Affichage des articles dont le libellé est Amitié. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Amitié. Afficher tous les articles

mardi 26 décembre 2017

Maurice Nivat (1937-2017)

Maurice Nivat est décédé le 21 septembre 2017. Ses travaux ont été parmi les plus féconds de la science informatique. Il s’est intéressé notamment aux langages de programmation et à l’algorithmique.

J’ai eu avec lui de fréquentes conversations. Il m’envoyait un message, nous nous rencontrions à la gare du Nord et allions déjeuner dans un petit restaurant de la rue du Faubourg Saint-Denis. Ce qui l’intéressait alors relevait moins de sa spécialité, la théorie informatique, que du phénomène de l’informatisation.

Comme nombre de théoriciens Maurice n’avait jusqu’alors jamais accordé d’attention aux systèmes d’information, ces êtres hybrides et complexes qui, insérant l’informatique dans une institution, y rencontrent les exigences simultanées de la logique, de la physique et de la sociologie. Il était assez modeste pour dire « c'est intéressant, je n’y connais rien ».

dimanche 24 décembre 2017

Francis Jacq

Francis Jacq était un homme au cœur pur.

Il a mis fin à ses jours le 7 octobre 2017. Atteint de la maladie de Parkinson, il souffrait de la diminution de ses facultés ainsi que des effets pénibles du traitement.

J’ai connu Francis dans les années 1990 alors qu’il venait de perdre son emploi de DRH au journal Le Monde. Il y avait fait tout son possible pour supprimer la barrière sociologique entre la caste supérieure des journalistes et les « petites mains » qui font tourner la boutique, cela n’avait pas été toléré. Je l’ai embauché dans mon entreprise, Eutelis.

Francis et Djian, son épouse

Francis était docteur en philosophie : mieux, c’était un philosophe. Une éducation des plus dures l’avait conduit au désespoir à la fin de l'adolescence. La philosophie, sous la forme des explications de texte lumineuses que prodiguait Jacques Derrida, lui a alors littéralement sauvé la vie.

Cet épisode douloureux et cette formation l’avaient doté d’une sensibilité extrême aux frontières que la sociologie des institutions impose entre les personnes, à la diversité des langages que ces frontières délimitent et qui s’oppose à la communication comme à la compréhension.

vendredi 15 février 2013

Alain Desrosières

Je viens d'apprendre le décès d'Alain Desrosières. C'était un ami très cher.

Nous étions de la promotion 60 de l'X où j'ai fait sa connaissance. Il était "de gauche" et argumentait avec passion, secouant le garçon "de droite" que j'étais alors par un bouton de sa veste.

Nous avons fait l'ENSAE ensemble, nous avons été ensemble administrateurs de l'INSEE. Beaucoup de nos camarades ont cédé aux délices de l'ambition, pas lui. Il s'intéressait sincèrement à la statistique, à la sociologie, à l'histoire. Il est donc sorti de la tour de Malakoff pour tisser des liens avec d'autres corporations. Il m'a ainsi conduit chez Pierre Bourdieu ainsi que dans les bureaux du Nouvel Observateur où nous avons rencontré Claude Perdriel, Jean Daniel et André Gorz : il s'agissait alors d'apporter aux analyses sociologiques, fût-ce au prix de quelque pédantisme, le renfort et la caution de la technique statistique.

Desrosières était d'une générosité littéralement adorable. Vous aviez une conversation avec lui : "Ah, disait-il, mais alors il faut que je te mette en relation avec Untel", ou bien "il faut que tu lises tel article" - et quelques instants après un rendez-vous était organisé, une photocopie de l'article vous parvenait. Ce que beaucoup de personnes lui doivent est immense. Il était au sens exact du terme un animateur, quelqu'un qui donne une âme à une institution, et les passerelles qu'il établissait inlassablement, ainsi que ses livres, ont apporté à l'INSEE une ventilation salubre.

De cette générosité, de cette animation, de cette ouverture, l'INSEE ne lui a comme de juste su aucun gré. Alors qu'il avait fait pour la statistique bien plus que n'importe quel inspecteur général il est parti à la retraite simple administrateur. Indigné, je lui en ai fait la remarque et il m'a regardé avec étonnement. Ces histoires de carrière lui étaient parfaitement indifférentes.

Comme beaucoup d'hommes droits, il était naïf : c'est le défaut des anges. Sa droiture a parfois fait de lui la dupe de personnes dont il ne pouvait pas même entrevoir la perversité.

On croira peut-être que je sacrifie ici à la règle qui veut qu'un discours posthume soit excessivement élogieux. Il n'en est rien. Ce que je viens d'écrire, je le pense depuis longtemps et l'ai souvent dit de son vivant.

Je termine ce petit texte les larmes aux yeux et la gorge serrée : adieu, camarade généreux ! Tu seras toujours présent dans le cœur de ceux qui t'ont connu.