English version
Cet essai se lit vite et il est agréable à lire : les situations sont évoquées de façon si vivante qu'on a l'impression d'y être présent.
Après avoir lu l'introduction on s'attend à une construction en trois parties : 1) tout ce qui va mal au Etats-Unis, 2) pourquoi ils vont rebondir malgré tout, 3) comment les autres pays vont payer ce rebond. Mais le développement ne répond pas exactement à ce plan : la partie 2, "le rebond", se réduit à une évocation de la transfusion de population et de vitalité provenant du Mexique. Tétreau ne répond pas à une question pourtant évidente : si les États-Unis d'origine anglo-saxonne et protestante sont entrés en décadence au point que leur vitalité et leur démographie dépendent d'une immigration latino-indienne et catholique, que devient leur identité ?
Il est vrai que les Américains ne se soucient pas d'identité : "ce qui compte, ce n'est pas ce que vous êtes mais ce que vous faites", répètent ceux que Tétreau rencontre - et par "ce que vous faites", il faut entendre l'action immédiate : "ne réfléchissez pas, just do it", lui dit-on encore.
La primauté donnée à l'action est à double tranchant. L'art de l'ingénierie, le no nonsense pratique est le point fort des États-Unis, mais l'action irréfléchie peut se dégrader en activisme, en agitation stérile - et on peut se demander si les États-Unis, devenus obèses à tous les sens du mot, n'ont pas perdu aujourd'hui l'énergie dont leur courte histoire apporte de nombreux témoignages.
Les passages qu'il consacre à la religion sont éclairants : le Dieu auquel les Américains rendent un culte dans leurs nombreuses églises est une Providence qui offre à chacun la perspective de la richesse. Dans cette théologie-là, on ne trouve pas trace du discours de Jésus sur les riches.
mercredi 27 octobre 2010
jeudi 14 octobre 2010
volle.com en anglais
Je vais traduire volle.com en anglais afin d'élargir son audience. J'ai à cette fin ouvert un nouveau blog, volle.com in English, http://volle-en.blogspot.com/.
Désormais les nouveaux textes contiendront un lien vers leur traduction (et réciproquement).Par ailleurs je traduirai progressivement tout ce que volle.com a publié depuis 1998, y compris ceux de mes ouvrages que j'ai mis à disposition. Cela me prendra un peu de temps !
Bienvenue aux lecteurs anglophones. S'ils trouvent des erreurs dans mes traductions (il y en aura certainement), je les corrigerai volontiers.
samedi 9 octobre 2010
Pourquoi l'économie est une science
English version
« L'économie n'est pas une science », m'a dit l'autre jour un de mes amis, expert reconnu en informatique et systèmes d'information. L'image qu'il se fait de l'économie, c'est sans doute celle qu'en donnent ces « économistes » que l'on voit dans les médias et qui, en vrais sophistes capables de démontrer tout et son contraire, expriment avec assurance une conviction versatile. Mais cette image est superficielle.
« Si tu lisais Adam Smith, lui ai-je répondu, ou Alfred Marshall, ou Léon Walras, ou John Hicks, ou tout près de nous Ivar Ekeland et quelques autres, tu verrais qu'il existe une science économique. J'avoue cependant que j'ai mis du temps à m'en convaincre... »
En effet les cours d'économie que j'ai subis à l'ENSAE en 1963-65 étaient tellement dogmatiques qu'ils ne pouvaient convaincre que de bons élèves à la mémoire docile alors que ma propre mémoire, rétive comme un cheval ombrageux, n'accepte de retenir que ce que j'ai compris à fond. C'est Ekeland qui m'a ouvert la porte de la théorie économique avec un article dans La Recherche en 1976, alors que je butais sur les limites de l'interprétation de la statistique.
Lorsqu'en 1983 j'ai mis en place la mission d'études économiques du CNET les ingénieurs et chercheurs avec lesquels je travaillais avaient les mêmes préventions que mon ami : « l'économie, disaient-ils, c'est une science molle ». Ils croyaient que l'économiste est un avocat sans scrupules que les dirigeants chargent de « démontrer » la rentabilité des projets qu'ils ont déjà choisis.
« L'économie n'est pas une science », m'a dit l'autre jour un de mes amis, expert reconnu en informatique et systèmes d'information. L'image qu'il se fait de l'économie, c'est sans doute celle qu'en donnent ces « économistes » que l'on voit dans les médias et qui, en vrais sophistes capables de démontrer tout et son contraire, expriment avec assurance une conviction versatile. Mais cette image est superficielle.
« Si tu lisais Adam Smith, lui ai-je répondu, ou Alfred Marshall, ou Léon Walras, ou John Hicks, ou tout près de nous Ivar Ekeland et quelques autres, tu verrais qu'il existe une science économique. J'avoue cependant que j'ai mis du temps à m'en convaincre... »
En effet les cours d'économie que j'ai subis à l'ENSAE en 1963-65 étaient tellement dogmatiques qu'ils ne pouvaient convaincre que de bons élèves à la mémoire docile alors que ma propre mémoire, rétive comme un cheval ombrageux, n'accepte de retenir que ce que j'ai compris à fond. C'est Ekeland qui m'a ouvert la porte de la théorie économique avec un article dans La Recherche en 1976, alors que je butais sur les limites de l'interprétation de la statistique.
Lorsqu'en 1983 j'ai mis en place la mission d'études économiques du CNET les ingénieurs et chercheurs avec lesquels je travaillais avaient les mêmes préventions que mon ami : « l'économie, disaient-ils, c'est une science molle ». Ils croyaient que l'économiste est un avocat sans scrupules que les dirigeants chargent de « démontrer » la rentabilité des projets qu'ils ont déjà choisis.
samedi 25 septembre 2010
Institut Montaigne, 15 propositions pour l'emploi des jeunes et des seniors, 2010
Ce rapport de l'institut Montaigne prend un recul utile par rapport au débat actuel sur l'âge de la retraite : le situant dans un contexte plus large, il nous permet de mieux l'interpréter.
Le système français de formation, d'emploi et de retraite s'appuie sur des décisions prises en 1945 pour fonder la retraite par répartition. La vie de l'individu est découpée en trois périodes successives : formation, travail, repos. Ce système pouvait fonctionner lorsque les jeunes, pour une large part, commençaient à travailler à 14 ans et que la durée de la retraite était en moyenne de trois ans.
Il n'en est plus de même aujourd'hui : les études sont plus longues, la durée moyenne de la retraite est de 19 ans, le travail productif est réalisé par la classe d'âge de 25 à 54 ans qui comprend 41 % seulement de la population et les projections démographiques sont inquiétantes.
Mais le modèle qui sépare la vie de l'individu en trois phases séparées perdure avec ses corollaires : cloison étanche entre les études et le monde du travail et donc difficulté de la première insertion pour les jeunes, hausse du salaire à l'ancienneté (qui contribue à rendre les seniors "non rentables"), statuts rigides qui protègent ceux qui en bénéficient mais excluent les autres (cadres, CDI etc.).
Le système français de formation, d'emploi et de retraite s'appuie sur des décisions prises en 1945 pour fonder la retraite par répartition. La vie de l'individu est découpée en trois périodes successives : formation, travail, repos. Ce système pouvait fonctionner lorsque les jeunes, pour une large part, commençaient à travailler à 14 ans et que la durée de la retraite était en moyenne de trois ans.
Il n'en est plus de même aujourd'hui : les études sont plus longues, la durée moyenne de la retraite est de 19 ans, le travail productif est réalisé par la classe d'âge de 25 à 54 ans qui comprend 41 % seulement de la population et les projections démographiques sont inquiétantes.
Mais le modèle qui sépare la vie de l'individu en trois phases séparées perdure avec ses corollaires : cloison étanche entre les études et le monde du travail et donc difficulté de la première insertion pour les jeunes, hausse du salaire à l'ancienneté (qui contribue à rendre les seniors "non rentables"), statuts rigides qui protègent ceux qui en bénéficient mais excluent les autres (cadres, CDI etc.).
vendredi 24 septembre 2010
Les économistes atterrés
English version
Le manifeste des économistes atterrés (http://economistes-atterres.blogspot.com/) est judicieux et intéressant. Je l'ai signé.
Le nœud de leur raisonnement est le suivant : alors que sur le marché des produits destinés à la consommation et à l'investissement les prix convergent vers leur niveau d'équilibre par le jeu de l'offre et de la demande, sur le marché des biens patrimoniaux (produits financiers, bâtiments, stocks de matières premières), par contre, les prix divergent.
Sur ce dernier marché, en effet, le constat d'une hausse de prix nourrit l'anticipation d'une hausse future (« ça monte, donc ça va continuer à monter »). L'espoir d'une plus-value suscite une hausse de la demande qui fait encore monter le prix, jusqu'au moment où l'anticipation se retourne (« ça a trop monté, ça ne va pas pouvoir continuer »). Alors le prix s'effondre, traverse le niveau d'équilibre sans s'y arrêter et baisse jusqu'à un nouveau retournement de l'anticipation (« ça a trop baissé, ça ne va pas pouvoir continuer ainsi »).
Le prix des biens patrimoniaux subit ainsi de larges oscillations tandis que pour les produits destinés à la consommation ou à l'investissement, au contraire, une hausse du prix de l'offre provoque (sauf peut-être pour les produits de luxe) une baisse de la demande qui la tempère.
Il était donc follement périlleux de lâcher les rênes du marché financier et de confier de facto aux institutions financières (banques, assurances, fonds de pension, sociétés d'investissement, agences de notation etc.) la direction de l'économie. C'est pourtant ce qui a été fait, de façon persévérante, depuis plusieurs décennies.
Le manifeste des économistes atterrés (http://economistes-atterres.blogspot.com/) est judicieux et intéressant. Je l'ai signé.
Le nœud de leur raisonnement est le suivant : alors que sur le marché des produits destinés à la consommation et à l'investissement les prix convergent vers leur niveau d'équilibre par le jeu de l'offre et de la demande, sur le marché des biens patrimoniaux (produits financiers, bâtiments, stocks de matières premières), par contre, les prix divergent.
Sur ce dernier marché, en effet, le constat d'une hausse de prix nourrit l'anticipation d'une hausse future (« ça monte, donc ça va continuer à monter »). L'espoir d'une plus-value suscite une hausse de la demande qui fait encore monter le prix, jusqu'au moment où l'anticipation se retourne (« ça a trop monté, ça ne va pas pouvoir continuer »). Alors le prix s'effondre, traverse le niveau d'équilibre sans s'y arrêter et baisse jusqu'à un nouveau retournement de l'anticipation (« ça a trop baissé, ça ne va pas pouvoir continuer ainsi »).
Le prix des biens patrimoniaux subit ainsi de larges oscillations tandis que pour les produits destinés à la consommation ou à l'investissement, au contraire, une hausse du prix de l'offre provoque (sauf peut-être pour les produits de luxe) une baisse de la demande qui la tempère.
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Il était donc follement périlleux de lâcher les rênes du marché financier et de confier de facto aux institutions financières (banques, assurances, fonds de pension, sociétés d'investissement, agences de notation etc.) la direction de l'économie. C'est pourtant ce qui a été fait, de façon persévérante, depuis plusieurs décennies.
lundi 13 septembre 2010
Prédation et prédateurs (suite)
Suite à la publication de Prédation et prédateurs, Xerfi m'avait aimablement invité à faire une conférence le 22 avril 2009 (voir la vidéo). J'ai décrit alors sommairement le mécanisme du blanchiment, procédé crucial pour les prédateurs et auquel l'informatique procure une efficacité décisive.
Un banquier qui assistait à la conférence, et dont le nom importe peu ici, me reprocha de n'y rien entendre : « le patron d'une banque, affirma-t-il, n'a aucune envie de se trouver embarqué dans une affaire de blanchiment ». Il ignorait apparemment qu'un professionnel peut se trouver parfois contraint, pour garder son emploi, de faire des choses qu'il n'a aucune envie de faire...
L'article de Robert Mazur (« Follow the Dirty Money », The New York Times, 12 septembre 2010) apporte des informations précises qui résultent d'une expérience professionnelle peu contestable : lorsqu'il était agent du FBI, Mazur a infiltré l'organisation du blanchiment et participé à de ces négociations qui ne laissent pas de trace écrite et que les enquêteurs ont tant de mal à reconstituer.
Les preuves qu'il a rassemblées on conduit en 1991 à la fermeture de la BCCI, septième banque privée du monde, et permis de comprendre comment Manuel Noriega avait caché la fortune que lui procuraient les cartels colombiens de la drogue.
Il faut lire son témoignage : j'en traduis et condense ci-dessous l'essentiel (on peut lire l'article d'origine en cliquant ici).
Un banquier qui assistait à la conférence, et dont le nom importe peu ici, me reprocha de n'y rien entendre : « le patron d'une banque, affirma-t-il, n'a aucune envie de se trouver embarqué dans une affaire de blanchiment ». Il ignorait apparemment qu'un professionnel peut se trouver parfois contraint, pour garder son emploi, de faire des choses qu'il n'a aucune envie de faire...
L'article de Robert Mazur (« Follow the Dirty Money », The New York Times, 12 septembre 2010) apporte des informations précises qui résultent d'une expérience professionnelle peu contestable : lorsqu'il était agent du FBI, Mazur a infiltré l'organisation du blanchiment et participé à de ces négociations qui ne laissent pas de trace écrite et que les enquêteurs ont tant de mal à reconstituer.
Les preuves qu'il a rassemblées on conduit en 1991 à la fermeture de la BCCI, septième banque privée du monde, et permis de comprendre comment Manuel Noriega avait caché la fortune que lui procuraient les cartels colombiens de la drogue.
Il faut lire son témoignage : j'en traduis et condense ci-dessous l'essentiel (on peut lire l'article d'origine en cliquant ici).
samedi 11 septembre 2010
La nature et nous
English version
On peut voir la nature selon au moins deux points de vue différents :
- soit on pense qu'elle constitue l'ordre physique du monde, ordre qui obéit à des lois immuables et qui est extérieur à la connaissance et l'action humaines ;
- soit on pense qu'elle est « l'état des choses », c'est-à-dire tout ce qui se présente devant nos intentions et nos désirs comme obstacle ou comme outil : alors elle est transformée par l'extension de nos connaissances ainsi que par notre action.
Le premier point de vue considère la seule nature physique, avec sa complexité qui est un défi pour la connaissance : il nous est impossible d'atteindre la connaissance absolue, complète, de cette nature car notre savoir ne découpe qu'une sphère finie dans un espace illimité. La nature physique est, dans l'absolu, aussi inconnaissable que ne l'est Dieu pour le judaïsme.
Le deuxième point de vue ajoute à la nature physique la sphère de nos savoirs, savoir-faire et artefacts, sphère dont l'extension progressive transforme les obstacles et outils que la nature nous présente. L'art de la navigation transforme l'océan, le tracé d'une route transforme le désert, la construction d'une maison transforme le terrain, nos déchets polluent le sol, l'eau et l'atmosphère.
Ce point de vue étend la notion de nature en englobant, outre la nature physique, la nature humaine et la nature sociale : c'est en ce sens-là que Durkheim disait « il faut considérer les faits sociaux comme des choses ».
On peut voir la nature selon au moins deux points de vue différents :
- soit on pense qu'elle constitue l'ordre physique du monde, ordre qui obéit à des lois immuables et qui est extérieur à la connaissance et l'action humaines ;
- soit on pense qu'elle est « l'état des choses », c'est-à-dire tout ce qui se présente devant nos intentions et nos désirs comme obstacle ou comme outil : alors elle est transformée par l'extension de nos connaissances ainsi que par notre action.
Le premier point de vue considère la seule nature physique, avec sa complexité qui est un défi pour la connaissance : il nous est impossible d'atteindre la connaissance absolue, complète, de cette nature car notre savoir ne découpe qu'une sphère finie dans un espace illimité. La nature physique est, dans l'absolu, aussi inconnaissable que ne l'est Dieu pour le judaïsme.
Le deuxième point de vue ajoute à la nature physique la sphère de nos savoirs, savoir-faire et artefacts, sphère dont l'extension progressive transforme les obstacles et outils que la nature nous présente. L'art de la navigation transforme l'océan, le tracé d'une route transforme le désert, la construction d'une maison transforme le terrain, nos déchets polluent le sol, l'eau et l'atmosphère.
Ce point de vue étend la notion de nature en englobant, outre la nature physique, la nature humaine et la nature sociale : c'est en ce sens-là que Durkheim disait « il faut considérer les faits sociaux comme des choses ».
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lundi 6 septembre 2010
Avant et après 1968
Nous vivions, avant 1968, dans un monde qui appartient à l'histoire tant il diffère du monde actuel et nous devons faire effort pour nous le remémorer. C'était un monde mensonger et 1968, loin de nous faire accéder à la vérité de la condition humaine, nous a fait passer d'un mensonge à l'autre.
Avant 1968, la classe moyenne donnait pour idéal à ses enfants d'être « quelqu'un de bien » et les « gens bien » se reconnaissaient à certains traits qu'il fallait donc acquérir.
Tout d'abord, ils étaient visiblement « à l'aise » : il habitaient une belle maison, possédaient une belle voiture, s'habillaient bien, avaient au moins une femme de ménage, parfois une bonne et même une cuisinière. Puis ils parlaient bien, ayant acquis une « bonne éducation » qui se remarquait aussi dans leur maintien et leur tenue à table.
Nous autres enfants de la classe moyenne étions tenus à distance des enfants de familles ouvrières ou paysannes : « ne joue pas avec eux, ils ne sont pas de notre monde », nous disait-on, « ils ne sont pas fréquentables ».
* *
Avant 1968, la classe moyenne donnait pour idéal à ses enfants d'être « quelqu'un de bien » et les « gens bien » se reconnaissaient à certains traits qu'il fallait donc acquérir.
Tout d'abord, ils étaient visiblement « à l'aise » : il habitaient une belle maison, possédaient une belle voiture, s'habillaient bien, avaient au moins une femme de ménage, parfois une bonne et même une cuisinière. Puis ils parlaient bien, ayant acquis une « bonne éducation » qui se remarquait aussi dans leur maintien et leur tenue à table.
Nous autres enfants de la classe moyenne étions tenus à distance des enfants de familles ouvrières ou paysannes : « ne joue pas avec eux, ils ne sont pas de notre monde », nous disait-on, « ils ne sont pas fréquentables ».
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lundi 30 août 2010
Eloge de l'autodidacte
Le mot « autodidacte » est le plus souvent péjoratif. S'étant formé lui-même et sans passer par les écoles, l'autodidacte, pense-t-on, n'a pas pu acquérir les méthodes qui confèrent sa rigueur à la pensée. Il va donc s'enticher de conceptions loufoques dont il fera des idées fixes...
Mais c'est oublier que ceux qui ont suivi une filière que sanctionne un diplôme ont parfois eux aussi des défauts : conformisme, manque de courage intellectuel et d'imagination... et il leur arrive d'avoir des idées fixes.
La recherche, appliquant l'activité de la pensée à des domaines auparavant inconnus du monde de la nature, est toujours le fait d'un autodidacte puisqu'elle doit inventer, au moins pour partie, les méthodes nécessaires et se créer le vocabulaire qui permette d'arpenter un terrain nouveau.
Le mépris envers l'autodidacte révèle donc une échelle qui de valeurs qui, au rebours de la démarche de recherche, exige un tampon administratif et respecte exclusivement le caractère officiel des programmes scolaires.
Mais c'est oublier que ceux qui ont suivi une filière que sanctionne un diplôme ont parfois eux aussi des défauts : conformisme, manque de courage intellectuel et d'imagination... et il leur arrive d'avoir des idées fixes.
La recherche, appliquant l'activité de la pensée à des domaines auparavant inconnus du monde de la nature, est toujours le fait d'un autodidacte puisqu'elle doit inventer, au moins pour partie, les méthodes nécessaires et se créer le vocabulaire qui permette d'arpenter un terrain nouveau.
Le mépris envers l'autodidacte révèle donc une échelle qui de valeurs qui, au rebours de la démarche de recherche, exige un tampon administratif et respecte exclusivement le caractère officiel des programmes scolaires.
mercredi 25 août 2010
Révolution et réaction
Bien plus que les révolutions anglaise et américaine, la révolution française fut la Révolution, bouleversement radical d'un ordre social et d'une civilisation : tandis que la révolution anglaise du XVIIe siècle avait amorcé le passage vers la monarchie constitutionnelle et la représentation parlementaire et que la révolution américaine avait émancipé des colons, notre révolution fit pleinement émerger la société rationnelle, égalitaire et libérale qu'avaient préparée les Lumières.
Une telle émergence ne pouvait pas aller sans ambiguïtés ni oppositions. C'est pourquoi, comme l'a montré Zeev Sternhell, la France a été simultanément, et de façon dialectique, la patrie de la révolution et celle de la réaction : à l'origine des mouvements fascistes et nazis on trouve la pensée de réactionnaires français et francophones talentueux, Joseph de Maistre (1753-1821), Arthur de Gobineau (1816-1882), Maurice Barrès (1862-1923), Charles Maurras (1868-1952) etc.
L'opposition entre révolution et réaction se concrétise par deux autres oppositions qui se rejoignent : entre tradition et raison d'une part, entre l'ordre social hiérarchique et l'élitisme pour tous d'autre part.
Une telle émergence ne pouvait pas aller sans ambiguïtés ni oppositions. C'est pourquoi, comme l'a montré Zeev Sternhell, la France a été simultanément, et de façon dialectique, la patrie de la révolution et celle de la réaction : à l'origine des mouvements fascistes et nazis on trouve la pensée de réactionnaires français et francophones talentueux, Joseph de Maistre (1753-1821), Arthur de Gobineau (1816-1882), Maurice Barrès (1862-1923), Charles Maurras (1868-1952) etc.
L'opposition entre révolution et réaction se concrétise par deux autres oppositions qui se rejoignent : entre tradition et raison d'une part, entre l'ordre social hiérarchique et l'élitisme pour tous d'autre part.
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vendredi 20 août 2010
Hommage aux Roms
Puisque le gouvernement est assez bête ou assez odieux pour entreprendre de chasser les Tziganes venus chez nous je recopie ici, pour remercier ces nomades de ce qu'ils nous apportent, un extrait du livre de Lesley Blanch Voyage au coeur de l'esprit (p. 105 et suivantes).
Selon moi, les Tziganes étaient un ramassis de sauvages basanés, dansant féroces autour d'un feu de camp, lacérant leurs guitares, allongés sur des peaux d'ours, tout à la fois intrépides, chastes et nobles dans leurs amours, comme dans l'Aleko de Pouchkine, fièrement attachés à leurs lois tribales. S'il s'agissait de la sous-espèce domestique, ils auraient pour cadre, quoique également basanés et sauvages, un restaurant rouge et or, rempli de miroirs et de chandeliers. Or voici que l'avant-scène de ce cadre scintillant était peuplée de personnages encore plus sauvages. Là, des hussards buvaient dans les chaussons de satin des belles ballerines. Des hommes mystérieusement masqués, portant toujours leurs lourdes pelisses, doublées de zibeline, demandaient du champagne, toujours plus de champagne, lançant des billets en l'air et, rendus fous par la musique, obligeaient leurs maîtresses à danser nues sur les tables tandis que les Tziganes, devenus tout aussi fous, se brisaient guitares et archets sur la tête avant de se précipiter dans la tempête de neige, laissant aux débauchés le soin de se défier en duel ou de se faire sauter la cervelle. Tout cela aux accents des Deux guitares.
Inévitablement, la boîte de nuit sans prétention où nous arrivâmes ne pouvait que me décevoir (...).
* *
Selon moi, les Tziganes étaient un ramassis de sauvages basanés, dansant féroces autour d'un feu de camp, lacérant leurs guitares, allongés sur des peaux d'ours, tout à la fois intrépides, chastes et nobles dans leurs amours, comme dans l'Aleko de Pouchkine, fièrement attachés à leurs lois tribales. S'il s'agissait de la sous-espèce domestique, ils auraient pour cadre, quoique également basanés et sauvages, un restaurant rouge et or, rempli de miroirs et de chandeliers. Or voici que l'avant-scène de ce cadre scintillant était peuplée de personnages encore plus sauvages. Là, des hussards buvaient dans les chaussons de satin des belles ballerines. Des hommes mystérieusement masqués, portant toujours leurs lourdes pelisses, doublées de zibeline, demandaient du champagne, toujours plus de champagne, lançant des billets en l'air et, rendus fous par la musique, obligeaient leurs maîtresses à danser nues sur les tables tandis que les Tziganes, devenus tout aussi fous, se brisaient guitares et archets sur la tête avant de se précipiter dans la tempête de neige, laissant aux débauchés le soin de se défier en duel ou de se faire sauter la cervelle. Tout cela aux accents des Deux guitares.
Inévitablement, la boîte de nuit sans prétention où nous arrivâmes ne pouvait que me décevoir (...).
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mercredi 18 août 2010
Daniel Yergin, The Prize, Free Press, 2008
L'histoire de l'industrie du pétrole débute avec la découverte des gisements de Pennsylvanie en 1853 : ce livre étonnant décrit les aventures des entrepreneurs, l'évolution des techniques, les enjeux géopolitiques enfin.
Le pétrole a d'abord servi à l'éclairage : les lampes à pétrole éclairaient beaucoup mieux que les lampes à huile que l'on utilisait auparavant. Pour les alimenter une industrie s'est créée : extraction, raffinage, pipe-line. Des tankers transportaient vers l'Europe le pétrole américain...
La lampe électrique inventée par Edison en 1879 a failli porter un coup mortel à l'industrie du pétrole, qui a été sauvée par l'arrivée du moteur à essence et de l'automobile : la demande d'essence a pris le relais de celle du pétrole lampant.
Le pétrole a d'abord servi à l'éclairage : les lampes à pétrole éclairaient beaucoup mieux que les lampes à huile que l'on utilisait auparavant. Pour les alimenter une industrie s'est créée : extraction, raffinage, pipe-line. Des tankers transportaient vers l'Europe le pétrole américain...
La lampe électrique inventée par Edison en 1879 a failli porter un coup mortel à l'industrie du pétrole, qui a été sauvée par l'arrivée du moteur à essence et de l'automobile : la demande d'essence a pris le relais de celle du pétrole lampant.
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lundi 16 août 2010
Du recueil des besoins au cahier des charges
Je publie ci-dessous la préface qu'Yves Constantinidis m'a aimablement demandée pour un ouvrage publié par les éditions Eyrolles, Expression des besoins pour le système d'information : le guide du cahier des charges.
D'après le Standish Group les projets informatiques connaissent un taux d'échec qui ne serait toléré dans aucun autre domaine de l'ingénierie : de ses enquêtes, on peut retenir qu'en gros 25 % des projets échouent, 50 % aboutissent avec un délai et un coût très supérieurs à la prévision, 25 % seulement sont convenablement réussis.
En cas d'échec, on entend souvent dire « c'est la faute de l'informatique » mais en fait il convient de dire que, par principe, c'est toujours la faute du métier que le produit informatique devait outiller (maîtrise d'ouvrage, MOA). Certes il arrive que le réalisateur du produit (maîtrise d'œuvre, MOE) soit défaillant, mais alors la MOA aurait dû prendre en temps utile des mesures pour redresser la situation.
Souvent, d'ailleurs, le seul tort de la MOE sera d'avoir accepté un contrat impossible car l'ingénierie des besoins a été défaillante et le projet était donc condamné dès le départ : la MOA s'est lancée dans le projet sans savoir ce qu'elle voulait faire, sans avoir exprimé ses priorités ni levé les ambiguïtés du vocabulaire, puis par la suite elle a été versatile etc.
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D'après le Standish Group les projets informatiques connaissent un taux d'échec qui ne serait toléré dans aucun autre domaine de l'ingénierie : de ses enquêtes, on peut retenir qu'en gros 25 % des projets échouent, 50 % aboutissent avec un délai et un coût très supérieurs à la prévision, 25 % seulement sont convenablement réussis.
En cas d'échec, on entend souvent dire « c'est la faute de l'informatique » mais en fait il convient de dire que, par principe, c'est toujours la faute du métier que le produit informatique devait outiller (maîtrise d'ouvrage, MOA). Certes il arrive que le réalisateur du produit (maîtrise d'œuvre, MOE) soit défaillant, mais alors la MOA aurait dû prendre en temps utile des mesures pour redresser la situation.
Souvent, d'ailleurs, le seul tort de la MOE sera d'avoir accepté un contrat impossible car l'ingénierie des besoins a été défaillante et le projet était donc condamné dès le départ : la MOA s'est lancée dans le projet sans savoir ce qu'elle voulait faire, sans avoir exprimé ses priorités ni levé les ambiguïtés du vocabulaire, puis par la suite elle a été versatile etc.
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vendredi 9 juillet 2010
Woerth, les retraites, Aubry
Je ne sais rien de plus que ce que disent les médias sur l'affaire Woerth-Bettencourt. Je ne connais ni Eric Woerth, ni Mme Bettencourt, je n'ai aucune sympathie pour ces deux personnes, mais ce qui se passe me semble inquiétant.
Médiapart, qui est en pointe dans cette affaire, est animé par le même Edwy Plenel qui, avec Jean-Marie Colombani, a détruit Le Monde dont il a fait une feuille à scandales, un outil de pouvoir si ce n'est de chantage.
Plenel aime à jouer les héros, les journalistes intrépides. Il dispense volontiers des leçons de déontologie alors que son « journalisme d'investigation » n'était qu'un ramassage de ragots (voir Bernard Poulet, Le pouvoir du Monde, La découverte, 2003 : ce livre est plus solide que celui de Péan et Cohen).
On peut compter sur Plenel pour faire monter le soufflé, rafler les abonnés qu'il attire, puis s'épargner la peine d'un démenti si le soufflé retombe et partir à la recherche d'une nouvelle « affaire » - jusqu'à ce que ses lecteurs finissent par comprendre son jeu et par se lasser.
Médiapart, qui est en pointe dans cette affaire, est animé par le même Edwy Plenel qui, avec Jean-Marie Colombani, a détruit Le Monde dont il a fait une feuille à scandales, un outil de pouvoir si ce n'est de chantage.
Plenel aime à jouer les héros, les journalistes intrépides. Il dispense volontiers des leçons de déontologie alors que son « journalisme d'investigation » n'était qu'un ramassage de ragots (voir Bernard Poulet, Le pouvoir du Monde, La découverte, 2003 : ce livre est plus solide que celui de Péan et Cohen).
On peut compter sur Plenel pour faire monter le soufflé, rafler les abonnés qu'il attire, puis s'épargner la peine d'un démenti si le soufflé retombe et partir à la recherche d'une nouvelle « affaire » - jusqu'à ce que ses lecteurs finissent par comprendre son jeu et par se lasser.
jeudi 8 juillet 2010
L'ingénierie du système d'information (série)
Cette série sur les systèmes d'information est destinée à l'encyclopédie « Techniques de l'ingénieur ».
Quand, dans une société civilisée, une mission nécessaire ou opportune dépasse les capacités d'un individu, une entreprise [1] est créée pour organiser le travail de plusieurs personnes. Toute entreprise produit et utilise des mots et des nombres : les systèmes d'information sont donc aussi anciens que la civilisation.
L'expression « système d'information » (SI) n'est cependant apparue qu'à la fin des années 1960 [2] quand les entreprises se sont appuyées sur l'automate programmable que l'on nomme « ordinateur » pour stocker, traiter et utiliser des données.
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Quand, dans une société civilisée, une mission nécessaire ou opportune dépasse les capacités d'un individu, une entreprise [1] est créée pour organiser le travail de plusieurs personnes. Toute entreprise produit et utilise des mots et des nombres : les systèmes d'information sont donc aussi anciens que la civilisation.
L'expression « système d'information » (SI) n'est cependant apparue qu'à la fin des années 1960 [2] quand les entreprises se sont appuyées sur l'automate programmable que l'on nomme « ordinateur » pour stocker, traiter et utiliser des données.
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Ingénierie sémantique
Ce texte appartient à la série L'ingénierie du système d'information.
Si l'on fait abstraction de la complexité de la plate-forme et de la diversité des « applications », un SI peut sembler très simple. Alimenté par des « données » que quelqu'un saisit, il les traite pour produire des « résultats », puis conserve données saisies et résultats afin qu'ils puissent être consultés : un utilisateur ne fait jamais que lire, écrire et lancer des traitements.
Une donnée, c'est le couple que forment une définition (ou concept) et une mesure, la mesure étant caractérisée par le type de la donnée ainsi que par la périodicité et le délai de ses mises à jour. La donnée se transforme en information lorsqu'elle est communiquée à un être humain capable de l'interpréter[4].
Si l'on fait abstraction de la complexité de la plate-forme et de la diversité des « applications », un SI peut sembler très simple. Alimenté par des « données » que quelqu'un saisit, il les traite pour produire des « résultats », puis conserve données saisies et résultats afin qu'ils puissent être consultés : un utilisateur ne fait jamais que lire, écrire et lancer des traitements.
Une donnée, c'est le couple que forment une définition (ou concept) et une mesure, la mesure étant caractérisée par le type de la donnée ainsi que par la périodicité et le délai de ses mises à jour. La donnée se transforme en information lorsqu'elle est communiquée à un être humain capable de l'interpréter[4].
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Informatisation
L'ingénierie des processus
Ce texte appartient à la série L'ingénierie du système d'information.
Quittons le domaine de la sémantique pour pénétrer celui de l'action. Cette transition est logique mais non chronologique : dans la conception d'un SI la définition du langage et l'organisation de l'action s'entrelacent : tandis que le langage conditionne l'action effective, sa pertinence s'évalue selon son adéquation à l'action voulue.
Le mot « processus », qui signifie « processus de production », désigne la succession des tâches qui concourent à l'élaboration d'un produit – qu'il s'agisse d'un bien, d'un service ou d'un assemblage de biens et de services [11]. Ce mot émerge à l'horizon des systèmes d'information au début des années 90 [12] : il s'agit de maîtriser l'action productive en s'appuyant sur l'articulation du travail humain avec l'informatique et le réseau.
Quittons le domaine de la sémantique pour pénétrer celui de l'action. Cette transition est logique mais non chronologique : dans la conception d'un SI la définition du langage et l'organisation de l'action s'entrelacent : tandis que le langage conditionne l'action effective, sa pertinence s'évalue selon son adéquation à l'action voulue.
Le mot « processus », qui signifie « processus de production », désigne la succession des tâches qui concourent à l'élaboration d'un produit – qu'il s'agisse d'un bien, d'un service ou d'un assemblage de biens et de services [11]. Ce mot émerge à l'horizon des systèmes d'information au début des années 90 [12] : il s'agit de maîtriser l'action productive en s'appuyant sur l'articulation du travail humain avec l'informatique et le réseau.
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Informatisation
Le contrôle
Ce texte appartient à la série L'ingénierie du système d'information.
Il ne suffit pas d'avoir un bon SI : il faut qu'il soit convenablement utilisé. Il faut donc former les utilisateurs lorsqu'on déploie une nouvelle composante du SI (lorsque les effectifs sont importants, la formation suppose une logistique complexe) puis leur fournir des outils de documentation d'auto-apprentissage.
Il faut encore, par la suite, observer la façon dont le SI est utilisé. Les indicateurs que fournissent les processus sont rassemblés dans les tableaux de bord quotidiens qui servent au manager opérationnel de chaque entité locale pour contrôler la qualité du travail et la bonne utilisation des ressources[18].
Il est utile d'observer ce qui se passe entre l'agent opérationnel et son poste de travail : des inspections sur le terrain permettent en effet de détecter des pratiques ingénieuses, et qu'il convient de généraliser, et aussi de mauvaises pratiques qu'il faudra redresser en introduisant des compléments et corrections dans la formation et la documentation[19].
Il ne suffit pas d'avoir un bon SI : il faut qu'il soit convenablement utilisé. Il faut donc former les utilisateurs lorsqu'on déploie une nouvelle composante du SI (lorsque les effectifs sont importants, la formation suppose une logistique complexe) puis leur fournir des outils de documentation d'auto-apprentissage.
Il faut encore, par la suite, observer la façon dont le SI est utilisé. Les indicateurs que fournissent les processus sont rassemblés dans les tableaux de bord quotidiens qui servent au manager opérationnel de chaque entité locale pour contrôler la qualité du travail et la bonne utilisation des ressources[18].
Il est utile d'observer ce qui se passe entre l'agent opérationnel et son poste de travail : des inspections sur le terrain permettent en effet de détecter des pratiques ingénieuses, et qu'il convient de généraliser, et aussi de mauvaises pratiques qu'il faudra redresser en introduisant des compléments et corrections dans la formation et la documentation[19].
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Informatisation
La stratégie
Ce texte appartient à la série L'ingénierie du système d'information.
On parle d'« alignement stratégique du SI » comme si la stratégie préexistait au SI, mais leur relation est dialectique : si à une stratégie, orientation de l'action, correspond un SI qui permette effectivement cette action, les possibilités qu'offre le SI conditionnent en retour l'action et donc la stratégie elle-même. L'alignement doit donc être mutuel.
Stratégie et sémantique
La stratégie s'exprime en termes de gamme de produits, de segment de marché, de choix techniques – bref, de « positionnement ».Pour faire évoluer le positionnement ou, ce qui revient au même, pour énoncer des arbitrages et indiquer des priorités, le seul outil du stratège est sa parole, confortée par la légitimité de sa fonction.
La relation entre la stratégie et le SI transite donc par la sémantique. L'entreprise ne peut s'engager dans la production d'un nouveau produit, la commercialisation vers un nouveau marché, que si ce produit, ce marché, ont été désignés à son attention en les nommant, en les introduisant dans les nomenclatures. La stratégie travaille les fondations du SI par le truchement de l'administration des données.
On parle d'« alignement stratégique du SI » comme si la stratégie préexistait au SI, mais leur relation est dialectique : si à une stratégie, orientation de l'action, correspond un SI qui permette effectivement cette action, les possibilités qu'offre le SI conditionnent en retour l'action et donc la stratégie elle-même. L'alignement doit donc être mutuel.
Stratégie et sémantique
La stratégie s'exprime en termes de gamme de produits, de segment de marché, de choix techniques – bref, de « positionnement ».Pour faire évoluer le positionnement ou, ce qui revient au même, pour énoncer des arbitrages et indiquer des priorités, le seul outil du stratège est sa parole, confortée par la légitimité de sa fonction.
La relation entre la stratégie et le SI transite donc par la sémantique. L'entreprise ne peut s'engager dans la production d'un nouveau produit, la commercialisation vers un nouveau marché, que si ce produit, ce marché, ont été désignés à son attention en les nommant, en les introduisant dans les nomenclatures. La stratégie travaille les fondations du SI par le truchement de l'administration des données.
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Informatisation
Les méthodes
Ce texte appartient à la série L'ingénierie du système d'information.
Les méthodes[22] nécessaires au SI ont fait l'objet d'un travail de formalisation et normalisation auquel de nombreux experts ont contribué.
Leurs auteurs mettent tous en garde : elles ne sont qu'indicatives, il ne convient pas de les suivre à la lettre. Cependant des chefs de projet, des DSI, des entreprises souhaitent acquérir des « certifications » qui, pensent-elles, garantiront leur efficacité, les favoriseront dans la compétition et, éventuellement, leur procureront un alibi en cas d'échec. L'usage défensif des méthodes incite à un formalisme stérile : des contrats se substituent à la coopération et à l'animation, des documents inutiles s'accumulent, les procédures dévorent un temps précieux.
Pour accomplir l'une des tâches que réclame le SI (urbanisation, modélisation, conduite de projet etc.) le bon usage requiert de chercher d'abord une solution de bon sens et de définir en conséquence une première version de la démarche. Une fois ce travail effectué, il faut se tourner vers les méthodes pour s'assurer que l'on n'a rien négligé d'important, corriger la solution et modifier la démarche : les méthodes joueront alors le rôle utile d'un garde-fou.
Les méthodes[22] nécessaires au SI ont fait l'objet d'un travail de formalisation et normalisation auquel de nombreux experts ont contribué.
Leurs auteurs mettent tous en garde : elles ne sont qu'indicatives, il ne convient pas de les suivre à la lettre. Cependant des chefs de projet, des DSI, des entreprises souhaitent acquérir des « certifications » qui, pensent-elles, garantiront leur efficacité, les favoriseront dans la compétition et, éventuellement, leur procureront un alibi en cas d'échec. L'usage défensif des méthodes incite à un formalisme stérile : des contrats se substituent à la coopération et à l'animation, des documents inutiles s'accumulent, les procédures dévorent un temps précieux.
Pour accomplir l'une des tâches que réclame le SI (urbanisation, modélisation, conduite de projet etc.) le bon usage requiert de chercher d'abord une solution de bon sens et de définir en conséquence une première version de la démarche. Une fois ce travail effectué, il faut se tourner vers les méthodes pour s'assurer que l'on n'a rien négligé d'important, corriger la solution et modifier la démarche : les méthodes joueront alors le rôle utile d'un garde-fou.
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