dimanche 17 janvier 2021

La réalité des faits

Des réseaux sociaux ont coupé la parole de Donald Trump. Certains de mes amis estiment que c'est là un acte de censure scandaleux, s'agissant d'un dirigeant politique et de sa liberté de parole, freedom of speech

Cependant ces réseaux sociaux ont publié des règles (par exemple les règles de Twitter) et si un réseau social publie des règles, c'est sans doute pour qu'elles soient respectées par les personnes qui utilisent gratuitement ses services.  Ces règles, Trump les a manifestement violées. Ne fallait-il donc pas l'exclure ? 

Oui, disent mes amis, mais alors il aurait fallu l'exclure plus tôt car il viole ces règles depuis très longtemps. Dire "il ne fallait pas l'exclure" puis "il fallait l'exclure plus tôt" est contradictoire mais ils ne semblent pas se soucier de logique. 

Ils disent aussi que si les réseaux sociaux ont exclu Trump, c'est parce que cet épouvantail faisait fuir et compromettait leurs recettes publicitaires. Est-ce vrai ? Je n'en sais rien et eux non plus sans doute, mais le soupçon est à la mode. 

Si l'on estime que la liberté d'expression, de parole, d'opinion doit être sans limite, alors il ne faut pas condamner ceux qui nient l'extermination des juifs par les nazis et que l'on nomme négationnistes - mot qui peut qualifier aussi ceux qui nient un fait avéré ou affirment un fait manifestement faux. 

La science expérimentale soumet la pensée au joug du constat des faits : une hypothèse contredite par un fait que l'expérience révèle doit être abandonnée. Le négationniste qui polémique contre un fait s'attaque, à travers lui, à la science expérimentale elle-même. 

samedi 2 janvier 2021

Jean Chauvel, Commentaire, Fayard 1972

Jean Chauvel est un diplomate qui a traversé certains des épisodes les plus marquants de notre histoire. Il était en poste à Vienne au moment de l’Anschluss ; à Paris, puis Bordeaux, lors de la catastrophe de mai-juin 40 ; à Vichy jusqu’en 42, qu’il a quittée après l’invasion de la zone libre par les Allemands car, pensait-il, une administration française ne pouvait plus alors être qu’une fiction.

Il organise alors à Paris un administration des Affaires étrangères bis, puis rallie Alger où de Gaulle le nomme secrétaire général du ministère, poste qu’il occupera après la Libération. Il sera ensuite chargé de diverses ambassades.

Il observe, chez les individus, le ressort moral qui sous-tend les intentions et les actions. Certains, dit-il, sont myopes, le regard collé sur la situation présente ; d’autres sont obnubilés par une perspective qui leur cache les particularités du moment. Certains enfin sautent d’instinct sur toutes les opportunités, quelles qu’elles soient, qui promettent immédiatement avancement et carrière.

Les doctrinaires de Vichy, ignorant que l’on n’est vraiment vaincu que si l'on intériorise la défaite, pensaient que la bataille perdue en mai 40 était une défaite totale, irrémédiable. La seule politique raisonnable, pensaient-ils, était de faire aux côtés de l’Allemagne la guerre à l’Angleterre afin de ravir à l’Italie le rang de meilleur allié des nazis – mais ces derniers ont préféré dominer la France plutôt que de lui accorder un statut qui leur aurait imposé quelques obligations.

Chauvel admire la lucidité stratégique de de Gaulle mais lui reproche son indifférence méprisante envers les êtres humains. Il lui reproche aussi de supposer toujours que l’intendance suivra, une fois indiquées les grandes lignes de l’action : or pour qu’une intendance puisse surmonter dans la foulée les mille difficultés que comporte l’exécution, il faut avoir échauffé et mobilisé les intelligences et les cœurs et il ne suffit pas, même si c’est nécessaire, d’évoquer de hautes exigences.