Pour nommer « tout ce qui existe », tout ce qui « se tient debout à l’extérieur » (ex-sistere) de la pensée et de la volonté d’un humain, le mot « monde » serait impropre car notre langage admet une pluralité de mondes : le monde de la nature, le monde politique, le monde des idées, etc.
« Tout ce qui existe », nous le nommerons donc « Existant » : ce mot englobe la nature physique et biologique, mais aussi les édifices, institutions, idées et autres artefacts que des humains ont construits naguère et dont la présence se manifeste devant eux.
Le détail de la description d’un objet concret (une tasse de café, un fauteuil, etc.) n’a aucune limite logique : chaque objet possédant donc une liste illimitée d’attributs, il est impossible d’en avoir une connaissance absolue et complète. Chaque objet est à cet égard « complexe » et il en est a fortiori de même de l’Existant. La plus grande des difficultés que rencontrent la communication et la coopération entre les individus résulte du fait qu’ils ne considèrent pas les mêmes objets ni, dans les objets, les mêmes attributs.
Alors que la nature évolue selon ses lois, l’être humain exerce en face de l’Existant une volonté qui oppose la néguentropie de l’action à l’entropie de la nature et choisit pour agir, dans la complexité de l’Existant, les objets qu’il lui convient de considérer et les attributs qu’il lui convient d’observer. Nous voulons éclairer cette volonté et pour cela il faut entrer dans quelque détail.
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Un individu n’est pas directement confronté à l’Existant mais à une facette que celui-ci lui présente, la situation dont il constate l’existence et dans laquelle il est invité à agir ou à subir. Cette situation s’exprime en termes de lieux dans l’espace et de moments dans le temps, et selon la part de l’Existant que l’individu rencontre dans ces lieux et ces moments : une part des autres individus, une part de la nature, une part des institutions et des édifices, etc. Cette situation n’est qu’une partie de l’Existant mais elle est, comme lui, d’une complexité illimitée (un infini peut se nicher dans un autre infini comme les nombres pairs parmi les nombres entiers).
L’individu lui-même est porteur de ce que lui ont apporté son éducation, sa formation, les expériences et péripéties de sa vie, fatras dans lequel il a choisi les valeurs qu’expriment ses goûts, dégoûts, habitudes et préférences.
Ce choix ne l’a pas nécessairement conduit à des valeurs qu’une société juge moralement positives (bonté, dignité, honnêteté, loyauté, etc.), mais elles se trouvent au cœur de sa personnalité et sa vie a pour but de graver leur image dans le monde.
Entre ces valeurs et la situation existe en effet éventuellement un écart, une « contradiction » qui éveille chez l’individu l’intention de résorber cet écart. Si cette intention peut se saisir de moyens d’agir, il en résulte une action volontaire.