pour les animaux. L'électricité est arrivée en 1932 mais il n'y avait qu'une ampoule à la maison. La route n'a été goudronnée qu'après mon mariage. Nous n'avions ni téléphone, ni machine à laver, ni réfrigérateur, ni télévision, ni bien sûr Internet !
Nous avions de bons voisins à Charnavas bas : d'un côté la Louisette avec son oncle Firmin, de l'autre Jean Baumès. À Charnavas haut habitaient Marcel Mercier, la Maria, leur fille Monique et les tantes d'Albert Mercier, Augustine et Eulalie. Le Fernand habitait tout en haut de Charnavas. Le Fortuné, ma tante et ses enfants nous ont rejoints après avoir quitté la Grand-Combe, puis les parents d'Albert Mercier sont eux aussi venus s'installer. 68 a apporté du changement, de nouvelles personnes se sont installées à Charnavas, à Chalap. Cela a rajeuni le pays.